TOME III · CHAPITRE V

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Résumé

Bonnes nouvelles en chaîne : d'Avaux en Hollande à la place de Briord malade ; les troupes françaises entrent d'un même instant dans les places espagnoles des Pays-Bas et désarment les garnisons hollandaises, aussitôt relâchées par le roi ; la flottille des Indes arrive ; le « chocolat des jésuites ». Philippe V reconnu par le Danemark puis par les Provinces-Unies ; le connétable de Castille ambassadeur extraordinaire à Paris ; adieux de Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le comte d'Ayen passant en Espagne, Beauvilliers revenant malade. Lettres patentes conservant à Philippe V ses droits à la couronne de France — la pièce grosse d'avenir ; la reine douairière reléguée à Tolède ; un ouragan sur Paris.

Les entrées

Plusieurs bonnes nouvelles
Plusieurs bonnes nouvelles « fort près à près » : l'investiture de Charles-Quint du Milanais « pour tous les successeurs tant mâles que femelles », le passage des troupes accordé par M. de Savoie, et le coup de théâtre de Flandre.
D’Avaux ambassadeur en Hollande, au lieu de Briord, fort malade
Briord, ambassadeur en Hollande, tombé dangereusement malade, demande un successeur : d'Avaux est envoyé — les États, « qui de concert avec l'Angleterre ne cherchoient qu'à nous amuser en attendant que leur partie fût prête, ne se lassoient point de négocier ».
Les troupes françaises, introduites au même instant dans les places espagnoles des Pays-Bas, y arrêtent et désarment les garnisons hollandaises, que le roi fait relâcher
Le coup de Flandre, œuvre de Puységur : « les mesures furent si secrètes et si justes que le dimanche matin, 6 février, les troupes françaises entrèrent toutes au même instant dans toutes les places espagnoles des Pays-Bas à portes ouvrantes », désarmant vingt-deux bataillons hollandais « sans que dans pas une il fût tiré une seule amorce ». Mais le roi, croyant toucher les Hollandais par un procédé pacifique, les renvoya libres avec armes et bagages : « il se trompa… les États, frémissant du danger qu'ils avoient couru, n'en devinrent que plus ardents à la guerre, et le roi d'Angleterre se moqua d'une simplicité si ingénue, qui retraça à l'Europe celles de Louis XII et de François Ier qui furent si funestes à la France. Celle-ci ne le fut aussi guère moins. »
Flottille arrivée
L'arrivée de la flottille couronne le succès : « riche de plus de soixante millions en or ou argent, et de douze millions de marchandises sans les fraudes et les pacotilles. »
Chocolat des Jésuites
Le chocolat des jésuites : huit grandes caisses adressées « au très-révérend père général de la compagnie de Jésus », si pesantes qu'elles « pensèrent rompre les reins » aux déchargeurs — ouvertes à Cadix : de grosses billes d'or « revêtues d'un doigt d'épais de chocolat tout alentour ». « Ces fins politiques se gardèrent bien de réclamer un chocolat si précieux ; ils aimèrent mieux le perdre que de l'avouer… et l'or demeura au profit du roi. »
Philippe V reconnu par le Danemark
Le Danemark reconnaît Philippe V.
Connétable de Castille ambassadeur extraordinaire à Paris
Le connétable de Castille, ambassadeur extraordinaire venu remercier de l'acceptation : reçu au Bourg-la-Reine par l'introducteur — honneur fait à nul autre depuis le marquis de La Fuente venu déclarer la cession de préséance de l'Espagne —, « il parut avec une grande splendeur, fort magnifique, fort galant et fort poli ».
Philippe V à Bayonne ; à Saint-Jean de Luz ; séparation des princes
Philippe V à Bayonne — quatre mille Espagnols accourus, le baisemain à genoux à l'espagnole — puis la séparation du 22 janvier à la Bidassoa, « au même endroit des fameuses conférences de la paix des Pyrénées » : « des larmes qui allèrent jusqu'aux cris », la petite rivière « bordée d'un peuple innombrable à perte de vue des deux côtés », le Te Deum d'Irun, « et, dès le même soir, il commença à être servi et à vivre à l'espagnole ».
