TOME XVI · CHAPITRE XII
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Résumé
Récapitulation depuis 1716 — et la conspiration à découvert : la « négociation secrète de Cellamare avec le duc d'Ormond caché dans Paris », les « criminelles pratiques que le régent n'ignore pas » ; avis, vues et conduite de l'ambassadeur ; le « fâcheux état du gouvernement en France ». La quadruple alliance signée à Londres le 2 août 1718, puis à Vienne et La Haye — « ses prétextes et sa cause » ; Dubois ; Morville en Hollande « très soumis aux Anglais » ; les plaintes commerciales réciproques ; la violence du czar contre le résident de Hollande ; les défiances du roi de Sicile.
Les entrées
- Court exposé depuis 1716
- Le court exposé depuis 1716 : Venise attaquée engagea l'empereur dans la guerre turque ; le roi d'Espagne joignit d'abord sa flotte à celle de la république « si à propos que ce secours préserva Corfou » ; en 1717, la flotte « qui paroissoit destinée à porter des secours aux Vénitiens... fut employée à enlever la Sardaigne à l'empereur », sous prétexte des paroles manquées sur la Catalogne et Majorque ; « l'entreprise faite en Sicile en 1718 étoit la suite de l'invasion de la Sardaigne, et fondée sur le même prétexte. »
- Négociation secrète de Cellamare avec le duc d’Ormond caché dans Paris, où cet ambassadeur continue soigneusement ses criminelles pratiques, que le régent n’ignore pas
- La négociation secrète avec Ormond : le duc, « caché aux environs de Paris et changeant souvent de demeure », demandait « douze vaisseaux, six mille hommes de débarquement, quinze mille fusils, des armes pour mille dragons..., une retraite en quelque ville de Biscaye », promettant que « les deux tiers de la nation se déclareroient » pour le roi Jacques ; Cellamare poursuivait ses pratiques « quoique M. le duc d'Orléans fût bien informé de ses démarches et des noms de ceux qui croyoient faire ou avancer leur fortune en s'engageant imprudemment avec le ministre d'une cour étrangère » — les rapports partant à Madrid « sous le nom de Pattes ».
- Avis, vues et conduite de Cellamare
- Ses avis et vues : il proposa de lever en France des soldats pour les régiments wallons et irlandais, voire « quelques nouveaux régiments françois » recrutés aux frontières de Catalogne, d'Aragon et de Navarre ; le chevalier Folard s'offrait — « l'ambassadeur connoissoit ses talents et lui rendit justice, ajoutant seulement qu'il battoit beaucoup la campagne » ; il assurait Albéroni « que toute la nation françoise s'étoit réjouie » de l'entrée dans Messine, « ramassant avec soin tous les discours de la ville..., et grossissant tous les objets » jusqu'à annoncer des régiments autour de Paris et les gardes tenues prêtes.
- Fâcheux état du gouvernement en France
- Le fâcheux état du gouvernement : « les nouveautés introduites dans l'administration des finances, l'établissement de la banque, les projets qu'on attribuoit à Law..., l'opposition du parlement, une espèce de guerre entre les arrêts du conseil et les arrêts de cette compagnie pour les annuler, donnoient lieu d'ajouter foi à toutes les funestes prédictions qui se débitoient d'une guerre intestine et prochaine. »
- Quadruple alliance signée à Londres le 2 août, puis à Vienne et à la Haye
- « Le traité de la quadruple alliance négocié à Londres fut signé premièrement dans cette ville le 2 août, et ensuite à Vienne et à la Haye, le roi d'Espagne ayant refusé d'y entrer, nonobstant les vives instances qui lui en avoient été faites » — avec tant de précautions que le résident impérial prétendit que les ministres anglais « avoient apposé vingt-quatre fois leurs signatures et leurs cachets aux articles de ce traité, secrets et séparés ».
