TOME XV · CHAPITRE V

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Résumé

L'Espagne publie un manifeste contre l'empereur — la guerre s'annonce ; déclaration « vague » de Cellamare au Régent ; les efforts d'Albéroni « pour exciter toutes les puissances », ses achats de vaisseaux refusés, ses « bassesses pour l'Angleterre inutiles » ; les « singulières informations » sur Riperda — cru vendu à Albéroni ; Aldovrandi cru vendu de même ; les artifices du ministre « sur son manque d'alliés » et ses offres à Ragotzi ; sa fureur contre Giudice, la « crainte et bassesse » des neveux ; le roi d'Espagne défend à ses sujets…

Les entrées

L’Espagne publie un manifeste contre l’empereur
« Enfin le moment arriva d'éclaircir l'Europe. L'Espagne fit publier par ses ministres dans les cours étrangères, un manifeste contenant les raisons qui l'engageoient d'attaquer l'empereur, et de tourner ses armes sur la Sardaigne » — rappelant « tous les manquements de parole, les déclamations injurieuses, le détail de tout ce qui s'étoit passé depuis le traité d'Utrecht, jusqu'à l'enlèvement du grand inquisiteur », et finissant par « la nécessité où l'honneur et toutes sortes de raisons obligeoient le roi d'Espagne de se venger ».
Déclaration vague de Cellamare au régent
Cellamare reçut ordre de déclarer au régent « que la conquête de la Sardaigne n'empêcheroit pas le roi d'Espagne de donner à l'Europe l'équilibre nécessaire à sa sûreté, lequel étoit impossible tant que l'empereur conserveroit la supériorité qu'il avoit en Italie ».
Efforts d’Albéroni pour exciter toutes les puissances contre l’empereur ; veut acheter des vaisseaux dont il manque ; en est refusé
« Albéroni n'oublioit rien pour faire peur à toutes les puissances de celle de l'empereur, qui vouloit tout envahir, et qui n'avoit ni règle, ni parole, ni justice... La Sardaigne, en effet, n'étoit qu'un essai. » Mais « sa marine ne répondoit pas à ses desseins. Il voulut acheter des navires en Hollande et en Angleterre, et il en fut refusé. »
Ses bassesses pour l’Angleterre inutiles
Ses bassesses pour l'Angleterre : « il lui offrit de cesser tout commerce avec le Prétendant, et de faire incessamment avec les Anglois un traité de commerce à leur satisfaction » — inutilement.
Singulières informations d’Albéroni sur Riperda
« On savoit qu'Albéroni s'étoit exactement informé en Hollande du caractère de cet ambassadeur [Riperda], quoiqu'il le connût par lui-même, de son bien, de ses charges, des distinctions dont il jouissoit dans sa province. »
Cet ambassadeur cru vendu à Albéroni et soupçonné de vouloir s’attacher au service du roi d’Espagne
« Riperda eut la sotte vanité de laisser croire qu'il avoit eu part au secret de l'entreprise. Les traitements qu'il recevoit du roi d'Espagne confirmoient cette opinion..., et on en soupçonnoit que, s'il agissoit par ordre de ses maîtres, il agissoit encore plus pour son intérêt, et dans la vue de s'attacher au service du roi d'Espagne. »
Aldovrandi cru, à Rome et ailleurs, vendu à Albéroni
« Le nonce n'étoit pas moins soupçonné que lui d'être vendu à Albéroni. Tout ce qui s'étoit passé de publiquement intime entre eux, depuis son arrivée à l'Escurial, jusqu'à le faire loger dans son appartement », faisait croire aux uns le pape d'intelligence avec l'Espagne, à la plupart le nonce livré — « cette dernière opinion régnoit à Rome, d'où le nonce recevoit les reproches les plus durs ».
Artifices de ce dernier sur son manque d’alliés
Ses artifices sur son manque d'alliés : « il essaya de laisser croire que [le roi de Suède] étoit de concert avec l'Espagne » ; pour la France, « on laissoit entendre avec succès qu'elle ne seroit pas fâchée de voir les principales puissances en guerre entre elles, pour avoir le temps de remédier à ses désordres domestiques ».
Ses offres à Ragotzi
« Albéroni fut ravi du passage de Ragotzi en Turquie. Il lui promit un vaisseau pour en faire le trajet, s'il n'en pouvoit obtenir un en France, et lui fit espérer des secours s'il en avoit besoin dans la suite. Cette négociation passa fort secrètement par Cellamare. »
Fureur d’Albéroni contre Giudice
Sa fureur contre Giudice : « irrité au dernier point de la manière dont Giudice avoit parlé au consistoire de sa promotion, il faisoit de son ressentiment celui de Leurs Majestés Catholiques, vouloit persuader que la conduite de ce cardinal étoit également offensante pour elles et pour le pape même. »
Crainte et bassesse de ses neveux
La crainte et bassesse des neveux : Albéroni protestait que cette conduite « auroit perdu Cellamare si son amitié personnelle pour lui n'en avoit détourné le coup. Le prélat Giudice, frère de Cellamare, avoit écrit avec toute la bassesse possible à Albéroni, qui résolut de faire tomber toute sa colère sur le cardinal leur oncle. »
Le roi d’Espagne défend à ses sujets de voir Giudice à Rome et tout commerce avec lui
« Le roi d'Espagne manda donc à Acquaviva qu'il regardoit désormais ce cardinal comme livré à l'empereur..., qu'il lui défendoit de le voir, et tout commerce direct ou indirect avec lui ; et lui ordonnoit d'intimer la même défense à tous ses sujets et affectionnés à Rome. »
Point de la succession de Toscane
« Cette succession de Toscane faisoit alors un grand point dans les négociations entamées pour assurer le repos de l'Europe. »
Manèges des ministres hanovriens pour engager le régent à s’unir à l’empereur
Les manèges hanovriens : ayant fait exclure le roi de Prusse du traité, ces ministres « dévoués à l'empereur pour leurs intérêts particuliers de famille, firent entendre au régent, pour l'intimider, que, si la campagne de Hongrie étoit heureuse, la négociation... seroit bien plus difficile » ; ils lui rendaient suspects ses opposants « comme étant des créatures de l'Espagne », et lui conseillaient de conclure « jusqu'à la signature, sans leur en donner connoissance, après quoi... rien ne l'empêcheroit d'envoyer promener des ministres si opposés à une négociation si avantageuse ».
