TOME XIV · CHAPITRE II

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Résumé

Salankemen : le prince Eugène écrase les Turcs. Jésuites encore interdits ; le comte d'Évreux entre « singulièrement » au conseil de guerre ; l'affaire Coigny — le duel avec Mortemart, le refus du conseil, l'auteur qui le raccommode : « il ne l'oublie jamais ». Et le grand procès s'ouvre : requête des princes du sang contre le rang et l'habilité de succéder des bâtards ; requête parallèle des pairs pour la réduction des bâtards « au rang et ancienneté de leurs pairies » — les deux textes fondateurs de la bataille des trois années.

Les entrées

Bataille de Salankemen gagnée sur les Turcs par le prince Eugène
« La guerre s'étoit enfin déclarée entre les deux empires. » Le 4 août, le comte Brenner, pris dans une reconnaissance, eut la tête « inhumainement » coupée par le grand vizir « devant sa tente, où on la trouva encore avec le corps auprès le lendemain ». Le 5, bataille générale : « La bataille dura sept heures avec beaucoup d'opiniâtreté. Enfin les Turcs furent battus et mis en fuite, perdirent près de trente mille hommes, toute leur artillerie, leurs tentes et leurs bagages. La victoire du prince Eugène fut complète, à qui il n'en coûta que quatre ou cinq mille hommes. Cette bataille fut donnée près de Salankemen, où le prince Louis de Bade en avoit gagné une. »
Jésuites encore interdits
« Les jésuites continuoient à intriguer, à écrire, à parler plus violemment que jamais, en sorte que le cardinal de Noailles..., se trouva à bout de ménagements avec eux, et interdit la totalité », excepté quatre : Gaillard « entraîné malgré lui par sa compagnie », La Rue, Lignières et du Trévoux, confesseurs de la reine d'Angleterre, de Madame et du duc d'Orléans — lequel, note Saint-Simon, « n'avoit pas grand besoin de cette grâce pour l'usage qu'il avoit à en faire ».
Comte d’Évreux entre singulièrement au conseil de guerre
Entrée singulière du comte d'Évreux, colonel général de la cavalerie, au conseil de guerre : voulant reprendre sur la cavalerie une autorité que ni lui ni son oncle n'avaient jamais eue, mais « toujours conservant un coin de précieuse chimère » pour sa princerie, il demanda « la dernière place fixe au conseil de guerre, qui que ce soit qui y pût entrer, de n'avoir ni le nom ni les appointements de conseiller..., et d'y être seulement chargé du département de la cavalerie ». Calcul lucide : cette possession subalterne devait lui revenir « entière et indépendante, si ce conseil venoit à cesser..., comme l'un et l'autre arriva en effet ».
Coigny, mal avec le régent, se bat avec le duc de Mortemart ; refusé d’entrer au conseil de guerre, veut tout quitter
Coigny, colonel général des dragons, ancien lieutenant général, essuyait refus sur refus : « il étoit mal sur les papiers du régent..., sans avoir pu deviner pourquoi. » Cause secrète : lors de la querelle des princes du sang et des bâtards, le duc de Mortemart ayant tenu devant lui des propos forts contre les bâtards, Coigny s'en offensa pour le comte de Toulouse ; « ils se querellèrent, et pour le faire court ils se battirent... Coigny en emporta une marque très visible sur le visage qui lui est demeurée toute sa vie ». Le régent le crut « tout aux bâtards » ; désespéré par l'entrée du comte d'Évreux au conseil, Coigny traita de sa charge, résolu de « s'en aller pour toujours en Normandie ».
Je le raccommode
Mme de Coigny — cousine issue de germaine de Mme de Saint-Simon par les Matignon-La Moussaye — vint « franchement un matin toute seule » réclamer « parenté, secours », contant que son mari allait « se couper la gorge résolument » s'il n'entrait au conseil de guerre. Touché de « sa franchise, sa confiance, sa situation », Saint-Simon exigea la suspension de la vente de la charge pendant quinze jours, sonda Coigny sur M. du Maine (« il n'y avoit rien du tout »), puis parla au régent : il « le détrompai sur la liaison de M. du Maine ; je lui fis honte de grêler sur le persil, tandis qu'il combloit de faveurs tant de grands coupables à son égard, dont il ne faisoit que des ingrats ».