- Ses prétextes et sa cause
- Ses prétextes et sa cause : en apparence, réparer les atteintes aux paix de Bade et d'Utrecht, régler Dunkerque et Mardick, donner des successeurs aux États d'Italie ; en réalité, « un intérêt particulier et trop à découvert étoit le ressort de cette alliance » : le régent voulait des défenseurs des renonciations « contre toutes les lois et la constitution inviolable du royaume », et George la garantie de « l'ordre de succession établi nouvellement en Angleterre au préjudice du véritable roi de la Grande-Bretagne » — « l'intérêt réciproque unissant le roi d'Angleterre avec le régent. »
- Dubois
- Dubois : « on peut ajouter à ces grands intérêts l'ambition du négociateur employé par M. le duc d'Orléans, qui de valet d'un docteur de Sorbonne étoit parvenu, par ses intrigues et ses fourberies, à devenir précepteur de ce prince, et que le caprice de la fortune ou plutôt la juste colère de Dieu éleva depuis à l'archevêché de Cambrai et à la dignité de cardinal, enfin au poste de premier ministre, avec une telle autorité que, lorsqu'il mourut au mois d'août 1723, Son Altesse Royale avoit lieu de craindre le pouvoir excessif dont elle voyoit clairement qu'il étoit prêt d'abuser contre son maître et son bienfaiteur. »
- Morville en Hollande très soumis aux Anglois
- Morville en Hollande : les ministres anglais « parurent d'autant plus contents de Morville, nouvellement arrivé à la Haye en qualité d'ambassadeur de France, qu'ils le trouvèrent soumis à leurs conseils, pour ne pas dire à leurs ordres, conduite très différente de celle de Châteauneuf son prédécesseur..., qu'ils avoient enfin fait révoquer ».
- Conduite de Beretti et de Monteléon
- La conduite des deux ambassadeurs : Beretti « interprétoit à sa fantaisie les démarches les plus indifférentes..., s'attribuant l'honneur et l'utilité prétendue des résolutions prises sans qu'il y eût la moindre part » — démenti par la signature ; Monteléon, à qui Craggs offrit de communiquer tous les articles sans mystère, répondit froidement « que, n'ayant jamais eu de curiosité de ce qui s'étoit traité et conclu, il rendroit simplement compte au cardinal Albéroni de la réponse ».
- Plaintes réciproques des Espagnols et des Anglois sur le commerce
- Les plaintes croisées sur le commerce : « les Espagnols se plaignoient de l'abus que les Anglois faisoient des conditions avantageuses obtenues par le traité d'Utrecht ; et réciproquement, on prétendoit en Angleterre que ces conditions n'étoient pas exécutées de la part de l'Espagne, principalement en ce qui regardoit le privilège de la traite des nègres..., préjudice qui aigrissoit une nation également superbe et avare, plus facile à blesser qu'il n'est facile de l'adoucir. »
- Violence du czar contre le résident de Hollande
- La violence du czar : son résident de Hollande ayant dit et écrit « que le czarowitz étoit mort de mort violente, et que le penchant à la révolte étoit général en Moscovie », le czar « avoit fait arrêter ce résident sans égard au droit des gens, et s'étoit emparé de tous ses papiers », menaçant d'arrêter tous les vaisseaux hollandais des ports de Suède jusqu'à ce qu'on lui eût nommé les informateurs.
- Plaintes et défiances du roi de Sicile
- Les défiances du roi de Sicile : « il se défioit et de la France et de l'Angleterre, et différoit d'accepter les assistances qui lui étoient offertes..., ne voulant s'expliquer que lorsqu'il seroit établi dans la possession tranquille du royaume de Sicile » ; Provane attribuait les variations du régent « aux vues secrètes qu'il conservoit encore de marier une des princesses ses filles au prince de Piémont ».
- Conduite de l’Angleterre à son égard, et de la Hollande à l’égard du roi d’Espagne
- La conduite anglaise à son égard : le roi d'Angleterre appuya à Vienne la négociation de Saint-Thomas, « à condition que, si le roi d'Espagne rejetoit le projet de paix, et qu'il fût accepté par le duc de Savoie, ce prince auroit la Sardaigne cédée absolument, sans la condition de retour en faveur de l'Espagne » ; la Hollande, elle, « amusoit l'ambassadeur [d'Espagne] », sa conduite étant « amphibie » — ne pas déplaire au roi d'Espagne sans se rendre suspecte aux autres puissances.
- Projets de l’Espagne avec la Suède contre l’Angleterre
- Les projets avec la Suède : l'envoyé suédois assura Beretti que Charles XII « avoit sur pied soixante-quinze mille hommes effectifs et vingt-deux navires armés ; mais l'argent lui manquoit » ; le roi d'Espagne « promettoit au roi de Suède trente mille hommes et trente vaisseaux de guerre » — la diversion qui devait « renverser et anéantir les projets de la quadruple alliance », surtout avec le czar et la Prusse.
