TOME XIX · CHAPITRE XIX
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Résumé
Dernier chapitre du tome : les bâtards de Montbéliard ; Mezzabarba, légat a latere à la Chine, de retour à Rome avec le corps du cardinal de Tournon — le bilan de la querelle des rites ; le roi à Meudon « pour la convenance du cardinal Dubois, dont la santé commence visiblement à s'affaiblir » — la fin du premier ministre s'annonce ; Belle-Isle, Conches et Séchelles interrogés ; La Vrillière et sa « singulière intrigue » pour se faire duc et pair ; mort du marquis de Bedmar à Madrid ; le maréchal de Villars grand d'Espagne. Le récit se poursuit au tome XX, qui porte les quatre derniers chapitres de l'ouvrage.
Les entrées
- Bâtards de Montbéliard
- L'affaire des bâtards de Montbéliard : le dernier duc, qui « avoit passé sa vie avec un sérail », laissa des bâtards de deux femmes « nés pendant la vie de son épouse légitime », prétendit les avoir épousées « avec la permission de son consistoire », et « pour mettre ces bâtards d'accord, qui se disputoient le droit à l'héritage, il maria le frère et la sœur qu'il avoit eus de ces deux différentes maîtresses ». Le conseil aulique de Vienne les déclara tous bâtards au profit du duc de Würtemberg. Réfugiés en France, Sponeck et sa femme — « prouvée aussi sa sœur » — « s'étoient faits catholiques pour s'acquérir les prêtres et les dévots… C'étoient des saints, malgré l'inceste et le bien d'autrui. » Protégés de Mme de Carignan « qui, pour de l'argent, entreprenoit tout », puis des Rohan, ils firent saisir le parlement de Paris — jusqu'à ce que l'empereur se fâchât. Condamnés partout, le Sponeck « se rompit bientôt le cou en allant à Versailles », et sa veuve « a l'audace, malgré tant d'arrêts, de porter tout publiquement le nom de princesse de Montbéliard… et se montre ainsi effrontément partout, avec deux tétons gros comme des timbales, et qui, avec sa dévotion, sont médiocrement couverts ». — « J'ai poussé ce récit fort au delà des bornes de ces Mémoires, pour montrer quel bon pays est la France à tous les escrocs, les aventuriers et les fripons, et jusqu'à quel excès l'impudence y triomphe. »
- Mezzabarba, légat a latere à la Chine, en arrive à Rome avec le corps du cardinal de Tournon, et le jésuite portugois Magalhaens
- Le prélat Mezzabarba, « orné du titre de patriarche d'Alexandrie », envoyé légat a latere à la Chine après « les souffrances et la mort du cardinal de Tournon », arriva enfin à Rome « avec le corps du cardinal de Tournon, et le jésuite portugois Magalhaens » — surveillant imposé « du légat depuis Canton jusqu'à Rome ».
- Succès de son voyage et de son retour
- Le succès de sa légation : chargé de faire exécuter « à la lettre les décrets et les bulles qui condamnoient la conduite des jésuites sur les rits chinois », il trouva les jésuites « maîtres de la permission de l'empereur de la Chine » ; leurs négociations échouées, « ce fut de resserrer le légat et de l'effrayer. Ce moyen eut un plein effet. Le patriarche, se voyant au même lieu où le cardinal de Tournon avoit cruellement péri entre les mains des mêmes qui lui en montroient de près la perspective, lâcha pied » et accorda, contre ses ordres, un décret suspendant tout. À Rome, « il ne lui en coûta pas seulement le chapeau promis pour le prix de son voyage, mais l'exil loin de Rome ». Magalhaens osa « demander hardiment au pape de retirer tous les brefs » — « il falloit être jésuite pour hasarder une demande si impudente au pape, en personne, en présence du corps du cardinal de Tournon, et il ne falloit pas moins qu'être jésuite pour la faire impunément ». Le pape, « gouverné par le cardinal Fabroni, leur créature et leur pensionnaire », condamna de nouveau les rites mais sacrifia la mémoire de Tournon, que le peuple voulait « faire déclarer martyr » : il fut « enterré dans l'église de la Propagande sans aucune pompe. C'étoit tout ce que les jésuites s'étoient proposé » — et ils continuèrent à la Chine « à s'en moquer et à les mépriser, sans que Rome ait voulu ou su depuis quel remède y apporter ».
