TOME XIX · CHAPITRE VII
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Résumé
Fins de mission : Bournonville exclu de l'ambassade de France ; les tentatives vaines pour la restitution des bonnes grâces au duc de Berwick et pour la grandesse de Saint-Aignan ; la « conduite étrange de la princesse des Asturies » envers Leurs Majestés — les premiers signes de la catastrophe conjugale ; le bal de l'intérieur du palais ; « la Pérégrine, perle incomparable » ; illuminations et feux d'artifice « admirables » ; Leurs Majestés en cérémonie à l'Atocha — et la raison qui fait l'auteur s'abstenir ; la course des flambeaux, le combat naval.
Les entrées
- Le duc de Bournonville, nommé à l’ambassade de France, en est exclus
- Le duc de Bournonville, qui « briguoit fort à Madrid l'ambassade de France », se l'était fait déclarer pendant la petite vérole de Saint-Simon. Dubois, qui « ne vouloit point absolument » de ce cousin et intime du duc de Noailles, chargea l'ambassadeur de faire révoquer la nomination. Saint-Simon représenta à Grimaldo qu'avec un tel ambassadeur, « asservi à Popoli, à Miraval, à toute la cabale italienne si ennemie de la France », on aurait « humeurs, caprices, brouilleries, dégoûts réciproques entre les deux cours, leur désunion certaine » ; il suggéra de continuer Laullez et de gagner du temps. « Grimaldo, convaincu de mes raisons, me promit merveilles et me les tint. » Bournonville « en fut la dupe, et ses Italiens avec lui, qui en furent outrés de dépit » ; lui-même « parut comme un condamné, mais il ne m'en fit que mieux », jusqu'à guetter le carrosse de l'ambassadeur dans la cour du Retiro la veille du départ pour « une dernière audience » de deux heures.
- Je tente en vain d’obtenir la restitution de l’honneur des bonnes grâces de Leurs Majestés Catholiques au duc de Berwick
- Première tentative échouée : la restitution des bonnes grâces au duc de Berwick, qui avait accepté de commander contre l'Espagne et « brûlé la marine d'Espagne au Ferrol » — ce que Philippe V, « qui l'avoit comblé lui et son fils aîné de bienfaits, ne put jamais lui pardonner ». Grimaldo prévint que « le roi et la reine n'avoient encore rien rabattu de leur première indignation » ; Daubenton se déroba. À l'audience, au nom de Berwick, « le roi rougit, m'interrompit, et me dit d'un air allumé et d'un ton ferme : « Monsieur, Dieu veut qu'on pardonne, mais il ne faut pas m'en demander davantage. » » — « Votre Majesté me ferme la bouche ; et le respect m'empêchera de la rouvrir là-dessus. »
- Je tente en vain d’obtenir la grandesse pour le duc de Saint-Aignan
- Seconde tentative, plus chère au cœur : la grandesse pour le duc de Saint-Aignan, demandée par la duchesse de Beauvilliers — « les services et la reconnoissance pour de tels morts, et desquels ni des leurs on ne peut rien attendre, sont d'une suavité si douce que nulle sorte de plaisir n'y est comparable ». Malgré une préparation savante — les souvenirs de jeunesse du roi, le duc et la duchesse de Beauvilliers —, « j'aperçus le roi piétiner, comme il faisoit toujours quand il vouloit finir l'audience ; et quand j'eus achevé, au lieu de me répondre, il se mit à tirer la robe de la reine, qui étoit le signal de me congédier ». Grimaldo essaya deux fois : « il fut refusé, et à la dernière, le roi d'Espagne lui dit qu'après tout ce qu'il avoit fait pour moi je devois être content ». Albéroni avait laissé « des impressions fâcheuses » sur Saint-Aignan, dont « le soin tardif de sa parure avoit souvent impatienté Leurs Majestés ».