- Mouvements partout causés par l’expédition de Sicile
- Les mouvements partout : le duc de Savoie sollicitait l'empereur et demandait que Bing passât à Naples ; Monteléon pressait Albéroni « de terminer le plus tôt qu'il seroit possible l'affaire de Sicile..., ses instances réitérées le rendant odieux » ; Stairs, appuyé des lettres de Dubois, « ne désespéroit pas d'obtenir, au moins comme préliminaire, que Son Altesse Royale fît mettre au moins pour quelque temps à la Bastille le duc d'Ormond ».
- Vues, artifices, peu de ménagement de l’abbé Dubois pour M. le duc d’Orléans
- Les artifices de Dubois : quittant Londres, il protesta si fort de son zèle au ministre de Savoie que ses assurances « allèrent au point de contredire à Londres ce que M. le duc d'Orléans avoit dit à Paris, en sorte que l'envoyé de Savoie en conclut qu'il falloit qu'il y eût nécessairement un mensonge, soit de la part de Son Altesse Royale qu'on ne devoit pas en soupçonner, soit de la part de son agent en Angleterre ».
- Conduite et propos d’Albéroni
- La conduite d'Albéroni : « l'intention d'Albéroni étoit de prolonger [la négociation de Stanhope] et de la régler suivant les nouvelles qu'il recevroit d'Italie, persuadé qu'on ne pouvoit être trop en garde contre les artifices de la cour de Vienne, dont toute la conduite, disoit-il, étoit un tissu de momeries » ; et sur Huxelles : « ce pauvre vieux maréchal avançoit comme un trait de politique profonde que, la supériorité de l'empereur étant bien connue, il falloit travailler à l'augmenter. »
- Sa scélérate duplicité sur la guerre, aux dépens du roi et de la reine d’Espagne
- Sa scélérate duplicité : « rejetant sur son maître tout ce qu'il y avoit d'odieux dans le désir de la guerre, [il] protestoit qu'il n'en étoit pas l'auteur, et que, s'il en étoit le maître, la paix régneroit bientôt dans toute l'Europe ; qu'il ne désiroit pour le roi d'Espagne aucune augmentation d'États en Italie..., Oran, suivant la pensée d'Albéroni, valant mieux que l'Italie. »
- Ses artificieux discours au comte de Stanhope, qui n’en est pas un moment la dupe
- Ses artificieux discours à Stanhope : la paix convenait à ses « intérêts particuliers et personnels — sans cette union, il étoit impossible de soutenir la forme de gouvernement qu'il avoit établie en Espagne » ; mais « un ministre éclairé et pénétrant, tel que l'étoit Stanhope, comprit aisément et dès les premières conférences que, malgré les protestations de ce cardinal..., on ne devoit attendre de sa part aucune facilité pour un accommodement ». Stanhope et Nancré « vécurent dans une grande intelligence..., et se communiquèrent réciproquement le peu de succès de leur négociation ».
- Albéroni et Riperda en dispute sur un présent du roi d’Angleterre au cardinal
- La dispute du présent : « le roi d'Angleterre avoit fait remettre au baron de Riperda une somme de quatorze mille pistoles pour les donner au cardinal Albéroni..., et jamais Albéroni n'en avoit entendu parler. Il envoya chercher Riperda pour approfondir cette affaire, dont on ignore quel a été l'éclaircissement. Si le cardinal reçut cette somme, elle fut mal employée. »
- Embarras de Rome
- L'embarras de Rome : « celle de Rome crut avoir lieu de craindre l'association des deux premiers princes de l'Europe avec les principales puissances protestantes, et, voyant la guerre à ses portes, elle ne savoit à qui recourir, ni de quel côté elle attendroit du secours. »
- Le pape et le roi d’Espagne fortement commis l’un contre l’autre
- Le pape et le roi d'Espagne commis l'un contre l'autre : le roi « avoit ordonné aux réguliers ses sujets, étant à Rome, d'en sortir » ; le pape « leur avoit, au contraire, défendu de se retirer, et fait la même défense à tout Espagnol, sous peine d'excommunication » — les deux cours s'aigrissant « chaque jour de plus en plus ».
- Poison très dangereux du cardinalat
- Le poison du cardinalat : le pape comptait en France sur les partisans de Rome, empressés « aux dépens même de la paix et de l'union de l'Église » — les uns visant « ces dignités supérieures, si capables d'éblouir et d'aveugler les ecclésiastiques ; dignités qui ne dépendent que du pape, et que les rois, contre leur propre intérêt, ont admises et honorées en leurs cours » ; d'autres « d'un plus bas étage, comme espions ».