- Le roi à Meudon pour la convenance du cardinal Dubois, dont la santé commence visiblement à s’affaiblir
- « Le 11 juin le roi alla demeurer à Meudon. Le prétexte fut de nettoyer le château de Versailles, la raison fut la commodité du cardinal Dubois » — l'assemblée du clergé, la compagnie des Indes, « et lui épargnoit du pavé. Ses débauches lui avoient donné des incommodités habituelles et douloureuses que le mouvement du carrosse irritoit, et dont il se cachoit avec grand soin. » À la revue de la maison du roi, « l'orgueil du premier ministre voulut se satisfaire ; il lui en coûta cher. Il monta à cheval pour y jouir mieux de son triomphe, il y souffrit cruellement » ; les médecins consultés dans le plus grand secret « en augurèrent tous fort mal ».
- Belle-Ile, Conches et Séchelles interrogés
- L'affaire de La Jonchère se poussait toujours : Belle-Ile, embarrassé par les dépositions du trésorier et de ses commis, comparut avec Conches et Séchelles, « maître des requêtes fort distingué dans son métier », devant les commissaires puis la chambre de l'Arsenal. Belle-Ile « y déclara qu'allant servir sous le maréchal de Berwick dans le Guipuscoa… il avoit donné ses billets de banque et ses actions à La Jonchère pour s'en servir, et lui rendre après en divers temps. Rien n'étoit moins répréhensible » — « cela piqua, mais ne fit qu'encourager la haine à chercher… et à les tenir cependant dans des filets ».
- La Vrillière travaille à se faire duc et pair par une singulière intrigue
- L'intrigue La Vrillière : sa femme « ne pouvoit se consoler ni s'accoutumer à être Mme de La Vrillière », et le couple « n'imaginèrent rien moins que de se faire duc et pair ». L'instrument : Schaub, « ce drôle si intrigant, si rusé, si délié, si Anglois », dépositaire du secret entre Londres et Dubois — que Mme de La Vrillière « rendit amoureux tout de bon ; car elle étoit encore jolie ». Le levier : marier le fils La Vrillière à la fille de la comtesse de Platten, ancienne maîtresse du roi d'Angleterre, et faire demander la pairie « au nom du roi d'Angleterre qui la désiroit avec passion ». Dubois — pensionnaire de l'Angleterre à quarante mille livres sterling — « prêta une oreille favorable » ; le régent « trouva la proposition extrêmement ridicule ; mais sans cesser de la trouver telle, il fut entraîné ». Berwick puis Saint-Simon l'attaquèrent : « je lui demandai où il avoit vu ou lu faire un duc et pair de robe ou de plume… à un greffier du roi » ; Schaub était de son propre aveu « un insigne fripon, un audacieux menteur » ; et fallait-il « accoutumer les grandes puissances étrangères à s'ingérer des grâces et de l'intérieur de la cour » ? Le cri public fit le reste : le prince de Conti « alloit disant tout haut qu'il avoit envoyé prendre les mesures du petit fauteuil de polichinelle pour en faire faire un dessus pour La Vrillière quand il seroit duc et pair ». La Vrillière menaça — « il y a dedans la liste de tous ceux qui se sont opposés à mon affaire… ils me le payeront tôt ou tard plus cher qu'au marché » ; « la menace étoit bien indiscrète, et le plus cher qu'au marché bien bourgeois ; mais, pour en suivre le style, c'est que le hareng sent toujours la caque » — et débita « la guerre comme inévitable avec l'Angleterre », propos « qui sentoient par trop les petites-maisons ». La maladie puis la mort du cardinal suspendit tout : « Schaub et La Vrillière demeurèrent éconduits. »
- Mort du marquis de Bedmar à Madrid
- Le marquis de Bedmar mourut à Madrid à soixante et onze ans, « laissant de soi une estime et un regret général » : gouverneur général des Pays-Bas espagnols par intérim, « général des armées des deux couronnes, en pleine égalité avec nos maréchaux de France », Saint-Esprit, grandesse, vice-royauté de Sicile, ministre d'État. « J'ai admiré cent fois en Espagne comment cet homme, si fait pour le grand monde… avoit pu, de retour en Espagne, en reprendre la vie commune des seigneurs espagnols, manger seul son puchero, et achever sa vie dans une solitude presque continuelle. »
- Maréchal de Villars grand d’Espagne
- « On fut surpris en même temps d'apprendre que le maréchal de Villars étoit fait grand d'Espagne, sans l'avoir jamais servie que dans l'affaire de Cellamare et du duc du Maine, et sans qu'on ait jamais su comment il avoit obtenu cette grâce, que M. le duc d'Orléans lui permit d'accepter, parce qu'il permettoit tout. » Il avait tenté en vain un titre de prince de l'Empire à Vienne : « le maréchal vouloit toutes les dignités, tous les honneurs, toutes les richesses, et il en fut comblé sans en être rassasié ni ennobli. »
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