Il entre au conseil de guerre
« J'obtins donc tout ce que je m'étois proposé, dans les premiers huit jours des quinze que j'avois demandés. » Coigny, mandé, apprit que « les préventions étoient tombées » et que l'entrée au conseil de guerre lui était accordée : « Il me dit que je le faisois passer de la mort à la vie. Il alla au Palais-Royal, où il fut bien reçu, et entra deux jours après au conseil de guerre, où il eut le détail des dragons. »
Il ne l’oublie jamais
« Je leur dois la justice qu'ils ne l'ont jamais oublié en aucun temps, et qu'ils vivent encore aujourd'hui avec moi avec toutes les recherches, les attentions et l'amitié possible, et la plus déclarée, sans aucun des ménagements que les changements des temps et des choses ont produits, et qui en ont tant changé d'autres... leur reconnoissance n'en est pas moins estimable et rare » — ce service ayant « conduit lui et son fils à la fortune qu'ils ont faite », jusqu'au bâton de maréchal.
Les princes du sang présentent une requête au roi contre le nom, le rang et les honneurs de princes du sang, et l’habilité de succéder à la couronne, donnée par le feu roi à ses bâtards
« Enfin la querelle des princes du sang et des bâtards éclata après avoir été longtemps couvée, aigrie, suspendue » : requête signée de M. le Duc, du comte de Charolois et du prince de Conti « contre M. du Maine et M. le comte de Toulouse », présentée au régent le 22 août, adressée au roi, attaquant « le nom, le rang et les honneurs de princes du sang, et l'habilité de succéder à la couronne ». Communiquée le 29 au duc du Maine, elle fut répondue par Davisard, avocat général au parlement de Toulouse, auteur de toutes les pièces des deux frères dans « ce fameux procès ». Saint-Simon refuse d'en charger ses Mémoires : peut-on appeler raisons « des usurpations sans nombre..., qui renversent l'ordre du royaume et toutes les lois divines et humaines » ?
Les pairs présentent une requête au roi pour la réduction des bâtards au rang, honneurs et ancienneté de leurs pairies parmi les autres pairs
Les pairs suivirent : requête au roi « pour la réduction des bâtards au rang, honneurs et ancienneté de leurs pairies parmi les autres pairs », signée de tous sauf cinq ou six absents, Rohan « toujours étrange en tout » et d'Antin. Quatre députés — Laon, Sully, La Force, Villeroy — la portèrent au régent ; Saint-Simon refusa d'en être « par considération pour Mme la duchesse d'Orléans », qu'il alla prévenir lui-même à l'heure même. Villeroy, contre toute attente, « fut un des plus ardents ». Et l'aveu savoureux : « elle me fit peut-être commettre une simonie » — pour décider Rochebonne, évêque de Noyon, à signer, il lui promit une grosse abbaye : « Il eut l'abbaye de Saint-Riquier, que j'arrachai du régent à la sueur de mon front. »
Bout de l’an du roi à Saint-Denis
« On fit, le 1er septembre, le bout de l'an du feu roi à l'ordinaire, mais à petite et courte cérémonie. Il n'y eut de révérences que celles des hérauts. Les princes du deuil furent M. le duc d'Orléans, M. le Duc et M. le comte de Charolois ; le duc du Maine, ses deux fils et le comte de Toulouse y assistèrent, et presque personne... Moins de deux heures finirent tout à Saint-Denis. » Un an après le plus grand règne de l'histoire, l'oubli déjà consommé.
