TOME II · CHAPITRE XXIII

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Résumé

L'hiver des bals : force bals à la cour, le bal de M. le Prince et ses « quatre visages », sa malice cruelle à Marly, l'ordre des bals chez le roi, le bal de la chancellerie. Noirmoutiers et ses mariages ; La Bourlie hors du royaume ; les dettes de jeu de Mme la Duchesse payées par le roi ; Langlée, l'arbitre des élégances ; l'acquisition de l'hôtel de Guise par les Rohan. L'abbé de Soubise « passe adroitement » chanoine de Strasbourg : le cardinal de Fürstemberg, sa famille, la comtesse, les coadjutoreries — première marche vers l'évêché. Conduite et disgrâce du cardinal de Bouillon, sa désobéissance ouverte. Mariages La Marck-Rohan, Isenghien-Fürstemberg, et du duc de Berwick avec Mlle Bockley.

Les entrées

Force bals à la cour
Force bals à la cour, « dès avant la Chandeleur jusqu'au carême » : bals et mascarades du roi à Versailles et à Marly « sous le prétexte de Mme la duchesse de Bourgogne », musiques et comédies particulières chez Mme de Maintenon, bals de Monseigneur, et les principales personnes se piquant d'en donner.
Bal de M. le Prince ; quatre visages
Le bal de M. le Prince : dans un appartement de petites pièces, « la fête du monde la plus galante, la mieux entendue et la mieux ordonnée… sans refuser personne de la cour, et sans foule ni embarras » — et l'aventure des quatre visages : un masque en robe ample portant quatre visages de cire « parfaitement ressemblants » dont celui du comte d'Évreux, dansant un menuet devant la dame que celui-ci commençait de toucher, tournant ses visages « avec tant de justesse, qu'il fut toujours vis-à-vis de la dame avec qui il dansoit ». « Elle étoit cependant de toutes les couleurs ; mais, sans perdre contenance, elle ne songea qu'à couper court » — le masque esquivant sa main par deux fois, le mari détourné du spectacle par un ami. « Cela fit grand bruit, mais n'empêcha pas le cours des choses qui dura quelque temps. »
Malice cruelle de M. le Prince à un bal à Marly
La malice cruelle de M. le Prince à Marly : M. de Luxembourg, « peut-être le seul en France qui ignorât la conduite de sa femme », s'adresse à lui pour le masquer — et M. le Prince, « malin plus qu'aucun singe, et qui n'eut jamais d'amitié pour personne », le coiffe « d'un bois de cerf au naturel… si haut qu'il s'embarrassa dans un lustre ». « L'éclat de rire subit fut scandaleux » ; le bon seigneur, « fort éloigné d'être fin en rien », racontait fort simplement que c'était M. le Prince qui l'avait ajusté ainsi, « puis se tournant à droite et à gauche se faisoit admirer et se pavanoit d'être masqué par M. le Prince » — tandis que l'auteur « regardoit par la chatière et s'applaudissoit de sa malice noire », et que le roi lui-même riait.
Ordre des bals chez le roi
L'ordre des bals chez le roi, décrit : le carré long, le fauteuil du roi — ou trois quand le roi et la reine d'Angleterre y étaient —, la famille royale sur la même ligne, les dames titrées puis les autres sur les longs côtés, les danseurs vis-à-vis, tout le monde d'abord « à visage découvert, le masque à la main ».
Bal de la chancellerie
Le bal de la chancellerie, « la fête la plus galante et la plus magnifique qu'il fût possible » : pièces différentes pour le bal paré, les masques, une collation superbe, des boutiques de tous pays « qui vendoient des choses infinies… mais qui n'en recevoient point d'argent : c'étoient des présents à Mme la duchesse de Bourgogne et aux dames ». « On sortit après huit heures du matin » — et Saint-Simon avoue : « nous fûmes les dernières trois semaines sans jamais voir le jour… Je fus ravi de voir arriver les Cendres, et j'en demeurai un jour ou deux étourdi, et Mme de Saint-Simon à bout ne put fournir le mardi gras. »
