TOME XI · CHAPITRE XIV

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Résumé

Morts en série : Mme de Bullion, Sézanne, le bailli de La Vieuville et la comtesse de Vienne — le bailli de Mesmes succède « et ne le remplace pas » —, la marquise de Saint-Nectaire avec son testament. La nouvelle reine d'Espagne débarque à Monaco et va par terre : sa dot, sa réception incognito ; Béthune reporte la Toison du duc de Berry en Espagne et l'obtient ; Saint-Aignan porte « un médiocre présent » du roi ; Chalois grand d'Espagne.

Les entrées

Mort et famille de Mme de Bullion ; son caractère
« Mme de Bullion mourut à Paris. Elle étoit de ces Rouillé des postes, et point vieille ; c'étoit une femme d'esprit, mais dominante dans sa famille ; habile, altière, ambitieuse, et qui ne se consoloit point d'être Rouillé et femme de Bullion. » Ses sœurs, veuves du marquis de Noailles et de Bouchu, épousèrent les ducs de Richelieu et de Châtillon ; quant à elle, elle « seroit morte d'étonnement et de suffocation de joie, si elle avoit vécu jusqu'en 1724, et qu'elle eût vu son fils chevalier de l'ordre ».
Mort et caractère de Sézanne ; sa famille
« Sézanne mourut à Rouen…, frère de père du duc d'Harcourt…, lieutenant général, et encore fort jeune. C'étoit un grand bellâtre, fort prévenu de son mérite et de sa capacité, qui en prévenoit fort peu les autres. » Sa langueur de plusieurs années, « où la médecine ne connut rien », passa pour l'effet d'un poison lent gagné en Italie auprès des maîtresses « que le duc de Mantoue entretenoit publiquement et à grand marché, mais dont il étoit fort jaloux ». Sa Toison passa au second puis au troisième fils d'Harcourt, tous deux morts jeunes : « les temps étoient changés, et cette Toison si successive sortit de chez les Harcourt. »
Mort et caractère du bailli de La Vieuville et de la comtesse de Vienne
« Le bailli de La Vieuville, ambassadeur de Malte, mourut aussi de l'opération de la taille, universellement regretté. C'étoit un des hommes que j'aie vus des plus aimables, et un fort honnête homme, noble et magnifique autant qu'il le put dans son emploi, sans faire tort à personne. » Sa belle-sœur la comtesse de Vienne, « qui jouoit fort », mourut bientôt après chez la duchesse de Nemours, « à qui elle étoit allée rendre une visite ».
Le bailli de Mesmes lui succède et ne le remplace pas dans l’ambassade de Malte
« Le bailli de La Vieuville fut mal remplacé ; M. du Maine n'avoit garde de manquer cette occasion de s'attacher le premier président de plus en plus par son endroit le plus sensible. Il engagea le roi de s'intéresser pour le bailli de Mesmes son frère, et il fut ambassadeur. C'étoit un homme sans esprit et sans mine, étrangement débauché, grand panier percé, assez obscur, qui fit honte à son emploi en plus d'une sorte, et qui courut risque de le perdre plus d'une fois. »
Mort, caractère, famille, testament de la marquise de Saint-Nectaire
« La marquise de Saint-Nectaire mourut à Paris, à soixante et onze ans », ancienne fille d'honneur de la reine, « fort jolie sans avoir jamais fait parler d'elle ». Son mari, manchot d'un duel où il tua le comte du Roure à Vienne, « fut assassiné à Privas en 1671, n'ayant que vingt-sept ans. Sa mère en fut fort soupçonnée, et son second fils, le chevalier de Saint-Nectaire, d'y avoir eu tant de part, qu'il en fut plus de vingt-cinq ans en prison. » Sa fille, dont « la beauté fit tant de bruit », mourut avant elle ; elle laissa son bien à Cani « par amitié pour Chamillart son père ».
La reine d’Espagne débarque à Monaco et va par terre en Espagne
L'envoyé de Parme eut audience du roi le 11 octobre « sur le mariage de la princesse de Parme. C'étoit un peu tard. » La nouvelle reine, embarquée à Sestri di Levante, fut si éprouvée par « une forte tempête » qu'elle « débarqua à Monaco pour traverser par terre la Provence, le Languedoc et la Guyenne, pour gagner Bayonne et y voir la reine d'Espagne, veuve de Charles II, sœur de sa mère ».