Le duc de Berwick établit son fils aîné en Espagne, qui y épouse la sœur du duc de Veragua et prend le nom de duc de Liria
Berwick, voyant qu'il n'y avait « plus à se flatter » d'un rétablissement en Angleterre, établit son fils aîné en Espagne : cession de sa grandesse « suivant le privilège insolite que le roi d'Espagne lui en avoit accordé », gentilhomme de la chambre, « le nom de duc de Liria », les terres du royaume de Valence, « et il le maria à la sœur unique du duc de Veragua, lequel étoit fort riche, sans enfants ni volonté de se marier ».
Valentinois de nouveau enregistré au parlement, lequel se réserve des remontrances en enregistrant un nouvel édit pour la chambre de justice, et refuse une seconde fois les deux charges des bâtiments et des postes
Le duc de Valentinois, revenu marié de Monaco, put enfin être reçu — le régent ayant d'abord suspendu son enregistrement pour éviter la rencontre des princes du sang et des bâtards sur le traversement du parquet. À cette séance du parlement, deux événements : « l'enregistrement d'un nouvel édit pour la chambre de justice ; mais le parlement, qui prétendit ne l'avoir pas examiné, se réserva d'y pourvoir par des remontrances » ; et « le refus réitéré de l'édit de création des charges de surintendant des bâtiments et de grand maître des postes. Le duc de Noailles y fit l'orateur, pour plaire au régent et montrer en public sa belle éloquence. Elle échoua. »
Caractère du duc de Brancas
Portrait du duc de Brancas : « un homme léger, sans méchanceté, sans bonté, sans affection et sans haine, sans suite et sans but que celui d'attraper de l'argent..., de le dépenser promptement et de se divertir » ; « aimable, amusant..., avec des saillies pleines d'esprit, d'une imagination ravissante, quelquefois folle » — mais qu'« une débauche outrée et vilaine l'avoit séparé de presque tous les honnêtes gens ». Mot fameux à un solliciteur de province : « M. le duc d'Orléans me comble de bontés, et veut tout ce que je lui demande ; mais le malheur est qu'il a si peu de crédit auprès du régent... que c'est pitié. » Le régent « rit de tout son cœur de tous les deux ».
Caractère de son fils et de sa belle-fille
Le fils et la belle-fille : le duc de Villars-Brancas, joueur, goinfre, « une infâme débauche dont il se cachoit encore moins que son père » ; elle, Mlle de Moras mariée par les Maine, « méchante, adroite, insinuante, intéressée comme une crasse de sa sorte » ; « tous les deux bas, souples, rampants, prêts à tout faire pour leurs vues, et rien de sacré pour y réussir ». À la fin du feu roi, « ils sentirent le cadavre » et quittèrent Sceaux pour M. le Duc : « ils firent comme les rats qui sentent de loin le prochain croulement d'un logis... C'est ce que firent aussi ces rats à deux pieds ; sans avoir reçu le plus léger mécontentement de M. ni de Mme du Maine. »
Ils désirent de nouvelles lettres de duché-pairie à faire enregistrer au parlement de Paris
Leur but : « se tirer d'un état embarrassant qui les excluoit de tout, et d'en sortir par une érection nouvelle en duché-pairie enregistrée au parlement de Paris » — le fils et sa femme, « trop méprisés pour y rien pouvoir », poussant le père en avant, tandis que la belle-fille s'assurait sous main de d'Aguesseau, procureur général.
État de leur dignité
État de la dignité : Louis XIII érigea Villars en duché simple (1627, enregistré à Aix), puis en pairie (1652) — lettres jamais enregistrées qu'au parlement d'Aix, « inconnue aux pairs et à la cour des pairs. Cela faisoit donc un duché fort boiteux et une pairie en idée, un duc à qui aucun ne cédoit, par conséquent exclus de toute cérémonie. » Généalogie remontant à l'amiral de Villars, qui traita avec Henri IV « de la réduction de Rouen », et au comte de Brancas « si connu par la singularité de ses distractions ».