M. de Noirmoutiers ; ses mariages
M. de Noirmoutiers épouse la fille d'un président Duret de Chevry : frère de la princesse des Ursins, aveuglé à vingt ans par une double petite vérole, « il demeura vingt ans et plus sans vouloir que personne le vît » — puis, forcé par le comte de Fiesque à souffrir compagnie, sa maison devint « un tribunal dont l'approbation étoit comptée, et où on étoit flatté d'être admis ». « Le prodige fut que, quoique pauvre, il se bâtit une maison charmante à Paris… et au tact choisit des étoffes pour les meubles en lui en disant les couleurs. »
La Bourlie hors du royaume
La Bourlie, frère de Guiscard, retiré vers les Cévennes « où il se mit à vivre avec beaucoup de licence » : volé chez lui, il fit « de son autorité » donner la question à un domestique soupçonné — « il y alloit de la tête ; La Bourlie sortit du royaume, où il fit d'étranges personnages jusqu'à sa mort ».
Dettes de jeu de Mme la Duchesse payées par le roi
Les dettes de jeu de Mme la Duchesse, qu'elle n'avait osé avouer lors du premier paiement : « ce qu'elle craignoit le plus étoit que M. le Prince, et surtout M. le Duc, ne le sût. » Elle s'adresse par lettre à son ancienne gouvernante : Mme de Maintenon « eut pitié de sa situation, et obtint que le roi payât ses dettes, ne lui fit point de réprimandes et lui garda le secret ».
Langlée
Langlée, chargé de l'opération — « espèce d'homme fort singulier dans une cour » : fils d'une femme de chambre de la reine mère, enrichi au jeu « sans jamais être soupçonné de la moindre infidélité », devenu l'arbitre universel : « il s'étoit rendu maître des modes, des fêtes, des goûts, à tel point, que personne n'en donnoit que sous sa direction, à commencer par les princes et les princesses du sang. » Familier jusqu'aux ordures avec Monsieur et les filles du roi, « son commerce étoit sûr, et il n'avoit rien de méchant » — « une espèce comme celle-là dans une cour y est assez bien, pour deux c'en seroit beaucoup trop ».
Acquisition de l’hôtel de Guise
Mme de Soubise achète « l'immense hôtel de Guise à fort grand marché, que le roi lui aida fort à payer ».
Abbé de Soubise passe adroitement chanoine de Strasbourg ; ses progrès
L'abbé de Soubise passé chanoine de Strasbourg par adresse : sa bisaïeule était la fille du cuisinier La Varenne — « comment la compter parmi les seize quartiers à prouver ? comment la sauter ? On ne fit ni l'un ni l'autre. » Camilly et Labatie étourdirent les commissaires allemands « du grand nom de MM. de Rohan », donnèrent effrontément la Varenne « pour être d'une ancienne maison de La Varenne en Poitou, depuis longtemps éteinte » — « par ces adresses, ou plutôt hardiesses, l'abbé de Soubise passa haut à la main ». Suivent ses progrès : prieur de Sorbonne applaudi, Saint-Magloire, le P. de La Tour, M. de Paris, les jésuites — « toutes les avenues de la fortune saisies de toutes parts », vers l'évêché de Strasbourg que sa mère lui destinait contre l'abbé d'Auvergne, aux mœurs « publiquement connues pour être celles des Grecs ».
Cardinal de Fürstemberg ; sa famille
Le cardinal de Fürstenberg et sa famille : « le plus beau visage du monde… qui, à le voir et à l'entendre à l'ordinaire, paroissoit un butor, et qui, approfondi et mis sur la politique, passoit la mesure ordinaire de la capacité, de la finesse et de l'industrie » — jouissant de plus de sept cent mille livres de rente « et il mouroit exactement de faim ». Généalogie complète : les Hohenzollern, les sœurs, Mme de Dangeau sa nièce, et le comte de La Marck dont la ressemblance au cardinal était telle « trait pour trait » qu'on le tenait pour son fils.
