TOME XII · CHAPITRE VI
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Résumé
Suite de la galerie d'avant-Régence : la vie ordinaire du duc et de la duchesse d'Orléans ; le caractère de la duchesse de Berry — l'orgueil et les abîmes de la fille aînée ; la Mouchy et son mari ; le caractère de Madame — la vieille Palatine droite et sauvage ; les embarras domestiques du prince ; et le « singulier manège » du maréchal de Villeroy avec l'auteur, suivi du caractère du maréchal — le fat magnifique et creux.
Les entrées
- Vie ordinaire de M. [le duc] et de Mme la duchesse d’Orléans
- « L'abandon total qui faisoit de la cour la plus parfaite solitude pour M. le duc d'Orléans », joint à la paresse et à l'orgueil de Mme la duchesse d'Orléans « pour attendre tout sur son trône sans se donner la moindre peine, rendoit leur vie languissante, honteuse, indécente et méprisée ». La duchesse entreprit avec courage — « par les mortifications continuelles que son orgueil eut à essuyer » — de faire fleurir sa table à Marly : longtemps « les dames qu'elle invitoit... étoient fertiles en excuses. On redoutoit la compagnie de M. le duc d'Orléans..., on craignoit le roi, c'est-à-dire Mme de Maintenon, et les plus au fait, M. du Maine. » Enfin « on s'enhardit les uns à l'exemple des autres » : la table était exquise, le prince y contenait « la liberté de ses discours ». « Mais le salon, pour tout cela, n'en devint pas plus favorable à M. le duc d'Orléans » : il y demeura évité « jusqu'à l'extrémité de la maladie du roi », et son ennui « le menoit souvent à Paris faire des soupers et des parties de débauche », qu'on tâchait de remplacer par des parties à Saint-Cloud et à l'Étoile — où on le voyait « s'enivrer tout seul dès les commencements du repas ».
- Caractère de Mme la duchesse de Berry
- Mme la duchesse de Berry : « grande, belle, bien faite..., et quelque chose dans les yeux qui faisoit craindre ce qu'elle étoit » ; le don de la parole de ses père et mère ; « timide d'un côté en bagatelles, hardie d'un autre jusqu'à effrayer..., basse aussi jusqu'à la dernière indécence, il se peut dire qu'à l'avarice près, elle étoit un modèle de tous les vices ». « Si j'avois connu ou seulement soupçonné dans cette princesse une partie dont le tout ne tarda guère à se développer..., jamais elle n'eût été duchesse de Berry. » Elle persécutait la religion de son mari, s'enivrait aux repas « à perdre connoissance », traitait son père « avec une hauteur qui effrayoit ». Ses galanteries aboutirent à La Haye, écuyer « à visage écorché, l'air sot et fat » : « enfin il faut le dire, parce que ce trait renferme tout : elle voulut se faire enlever dans Versailles par La Haye, M. le duc de Berry et le roi pleins de vie, et gagner avec lui les Pays-Bas. » Ingrate envers tous les artisans de son mariage — « elle haïssoit de tout son cœur tout ce qui avoit eu part à son mariage » —, méprisant sa mère comme bâtarde, elle demeura pourtant « la dépositaire du cœur et de l'âme de M. le duc d'Orléans ».