Brancas trompé par Canillac, à qui il s’étoit adressé, s’en venge en bons mots et a recours à moi
Brancas s'adressa d'abord à Canillac, son compagnon de débauche, qui, ayant « les mêmes vues pour un autre qu'il aimoit véritablement », résolut « de l'amuser et de le tromper ». Brancas s'en aperçut et se vengea en bons mots aux soupers : Canillac avait « une perte de morale continuelle, comme les femmes ont quelquefois des pertes de sang » ; et à Canillac furieux qui le traitait de caillette : « au moins je suis une caillette gaie et... tu es une caillette triste ; j'en fais juge la compagnie. » « Voilà M. le duc d'Orléans et tout ce qui étoit avec lui aux éclats, et Canillac dans une fureur qui lui sortit par les yeux et qui lui mastica la bouche. » Restait à se tourner vers Saint-Simon, par la duchesse de Brancas et la maréchale de Chamilly.
Condition dont Villars me donne toute assurance, sa foi et sa parole sous laquelle je m’engage à le servir
La condition, arrêtée chez la maréchale de Chamilly : de nouvelles lettres enregistrées au parlement de Paris, moyennant quoi Villars « prendroit la queue de tous les pairs au parlement, et de plus celle de tous les ducs en toutes cérémonies et actes..., et ne prendroit ni ne prétendroit jamais... autre rang parmi les ducs que celui de la date » des nouvelles lettres. « Cela fut bien et clairement énoncé par moi, répété par la maréchale de Chamilly, prononcé de même par Villars..., qui m'en donna sa foi et sa parole d'honneur positive et me la réitéra, de manière que j'eus honte de lui faire l'affront de la lui demander par écrit. Et voilà la sottise des honnêtes gens droits et vrais avec ceux qui ne sont rien moins... J'ai eu depuis tout loisir de m'en repentir. »
J’y réussis avec peine
« Je fus surpris de la résistance que j'éprouvai du régent » — qui s'amusait des saillies de Brancas « mais au fond il le méprisoit », comptait pour rien le fils et la belle-fille, « et il sentoit le ridicule à l'égard du sujet, en sorte que j'eus toutes les peines imaginables à en venir à bout à force de bras ». La condition fut expliquée au régent, et « le père et le fils non seulement y consentirent en sa présence, mais la lui demandèrent. Elle fut rendue publique en même temps que la grâce. » Le duc de Villars-Brancas « fut reçu le 7 septembre, dernier jour du parlement. »
Longtemps après, il me manque infâmement de parole et en jouit
Annonce funèbre : « Quoique les infâmes suites de ce service, de cette grâce, et de la foi et parole si solennellement données et réitérées, portées au régent par eux-mêmes, et de leur aveu devenues publiques, dépassent les temps que je me suis prescrit pour ces Mémoires, je ne laisserai pas d'avoir lieu de les placer en leur temps » — Villars-Brancas manquera « infâmement » de parole sur l'ancienneté, et en jouira.
Le parlement enregistre enfin l’édit de création des charges de surintendant des bâtiments et de grand maître des postes
Le même 7 septembre au matin, Effiat alla au palais « avec une lettre de jussion dans sa poche » pour les charges des bâtiments et des postes. Lui et son ami le premier président — « qui ne songeoit qu'à tirer de l'argent du régent en se rendant difficile, mais ne s'en vouloit pas tarir la source » — jugèrent « que le jeu avoit duré assez longtemps ». Chambres assemblées sur-le-champ, peu d'enquêtes présents, difficultés aplanies, « misérables modifications à l'édit, qui ne faisoient rien aux charges ni à leurs fonctions. L'édit passa ainsi à la grande pluralité des voix, et la lutte pour cette affaire demeura enfin finie. »
Les princes du sang et bâtards n’assistent point à la réception du duc de Villars-Brancas
« M. le duc d'Orléans empêcha les princes du sang et les bâtards de se trouver à l'enregistrement ni à la réception du duc de Villars, de peur de commise » — la querelle du traversement du parquet rendant toute rencontre au parlement explosive.