- Conduite étrange de la princesse des Asturies à l’égard de Leurs Majestés Catholiques
- La princesse des Asturies convalescente montra son humeur : « elle résistoit avec opiniâtreté à aller chez la reine », « ne vouloit plus écouter sur rien les médecins, ni ses dames, et répondoit même à la reine fort sèchement ». Sur le bal préparé : « Moi, y aller ! je n'irai point. Le roi et la reine y iront s'ils veulent. Ils aiment le bal, je ne l'aime point ; ils aiment à se lever et à se coucher tard, moi à me coucher de bonne heure. Ils feront ce qui est de leur goût, et je suivrai le mien. » Saint-Simon dit à Leurs Majestés « qu'elles gâtoient la princesse », qu'il fallait « la ployer sans retardement à ses devoirs » et donner le bal sans elle, « en lui faisant sentir dès la première occasion qu'elle n'étoit rien, et qu'on se passoit très aisément d'elle » — la reine appuyant des yeux. Le roi annula pourtant le grand bal. « Je ne prédis que trop vrai : la princesse en fit de toutes les façons les plus étranges, excepté la galanterie. »
- Bal de l’intérieur du palais
- « Pour s'en dépiquer, ce fut son terme », dit la reine, « le roi en aura un petit ce soir, après souper, dans notre particulier, où il n'y aura que du palais, et le roi veut que vous y veniez. » Le bal fut dans la petite galerie intérieure, seigneurs en charge, dames du palais, jeunes señoras et caméristes : « le roi, la reine, le prince des Asturies s'y divertirent fort ; tout le monde y dansa force menuets, encore plus de contredanses, jusque sur les trois heures après minuit ». La princesse, logée au bout de cette galerie, « ne parut pas un instant ».
- La Pérégrine, perle incomparable
- « Ce fut là où je vis et touchai à mon aise la fameuse Pérégrine, que le roi avoit ce soir-là au retroussis de son chapeau, pendant d'une belle agrafe de diamants. Cette perle, de la plus belle eau qu'on ait jamais vue, est précisément faite et évasée comme ces petites poires qu'on appelle de sept-en-gueule. Aussi est-elle unique. On la dit la pareille et l'autre pendant d'oreilles de celle qu'on prétend que la folie de magnificence et d'amour fit dissoudre par Marc-Antoine dans du vinaigre, qu'il fit avaler à Cléopâtre. »
- Illuminations ; feux d’artifice admirables
- Les fêtes des doubles mariages commencèrent le 15 février « par une illumination et un feu d'artifice dans la place qui est devant le palais » : « ils durent plus d'une heure dans une variation perpétuelle de paysages, de chasses, de morceaux d'architecture admirables ; les fleuves et les cascades de feu ne cessent, ne diminuent, ne s'affaiblissent pas un moment, en sorte qu'on n'a pas assez d'yeux pour voir le tout ensemble. Nos plus beaux feux d'artifice ne sont rien en comparaison. »
- Leurs Majestés Catholiques en cérémonie à l’Atoche
- Le lendemain, Leurs Majestés allèrent en cérémonie à Notre-Dame d'Atocha, « dans un carrosse tout de bronze doré et de glaces, avec le prince et la princesse des Asturies sur le devant, et suivies de trente carrosses remplis de grands et de toute la cour » ; au retour, le roi passa par la place Major « tout illuminée, et s'y arrêta quelque temps ».
- Raison qui me fait abstenir d’y aller
- Saint-Simon s'en abstint : « les grands étoient avertis de se trouver à ces cérémonies, et y avoient leurs places, et non les ambassadeurs. J'aurois pu m'y trouver comme grand ; mais celle-ci étoit si solennelle et si marquée sur le double mariage que, n'y pouvant assister comme ambassadeur, je crus m'en devoir abstenir quoique grand. »
- Fête de la course des flambeaux
- La course des flambeaux, dans la place Major illuminée : trois quadrilles de « deux cent cinquante bourgeois ou artisans de Madrid », menées par le duc de Medina-Coeli, le duc del Arco « couverts des plus belles pierreries » et le corrégidor, couraient deux à deux à toute bride, « tenant d'une main le flambeau droit et ferme », pour s'arrêter « tout à coup sur cul sous le balcon du roi » — « tête contre tête et croupe contre croupe », « où pas un ne manqua ». « L'exécution en fut également magnifique, galante et parfaite, et dans un ordre et un silence qui en releva beaucoup la grâce, l'adresse et l'éclat. »
- Fête d’un combat naval
- Enfin le combat naval, dans la même place : « un combat sur mer d'un vaisseau turc contre une galère de Malte, qui eut la victoire après deux heures de combat, le désempara et le brûla. L'eau étoit si parfaitement représentée, et les mouvements des deux bâtiments si aisés, leur manœuvre si vive, les événements du combat si vifs, si justes, si variés, si souvent douteux pour la victoire, qu'on ne se doutoit plus que ce fût un jeu qui se passoit à terre. Jusqu'au vent favorisa la fête en dissipant la fumée de la mousqueterie et des bordées de canon. » Suivit un dernier feu d'artifice où Leurs Majestés retinrent l'ambassadeur « fort longtemps près d'elles sur leurs balcons ».
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