Sa dot
« Elle eut cent mille pistoles de dot, et pour trois cent mille livres de pierreries. »
Sa réception incognito
« Desgranges, maître des cérémonies, la fut trouver en Provence avec ordre de la suivre, et de la faire accompagner et servir de tout par les gouverneurs, lieutenants généraux, et par les intendants des provinces par où elle devoit passer, quoiqu'elle fût dans le parfait incognito. »
Béthune, premier gentilhomme de la chambre de M. le duc de Berry en année à sa mort, reporte sa Toison en Espagne, et l’obtient
« Le marquis de Béthune, aujourd'hui duc de Sully, premier gentilhomme de la chambre de M. le duc de Berry en année à sa mort, reporta sa Toison en Espagne. Il étoit gendre de Desmarets, et Mme des Ursins ne manqua pas cette occasion de la lui faire donner. »
Le duc de Saint-Aignan porte un médiocre présent du roi à la reine d’Espagne à son passage
« Le roi consola le duc de Saint-Aignan, qui…, auroit fort voulu aller porter la Toison, dans l'espérance de l'obtenir, en l'envoyant à la reine d'Espagne, à son passage, lui porter ses compliments et un présent de sa part. Il consistoit en son portrait garni de quatre diamants avec quelques bijoux. Il se ressentit du peu de satisfaction du mariage, car il ne valoit guère que cent mille francs. »
Chalois grand d’Espagne avec exclusion d’en avoir en France le rang et les honneurs
« La princesse des Ursins fit faire en même temps grand de la première classe Chalois, son homme de toute confiance… Il fallut en demander la permission au roi, qui ne la voulut accorder qu'à condition de ne revenir plus en France, ou de se résoudre à n'y jouir d'aucun rang ni honneurs, non plus que s'il n'étoit pas grand d'Espagne. Cette nouveauté, non encore arrivée depuis l'avènement de Philippe V…, dut donner à penser à Mme des Ursins. C'étoit un coup de fouet qui portoit directement sur elle. »
Prince de Rohan et prince d’Espinoy ducs et pairs
« Le roi, sortant de dîner le samedi 20 octobre, fit entrer le prince de Rohan dans son cabinet. Il lui dit qu'il le faisoit duc et pair, et le prince d'Espinoy aussi, qu'il ne pouvoit refuser cette grâce au mérite de sa mère » ; et au prince d'Espinoy « il dit qu'il avoit grande obligation à sa mère, et qu'il ne pouvoit trop lui témoigner de reconnoissance ». « Le prince de Rohan désiroit ardemment d'être duc et pair…; jamais aussi je ne vis homme si aise, ni qui le témoignât plus franchement, bien que la franchise ne fût pas sa vertu favorite. »
Manéges qui les font
Manèges de ces pairies : Mme de Soubise, avant sa mort, avait tiré parole du roi — elle qui « avouoit très librement que cela ne tenoit qu'à un bouton, et qu'il n'y avoit en France de vraie et solide grandeur pour les maisons que le duché-pairie », comme l'avait pensé la maison de Lorraine même. Le cardinal de Rohan, « devenu avec le P. Tellier une seule et même personne pour la ruine du cardinal de Noailles », acheva l'ouvrage à la faveur de la constitution, y joignant le prince d'Espinoy dont la mère avait « depuis longtemps avec Mme de Maintenon d'étranges et d'invisibles liaisons… Cette complication de choses fit ces deux nouveaux ducs et pairs. On verra bientôt une troisième pairie de la même façon de cette féconde constitution. »
Ruse orgueilleuse du prince de Rohan
Ruse orgueilleuse du prince de Rohan : il fit ériger Frontenay en duché-pairie, mais « lui fit changer son nom, et donner le sien redoublé de Rohan-Rohan, à l'exemple de quelques branches de maisons d'Allemagne, comme Baden-Baden…, en effet pour continuer à porter le nom de prince de Rohan sous le spécieux prétexte de la cacophonie continuelle des noms de duc de Rohan et de duc de Rohan-Rohan tous deux existants. Avec cette adresse il conserva son nom de prince de Rohan, et laissa croire aux sots qu'il n'avoit pas daigné porter un titre, après lequel il ne se cachoit pas même d'avoir si ardemment et si longuement soupiré. »
L’autre prend le nom de duc de Melun
Joyeuse fut le duché-pairie érigé pour le prince d'Espinoy, « qui, préférant le nom de sa maison véritablement fort grande, prit le nom de duc de Melun ».
