TOME V · CHAPITRE XII
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Résumé
Menue chronique : les baguettes du parlement baissées à Dijon chez M. le Prince ; baronnies de Languedoc « réelles, non personnelles » ; brevet de deux cent mille livres à Bullion ; le cardinal de Janson arrive de Rome ; mariage des Forts-Bâville ; Foucault cède l'intendance de Caen à son fils ; fortune de l'abbé de La Bourlie en Angleterre ; « galanterie du roi à Marlborough » ; Verbaum arrêté passant aux ennemis ; les faux-sauniers. Orry, revenu à Paris, « frise la corde de près » puis devient président à mortier à Metz — impunité qui indigne l'auteur ; la reine douairière d'Espagne conduite de Tolède à Bayonne ; mort de Fontaine-Martel et sa dépouille.
Les entrées
- Baguettes du parlement baissées à Dijon chez M. le Prince
- Au conseil des dépêches, le roi juge une affaire « qui tenoit fort au cœur à M. le Prince » : le parlement de Dijon, venant le saluer, « faisoit marcher ses huissiers avec leurs baguettes hautes dans le logis de M. le Prince », qui prétendait que, représentant le roi dans son gouvernement, « les baguettes des huissiers du parlement ne pouvoient entrer chez lui que baissées. Cela fut ordonné ainsi, dont ce parlement fut fort mortifié. »
- Baronnies de Languedoc réelles, non personnelles
- Autre affaire singulière : Mérinville, ruiné, avait vendu à Samuel Bernard — « le plus fameux et le plus riche banquier de l'Europe » — sa terre de Rieux, baronnie des états de Languedoc. Les états refusèrent toute séance à Bernard « comme n'étant pas noble par lui-même » ; Mérinville prétendit rester « baron des états de Languedoc sans terre ». Il fut jugé que la dignité « étoit réelle, attachée à la terre », et Mérinville évincé — « sans que pour cela l'incapacité personnelle de l'acquéreur fût relevée ».
- Deux cent mille livres de brevet de retenue à Bullion
- « Bullion eut en même temps deux cent mille livres sur son gouvernement du Maine et du Perche. Il étoit déjà assez étrange que son frère eût eu l'agrément de l'acheter…, sans donner à un homme si riche un brevet de retenue qui assuroit presque ce gouvernement à sa famille après lui. »
- Cardinal de Janson arrivé de Rome
- « Le cardinal de Janson arriva de Rome. Le roi lui fit mille amitiés qu'il méritoit bien, et lui fit prêter, le lendemain 14 juillet, le serment de grand aumônier de France » — la charge du défunt cardinal de Coislin.
- Mariage de des Forts avec la fille de Bâville
- Des Forts, « que nous verrons plus d'une fois figurer en premier en finance », fils unique de Pelletier des fortifications, épouse à Montpellier la fille de Bâville : « les Lamoignon crurent faire un grand honneur à la fortune des Pelletier par cette alliance, qui parurent les croire sur leur parole » — pointe sur des robins « qui n'étoient pas même anciens » au barreau.
- Foucault cède à son fils l’intendance de Caen
- Foucault, conseiller d'État et « grand médailliste, fort protégé du P. de La Chaise », obtient « la rare permission du roi de quitter à son fils l'intendance de Caen » — fils « auquel on verra faire en son temps des personnages dangereux et extravagants en France et en Espagne. Sans une raison de cette nature, je ne m'amuserois pas à gâter mon papier de ces bagatelles. »
- Fortune de l’abbé de La Bourlie en Angleterre
- « On sut que les Anglois avoient fait l'abbé de La Bourlie lieutenant général dans leurs troupes, avec six mille livres de pension, et vingt-quatre mille livres pour son équipage, et qu'ils l'avoient sur leur flotte avec Cavalier », le chef camisard qui, après sa soumission, « s'étoit donné à eux ».
- Galanterie du roi à Marlborough
- Galanterie de guerre : « le roi fut si content du procédé du duc de Marlborough à l'égard de tous nos prisonniers, qu'il permit à sa prière que Vanbauze, qui avoit Reims pour prison, allât pour trois mois chez lui à Orange » — et le roi, qui eut peine à y consentir, « le fit valoir à Marlborough ».