Comte d’Ayen passe en Espagne
Le comte d'Ayen passe seul en Espagne dans le carrosse du roi — « ce qui fut trouvé là fort mauvais » : ce neveu de Mme de Maintenon, avec sa musique complète et « l'imitation des airs libres et familiers et des grands rires de sa mère, montra à l'Espagne un fort jeune homme, bien gâté, qui les scandalisa infiniment ».
Duc de Beauvilliers revient malade
Le duc de Beauvilliers, dont le dévoiement et la fièvre avaient exigé « tout son courage pour venir jusqu'à la frontière », revient droit et malade, laissant les princes au duc de Noailles pour la tournée de Provence et de Languedoc.
Lettres patentes de conservation des droits à la couronne de Philippe V
Philippe V emporta « des lettres patentes enregistrées, pour lui conserver et à sa postérité leurs droits à la couronne, pareilles à celles qu'Henri III avoit emportées en Pologne ».
La reine d’Espagne abandonnée et reléguée à Tolède
La reine d'Espagne, qui avait écrit aux deux rois des lettres « d'un style fort romanesque » pour demander protection et vengeance, reçoit l'ordre « de quitter Madrid et de se retirer à Tolède, où elle demeura reléguée avec peu de suite et encore moins de considération : ce fut un trait de vengeance de Portocarrero ».
Philippe V reconnu par les Provinces-Unies
Les Provinces-Unies reconnaissent Philippe V avant même son arrivée à Madrid : « ils n'en avoient pas moins résolu la guerre. Mais toutes les machines de l'alliance n'étoient pas prêtes, et ne s'expliquer point eût été s'expliquer. »
Ouragan à Paris et par la France
L'ouragan de la Chandeleur, « si furieux que personne ne se souvint de rien qui eût approché d'une telle violence » : le haut de Saint-Louis-en-l'Île tombé sur les fidèles, Verderonne tué. « Cet ouragan a été l'époque du dérangement des saisons… en sorte qu'il y a longtemps qu'il n'y a plus du tout de printemps, peu d'automne, et, pour l'été quelques jours par-ci par-là : c'est de quoi exercer les astronomes. »
Mort de l’évêque-comte de Noyon
Mort de M. de Noyon, soixante-quatorze ans : « on trouva dans ses papiers des brouillons de sa main pour servir à son oraison funèbre, tant la folie de la vanité avoit séduit ce prélat ; d'ailleurs docte, fort honnête homme, très-homme de bien, bon évêque » — « sa vanité eût été étrangement mortifiée s'il eût prévu ses successeurs ».
Abbé Bignon, conseiller d’État d’Église
L'abbé Bignon fait conseiller d'État d'Église par le chancelier son oncle — « que faire d'un prêtre à qui ses mœurs ont ôté toute espérance de l'épiscopat ? » : nomination qui « fit un tort à l'épiscopat et une plaie au conseil, où pas un évêque n'a voulu entrer depuis ». À la tête de toutes les académies — « ce dernier emploi étoit fait exprès pour lui : il étoit un des premiers hommes de lettres de l'Europe » —, il amassa cinquante mille volumes et « se fit une île enchantée auprès de Meulan, qui se put comparer en son genre à celle de Caprée ».
Aubigny, évêque de Noyon
Aubigny évêque de Noyon : le « gros et grand pied plat, lourd, bête, ignorant, esprit de travers, mais très-homme de bien » trouvé par M. de Chartres à Saint-Sulpice — et dont le nom fit tout : pris pour parent de Mme de Maintenon, « les armes, le nom, et peu après, pour tout unir, la livrée, furent bientôt les mêmes ». « Sa piété et sa bonté se firent estimer, et ses travers et ses bêtises détester, quoique parés par son frère qui ne le quittoit point, et qui étoit son tuteur. »
Mlle Rose, béate extraordinaire