Mort de l’abbé de Brancas
« Son oncle l'abbé de Brancas, qui avoit la tête fort dérangée, se jeta dans la rivière vers ce même temps. Des bateliers le retirèrent, mais il mourut quelques heures après. » En même temps mourut à Rome le cardinal Ferrari, jacobin, « que sa vertu et son rare savoir avoit élevé à la pourpre, et l'avoit honorée ».
Mort de la princesse de Chimay
« La sœur aînée de M. de Nevers, qui avoit épousé le prince de Chimay, grand d'Espagne et chevalier de la Toison d'or, mourut aussi sans enfants à Paris. »
Abbé de Pomponne chancelier de l’ordre par démission de Torcy
« Torcy vendit quatre cent mille livres sa charge de chancelier de l'ordre, avec permission de continuer à le porter, à son beau-frère l'abbé de Pomponne, qui obtint en même temps un brevet de retenue de trois cent mille livres dessus. »
Arrivée des galions richement chargés
« Les galions arrivèrent à Cadix, chargés de trente millions d'écus sans les fruits et les pacotilles. Ce fut une grande et agréable nouvelle, et en général pour tous les commerçants de l'Europe » — l'artère américaine de tout le commerce européen enfin irriguée.
Voyage de Laffiteau ; quel étoit ce jésuite
« L'arrivée du jésuite Lafitau dans la chaise de poste du cardinal de La Trémoille fit plus de bruit encore parmi un certain monde » : voyage secret, « mesures mystérieuses », repart pour Rome en six jours. « La suite montra que ce n'étoit qu'un fripon qui s'étoit voulu faire de fête, et qui ne fit que leurrer et tromper. » Le cardinal de Rohan conta à Saint-Simon que « ce drôle-là entretenoit une fille dans une espèce de faubourg de Rome, chez laquelle il donnoit très bien à souper à ses amis ». Ses intrigues « à la fin le firent évêque de Sisteron, où il ne fut pas moins effronté en tous genres ».
Mort du fils unique de Chamarande, et du comte de Beuvron
« Chamarande, dont j'ai quelquefois fait mention, perdit le seul fils qui lui restoit ; et le comte de Beuvron mourut en même temps fort jeune, sans alliance, perdant le sang jusque par les pores, maladie fort peu connue des médecins. » Sa lieutenance générale de Normandie et le gouvernement du vieux palais de Rouen furent laissés à la disposition du maréchal d'Harcourt, « qui les donna à un autre de ses enfants ».
Mort de Mme de Lussan et de l’abbé Servien
« Mme de Lussan... mourut fort vieille. Je n'ai point su si elle étoit devenue moins friponne, fausse, et doucereuse impudente qu'elle avoit vécu. Une autre belle âme qui alla paroître fort subitement devant Dieu, fut celle de l'abbé Servien, fils du surintendant et reste de tous les Servien » — deux oraisons funèbres au vitriol en une phrase chacune.
Mort de Mme de Manneville
« Mme de Manneville mourut en même temps d'un cancer. Elle étoit fille de M. et de Mme de Montchevreuil, les grands amis de Mme de Maintenon, et avoit une pension du roi de six mille livres. »
Mort d’Angennes
« Les dames et les gens du bel air regrettèrent fort d'Angennes, qui mourut de la petite vérole » — épitaphe mondaine d'un homme à la mode.
Mort de la duchesse d’Olonne
« La duchesse d'Olonne en mourut aussi, pour s'en être enfermée mourant de peur avec son mari, qui ne le méritoit guère de la façon dont il vivoit avec elle. Elle étoit fille du premier mariage de Barbezieux, jeune, bien faite, aimable, vertueuse et pleine de ses devoirs. Ce fut grand dommage. » Le dévouement conjugal payé de la mort, pour un mari indigne.