Voyage et retour de Sicile de son nouveau roi
« Le duc de Savoie, nouveau roi de Sicile par la paix, alla avec la reine son épouse se faire couronner dans son île, la connoître par lui-même, et y établir son gouvernement. Il passa plusieurs mois à Messine et à Palerme, au milieu d'une nombreuse cour…, et revint à Turin en ce temps-ci, ayant laissé le comte Maffei vice-roi. »
Maffei ; ses emplois ; son caractère
Maffei, « homme de beaucoup d'esprit et délié, fort dans sa confiance », avait été envoyé au Pont-Beauvoisin lors du mariage de la duchesse de Bourgogne « pour voir comment elle seroit reçue en France » ; il eut l'Annonciade, « qui est le suprême honneur de la cour de Savoie ». « Souple, avisé, insinuant, capable des plus grandes affaires et des plus adroites exécutions…; avec cela gaillard, même fort débauché, et d'excellente compagnie… Il mourut fort vieux, fort suspect au nouveau roi, et fort abandonné depuis la catastrophe du premier roi, auquel il étoit uniquement attaché. »
Retour de Fontainebleau par Petit-Bourg ; le roi chagrin pendant le voyage
« Le roi revint de Fontainebleau, le mercredi 23 octobre, coucher à Petit-Bourg, et le lendemain à Versailles. Mme de Saint-Simon…, me dit qu'il n'étoit pas de meilleure humeur qu'en allant, et qu'à le voir ainsi de suite sa santé paraissoit diminuer. Ce fut aussi son dernier voyage de Fontainebleau. »
Embarras sur la constitution
L'affaire de la constitution le tourmentait : le cardinal d'Estrées s'en était retiré « indigné des friponneries continuelles du P. Tellier et de Bissy, dont il ne se tut pas » ; Polignac y échoua de même. « Tout ce qui étoit savant et de bonne foi suivoit le cardinal de Noailles » ; parmi les acceptants, « pas l'ombre d'uniformité…; c'étoit un chaos et une tour de Babel, ainsi que le montra un extrait tiré de la totalité des mandements des évêques qui se contredisoient tous en acceptant ». Le pape même, furieux, fit sentir aux quarante « la colère où il étoit de leur audace d'avoir osé interpréter sa bulle » — car il voulait « prononcer des oracles, ne les point expliquer dans la crainte de quelque brèche à la prétendue infaillibilité ».
Amelot envoyé à Rome pour la tenue d’un concile national en France
« Tant d'embarras firent donc résoudre de faire faire au roi un effort auprès du pape pour obtenir de lui quelque explication, ou de souffrir qu'il se tînt en France un concile national, qu'on peut juger…, être la bête de Rome. Amelot, ami des jésuites, mais homme d'honneur et de grand talent pour la négociation…, fut donc nommé pour aller à Rome sans caractère que de simple ministre du roi » — nommé le 29 octobre, parti début décembre avec dix mille écus pour son voyage.
P. Tellier me propose d’être commissaire du roi au concile ; son ignorance ; surprise de mon refus
Le P. Tellier proposa à Saint-Simon d'être commissaire du roi au concile, qu'il voulait tenir à Senlis — assez loin de Paris et de la cour pour en être « bien maître et tyran » : « Vous êtes gouverneur de Senlis ; il faut que vous soyez le commissaire du roi au concile. — Moi, mon père, saisi d'effroi, m'écriai-je, commissaire au concile ! pour rien dans le monde je ne l'accepterai, ne vous avisez pas d'y penser. » À la réplique du jésuite sur les comtes d'Orient des empereurs, Saint-Simon rit : « je n'avois jamais cru nos ducs aller à la cheville du pied d'un comte d'Orient. » « Je vis clairement qu'il avoit follement…, jeté son coussinet sur moi pour en faire le bourreau du concile, et l'exécuteur de toutes ses volontés portant le nom du roi. »
Mort singulière de Brûlart, évêque de Soissons ; son caractère
Mort singulière de Brûlart, évêque de Soissons — qui avait troqué Avranches contre Soissons pour approcher Reims, s'était « donné tout entier à la cour et aux jésuites », et dont l'affaire de la constitution semblait devoir faire la fortune. Malade, « les réflexions l'y saisirent…; de là les regrets, puis les horreurs, les remords qui se tournèrent en hurlements, en protestations à haute voix contre la constitution, et en confession publique de l'avoir soutenue contre sa lumière et sa conscience. Sa tremblante famille ne sut mieux faire que de le cacher » ; aux prélats qu'on lui dépêcha « il s'écria aux séducteurs et n'en voulut voir aucun », et il mourut « toujours en pleine connoissance, dans les angoisses et les éclats du plus vif repentir… Ce déplorable évêque fut la première victime de la constitution, qui s'en immola bien d'autres… On mit au moins bon ordre que le roi n'en sut rien, et avec cela tout fut gagné. »
Mort de M. de Saint-Louis retiré à la Trappe