- Verbaum arrêté allant aux ennemis
- « En même temps Verbaum, premier ingénieur du roi d'Espagne, fut mis dans la citadelle de Valenciennes, comme il alloit se rendre au camp des ennemis. »
- Faux-sauniers
- « On prit aussi quantité de faux sauniers en divers endroits du royaume, qui marchoient armés par troupes, et trouvoient partout protection pour cette contrebande. On en envoya quantité aux îles d'Amérique. »
- Orry à Paris ; ne retourne plus en Espagne ; frise la corde de près ; puis président à mortier au parlement de Metz
- Orry, venu chercher des secours d'argent, ne retournera plus en Espagne : Amelot et Berwick mandent que « la commotion y étoit si générale et si grande contre lui, qu'il seroit fort nuisible de l'y renvoyer ». Berwick, excédé de ses mensonges, en était venu à « lui porter chaque demande sur du papier et de lui faire écrire et signer au bas sa réponse » — il niait quand même. Son compte de deux millions touchés pour les troupes « fut tel que le roi le voulut faire pendre. Il en fut à deux doigts. » Mme de Maintenon, pour couvrir Mme des Ursins, détourne le coup et lui fait donner « pour le décrasser et le réhabiliter une charge de président à mortier au parlement de Metz…, qu'il n'exerça point, parce qu'il ne savoit mot de lois ni de jurisprudence. Il a laissé deux fils qui sont sa vive image. Qui croiroit qu'on les ait rendus les arbitres et les maîtres des finances du roi ? »
- La reine douairière d’Espagne conduite de Tolède à Bayonne
- Rétabli, Philippe V se délivre de la reine douairière d'Espagne, tante de l'archiduc, dont la conduite « n'avoit pas démenti son inclination pendant cette dernière prospérité » autrichienne. Le duc d'Ossone, avec cinq cents chevaux, « mêla si bien la fermeté avec le respect qu'il ne lui donna que vingt-quatre heures » pour quitter Tolède. Conduite à Vittoria, puis en France : Pau était choisi, mais elle « demanda Bayonne par préférence et l'obtint. Le duc de Grammont qui y étoit lui céda sa maison et la reçut avec toutes sortes d'honneurs. Elle y a passé plus de trente ans. »
- Mort de Fontaine-Martel et sa dépouille
- Mort de Fontaine-Martel, premier écuyer de Mme la duchesse d'Orléans, « mangé de goutte, ne laissant qu'une fille encore enfant » — sa dépouille rallume aussitôt l'appétit des Saint-Pierre.
- Caractère, conduite, extraction et dégoût de Saint-Pierre
- Les Saint-Pierre obtiennent la place de premier écuyer — que M. le duc d'Orléans donne « pour avoir repos, à condition que Saint-Pierre ne se présenteroit pas devant lui. Quelque déshonorante que fût cette condition, Saint-Pierre et sa femme n'étoient pas gens à lâcher prise. » Portrait : « un faux Caton, bien glorieux, bien présomptueux, bien insolent…, méchant et dangereux avec force souterrains, et un froid silencieux et indifférent copié sur d'O, mais avec beaucoup d'esprit » ; « un petit noble tout au plus, de basse Normandie », du nom de Castel. Tous leurs manèges pour faire aller sa femme à Marly échouèrent : le roi répondit « que, pour un premier écuyer tel que Saint-Pierre, il étoit étonné que cela se pût imaginer, moins encore proposer ».
- Ma façon d’être avec M. le duc d’Orléans
- Saint-Simon décrit sa façon d'être avec M. le duc d'Orléans : « l'amitié et la confiance pour moi étoit entière… Je le voyois presque toutes les après-dînées à Versailles, seul dans son entresol » — mais jamais à Paris, loin des « compagnies de plaisir » et des maîtresses du Palais-Royal, et sans aucun commerce avec Mme la duchesse d'Orléans. Le soir de sa nomination pour l'Italie, le prince lui confie ses instructions — il ne commanderait que de l'avis du maréchal Marsin… c'est-à-dire Villars d'abord nommé — et Saint-Simon le presse de reconnaître son obligation à Chamillart et de se garder « de tout genre de fripons » semeurs de défiance. « Il en sentit moins le poids que la joie de se voir arrivé à ce qu'il avoit tant désiré toute sa vie, et sans l'avoir demandé. » Mme la Duchesse lui cria son compliment « d'un air piqué. Il passa sans répondre. »
- Mlle de Sery fait légitimer le fils qu’elle avoit de M. le duc d’Orléans, et se fait appeler Mme le comtesse d’Argenton par lettres patentes
- Mlle de Sery, maîtresse de M. le duc d'Orléans — « jolie, piquante, d'un air vif, mutin, capricieux et plaisant. Cet air ne tenoit que trop ce qu'il promettoit » — saisit « ce moment brillant » pour faire légitimer son fils, futur grand prieur de France par la régence. Non contente : « elle trouva indécent d'être publiquement mère et de s'appeler mademoiselle ». Le duc lui donne la terre d'Argenton et « força la complaisance du roi » d'accorder des lettres patentes l'autorisant à se dire « madame et comtesse d'Argenton. Cela étoit inouï. » Le prince court lui-même chez le premier président pour l'enregistrement. « Cette nouveauté ralentit cette joie et fit fort crier ; mais un homme bien amoureux ne pense qu'à satisfaire sa maîtresse. »
- Curiosités sur l’avenir très singulières
- « Curiosités sur l'avenir très singulières » : le duc d'Orléans, qui « avoit tant qu'il avoit pu cherché à voir le diable », fait regarder une petite fille innocente dans un verre d'eau. Épreuve concluante chez Mme de Nancré ; puis on lui demande la mort du roi : elle décrit la chambre de Versailles, « un petit enfant avec l'ordre tenu par Mme de Ventadour », Mme de Maintenon, « la figure singulière de Fagon » — mais ni Monseigneur, ni le duc et la duchesse de Bourgogne, ni le duc de Berry : « tous quatre étoient alors pleins de vie et de santé, et tous quatre étoient morts avant le roi ». Enfin le duc se voit « comme peint sur la muraille…, avec une couronne fermée sur la tête » qui n'était « ni de France, ni d'Espagne, ni d'Angleterre, ni impériale » — quatre cercles, rien au sommet : la couronne de régent qu'il ne pouvait deviner. Saint-Simon rapporte le récit « non pour l'approuver, mais pour le rendre ».
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