L’Angleterre désire la paix de l’empereur et de l’Espagne, et veut envoyer faire des efforts à Madrid
L'Angleterre pressait Vienne d'envoyer Penterrieder à Londres, et résolut d'envoyer à Madrid « un homme de confiance et de poids » pour représenter que, « engagée par son dernier traité avec l'empereur de lui garantir généralement tous les domaines dont il étoit en possession..., [elle] ne pouvoit s'empêcher de le secourir lorsque les armes espagnoles l'attaqueroient en Italie ». On proposa Cadogan, avec une escadre en Méditerranée « pour donner plus de force à ses discours ».
Ruses à Londres avec Monteléon
Les ruses avec Monteléon : « Stanhope, alors secrétaire d'État, feignoit d'être ami particulier de Monteléon, et, sous couleur d'amitié, tous ses propos ne tendoient qu'à l'intimider » ; Sunderland disait les mêmes choses « avec la hauteur naturelle aux Anglois » : la guerre ne serait suivie de personne, à Naples « on y voudroit changer de gouvernement toutes les semaines », et si le roi de Sicile trempait dans l'entreprise, « il auroit bientôt lieu de s'en repentir ».
Soupçons et vigilance de Koenigseck à Paris
« Les Impériaux, plus persuadés que personne du mauvais état de l'Espagne, travailloient de tous côtés à en pénétrer les intelligences secrètes. La France leur étoit toujours suspecte. Koenigseck y redoubloit d'attention pour découvrir s'il se faisoit dans le royaume quelques mouvements de troupes... Ne trouvant rien, il se réduisoit à veiller sur la conduite de Ragotzi. »
Entreprise sur Ragotzi sans effet
L'entreprise sur Ragotzi : « un coquin, nommé Welez, qui avoit été envoyé de Ragotzi en France », disgracié par son maître, s'offrit à Koenigseck avec une lettre prétendue interceptée et l'assurance d'un traité entre le czar et Ragotzi ; « le moyen le plus sûr d'en empêcher l'effet étoit d'assassiner Ragotzi, passant dans l'État d'Avignon, parce qu'il n'y avoit rien à craindre dans la souveraineté du pape » — sans effet.
Les Impériaux lui enlèvent des officiers à Hambourg
Sur son avis, un officier de Ragotzi, « appelé Chavigny, que Ragotzi envoyoit en Pologne », fut arrêté à Hambourg « de l'autorité de l'empereur ».
Baron de Goertz mis en liberté
« Les États de Gueldre, sans consulter les États généraux, rendirent, au commencement d'août, la liberté au baron de Goertz, lassés d'être les geôliers du roi d'Angleterre qui en fut très fâché. »
Le czar plus que froid aux propositions du roi d’Angleterre, lequel rappelle ses vaisseaux de la mer Baltique
Le czar plus que froid : sa course au Texel fut crue « moins de curiosité que pour conférer avec Goertz » ; Widword trouva de la froideur, l'amiral Norris, chargé de proposer un traité de commerce et des projets pour la paix du Nord, « ne fut pas mieux reçu. Les vaisseaux anglois qui se trouvoient dans la mer Baltique eurent ordre de revenir dans les ports d'Angleterre. »
Situation personnelle du roi d’Angleterre avec les Anglois
« Georges n'avoit pu parvenir à se concilier l'affection des Anglois depuis qu'il étoit monté sur le trône. Ils le croyoient dévoué à l'empereur, eux l'étoient à leur commerce ; et on parloit haut à Londres, à la Bourse, contre la rupture avec l'Espagne. »
Il choisit le colonel Stanhope, cousin du secrétaire d’État, pour aller en Espagne
Pour apaiser un peu les Impériaux, « on fit partir le colonel Guillaume Stanhope, cousin du secrétaire d'État, pour aller en Espagne » — Cadogan, d'abord pressenti, y étant « fort suspect », et le ministère croyant « en avoir besoin à Londres pour manéger dans le parlement ».
Visite et singulier conseil de Châteauneuf à Beretti
Le singulier conseil de Châteauneuf à Beretti, « sous le plus grand secret..., dont il étoit moins l'auteur que le canal » : que l'Espagne ne s'alarmât point des menaces anglaises, témoignât son étonnement de voir l'Angleterre, « après avoir si tranquillement souffert tant d'infractions de l'empereur », prendre un ton si différent ; et rappelât que les avantages du commerce anglais « étoit aisé de l'interdire..., qui étoit un argument bien fort pour les contenir ». Beretti ne fut embarrassé que de deviner l'auteur : des membres des États généraux, ou le régent ?
Sentiment des ministres d’Angleterre sur l’entreprise de l’Espagne en soi
Le sentiment des ministres anglais sur l'entreprise en soi : ils dirent à Monteléon que « si l'entreprise regardoit la Toscane, même [s'il s'agissait] de mettre garnison dans Livourne du consentement du grand-duc, la conséquence en seroit bien moins grande pour l'Angleterre que si elle se faisoit à Naples ou en d'autres États appartenant à l'empereur ».
