TOME V · CHAPITRE XV
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Résumé
La nouvelle du désastre : la « promptitude incroyable » avec laquelle l'auteur apprend les malheurs de Turin ; Nancré apporte le détail — Marsin tué, l'armée en déroute, l'Italie perdue. Mort de Murcé et les « fadaises » sur Mme de Maintenon ; en contrepoint, la victoire de Médavy sur le prince de Hesse — récompensée de l'ordre. Mme de Nancré et Mme d'Argenton à Grenoble ; on ne pense plus à repasser en Italie. Le duc d'Orléans à Versailles : ce qu'il pense de La Feuillade et de ses officiers ; La Feuillade « perdu », rappelé, l'algarade avec le cardinal Le Camus ; il salue le roi et est « très mal reçu » — le gendre de Chamillart ne s'en relèvera pas ; l'électeur de Cologne incognito à Paris.
Les entrées
- Promptitude incroyable avec laquelle j’apprends les malheurs devant Turin
- Promptitude inexplicable : à la Ferté, un gentilhomme arrivant de Rouen raconte aux Saint-Simon « le désastre de Turin avec les circonstances exactes…, telles que le roi les apprit trois jours après seulement, par le courrier qui en porta la nouvelle », « sans que nous ayons jamais pu comprendre comment il étoit possible que cette triste nouvelle eût été portée avec une si extrême diligence, pour ne pas dire incroyable » — et sans que l'homme voulût s'expliquer : « nous ne l'avons jamais revu depuis, car il mourut fort tôt après ».
- Nancré apporte le détail pour la bataille de Turin
- Nancré, dépêché avec le détail, vient chez Saint-Simon malade à Paris : « nous fûmes deux bonnes heures tête à tête. Il m'apprit que le roi rendoit une pleine justice à son neveu. » « Le public équitable, la cour même, malgré ses jalousies, décernèrent des lauriers à sa défaite… Je ne crois pas qu'il y ait d'exemple de tant et de si unanimes louanges dans un malheur aussi complet. Tout le cri tomba sur Marsin, et nonobstant Chamillart, sur La Feuillade. » Pertes : l'abbé de Grancey tué à deux pas du prince, Villiers, La Bretonnière, Kercado, « et Murcé, lieutenant général, mort de ses blessures, prisonnier à Turin » — « on n'y perdit pas plus de quinze cents hommes ».
- Mort de Murcé de ses blessures ; fadaises sur lui par rapport à Mme de Maintenon
- Fadaises sur Murcé, frère de Mme de Caylus, « aussi disgracié de corps et d'esprit que sa sœur avoit l'un et l'autre charmants » : « brave, et point mauvais officier, mais gauche, bête, inepte au dernier point » — trois grands malheurs dont il se plaignait à toute l'armée : « son cheval isabelle étoit mort, Marcassin l'avoit quitté, et sa femme n'étoit point femme d'honneur ». La pointe : « Murcé étoit une espèce de La Feuillade de Mme de Maintenon. Elle le croyoit un homme merveilleux…, elle le consultoit sur ce qu'elle pensoit qu'on devoit exécuter… De là on peut juger à qui on avoit affaire, et en grande partie de ce qu'étoit Mme de Maintenon. »
- Victoire de Médavy en Italie sur le prince de Hesse, depuis roi de Suède
- Le 9 septembre, surlendemain de Turin, Médavy marche avec neuf mille hommes au secours de Castiglione, assiégé par le prince héréditaire de Hesse-Cassel — « lequel a depuis été roi de Suède » — fort de douze mille. Médavy « fit mettre l'épée à la main à toute son infanterie ; elle essuya toute la décharge de l'infanterie ennemie, la chargea ensuite et la défit entièrement » : deux mille tués, quinze cents pris, tout le canon. « Ce fut un étrange contraste avec Turin, et un grand renouvellement de douleur sur la retraite en France au lieu de l'avoir faite en Italie. »
- Médavy chevalier de l’ordre ; autres récompenses
- Récompenses immédiates : « Médavy en fut fait sur-le-champ chevalier de l'ordre ; Saint-Pater et Dilon, ses deux maréchaux de camp, lieutenants généraux ; Grancey, son frère, qui avoit apporté la nouvelle, maréchal de camp ; et Sebret, qui apporta le détail, brigadier. »
- Mme de Nancré et d’Argenton à Grenoble
- Équipée ridicule : Mme d'Argenton et Mme de Nancré s'en vont « chacune dans une chaise de poste le plus secrètement qu'elles purent » se cacher dans une hôtellerie à Grenoble. Le duc d'Orléans, fâché, mande « qu'il ne les verroit point » — mais « savoir sa maîtresse si près de soi et lui tenir rigueur, l'amour ne le put jamais permettre » : cinq ou six soirs, par un escalier dérobé, « arrivèrent les femelles ». « Ce voyage ridicule fit grand bruit » ; Saint-Simon lui écrit sans ménagement, et Chamillart de la part du roi.