Comtesse de Fürstemberg
La comtesse de Fürstenberg, l'explication de la détresse : « grande et grosse, hommasse comme un Cent-Suisse habillé en femme, hardie, audacieuse, parlant haut et toujours avec autorité », gouvernant le cardinal « mené à baguette » — habits sans fin, linge blanchi en Hollande, jeu effréné « où elle faisoit souvent le tour du cadran » : « une femme qui n'aimoit qu'elle, qui vouloit tout, qui ne se refusoit rien, non pas même, disoit-on, des galanteries, que le pauvre cardinal payoit comme tout le reste. »
Coadjutoreries de Strasbourg
La coadjutorerie de Strasbourg emportée : Mme de Soubise s'assure de la comtesse — l'argent versé « qui fit après grand fracas » — et du cardinal, gratifié de quarante mille écus ; ordre au cardinal de Bouillon de demander au pape la bulle d'élection et le bref d'éligibilité. À Strasbourg, Camilly et Labatie préparent si bien les matières « et l'autorité du roi appuya si bien à l'oreille l'argent qui fut répandu, que l'abbé de Soubise fut élu tout d'une voix coadjuteur » — « le rare fut que ce fut en présence de l'abbé d'Auvergne, qui comme grand prévôt du chapitre, dit la messe du Saint-Esprit avant l'élection ».
Conduite et disgrâce du cardinal de Bouillon ; sa désobéissance
La conduite et disgrâce du cardinal de Bouillon : voyant « échapper cette magnifique proie », il ose mander au roi « qu'il n'y a pas bien pensé », écrit aux chanoines une circulaire « pleine de fiel, d'esprit et de compliments » insinuant l'achat de Fürstenberg par Mme de Soubise. L'éclat des deux dames à la porte du cabinet — la comtesse demandant justice « de l'audace du cardinal de Bouillon », le roi répondant « avec autant de grâces pour elle que d'aigreur qu'il ne ménagea pas sur le cardinal ». Une seconde lettre « plus folle encore » lui vaut l'ordre de partir de Rome sur-le-champ pour Cluny ou Tournus : il désobéit, s'enferme au noviciat des jésuites en demandant un bref pour s'assurer le décanat en absence — « il espéroit faire filer assez longtemps l'espérance pour atteindre à la mort le cardinal Cibo, ou à celle du pape même ». « Laissons-le pour un temps dans ses ruses, qui lui devinrent funestes. »
Mariage d’une fille du duc de Rohan avec le comte de La Marck ; sa naissance et sa fortune
Le mariage d'une fille du duc de Rohan avec le comte de La Marck — peut-être « une des conditions du marché » : Mme de Soubise, raccommodée avec son frère, fit tout ; le duc « ne comptoit ses filles pour rien et ses cadets pour peu de chose ; en donnant aussi peu qu'il voulut, il fut aisé à persuader ». Suit l'histoire de la maison de La Marck — le Sanglier des Ardennes « qui tua Louis de Bourbon, évêque de Liège, et jeta son corps du haut du pont dans la Meuse », les branches de Clèves, de Bouillon-Sedan, et celle de Lumain seule subsistante, réduite alors à deux frères.
Mariage du prince d’Isenghien avec Mlle de Fürstemberg
Le cardinal de Fürstenberg fait presque en même temps le mariage d'une petite-nièce, fille du gouverneur général de Saxe, avec le prince d'Isenghien.
Mariage du duc de Berwick avec Mlle Bockley
Et le duc de Berwick, « qui depuis la mort de sa femme, avoit été se promener ou se confesser à Rome », épouse par amour la fille de Mme Bulkeley, une des principales dames de la reine d'Angleterre à Saint-Germain.

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