Wolckra rappelé à Vienne ; Penterrieder attendu à Londres en sa place pour y traiter la paix entre l’empereur et l’Espagne avec l’abbé Dubois
« Wolckra fut en ce temps-là rappelé à Vienne pour faire place à Penterrieder pour traiter la paix de l'empereur avec le roi d'Espagne, par la médiation de la France, de l'Angleterre et de la Hollande, sur le fondement des propositions faites l'année précédente à Hanovre, concertées avec l'abbé Dubois, qui... devoit la venir reprendre jusqu'à son entière décision. »
Artifices de Saint-Saphorin auprès du régent de concert avec Stairs
Les artifices de Saint-Saphorin, de concert avec Stairs : « il ne chercha dans les commencements qu'à lui inspirer des défiances des personnes qui l'environnoient », citant Zinzendorff sur les cabales, et concluant à « une union étroite entre l'empereur et le régent, qui lui donnât courage et force nécessaire d'anéantir ses ennemis » ; Stairs « s'étonnoit de la douceur et de la patience du régent, qui, à son avis, s'il avoit un procès devant le conseil de régence ne l'y gagneroit pas. Lui et Saint-Saphorin tâchoient d'inspirer, à Vienne, l'opinion du peu d'autorité du régent. »
Vaine tentative de l’empereur pour de nouveaux honneurs à son ambassadeur en France
La vaine tentative sur le cérémonial : « Koenigseck n'étoit chargé de rien que du cérémonial. L'empereur vouloit qu'il obtînt les mêmes distinctions dont jouissoit le nonce, mais avec un ordre secret de s'en désister s'il ne pouvoit soutenir cette prétention sans se mettre hors d'état de traiter les affaires. »
Inquiétude de l’Angleterre ; ses soupçons du roi de Sicile
L'inquiétude anglaise : « l'Angleterre, qui lui trouvoit trop d'ennemis, ne se pouvoit persuader que le roi de Sicile ne fût du nombre..., et les ministres du roi d'Angleterre ne se pouvoient rassurer sur les réponses constantes que La Pérouse... faisoit à leurs questions. » Les ministres allemands pressaient le départ de Stanhope, « Bothmar étoit le plus ardent, mais Bernsdorff, plus modéré, concouroit en tout avec lui ».
Misérables flatteries à Albéroni
« Les flatteurs d'Albéroni le louoient particulièrement de son impénétrable secret, inconnu depuis tant d'années en Espagne ; mais il avoit été trop poussé à l'égard de la France ; elle s'en plaignoit. »
Cellamare excuse et confie le secret de l’entreprise de l’Espagne au régent ; dont la réponse nette ne le satisfoit pas
Vers la fin d'août, Cellamare reçut ordre de dire au régent que le silence gardé ne devait pas s'attribuer « à manque de confiance, mais à égard et à considération, pour ne l'exposer à aucun embarras à l'égard de l'empereur ». « Il n'eut pas lieu d'être content de trouver le régent persuadé de l'intérêt de la France à conserver la paix, et que, loin d'entrer dans les vues du roi d'Espagne, il ne devoit rien oublier pour empêcher la moindre altération dans la tranquillité publique. » Cellamare, tenant la succession de Toscane pour « le point capital..., l'épée et la plume à la main », se plaignait « du peu de prévoyance qu'il trouvoit en France, où le présent seul faisoit impression sur les esprits ».
Nouveau complot des Impériaux pour se défaire de Ragotzi, inutile
Le nouveau complot : supposant les mécontents de Hongrie « comme une branche du projet », les Impériaux « firent arrêter à Hambourg des officiers attachés à Ragotzi, et prirent des mesures pour le faire enlever ou tuer lui-même..., et on sut que l'un d'eux devoit recevoir six livres par jour, outre les dédommagements des frais » — inutilement.
Sèche réponse des ministres russiens aux propositions de l’Angleterre
La sèche réponse des ministres russiens : « les Moscovites, pour toute réponse, avoient insisté sur le projet agité l'hiver précédent ; que c'étoit uniquement sur ce pied-là, et d'une garantie mutuelle, qu'ils traiteroient avec le roi d'Angleterre. »
La flotte espagnole en Sardaigne
La flotte en Sardaigne : partie de Barcelone le 15 juillet, arrivée devant Cagliari ; « le marquis de Lede..., ayant fait toutes les dispositions nécessaires pour la descente, avoit fait sommer le marquis de Rubi, vice-roi pour l'empereur » ; sur son refus, « dix-huit mille hommes avoient mis pied à terre », la garnison n'étant que de cinq cents hommes. « Ce commencement de guerre conduisoit à un embrasement général de l'Europe, selon les raisonnements des politiques. »
Le pape, effrayé des menaces de Gallas, révoque les indults accordés au roi d’Espagne ; lui écrit une lettre à la satisfaction des Impériaux ; désire au fond succès à l’Espagne ; offre sa médiation
Le pape épouvanté par Gallas, qui « le menaçoit et demandoit qu'il se justifiât par des déclarations publiques », résolut « de révoquer les concessions qu'il avoit faites au roi d'Espagne pour lui donner moyen d'équiper la flotte..., et d'écrire au roi d'Espagne une lettre dont les Impériaux fussent contents ; cela fait, d'offrir sa médiation ». Acquaviva crut pourtant s'apercevoir « qu'il craignoit que l'entreprise de Sardaigne ne réussît pas, ou que, si elle étoit heureuse, l'Espagne ne s'en tînt là ».
Misérables flatteries à Albéroni
« Les flatteurs d'Albéroni le berçoient de la jonction du pape, des Vénitiens et du roi de Sicile, dès que les Espagnols auroient mis le pied en Italie. Il étoit pourtant difficile que ces mêmes gens-là en crussent rien. »
Il fait ordonner à Giudice d’ôter les armes d’Espagne de dessus la porte de son palais à Rome
Au lieu de se ménager des cardinaux affectionnés, « l'animosité d'Albéroni et d'Acquaviva contre Giudice lui attira des désagréments publics. Le roi d'Espagne lui fit ordonner d'ôter de dessus sa porte à Rome les armes d'Espagne. Ses représentations furent inutiles, ainsi que les offices du régent qu'il réclama. »
Sa conduite et celle de ses neveux
Sa conduite : « il protesta de son attachement pour la France, de son empressement à le marquer. Il chercha à se lier au cardinal de La Trémoille, son ancien ami..., [qui] le ménagea par cette raison pour les affaires de France, que Bentivoglio et ses adhérents embrasoient plus que jamais. »
Victoire du prince Eugène sur les Turcs
« La position dangereuse de l'armée impériale, enfermée entre celle du grand vizir, qui venoit secourir Belgrade, et cette place assiégée, tenoit les amis et les ennemis de la maison d'Autriche dans une merveilleuse attente. Elle ne dura pas » — victoire complète du prince Eugène.
Il prend Belgrade, etc
« La prise de Belgrade, et tous les succès qui la suivirent rapidement, fut une nouvelle incontinent répandue partout. »
Soupçons de l’empereur à l’égard de la France
Les soupçons de l'empereur : malgré sa situation heureuse et les propositions du régent, il « se défioit de ses desseins cachés, qui est le caractère le plus facile, et en même temps le plus de celui de la cour de Vienne » ; il ne prétendait « s'engager qu'autant qu'il trouveroit ses avantages, et ne se pas contenter de peu ».