- On ne pense plus à repasser en Italie, qui se perd
- Besons, envoyé rendre compte des moyens de rentrer en Italie, en rapporte la décision : « ne plus songer à faire repasser l'armée en Italie, au moins jusqu'au printemps ». « Pendant ce temps-là l'Italie s'en alloit par pièces » : Chivas, Casal, Pavie, Pizzighettone, Alexandrie rendues ; le prince Eugène « déclaré gouverneur général du Milanois » ; les châteaux de Milan, Casal et Tortone bientôt pris.
- M. le duc d’Orléans à Versailles
- Le duc d'Orléans arrive à Versailles le lundi 8 novembre : « on ne peut être mieux reçu du roi qu'il le fut, et de tout le monde ». Le soir même, Saint-Simon est dans son entresol : Nancré s'y disculpe d'avoir machiné le voyage des deux femmes ; le prince remercie Saint-Simon « avec effusion de cœur de la franchise » de sa lettre — « Et voilà, monsieur, la sottise. — Il est vrai, mais qui est-ce qui n'en fait jamais ? »
- Ce qu’il pense de La Feuillade et ses officiers généraux
- Ce que le prince pense de La Feuillade : « un jeune homme impérieux, enivré de présomption et d'ambition sans mesure, détesté des officiers généraux et particuliers, des troupes et du pays ; plein d'esprit, de valeur…, incapable de souffrir aucun avis de personne…, brillant sans nulle solidité, dangereux à l'excès à la tête de quelque chose ». Il avait pourtant fait son possible pour pallier ses fautes, « qu'il avoit cru devoir rendre ce change à son beau-père » — et le roi l'avait même « grondé de l'avoir trop excusé ».
- La Feuillade perdu et rappelé
- La Feuillade reçoit l'ordre de revenir, Giraudan commandant à sa place en Savoie et Dauphiné. « Cet ordre lui fut si amer, que pour n'omettre aucune sorte de sottise, de folie et d'audace, il se mit dans la tête de le faire révoquer, dépêcha courriers sur courriers à son beau-père, et s'y cramponna quinze jours durant », jusqu'à outrer le roi. Il partit enfin, « au grand contentement de la ville et de la province, dont il n'avoit pas acquis les cœurs ».
- La Feuillade et le cardinal Le Camus
- Rappel de ses débuts à Grenoble : « dès en y arrivant la première fois, il s'étoit brouillé avec le cardinal Le Camus, qui, sur une mascarade assez étrange qu'il donna, fut sur le point de l'excommunier dans toutes les formes solennelles. Il fallut des ordres réitérés du roi pour l'en empêcher. »
- La Feuillade salue le roi ; très mal reçu
- La chute de « ce Phaéthon » : mené par Chamillart chez Mme de Maintenon le 13 décembre, La Feuillade voit le roi se lever, aller à la porte « et, sans leur donner le temps de prononcer un mot, dit à La Feuillade d'un air plus que sérieux : Monsieur, nous sommes bien malheureux tous deux ; et dans l'instant tourna le dos ». « Jamais depuis le roi ne lui parla… On remarquoit qu'il détourna toujours les yeux de dessus lui. » Il vendit ses équipages ; « après s'être fait envier et craindre, il se fit mépriser sans faire pitié. Je ne crois pas qu'il y ait eu de plus folle tête, ni de plus radicalement malhonnête homme jusque dans les moelles des os. »
- Électeur de Cologne incognito à Paris et à Versailles
- L'électeur de Cologne, sans États, vient incognito à Paris et Versailles : le roi, « toujours debout et découvert, le reçut avec toutes les grâces imaginables » : « Voilà votre beau-frère, vos neveux et moi, qui suis votre proche parent ; vous êtes ici dans votre famille. » Visites multipliées, croix de diamants au ruban couleur de feu offerte par Torcy, et privance inouïe : le roi le reçoit sortant de table en famille, « privance qui n'avoit jamais encore été accordée à personne ». Portrait piquant : « cruellement laid, fort bossu par derrière, un peu par devant, mais point du tout embarrassé de sa personne ni de son discours ».