- Caractère de la Mouchy et de son mari
- « L'unique personne de son entière confiance étoit Mme de Mouchy..., dont les mœurs et le caractère en étoient parfaitement dignes. Outre la galanterie et la licence de la table, elle avoit un talent et des ressources d'inventions tout entières de la plus horrible noirceur, une effronterie sans pareille et une avidité d'intérêt à lui faire tout entreprendre..., toujours un but, et ne disant et ne faisant jamais rien sans un dessein. Son mari, qui avoit de la naissance, n'étoit pas moins bassement intéressé, et trouvoit tout bon d'elle, pourvu que cela lui rapportât ; de ces officiers d'ailleurs... bons au plus à placer quelque part capitaines des portes. »
- Caractère de Madame
- « Madame étoit une princesse de l'ancien temps, attachée à l'honneur, à la vertu, au rang, à la grandeur ; inexorable sur les bienséances... Bonne et fidèle amie, sûre, vraie, droite..., fort Allemande dans toutes ses mœurs » ; jamais « qu'en grand habit ou en perruque d'homme, et en habit de cheval », n'ayant « pas connu une robe de chambre » à plus de soixante ans. Elle aimait passionnément son fils, follement le duc de Lorraine et sa nation. Apprivoisée avec la personne — non la naissance — de sa belle-fille, « elle estimoit, elle plaignoit, elle aimoit presque Mme la duchesse d'Orléans » ; elle était « suprêmement indignée » de la vie de la duchesse de Berry, et n'avait de sympathie avec celle-ci que « la haine parfaite de M. du Maine, des bâtards et de leur grandeur ». Son fils, « le meilleur père, le meilleur fils et... le meilleur mari du monde », la craignait un peu et ne lui confiait que le gros des choses de famille : « elle influa donc fort peu dans sa conduite privée et publique. »
- Embarras domestiques de M. le duc d’Orléans
- Le grand embarras domestique : Mme la duchesse d'Orléans était « possédée du démon de la bâtardise » — « la béatitude anticipée de l'autre monde eût été pour elle en celui-ci, si elle avoit pu voir le duc du Maine établi roi de France au préjudice de son mari et de son fils..., et ce que j'en avance ici, elle me l'a dit à moi-même ». Guidée par Saint-Pierre et d'O, « sans cesse recordée et pressée », elle était « une épine fort dangereuse dans le sein de M. le duc d'Orléans » : « Nous sommes dans un bois, me disoit souvent ce prince, nous ne saurions trop prendre garde à nous. » Le pire fut le mariage du prince de Dombes avec Mlle de Chartres, ardemment voulu par du Maine pour se faire du régent futur un beau-père protecteur. Saint-Simon para des années durant — l'âge des parties, la cabale de Meudon, puis l'argument décisif : faire ce mariage du vivant du roi, c'était « lui déclarer une persuasion entière de sa mort prochaine » et perdre du Maine auprès de lui. Même l'engagement écrit proposé fut éludé — souvenir de la trahison de Mlle de Conti — jusqu'à ce que l'affaire du bonnet fît tout cesser. « Ce fut le fléau domestique qui occupa M. le duc d'Orléans et moi, jusqu'à la mort du roi. »
- Singulier manège du maréchal de Villeroy avec moi
- Aussitôt après la mort du Dauphin, le maréchal de Villeroy, tiré de disgrâce par Mme de Maintenon, fit à Saint-Simon — qui ne l'abordait jamais — « les avances de politesse qu'il auroit pu attendre de moi » : carreau partagé à la messe, conversations sans fin, et bientôt il « vint dîner ou souper très ordinairement » chez lui. « J'en étois désolé..., parce que je voyois clairement qu'il ne venoit que pour me pomper » : questions « les plus fortes et les plus redoublées, et retournées en cent façons, sur les projets de M. le duc d'Orléans pour l'avenir et ce que j'en pensois moi-même ». Saint-Simon répondait par « force crainte et respect du roi », l'inutilité de penser à l'avenir, « des châteaux en Espagne » — « le cercle de généralités et défaites tournées en tous sens dont je ne me laissois point tirer. Nous riions, M. le duc d'Orléans et moi, d'un tel personnage. » La querelle d'Estrées-Harcourt les brouilla ouvertement : « ce veau d'or n'eut point mon encens. »
- Caractère du maréchal de Villeroy
- Portrait du maréchal de Villeroy : « un grand homme bien fait, avec un visage fort agréable, fort vigoureux » ; fils du gouverneur du roi, élevé dans sa familiarité, « galant de profession..., magnifique en tout, fort noble dans toutes ses manières » ; mais « glorieux à l'excès par nature, bas aussi à l'excès pour peu qu'il en eût besoin, et à l'égard du roi et de Mme de Maintenon valet à tout faire ». « C'étoit un homme fait exprès pour présider à un bal, pour être le juge d'un carrousel, et, s'il avoit eu de la voix, pour chanter à l'Opéra les rôles de rois et de héros ; fort propre encore à donner les modes et à rien du tout au delà. » Incapable de toute affaire « au point que, lorsqu'il fut dans le conseil, le roi étoit peiné de cette ineptie... d'en baisser la tête, d'en rougir » (su de Torcy) ; « dupe parfaite » de Vaudemont et de Mme des Ursins ; « l'homme du monde le moins aimé », au commerce fait « d'un tissu de fatuité..., de montre de faveur et de grandeur de fortune » ; dur jusqu'à la cruauté avec son fils. « Enfin la fausseté, et la plus grande et la plus pleine opinion de soi en tout genre, mettent la dernière main à la perfection de ce trop véritable tableau. »
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