Entreprise inutile sur la vie du prince Ragotzi
L'entreprise sur la vie de Ragotzi : « Welez, espion de l'empereur..., étoit chargé de le défaire de cet ancien chef des mécontents de Hongrie, à condition des plus grandes récompenses », avec ordre de tout communiquer à Koenigseck — inutilement.
Deux François à lui arrêtés à Staden
« Sur les avis qu'il donna, l'empereur fit arrêter à Staden deux François, qui étoient à Ragotzi : Charrier, son écuyer ; l'autre avoit pris le nom de comte de L'Hôpital. »
Scélératesse de Welez
La scélératesse de Welez : il sut « positivement le jour que Ragotzi arriva à Marseille, la maison où il logeoit, ses conférences avec l'envoyé turc, le vaisseau qu'il devoit monter, et qu'il lui avoit été préparé par ordre du comte de Toulouse » ; il se flattait, au retour du prince, « de ne pas manquer son coup », et « offrit de fournir telles preuves qu'on pourroit désirer pour justifier que le régent étoit pleinement informé des desseins de ce prince ».
Artifices de l’Angleterre et de Saint-Saphorin pour lier le régent à l’empereur, et en tirer des subsides contre les rois d’Espagne et de Sicile
Les artifices pour lier le régent : Saint-Saphorin vantait que l'empereur, par considération pour George, « vouloit bien laisser un terme à l'Espagne pour accepter le traité, et consentoit en cas de refus qu'il fût libre à la France d'assister Sa Majesté Impériale d'argent sans être obligée à prendre les armes contre le roi d'Espagne » — même complaisance pour une guerre au roi de Sicile ; et George avertissait le régent « d'être fort sur ses gardes contre le parti du roi d'Espagne en France, appuyé de toute l'ancienne cour ». Saint-Simon tranche : « pour une guerre civile, il faut des chefs..., des têtes et de l'argent. Il n'y avoit rien de tout cela en France. L'inanition étoit son grand mal ; elle n'avoit rien à craindre de la réplétion. »
Artifices du roi de Prusse auprès du régent sur la paix du nord
Les artifices du roi de Prusse : « sous le même prétexte de l'intérêt de la France, [il] la pressoit d'agir vivement pour la paix du nord, de peur que l'empereur n'en eût le mérite..., parce que, depuis sa victoire de Hongrie, les princes du nord paroissoient portés à recourir à sa médiation préférablement à toute autre. »
Goertz à Berlin ; y attend le czar
« Goertz, sorti des prisons de Hollande, retournant en Suède toujours honoré de la confiance de son maître, s'étoit arrêté à Berlin, où il avoit promis d'attendre le czar, et en l'attendant avoit agité avec les ministres de Prusse quelques projets pour parvenir à la paix. »
Propositions de ce ministre pour faire la paix de la Suède
Ses propositions : « la restitution des provinces et des places conquises sur la Suède par le czar, à l'exception de Riga ; celle de Stralsund, Rügen et du reste de la Poméranie ; celle de Brême et de Verden ; que le roi de Prusse s'engageât... à faire rétablir le duc de Holstein dans son État ; enfin, que le roi Stanislas fût appelé au trône de Pologne... après la mort du roi Auguste » — le point capital de la Prusse étant « d'obtenir la cession de Stettin et de son district ».
Soupçons du roi de Prusse à l’égard de la France, à qui il cache les propositions de Goertz
Ses soupçons : « la France lui devenoit très suspecte parce qu'il la croyoit tout à l'Angleterre » ; il se tenait pour averti que le landgrave de Hesse négociait pour que George conservât Brême et Verden, contre la promesse du stathoudérat. « Il ordonna à Kniphausen, son ministre à Paris, d'y cacher avec grand soin les propositions de Goertz et l'état de la négociation commencée à Berlin. »
Hasard à Paris qui les découvre
Le hasard qui les découvrit à Paris : Goertz, se figurant « un prompt et facile payement [des subsides] s'il pouvoit gagner le sieur Law, lui avoit fait offrir une gratification de six pour cent » par un secrétaire envoyé exprès ; l'envoyé de Suède se plaignit de cette négociation indépendante, « et de plus Law n'étoit pas homme à se prêter à des choses de cette nature, et à n'en pas avertir ».
L’Angleterre liée avec l’empereur par des traités précis, et craignant pour son commerce de se brouiller avec l’Espagne, y envoie par Paris le colonel Stanhope
« L'Angleterre, garante de la neutralité d'Italie, et de plus engagée avec l'empereur... à lui garantir les États dont il étoit en possession, se plaignit vivement de l'infraction de l'Espagne ; mais comme il n'étoit pas de l'intérêt des Anglois de rompre avec elle », il fut résolu de faire partir le colonel Stanhope pour Madrid par Paris.
Objet de cet envoi, et par Paris
L'objet de cet envoi : « préparer de loin la cour d'Espagne à concourir au traité que le roi d'Angleterre se proposoit de faire entre l'empereur et cette couronne. » Passant à Paris, Stanhope « eut ordre de faire voir au régent les instructions dont il étoit chargé. Le régent ne les ayant pas trouvées assez fortes, le colonel offrit de recevoir celles qu'il lui voudroit dicter » ; Stairs et lui dirent même « que le duc de Noailles et le maréchal d'Huxelles sembloient se disputer à qui seconderoit le mieux les vues du roi d'Angleterre. C'est un éloge que je n'ai jamais mérité. »
Artifices de l’Angleterre pour unir le régent à l’empereur
Les artifices pour unir le régent à l'empereur : George « ne cessoit de représenter au régent l'intérêt pressant qu'il avoit de s'unir étroitement avec l'empereur, et d'avoir de puissants amis qui maintinssent son autorité, qu'il croyoit fort ébranlée par les mouvements du parlement de Paris et des cabales qui, selon lui, s'étendoient jusque dans le nord » ; Stairs devait l'avertir que Schemnitz, envoyé du czar, « s'attacheroit à la même cabale, surtout à d'Antin et aux maréchaux de Tessé et d'Huxelles. Il n'y avoit qu'à connoître les personnages pour n'en avoir pas grand'peur. »
Georges et ses ministres en crainte du czar et de la Prusse, en soupçon sur la France
Les craintes de Londres : le ministère avait grand-peur du czar, « qui ne cachoit point ses mauvaises dispositions pour Georges » ; ils haïssaient le roi de Prusse et ses ministres Ilghen et Kniphausen, crus auteurs d'une ligue avec le vice-chancelier du czar « fort contraire à l'Angleterre », craignaient « des mouvements du Prétendant, qui avoit des gens à lui à Dantzig, peut-être même le duc d'Ormond », et leur inquiétude sur la France « ne put être rassurée » par les assurances de Châteauneuf sur son voyage d'Amsterdam.