- Mort de Saint-Pouange
- « La mort de Saint-Pouange arriva tout à propos pour donner le plaisir au roi de marquer que la disgrâce du gendre n'influoit point sur le beau-père » — transition vers la grâce qui suit.
- Chamillart grand trésorier de l’ordre
- « Il étoit grand trésorier de l'ordre ; le roi décora Chamillart de cette charge » — faveur maintenue au ministre au plus fort des désastres.
- Mort de Mme de Barbezieux
- Mort à Paris de Mme de Barbezieux, « après une longue infirmité et fort jeune. Ses malheurs n'avoient point cessé depuis son éclat avec son mari, dont la mort ne put la remettre dans le monde. » Ses deux filles moururent jeunes — l'une duchesse d'Harcourt, l'autre troisième femme de M. de Bouillon.
- Mort de Boisfranc
- « Le vieux Boisfranc mourut aussi à quatre-vingt-sept ou quatre-vingt-huit ans. Il étoit beau-père du duc de Tresmes, avec qui il demeuroit » — riche financier déjà peint ailleurs.
- Survivance de Maréchal à son fils ; alarme des survivanciers
- Le roi donne à Maréchal la survivance de premier chirurgien pour son fils, « un paresseux qui ne promettoit pas d'approcher de son père » — et ne peut s'empêcher de dire à ses valets « que si le fils ne se rendoit pas bien capable, cela ne l'empêcheroit pas de prendre un autre chirurgien s'il perdoit le père. Cette parole fit grand'peur à tous les survivanciers. »
- Mme de La Chaise à Marly en absence de Mme la duchesse de Bourgogne et de Madame
- Complaisance marquée pour le P. de La Chaise : le roi ne pouvait se résoudre à faire manger sa nièce Mme de La Chaise avec la duchesse de Bourgogne. Un voyage de la Saint-Hubert sans la princesse (grosse) ni Madame (enrhumée) fournit « son vrai ballot » : il nomme Mme de La Chaise pour Marly — sans droit de manger ni de carrosses, « mais cette délicatesse n'étoit pas aperçue de tous, au lieu qu'aller à Marly se sut partout. Le P. de La Chaise fut ravi. » Nouveau crève-cœur pour les Saint-Pierre, et dépit de Mme la duchesse d'Orléans.
- Dispute entre le duc de Tresmes et M. de La Rochefoucauld pour le chapeau du roi
- Querelle du chapeau : sous la pluie, le chapeau du roi percé, le duc de Tresmes le lui présente — devant M. de La Rochefoucauld, dont c'était la charge. « Le voilà aux champs, quoique ami du duc de Tresmes… On eut grand'peine à les raccommoder. » Morale cinglante : « leurs rangs, ils laissent tout usurper à chacun, personne n'ose dire mot ; et pour un chapeau présenté, tout est en furie et en vacarme. On n'oseroit dire que voilà des valets. »
- Piété de Mgr le duc de Bourgogne
- Piété croissante de Mgr le duc de Bourgogne : il « cessa d'aller à la musique, quoiqu'il l'aimât fort, et vendit les pierreries qu'il avoit eues de feu Mme la Dauphine (et il en avoit beaucoup) dont il fit donner tout l'argent aux pauvres. Il n'alloit plus à la comédie depuis quelque temps. »
- Le roi de Suède, victorieux en Saxe, y dicte la paix au roi Auguste
- Le roi de Suède, « triomphant en Pologne où il avoit fait un roi à son gré », mène son armée en Saxe « dont outre la subsistance il tira des trésors ». Le roi Auguste, qui avait signé la paix en secret, attaque encore Mardefeld et le défait : Charles XII « éclata comme contre un manque de foi insigne » et dicta des conditions humiliantes — abandon de la Pologne et de la Lituanie à Stanislas, titre réduit de roi-électeur, l'armée suédoise en Saxe six mois aux dépens du pays, la liberté des deux Sobieski, et la livraison « pieds et poings liés » du général Patkul.