Mlle Rose, la béate extraordinaire chassée du diocèse par le cardinal de Noailles : « vieille Gasconne… carrée, fort maigre, le visage jaune, extrêmement laid, des yeux très-vifs, une physionomie ardente », dormant sur la dure, désintéressée, « qui dirigeoit ses directeurs, et qui fut une vraie énigme » — conversions durables, choses cachées dites, guérisons surprenantes, et pour partisans « des gens très-sages, très-précautionnés, très-savants ».
M. Duguet
M. Duguet, le premier d'entre eux, « si célèbre par ses ouvrages, par la vaste étendue de son esprit et de son érudition qui se peut dire universelle » : Saint-Simon, l'ayant rencontré à la Trappe lors du pèlerinage manqué de la béate, en fut charmé — « une fleur, une herbe, une plante, des arts, des métiers, des étoffes, tout lui fournissoit de quoi dire et instruire… on étoit épouvanté de l'étendue de ses connoissances ». M. de la Trappe, lui, refusa six semaines durant de voir Mlle Rose, s'excusant « sur son éloignement de ces voies extraordinaires » et sur son état « de mort à toutes choses ».
M. de Saint-Louis retiré à la Trappe
M. de Saint-Louis, l'hôte du logis abbatial : le brigadier de cavalerie estimé de Turenne et du roi, retiré depuis 1684 — « un vrai guerrier, sans lettres aucunes, avec peu d'esprit, mais avec un sens le plus droit et le plus juste que j'aie vu à personne » ; il « ne put jamais goûter » la béate « et le disoit très-librement ».
Institution d’un prince, par M. Duguet
L'anecdote de l'Institution d'un prince : le curé converti par Mlle Rose, fait religieux de la Trappe « malgré lui », envoyé réformer Tamié en Savoie, y gagne la confiance de M. de Savoie — « de là est, pour ainsi dire, né cet admirable ouvrage de l'Institution d'un prince de M. Duguet », que l'auteur réfugié plus tard à Tamié ne révéla jamais au prince : « en quoi l'humilité de l'auteur est peut-être plus admirable que le prodige de l'érudition. »
Helvétius à Saint-Aignan
Helvétius à Saint-Aignan : Beauvilliers à l'extrémité, condamné par Fagon, est sauvé en sept ou huit jours par le gros Hollandais que les médecins tenaient pour empirique — l'homme de l'ipécacuanha, « bon et honnête homme » qui soignait les pauvres chez lui gratuitement. Fagon même approuva le recours : « comme il étoit bien persuadé que M. de Beauvilliers ne pouvoit échapper, il fut ravi que ce fût entre les mains d'Helvétius, pour en triompher. Dieu merci, le contraire arriva. »
Retour du duc de Beauvilliers
Le retour du duc, le 8 mars — et le mot de Saint-Simon, croisant Fagon en pleine attaque d'épilepsie dans l'antichambre : « D'où je viens ? d'embrasser un malade condamné qui se porte bien, et de voir le médecin condamnant qui se meurt » — imprudence dont les Lorges le grondèrent avec raison.
Cardinal de Bouillon à Cluni, restitué en ses revenus
Le cardinal de Bouillon, « à bout d'espérances », part enfin de Rome pour son exil de Cluny, « où bientôt après il eut mainlevée de la saisie de ses biens » — non sans avoir fait frapper des médailles de la porte sainte le qualifiant encore grand aumônier de France, « qu'il n'étoit plus alors ».
Exil du comte de Melford
L'exil du comte de Melford : sa lettre à son frère Perth sur un parti écossais favorable au roi Jacques, égarée — « je ne sais ni personne n'a su comment » — jusqu'à Londres, où le roi Guillaume « en fit grand usage contre la France qui ne pensoit à rien moins » : Melford « fut pour sa peine envoyé à Angers et fut fort soupçonné ».
Roi Jacques à Bourbon
Le roi Jacques, tombé « en paralysie d'une partie du corps, sans que la tête fût attaquée », envoyé à Bourbon avec la reine : « le roi fournit magnifiquement à tout, chargea d'Urfé d'aller avec eux de sa part, et de leur faire rendre partout les mêmes honneurs qu'à lui-même. »

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