Leur haine pour Châteauneuf
« Châteauneuf avoit été employé par le feu roi, et c'en étoit assez pour mériter toute la haine du ministère de Georges. Aussi n'oublièrent-ils rien pour le faire rappeler, et pour engager le régent d'envoyer un autre ambassadeur en Hollande. »
Bolingbroke secrètement reçu en grâce par le roi d’Angleterre
« Ce fut en ce temps-ci que le vicomte de Bolingbroke fut reçu, mais secrètement, en grâce, et que Stairs eut ordre de le dire au régent, et de le prier de le regarder désormais comme un sujet que le roi d'Angleterre honoroit de sa protection. »
Opiniâtreté d’Albéroni
L'opiniâtreté d'Albéroni : « se flattant du succès immanquable de son entreprise et plus encore des suites qu'il s'en promettoit, [il] éloignoit toute proposition de traités et de négociations, et s'il étoit forcé de les entendre, les vouloit remettre à l'hiver. »
Leurres sur la Hollande
Les leurres sur la Hollande : « il comptoit beaucoup sur la Hollande. Beretti, pour le flatter et faire valoir ses services, ne doutoit point de l'en assurer. L'intimité avec laquelle Albéroni vivoit avec Riperda le faisoit croire aussi au dehors. »
État et suite de la vie de Riperda
L'état de Riperda : « d'une maison illustre de la province d'Over-Yssel, mais sans biens. Il ne subsistoit que des appointements de l'ambassade. Il avoit été catholique, mais il s'étoit perverti pour entrer dans les charges de son pays. Il n'avoit pu néanmoins en obtenir aucune, et comme il n'étoit nullement estimé, son choix avoit étonné tous ses compatriotes. »
Venise se déclare pour l’empereur
« La république de Venise ne laissa pas le monde dans une si longue incertitude » : Mocenigo déclara à Madrid « que sa république étoit obligée par son traité avec l'empereur de lui fournir dix mille hommes, en cas d'infraction à la neutralité de l'Italie ».
Colère d’Albéroni
« Albéroni entra dans une furieuse colère qu'il ne prit pas le soin de lui déguiser. »
Ses étranges vanteries et ses artifices pour se faire un mérite de se borner à la Sardaigne cette année, sentant l’impossibilité de faire davantage
Ses vanteries : « sans mesure sur les ressources et la puissance que l'Espagne montreroit dans peu, et qui n'étoient dues qu'à ses soins. L'entreprise de Sardaigne n'étoit qu'un coup d'essai. Il promettoit, pour l'année suivante, une telle irruption en Italie... que l'empereur occupé en Hongrie n'auroit pas le temps d'y envoyer des troupes, et le tout pour mettre l'équilibre dans l'Europe. » Se sentant borné à la Sardaigne par la saison, « il voulut se faire en France, surtout à Rome, un mérite de cette modération forcée » : Cellamare eut ordre de la faire valoir « comme une complaisance pour les instances du régent et du pape ».
Sa fausseté insigne à Rome
Sa fausseté à Rome : « il eut l'audace d'écrire au pape qu'il se représentoit la joie qu'il auroit d'apprendre, par une lettre de la main du premier ministre d'Espagne, que ses instances avoient eu le pouvoir d'arrêter l'embarquement..., satisfaction qu'il n'auroit pas obtenue s'il n'avoit pas eu en Espagne un cardinal sa créature. Cette feinte complaisance n'abusa personne » ; et il persévérait si bien à se dire opposé à l'entreprise « que peu s'en fallut qu'il n'obtînt une lettre de la main du roi d'Espagne pour la lui certifier ».
Embarras et conduite artificieuse et opiniâtre d’Albéroni
Son embarras : il « voyoit et sentoit les suites que pouvoit avoir l'engagement où il venoit de se mettre, et son propre péril, si l'Espagne venoit à lui reprocher les conséquences fatales de ses conseils... La partie étoit trop inégale. La paix du Turc paroissoit prochaine ; les Allemands menaçoient déjà l'Italie, et parloient hautement de mettre des garnisons impériales dans Parme et dans Plaisance. Dans cette situation, Albéroni, sans nul allié, se montroit aussi opiniâtre aux représentations des princes amis de l'Espagne que si toute l'Europe se fût déclarée pour elle. »
Sa réponse à l’envoyé d’Angleterre
Sa réponse à l'envoyé d'Angleterre, qui demandait « l'explication précise des desseins du roi d'Espagne » : « que l'expédition de Sardaigne n'avoit d'autre motif que la juste vengeance des insultes continuelles et des infractions des traités ; qu'il ne vouloit mettre aucun trouble en Europe..., qu'il contribueroit de toutes ses forces à maintenir la paix, qui ne pouvoit être solidement établie que par un juste équilibre qu'il étoit impossible de former, tant que la puissance de l'empereur seroit prédominante en Italie. »
Albéroni se fait un bouclier d’un équilibre en Europe ; flatte bassement la Hollande ; n’espère rien de l’Angleterre
Albéroni ne parloit que d'équilibre, mais « cet équilibre étoit le bouclier dont il couvroit les entreprises qu'il méditoit ». Croyant le roi d'Angleterre « trop étroitement lié avec l'empereur pour en rien espérer », il « se tournoit tout entier vers la Hollande », à qui il faisait entrevoir par Riperda les avantages d'une alliance particulière avec l'Espagne, prête à faire ce qu'une « aussi sage république jugeroit nécessaire pour le repos de l'Europe ».