« Détournons nos yeux d'un spectacle si terrible, pour nous consoler par l'heureuse fin d'un prédestiné. » M. de Saint-Louis, gentilhomme nommé Le Loureux, brigadier estimé de Turenne et du roi, s'était offert à M. de la Trappe « dans un temps où il n'étoit pas en sûreté…, de la part des anciens religieux ». Un œil crevé, l'autre menacé, la trêve conclue, il vendit son régiment et se retira à la Trappe, dans le logis hors de l'enceinte ; sa règle volontaire « auroit paru bien dure à tout autre. Il y persévéra trente et un ans…, et y mourut saintement…, à quatre-vingt-cinq ans… Je n'ai point connu d'homme avoir le cœur plus droit, être plus simple ni plus vrai…; j'étois le seul de tout le pays qu'il vînt voir quelquefois à la Ferté. »
Avary ambassadeur en Suisse
« Le roi nomma d'Avaray, lieutenant général, pour relever dans l'ambassade de Suisse le comte du Luc. »
Comte du Luc ambassadeur à Vienne et conseiller d’État d’épée
Au comte du Luc, il « donna [l'ambassade] de Vienne, et une place vacante de conseiller d'État d'épée » — récompense du second plénipotentiaire de Bade.
L’impératrice couronnée reine de Hongrie à Presbourg
« L'empereur faisoit en même temps couronner reine de Hongrie, avec beaucoup de magnificence, à Presbourg, l'impératrice sa femme, et tâchoit d'y obtenir des états qu'ils voulussent déclarer les filles capables de succéder à leur couronne… La maison d'Autriche s'étoit si puissamment établie en autorité, qu'il n'y eut rien à quoi elle ne crût pouvoir atteindre » — première annonce de la Pragmatique.
Électeurs de Cologne et de Bavière voient le roi à Marly
« L'électeur de Cologne, arrivé depuis quelques jours à Paris, en magnifique équipage, y avoit été retenu par la goutte. Il vint le 11 novembre à Marly…, fut un quart d'heure seul avec le roi dans son cabinet… L'électeur de Bavière…, vint le 15 courre le cerf avec le roi à Marly, qui le mena dans ses jardins après la chasse ; soupa chez d'Antin, joua dans le salon avant et après, et s'en retourna à Saint-Cloud. »
Saumery fils envoyé du roi près l’électeur de Bavière
« Le fils aîné de Saumery fut nommé pour suivre l'électeur lorsqu'il partiroit pour ses États, en qualité d'envoyé du roi près de lui. »
Pompadour et d’Alègre vainement ambassadeurs en Espagne et en Angleterre
« Pompadour et d'Alègre furent aussi nommés : le premier à l'ambassade d'Espagne, où le roi étoit bien assuré qu'il n'iroit point ; et d'Alègre à celle d'Angleterre, où il n'alla point non plus. » Le choix de Pompadour, tout à la princesse des Ursins, était un leurre pour « la persuader que ses fautes…, étoient effacées ». « Pompadour et sa femme, les Dangeau même, y voyoient les cieux ouverts, les ordres et les dignités pleuvoir…; ce pot au lait de la bonne femme les ravissoit ; déjà Pompadour faisoit l'important et Dangeau en étoit tout bouffi. Malheureusement cette fortune n'eut que la perspective ; aussi le choix ne fut-il que pour la spéculation. »
Retour du duc de Berwick avec une épée de diamants donnée par le roi d’Espagne
« Le duc de Berwick arriva, et fut reçu du roi comme il le méritoit, qui lui donna le surlendemain une longue audience à Marly dans son cabinet… Il n'avoit passé que huit jours à Madrid. Le roi d'Espagne l'y avoit régalé d'une épée de diamants qui lui venoit de Monseigneur. »
Taxe du prix des régiments d’infanterie
« Le roi taxa les régiments d'infanterie qui étoient montés à un prix excessif. Cette vénalité de l'unique porte par laquelle on puisse arriver aux grades supérieurs est une grande plaie dans le militaire, et arrête bien des gens qui seroient d'excellents sujets. C'est une gangrène qui ronge depuis longtemps tous les ordres et toutes les parties de l'État, sous laquelle il est difficile qu'il ne succombe, et qui n'est heureusement point ou fort peu connue dans tous les autres pays de l'Europe. »
Pension de dix milles livres au prince de Montbazon
« Les Rohan, trop florissants et trop alertes pour ne pas tirer parti de tout, firent si bien que leur prince de Montbazon, qui perdoit quarante mille livres par cette taxe sur le régiment de Picardie…, eut une pension de dix mille livres. »
Cent cinquante mille livres d’augmentation de brevets de retenue sur ses charges à Torcy
« Torcy eut en même temps cinquante mille écus de brevet de retenue d'augmentation sur ses deux charges, de manière que cela lui fit six cent cinquante mille livres sur celle de secrétaire d'État, et deux cent mille livres sur celle de chancelier de l'ordre. »
Dix mille écus à Amelot pour son voyage
« Amelot eut dix mille écus pour son voyage » à Rome — frais du négociateur du concile national.