M. le duc de Chartres, malade de la petite vérole, cause un dégoût de ma façon au duc de Noailles
La petite vérole prit au duc de Chartres ; Saint-Simon, rappelé de la Ferté, vint passer un jour à Paris. Au Palais-Royal, Noailles annoncé pendant son tête-à-tête avec le régent : « Oh ! pour cela, monsieur..., je fais cinquante lieues pour avoir l'honneur de vous voir, je m'en retourne demain ; nous étions en train de causer, vous n'avez qu'à renvoyer M. de Noailles, il est bon pour attendre. » Noailles sortit ; la conversation d'affaires étrangères continua près d'une heure dans le petit cabinet des soupers ; au sortir, Saint-Simon parla « malicieusement à l'oreille » au maréchal d'Huxelles devant Noailles « qui devenoit de toutes les couleurs », et passa devant lui sans le saluer. Il conseilla aussi le frère du Soleil, l'apothicaire jésuite qui avait sauvé ses fils, pour soigner le jeune prince sans médecins : « Ils me crurent et cela réussit à souhait. »
Te Deum au pillage
« La guérison de M. le Duc, de M. le prince de Conti et de M. le duc de Chartres de la petite vérole produisit une très impertinente nouveauté. Leurs maisons firent chanter des Te Deum dans leurs paroisses..., ce qui ne s'étoit jamais fait encore que pour les choses publiques ou pour le rétablissement de la santé des rois et des reines... ; mais tout tomboit en pillage..., il n'y eut point de particulier qui ne fît après la même entreprise. On l'a souffert, et fait encore chanter des Te Deum qui veut et où on veut. »
Mort du maréchal de Montrevel, de peur d’une salière renversée sur lui
Fin du maréchal de Montrevel, « ce favori des sottes, des modes, du bel air..., une figure qui le fit vivre presque toute sa vie aux dépens des femmes » : « il ne craignoit rien tant qu'une salière renversée. Il se préparoit à aller en Alsace. Dînant chez Biron..., une salière se répandit sur lui. Il pâlit, se trouva mal, dit qu'il étoit mort ; il fallut sortir de table et le mener chez lui. On ne put lui remettre le peu de tête qu'il avoit. La fièvre le prit le soir, et il mourut quatre jours après, n'emportant de regrets que ceux de ses créanciers » — « mort escroc de ses créanciers », avec pour tout bien trois mille louis, vaisselle et porcelaines.
Mort du prince de Fürstemberg
« Le prince de Fürstemberg, qui avoit toujours laissé sa femme et ses filles à Paris, mourut en Allemagne... Il avoit toute la confiance de l'électeur de Saxe ; et lorsque ce prince fut élu roi de Pologne, il le laissa gouverneur de son électorat avec toute autorité, qu'il y a conservée toute sa vie. Il étoit fort riche, mais en Allemagne les filles n'héritent point. »
Mort du prince de Robecque
« Le prince de Robecque ne jouit pas longtemps du régiment des gardes wallonnes qu'il avoit eu à la disgrâce du duc d'Havré. Il mourut assez subitement et assez jeune, sans enfants de la fille du comte de Solre. Son frère le comte d'Esterres hérita de sa grandesse, prit son titre, et obtint sa Toison. Il servoit en France. »
Le régiment des gardes wallonnes donné au marquis de Risbourg
« Les gardes wallonnes furent données au marquis de Risbourg » — ce même vice-roi de Catalogne dont la fille avait failli épouser Sandricourt, troisième colonel du régiment en quelques mois.
La duchesse d’Albe épouse le duc de Solferino
« La duchesse d'Albe épousa en ce même temps l'abbé de Castiglione qu'elle avoit emmené d'ici retournant à Madrid... le pape lui permit de conserver des pensions considérables qu'il avoit sur des bénéfices, et... en faveur de ce mariage, le roi d'Espagne le fit grand de la première classe, et lui donna une place de gentilhomme de sa chambre... Il prit le nom de duc de Solferino » — l'abbé devenu grand d'Espagne par le lit d'une duchesse veuve.

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