Plan qu’il se propose pour objet en Italie ; il le confie à Beretti et lui donne ses ordres en conséquence
Il avait enfin confié à Beretti son plan, à ménager adroitement et à découvrir par parties, pour « exciter le désir d'en savoir davantage ». Ses objets : sauver l'honneur du roi d'Espagne, établir le repos de l'Italie, assurer les successions de Toscane et de Parme aux fils de la reine. D'où un partage : Naples, la Sicile et les ports de Toscane à l'Espagne ; le Mantouan divisé entre Guastalla et les Vénitiens ; « le Milanois entier, avec le Montferrat, à l'empereur, et la Sardaigne, au duc de Savoie, pour le dédommager de la Sicile » ; Commachio rendu au pape ; les Pays-Bas catholiques partagés entre la France et la Hollande.
Propos d’Albéroni ; vanteries et fourberies insignes et contradictoires
Rejetant toute autre proposition, surtout la simple assurance des successions, qu'il appelait « un appât trompeur », Albéroni peignait l'empereur en état d'imposer des lois à la terre, tout en le disant affaibli par les maladies. L'Espagne s'en tiendrait cette année à son honneur blessé, mais au printemps il allumerait en Italie un incendie, s'emportant contre chaque puissance, « surtout contre l'Angleterre ». Ainsi « il s'avouoit partout l'auteur de la guerre, excepté à Rome », où il jouait l'embarrassé de parler au roi, « comme si tout n'eût pas dépendu de lui uniquement ».
Conduite d’Aubenton et d’Aldovrandi, qui lui sont vendus pour leur intérêt personnel
Pour témoins de sa prétendue opposition à l'entreprise, il donnait le P. Daubenton et le nonce Aldovrandi, « tous deux en esclavage sous lui pour conserver leurs postes, qui répétoient ce qu'il leur dictoit » : la capture de Molinez aurait tant irrité le roi et le conseil d'État qu'Albéroni n'aurait rien pu. Aldovrandi pressait en même temps le pape de ménager le premier ministre, seul capable d'obtenir quelque chose de Leurs Majestés : « Ce même homme, qui ne pouvoit rien sur cette grande affaire, étoit pourtant le seul qui pût tout »
Les Impériaux demandent qu’Aldovrandi soit puni ; effrayent le pape
Maîtres de l'Italie, les Impériaux connaissaient la conduite du nonce : « rien n'étoit secret pour eux à Rome ». Au pape, qui cherchait à se laver de toute intelligence avec l'Espagne, ils répliquaient qu'il ne le pouvait que par le châtiment d'un ministre « ignorant, s'il n'avoit rien découvert de cette entreprise, infidèle si, l'ayant sue, il n'en avoit pas averti le pape ». Le pontife « croyoit déjà voir l'État ecclésiastique en proie aux Allemands ».
Il révoque ses indults au roi d’Espagne ; lui écrit au gré des Impériaux ; en même temps le fait ménager et adoucir par Aldovrandi, à qui il écrit, et à Daubenton, de sa main
Pour apaiser les Impériaux, le pape écrivit en Espagne des brefs dont il fit adoucir la dureté par Aldovrandi. Celui du roi d'Espagne était « rempli de plaintes et de reproches vifs de son entreprise », qu'il imputait à ses ministres, le pressant de réparer le mal fait à la chrétienté. Ceux du premier ministre et du confesseur « étoient de la main du pape » : il y faisait au premier « l'exhortation la plus pathétique du côté de Dieu et des hommes ».
Frayeurs du duc de Parme, qui implore vainement la protection du pape et le secours du roi d’Espagne
Le duc de Parme, qui comptait « être exposé tout le premier à la vengeance de ce prince », implorait vainement la protection du pape, son seigneur suzerain, pour couvrir Parme et Plaisance d'une garnison de l'Église, et celle de l'Espagne auprès d'Albéroni. Mais celui-ci n'était plus son sujet ni n'avait besoin de lui, sa promotion faite ; les reproches qu'il ne devait la pourpre qu'à la promesse d'envoyer la flotte contre les Turcs l'irritèrent, et il crut qu'ils devaient « l'affranchir de toute reconnoissance ».
Plaisant mot du cardinal del Giudice au pape
Le pape, outré de ne rien gagner sur Albéroni, eut la faiblesse de dire au cardinal del Giudice « qu'il savoit bien qu'il se damnoit en élevant un tel sujet à la pourpre », mais qu'il n'avait pu refuser le roi et la reine d'Espagne ; sur quoi Giudice « lui répondit plaisamment qu'il se feroit toujours honneur de suivre Sa Sainteté partout où elle irait, hors à la maison du diable ».
Le pape dépêche à Vienne sur des propositions sauvages d’Acquaviva, comptant sur le crédit de Stella qui vouloit un chapeau pour son frère
Acquaviva assura le pape que l'Espagne bornerait ses conquêtes à la Sardaigne si l'empereur observait exactement la neutralité d'Italie, sans troupes au-delà du nombre stipulé, sans contributions ni garnisons dans les places de Toscane. Le pape « fit mine de sacrifier avec peine son ressentiment », en parla à Gallas, et tous deux dépêchèrent à Vienne. Méprisé de cette cour, il comptait sur le crédit de Stella auprès de l'empereur, dont il disposerait « moyennant un chapeau pour son frère ».
Molinez transféré du château de Milan dans un des collèges de la ville
Molinez, sorti du château de Milan, fut conduit dans un collège de la ville, où il était « gardé par des soldats de l'Église » : de quoi satisfaire l'immunité ecclésiastique, « mais non pas l'Espagne ». Son âge et sa santé le rendant incapable de tout service, sa captivité était « le dernier qu'il avoit rendu pour servir de prétexte aux vues et aux projets d'Albéroni ».
Vastes projets d’Albéroni, qui en même temps sent et avoue sa faiblesse
Albéroni travaillait à la marine et se flattait de mettre en mer au printemps trente navires chargés de douze mille hommes, « mais il avouoit en même temps que, s'ils n'étoient pas soutenus des secours de France, d'Angleterre et de Hollande, l'Espagne ne se pouvoit rien promettre de ses efforts en Italie ». Tout devait passer par mer à frais immenses — la Sardaigne coûtait déjà un million de piastres —, tandis que l'empereur envoyait ses troupes « de plain-pied » et tirait de l'argent des princes d'Italie, que l'Espagne ne pouvait garantir.