- Lit de justice des Tuileries qui rend au régent toute son autorité
- Le lit de justice des Tuileries : « il n'y fut pas question des affaires de Rome, mais des prétentions des princes légitimés, et de leurs contestations avec les princes du sang. L'opposition du parlement à la création d'un garde des sceaux ne fut pas écoutée ; il fallut obéir et enregistrer les lettres. L'autorité du régent, attaquée par le parlement, parut par le succès qu'il avoit eu au lit de justice, et les étrangers le considérèrent comme un premier fruit des traités que ce prince avoit signés dernièrement. »
- Les Espagnols défaits ; leur flotte détruite par Bing
- Le cap Passaro : la flotte espagnole, partie du Phare de Messine le 9 août « pendant que l'armée espagnole continuoit de bombarder la citadelle », fuyait vers Catane ; les Anglais l'atteignirent le 10, « le vent manquant à la flotte d'Espagne..., à douze lieues de Syracuse, vers le cap Passaro » ; le 11 à midi, « six ou sept navires anglois... avoient déjà coulé bas quatre navires, cinq autres étoient sautés en l'air à la vue de Syracuse, et l'amiral Bing avoit envoyé dire à Maffeï que le reste de la flotte étoit réduit à ne pouvoir ni fuir ni se défendre ».
- Fausse joie de Stairs
- La fausse joie de Stairs : « la nouvelle de la défaite de la flotte d'Espagne ne causa nulle peine au régent » ; Stairs se réjouissait « de la faiblesse du parti opposé au régent, de l'union du gouvernement..., [mais] peut-être écrivoit et disoit ce qu'il ne pensoit pas, et souhaitoit, au contraire, de voir le feu de la division embraser tout le royaume ; mais il étoit loin d'avoir cette satisfaction. »
- Sages et raisonnables désirs
- Les sages désirs : « l'esprit de paix régnoit en France, celui de sédition en étoit banni, et ceux qui connoissoient le bonheur d'y voir la tranquillité maintenue désiroient seulement que Dieu voulût donner à la régence l'esprit de conseil, et de profiter des avantages que la France et l'Espagne trouveroient à bien vivre ensemble dans une parfaite intelligence. »
- Cellamare de plus en plus appliqué à plaire en Espagne par ses criminelles menées à Paris
- Les menées criminelles continuées : « c'étoit ainsi que s'expliquoit l'ambassadeur d'Espagne à Paris ; mais secrètement il agissoit différemment. Appliqué à l'exécution ponctuelle des commissions secrètes..., il assuroit Albéroni de ses soins à bien instruire ceux qu'il nommoit les artisans, comment et quand ils devoient faire leurs travaux..., gardant entre ses mains les matériaux qu'il recevoit du cardinal pour s'en servir seulement dans les temps convenables. »
- Galions arrivés à Cadix
- « Le comte de Stanhope, après avoir espéré un heureux succès de sa commission, cessa de se flatter lorsque les nouvelles arrivèrent à Madrid de la destruction de la flotte espagnole par les Anglois dans les mers de Sicile, et de l'arrivée des galions à Cadix. »
- Demandes du roi d’Espagne impossibles
- Les demandes impossibles : Albéroni exigeait « que la propriété des îles de Sardaigne et de Sicile fût laissée et cédée au roi catholique moyennant un équivalent pour la Sicile que l'empereur donneroit au duc de Savoie dans le Milanois » ; satisfaire les princes d'Italie, fixer les troupes impériales, renoncer à la Toscane et aux fiefs de l'empire — et « que le roi d'Angleterre eût à rappeler incessamment » sa flotte de la Méditerranée.
- Le comte de Stanhope part de Madrid pour Londres, par Paris
- « Ces demandes soutenues avec opiniâtreté et si contraires aux instructions données au comte de Stanhope, aussi bien qu'aux pouvoirs qu'il avoit reçus du roi son maître, l'obligèrent à partir d'une cour où désormais il ne pouvoit que perdre son temps. Il prit donc congé du roi et de la reine d'Espagne, et retourna en France le 26 août. »
- Fin des nouvelles étrangères
- Fin des nouvelles étrangères : « il trouva que le traité de la quadruple alliance entre la France, l'empereur, l'Angleterre et la Hollande avoit été signé le 22 du même mois de la même année 1718 » — les mémoires secrets manquant « depuis la fin du mois d'août » pour achever le détail de cette année.
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