Procès d’impuissance intenté au marquis de Gesvres par sa femme ; accommodé
Le procès d'impuissance des Gesvres, qui « divertissoit le public par leurs dissensions depuis quatre ans », s'acheva : « ils furent visités juridiquement l'un et l'autre plusieurs fois, avec la honte et les dérisions qui sont les suites inséparables de pareilles aventures. » La marquise, « qui avoit beaucoup d'esprit, se lassa de cet infâme vacarme, et donna un désistement en bonne forme…, au cardinal de Noailles », moyennant une maison à eux seuls, équipages entretenus, liberté de sortir « et huit mille livres par an bien payées à elle pour ses habits et ses menus plaisirs. De part et d'autre ils furent fort aises ; avec un peu de sens ils l'auroient été plus tôt et n'auroient point donné la farce au monde. »
M. le duc d’Orléans se trouve assez mal
Le mercredi 28 novembre à Marly, Saint-Simon entendit des cris appelant Fagon et Maréchal : « M. le duc d'Orléans se trouvoit extrêmement mal. J'y courus aussitôt. Je le trouvai traîné plutôt qu'appuyé sur deux de ses gens, tout déboutonné, sans cravate…, plus rouge encore qu'à l'ordinaire…, les yeux un peu fixes et étonnés. » Le prince répugnait à la saignée : « il vouloit se tâter, s'écouter…, parce qu'il y a des poisons où elle est mortelle sans retour. » « J'y demeurai toujours jusqu'à plus de minuit presque toujours seul. Il y vint très peu de monde » — l'abandon du calomnié jusque dans le péril. Il se trouva si bien « qu'il fut le lendemain au lever du roi ».
Grand témoignage du roi sur moi
Grand témoignage : à chaque compte rendu, le roi demandait à Maréchal qui était auprès de son neveu, et s'entendant toujours nommer Saint-Simon : « Il est fort des amis de mon neveu, M. de Saint-Simon ; je voudrois bien qu'il n'en eût jamais eu d'autres, car il est fort honnête homme, et ne lui donne que de bons conseils. Je ne suis point en peine de ceux-là, je voudrois qu'il n'en suivît pas d'autres. » « Ce récit ne laissa pas de me soulager » — et il éclaira d'où venaient « tant d'avis redoublés sans cesse, et tant de menaces sur ma façon d'être avec M. le duc d'Orléans ».
Apophtegme du roi sur M. le duc d’Orléans
Le soir, Maréchal, louant l'esprit du prince et disant plaisamment que « s'il étoit un homme à avoir besoin de gagner sa vie, il auroit cinq ou six moyens différents de la gagner grassement », s'attira cet apophtegme : « Le roi le laissa causer un peu, puis…, reprit un air sérieux, regarda Maréchal : “Savez-vous, lui dit-il, ce qu'est mon neveu ? il a tout ce que vous venez de dire : c'est un fanfaron de crimes.” À ce récit de Maréchal je fus dans le dernier étonnement d'un si grand coup de pinceau ; c'étoit peindre en effet M. le duc d'Orléans d'un seul trait, et dans la ressemblance la plus juste et la plus parfaite. Il faut que j'avoue que je n'aurois jamais cru le roi un si grand maître. »

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