Propos trompeurs entre del Maro et Albéroni
Le roi de Sicile, seul allié considérable, n'avait pas été ménagé : son ambassadeur del Maro avait offensé Albéroni en pénétrant ses desseins sur la Sicile. « On ne peut s'empêcher d'admirer jusqu'où les faux raisonnements d'Albéroni l'emportèrent » Après le débarquement, del Maro vint l'assurer des vœux de son maître, mais dire que tout était à craindre sans la France ; Albéroni répondit que l'Espagne ne voulait pas de conquêtes en Italie, mais réprimer « les infractions et les violences des Allemands », en se bornant à la Sardaigne, et qu'elle ne craignait pas l'empereur.
Ses divers artifices
Albéroni ajoutait des vanteries sur la puissance de l'Espagne et le droit des enfants de la reine à la Toscane, sous le prétexte constant de « l'équilibre en Italie ». Il promit au régent et au roi d'Angleterre de leur laisser l'hiver pour un accommodement, ce que lui imposaient la saison et « l'impuissance actuelle », tout en ramassant argent et provisions. Il reçut très mal un mémoire anglais, se plaignit des discours de Stairs et, ne comptant plus sur Londres, travaillait la Hollande, où Riperda « écrivoit ce qu'il lui dictoit ».
La Hollande inquiète est touchée de l’offre de l’Espagne de reconnoître sa médiation
Beretti mandait que la proposition de prendre la république pour médiatrice « y avoit beaucoup plu », et soutenait qu'il fallait traiter à la Haye, le ministère anglais étant si impérial qu'on s'en défiait en Hollande : le Pensionnaire lui-même craignait que Londres n'entraînât les Provinces-Unies dans des engagements dont elles porteraient toute la dépense. Les Hollandais s'en tiendraient à leurs offices pour la paix, mais « on avoit été fort touché en Hollande de la confiance du roi d'Espagne sur la médiation ».
Cadogan à la Haye ; son caractère
Cadogan, arrivé depuis peu à la Haye de la part du roi d'Angleterre, « étoit d'un caractère à ne ménager personne ». Il avait eu pendant la guerre passée toute la confiance du duc de Marlborough, et par lui du prince Eugène et du Pensionnaire, et comme eux il « haïssait parfaitement la France, surtout le gouvernement du feu roi et tous ceux dont il s'étoit servi ».
Ses plaintes, sa conduite
Il parla à Beretti de l'entreprise de l'Espagne « avec toute la fureur autrichienne ». Inquiet du traité récent entre le régent, le czar et le roi de Prusse, « il se plaignit aigrement de n'en avoir point de connoissance ». Châteauneuf eut ordre de le lui communiquer, mais ne l'aurait fait qu'en termes généraux ; le bruit courut alors que le roi d'Angleterre avait demandé son rappel pour avoir négocié et signé ce traité.
Inquiétude de l’Angleterre sur le nord
Le fond était « la mésintelligence de Georges avec son gendre et le czar », le chagrin de ses ministres de les voir unis à la France, et la crainte d'une paix séparée avec la Suède. Goertz et le czar, plus animé que jamais contre Georges, se trouvaient à Berlin, où s'était dressé un plan de paix particulière avec la Suède, « à l'exclusion des rois d'Angleterre et de Danemark », qu'on disait en Hollande concerté avec la France.
Ses ministres détrompés sur le régent, reprennent confiance en lui ; font les derniers efforts pour faire rappeler Châteauneuf
Cadogan assurait que le régent n'y avait point de part, mais un parti en France qui voulait borner son autorité, l'intérêt du régent étant de concourir avec l'Angleterre au repos du nord. Les Anglais, qui ignoraient, Stairs compris, que le régent eût communiqué ce traité à leur roi, « commencèrent à compter sur la sincérité de la conduite de Son Altesse Royale avec leur roi » ; mais « la haine des Anglois pour Châteauneuf étoit extrême », et ils voulurent lui faire un crime d'une insolence de la gazette de Rotterdam.
Substance et but du traité entre la France, le czar et la Prusse
Châteauneuf ayant enfin communiqué le traité aux États généraux, on vit « qu'il n'y avoit que de simples assurances et liaisons d'amitié », et que son objet n'était « que d'engager les puissances engagées dans la guerre du nord de reconnoître la France pour médiatrice de cette paix ».
Abbé Dubois à Londres et le colonel Stanhope à Madrid
L'abbé Dubois partit pour Londres le 20 septembre, deux jours après le départ de Paris du colonel Stanhope, que le roi d'Angleterre envoyait à Madrid ; Penterrieder était sur le point de quitter Vienne pour l'Angleterre. « Ainsi la scène des grandes négociations s'alloit ouvrir de tous côtés. »
Le czar parti de Berlin sans y avoir rien fait ni voulu écouter sur la paix du nord
On parlait de négociations secrètes à Abo entre la Suède, la Russie et la Prusse, mais le czar « étoit parti de Berlin sur la fin de septembre sans avoir pris de nouvel engagement », et ses ministres disaient qu'« à l'exception de la Finlande, il ne vouloit rien rendre à la Suède » : « ainsi les choses étoient encore peu disposées à la paix ».
Le roi de Prusse réconcilié avec le roi d’Angleterre, cherche à la tromper sur la paix du nord ; se plaint de la France, qui le contente
Réconcilié avec le roi d'Angleterre, son beau-père, le roi de Prusse lui protestait de son union avec les alliés du nord pour forcer la Suède à une paix raisonnable, l'assurant qu'on n'était convenu d'aucun projet avec Goertz. Il se plaignit que la France eût communiqué sans concert le traité fait entre elle, le czar et lui ; on lui répondit « qu'il avoit été impossible de le tenir caché plus longtemps », et Huxelles promit de lui faire part des réflexions qu'inspiraient les prospérités de l'empereur. Malgré ces beaux propos, il « ne perdoit point de vue sa paix particulière avec la Suède ».
