TOME VII · CHAPITRE XVIII

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Résumé

L'affaire d'Espagne du duc d'Orléans : Flotte et Renaut arrêtés, le déchaînement contre le prince accusé d'avoir brigué la couronne, Villaroël et Manriquez arrêtés ; le « terrible orage » — on veut lui faire juridiquement le procès. Le chancelier oblige l'auteur à donner son avis juridique sur le crime imputé, « en est frappé, et tout tombe là-dessus » ; triste état du duc d'Orléans après l'avortement de l'orage — seul, déconsidéré, abandonné de tous sauf de Saint-Simon.

Les entrées

Affaire d’Espagne de M. le duc d’Orléans
Affaire d'Espagne du duc d'Orléans, « la source de tout ce qui a depuis accompagné sa vie d'amertumes et de détresses » : après le mot fatal du souper, sentant les fautes que « l'ambition et l'avarice faisoient commettre à la princesse des Ursins…, extrêmement crainte et haïe », il écouta les mécontents — du su de Leurs Majestés Catholiques qui « le prièrent de continuer ». Il renoua aussi avec Stanhope, ancien compagnon de débauche parisienne, « par des trompettes, des occasions de passeports, d'échanges de prisonniers » ; il laissa Renaut en Espagne, « drôle d'esprit et d'entreprise, actif, hardi, intelligent — on verra bientôt que le jugement n'étoit pas de la partie ». Le roi, travaillé par Mme des Ursins via Mme de Maintenon « sans aucun autre canal intermédiaire », le retint en France.
Flotte arrêté en Espagne et Renaut aussi
Flotte arrêté : envoyé chercher les équipages — et, dit le prince, porter ses protestations si Philippe V quittait le trône —, il ne trouva Renaut nulle part, rôda trois semaines de quartier en quartier, puis, parti avec vingt dragons d'escorte, fut enveloppé par deux escadrons espagnols sur ordre écrit « de la main propre du roi d'Espagne » ; il glissa trop tard son porte-lettres au commissaire des vivres. Besons, indigné, fit prévenir le duc d'Orléans « six jours entiers avant le roi ». Renaut, dont « la tête se tourna » — « il se crut l'arbitre des récompenses de tout ce qui entreroit dans le parti, et jusqu'à ses discours le trahirent » —, avait été « arrêté secrètement un peu avant l'arrivée de Flotte ».
Déchaînement contre M. le duc d’Orléans
Déchaînement : « il se publia que M. le duc d'Orléans avoit essayé de se faire un parti qui le portât sur le trône d'Espagne en chassant Philippe V » ; les plus enragés parlaient de faire casser à Rome son mariage, d'épouser la reine douairière, « et, sûr qu'elle n'auroit point d'enfants, épouser après elle la d'Argenton ; enfin, pour abréger les formes, empoisonner Mme la duchesse d'Orléans. Grâce aux alambics, au laboratoire…, et à la gueule ferrée des imposteurs », la colique de la duchesse grosse redoubla ces horreurs — son heureux accouchement les fit tomber.
Villaroël et Manriquez, lieutenants généraux, arrêtés en Espagne
« Quinze jours après, le marquis de Villaroël, lieutenant général, fut arrêté à Saragosse, et don Boniface Manriquez, aussi lieutenant général, le fut à Madrid, et dans une église, qui est un asile en Espagne qu'on ne viole qu'avec de grandes mesures. Ce fut un éclat si grand pour le pays, qu'il ne s'y pouvoit rien ajouter » — exactement ce que voulait Mme des Ursins « pour exciter les clameurs de toute l'Espagne nécessaire à révolter toute la France, sous les secrets auspices de Mme de Maintenon ».
Terrible orage contre M. le duc d’Orléans, à qui on veut faire juridiquement le procès
Terrible orage : le prince avoua au roi n'avoir accepté que de « s'y laisser porter si Philippe V tomboit de lui-même sans aucune espérance de retour » — « idée extravagante, mais qui ne pouvoit jamais passer pour criminelle ». Monseigneur, « tiré de l'apathie la plus profonde pour la première fois de sa vie contre Chamillart », montra « jusqu'à de la furie, et n'insista à rien moins qu'à une instruction juridique et criminelle » ; le duc de Bourgogne seul « demeura ferme à vouloir des preuves…, à soutenir qu'il falloit cacher, non pas manifester à leur honte commune le crime du sang royal ». Le roi, « accablé de Monseigneur qui lui demandoit continuellement justice pour son fils », ordonna au chancelier « d'examiner les formes requises ». Saint-Simon, en demi-disgrâce, refusa de s'écarter de son ami : « à la cour comme à la guerre il falloit de l'honneur et du courage ».
Le chancelier m’oblige à lui dire mon avis juridique sur le crime imputé à M. le duc d’Orléans, en est frappé, et tout tombe là-dessus, desseins et bruits incontinent après
L'avis juridique : le chancelier, se promenant « la tête baissée et ses deux bras dans les fentes de sa robe », demanda à Saint-Simon comment, pair et ami, il ferait au procès. « Monsieur, ne vous y jouez pas, vous vous y casseriez le nez » : le crime supposé était de lèse-majesté « qui regarde uniquement le roi et la couronne d'Espagne, en rien celle de France » — la cour des pairs incompétente, et indigne de la couronne « de livrer un prince que sa naissance en rend capable à aucun tribunal d'Espagne ». « Vous êtes un compère, me dit-il en frappant du pied et souriant en homme soulagé, je n'avois pas pensé à celui-là, et en effet cela a du solide. » « Moins de vingt-quatre heures après, les bruits changèrent tout d'un coup…, et aussitôt ils tombèrent. » Saint-Simon courut le conter au duc d'Orléans, « qui m'embrassa de bon cœur ».
Triste état du duc d’Orléans après l’avortement de l’orage
Triste état après l'orage : « le roi en demeura éloigné de son neveu ; et Monseigneur, qui n'en revint jamais, le lui fit sentir jusque dans la vie ordinaire, d'une façon très mortifiante ». Mme de Maintenon et la Choin tinrent « le monde dans l'opinion que c'étoit mal faire sa cour que de voir M. le duc d'Orléans » ; abattu, il « s'entraîna plus que jamais à Paris par la liberté qu'il ne trouvoit point ailleurs, et pour s'étourdir par la débauche ».

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