Poniatowski à Paris ; confident du roi de Suède, consulté par Kniphausen, lui trace le chemin de la paix du nord
Kniphausen, son envoyé à Paris, consulta Poniatowski, confident du roi de Suède, sur le landgrave de Hesse-Cassel comme canal de cette paix. Poniatowski répondit « que cette voie n'étoit pas bonne », le landgrave ayant perdu son crédit par ses liaisons avec le roi d'Angleterre, et traça le chemin : « suspendre la démolition des fortifications de Wismar ; hâter ensuite le retour du baron de Goertz en Suède », et trouver un expédient au sujet de Revel. Les Suédois assuraient pourtant que jamais leur roi ne céderait Brême et Verden.
Ardeur du roi d’Angleterre, et sa cause, pour pacifier l’empereur et l’Espagne qui ne s’en éloigne pas
« Plus il y avoit d'agitation dans le nord, plus le roi d'Angleterre se croyoit intéressé à pacifier l'empereur et l'Espagne », comptant se faire de l'empereur « un puissant protecteur pour conserver les États usurpés sur la Suède », tout en obligeant le roi d'Espagne. Lui et ses ministres redoublaient d'empressement, « et l'Espagne alors ne paraissoit pas s'en éloigner » : Monteléon eut ordre d'assurer Stanhope que son cousin serait bien reçu à Madrid.
Sentiment de Monteléon sur les Anglois
Monteléon « se persuadoit que l'extrême répugnance que la nation Anglaise avoit à se brouiller avec l'Espagne à cause de son commerce » retiendrait Georges et ses ministres sur la partialité, et les bornerait aux offices pour ménager la paix.
Sa situation redevenue agréable avec eux
L'ambassadeur paraissait avoir regagné la confiance du roi d'Angleterre et de ses ministres, tout en gardant celle des principaux opposants : Stanhope l'employait en ami, et il mena dans son carrosse à Hampton Court le duc de Buckingham, qui n'avait pas vu le roi depuis la perte de la présidence du conseil. Son attachement à « l'union intime entre la France et l'Espagne » avait déplu à Londres, qui s'en choquait moins depuis qu'elle voyait les plaies de cette union et la dépendance du régent, fondée sur « l'étrange crédit de l'abbé Dubois ».
Caractère du roi d’Angleterre et de ses ministres
Cette confiance était d'autant plus marquée que le roi d'Angleterre « étoit défiant et parloit peu. Ce silence étoit moins attribué à politique qu'à la crainte de parler mal à propos » ou contre le sentiment de ses ministres, dont le public prétendait qu'ils ne s'appliquaient qu'à se conserver dans leurs places et n'écoutaient « qu'avec répugnance et dégoût » ce qui regardait les intérêts étrangers.
Bassesse du roi de Sicile pour l’Angleterre, inutile
L'envoyé du roi de Sicile attribuait à ces dispositions le peu d'effet de ses protestations : son maître n'avait nulle part aux projets de l'Espagne et s'attacherait aux sentiments de l'Angleterre. Mais le ministère, qui connaissait le caractère de ce prince, « croyoit lui faire honneur d'écouter les propos de son ministre, et de lui laisser croire par son silence, s'il vouloit, qu'il les avoit persuadés ».
Son envoyé à Londres forme une intrigue à Vienne pour y réconcilier son maître
Craignant que la France et l'Angleterre, plus attentives à leurs intérêts, ne traversassent la réunion de son maître avec l'empereur, l'envoyé de Sicile chercha à y travailler lui-même « sans la participation des ministres d'Angleterre ». Il se servit de l'envoyé de Modène à Londres, dont le frère, à Vienne, prétendait traiter directement avec l'empereur « indépendamment de ses ministres ».
Opinion prétendue de l’empereur sur le régent et sur le roi de Sicile
Ce frère fondait ses espérances sur ce que l'empereur savait que le roi de Sicile avait refusé toute ligue nouvelle avec le régent, et s'était ainsi attiré sa haine. L'empereur en inférait que, si le régent s'empressait tant d'empêcher la guerre, ce n'était point par attachement pour lui, « qu'il craignoit et n'aimoit point », mais pour empêcher « la réunion que cette guerre produiroit infailliblement entre lui empereur et le roi de Sicile » : tel était, disait-on, le motif du voyage de Dubois à Londres.
Crainte publique des princes d’Italie
« Quel que fût le projet, tous les princes d'Italie craignoient également d'être soupçonnés d'y participer. » Leurs ministres en France le désapprouvaient publiquement, assurant que leurs maîtres étaient bien éloignés d'entrer dans aucun projet « capable de porter le moindre préjudice à l'empereur ».
Sages pensées de Cellamare
Témoin de ces apologies et très inquiet du voyage de Dubois à Londres, Cellamare était « un homme sage, qui espéroit peu de l'entreprise d'Espagne », et jugeait préférable que son maître suivît la voie de négociation que la France et l'Angleterre lui ouvraient. « Une guerre sans alliés lui paraissoit téméraire, et c'étoit, à son sens, un foible fondement que de compter uniquement sur la diversion des Turcs » ; seul Ragotzi assurait qu'ils feraient la campagne suivante.
Avis envenimés contre la France de Welez à l’empereur
Welez, l'espion de l'empereur, l'informa du départ de Ragotzi et des voies de ses lettres, dont il prétendait que quelques-unes « passoient par le comte de Toulouse, d'autres par le bureau des affaires étrangères ». Il offrit de faire enlever l'abbé Brenner avec tous ses papiers, et concluait des facilités trouvées en France « que la France et l'Espagne étoient d'intelligence pour susciter à Sa Majesté Impériale un ennemi qu'elles croyoient dangereux et redoutable ».
Conseils enragés de Bentivoglio au pape, qui fait entendre qu’il ne donnera plus de bulles sans conditions et précautions
Bentivoglio, « toujours le plus violent ennemi de la France où il étoit nonce », après avoir combattu l'indult pour l'archevêché de Besançon, persuada le pape « de faire entendre qu'il n'accorderoit plus de bulles sans des précautions et des conditions » pour les nominations du roi. Il le pressait aussi de faire avec l'empereur la ligue dont Hohendorff lui avait communiqué le projet : « ce digne ministre de paix pressoit le pape, avec les plus étranges efforts, de prendre et d'effectuer les plus violentes résolutions contre la France ».

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