- Sa glorieuse situation et sa lourde faute
- Sa glorieuse situation et sa lourde faute : « il étoit en posture d'être le dictateur de l'Europe et de faire faire la paix à son gré sur la succession d'Espagne ». Mais Piper, son unique ministre, gagné « à force d'argent » par l'empereur et l'Angleterre, « se servit de ces deux passions de son maître » — l'héroïsme et la vengeance — « pour le tirer de Saxe et le faire courir après le czar… Rien ne le put détourner d'une si hasardeuse folie. Le traître y périt dans les cachots des Moscovites ; et son maître, qui ne s'en sauva que par des miracles…, ne fit que palpiter depuis, et ne figura plus en Europe. »
- Patkul et sa catastrophe
- Catastrophe de Patkul : député de la noblesse de Livonie « poussée à bout » par les exactions suédoises, il avait dû s'enfuir et, « ne songeant qu'à se venger de la Suède », avait persuadé au roi Auguste d'entrer en Livonie avec les Moscovites. « Aucun général ennemi ne nuisit plus que lui aux Suédois » ; le roi de Suède exigea qu'il lui fût livré et « lui fit couper publiquement la tête » — « il lui en coûta la vie sur un échafaud, et au roi de Suède un obscurcissement à sa gloire ».
- Stanislas reconnu roi par la France ; mécontents et leurs progrès
- « Bonac, chargé des affaires du roi en Pologne, eut ordre d'aller reconnoître et complimenter de sa part le nouveau roi Stanislas, qui fut reconnu de l'empereur et de presque toute l'Europe. » Pendant ce temps les mécontents hongrois « pensèrent prendre [l'empereur] à la chasse, à deux lieues de Vienne », prirent et perdirent Gratz, « et finirent l'année par battre le général Heusler et lui tuer quatre mille hommes ».
- Mariage arrêté de l’archiduc avec une princesse de Wolfenbuttel
- « Le mariage de l'archiduc fut arrêté à la fin d'octobre avec la princesse de Wolfenbüttel…, luthérienne, et on l'instruisit pour embrasser la religion catholique. »
- Facilité des princes protestants à se faire catholiques pour des avantages, et sa véritable cause
- Réflexion sur ces conversions : « les protestants croient que les catholiques se sauvent dans leur religion… C'est cette persuasion qui les rend faciles à embrasser et à faire embrasser la religion catholique à leurs enfants, quand ils y trouvent des avantages… ; et la raison contraire fait qu'il n'y a point d'exemple d'aucun prince catholique qui se soit fait protestant, ni qui l'ait souffert à ses enfants, pour quelque mariage ou quelque autre avantage que ç'ait pu être. »
- Succès et séparation des armées en Espagne
- La campagne d'Espagne finit bien : prise de Carthagène par Berwick — soixante-quinze canons trouvés — puis Alcantara reprise par Bey « par escalade, sur une garnison aussi nombreuse que ses troupes, dont il ne perdit que trois ou quatre soldats ». « Presque toutes ces conquêtes furent rançonnées, et valurent beaucoup d'argent comptant au roi d'Espagne. »
- Secours d’argent à l’archiduc
- « Peterborough, qui voltigeoit souvent d'Angleterre en Espagne, en Italie, en Portugal et par toute l'Europe, porta en ce même temps un secours de cent cinquante mille pistoles à l'archiduc dans le royaume de Valence, des contributions que le prince Eugène venoit de tirer du Milanois. »
- Conférences refusées par les alliés sur la paix
- Le roi fait entrer le duc d'Albe dans son cabinet et lui dit « qu'il avoit cru devoir faire proposer des conférences aux ennemis pour établir une bonne paix ; qu'ils les avoient refusées ; qu'ainsi il ne falloit plus songer qu'à la guerre ». « Le duc d'Albe, qui, dans la situation d'alors, craignoit fort ces conférences, sortit du cabinet du roi extrêmement soulagé. »
- Villars et le duc de Noailles de retour
- Retours de campagne : les Impériaux ayant repassé le Rhin à la mi-novembre, Villars sépare son armée, visite les places de la Sarre « et arriva à la cour les premiers jours de décembre. Le duc de Noailles revint en même temps de Roussillon. »
- Le roi entretient le prince de Rohan sur la bataille de Ramillies
- Le roi entretient longuement le prince de Rohan sur Ramillies : « on ne put attribuer cette confiance qu'à sa qualité de fils de Mme de Soubise. Il s'y étoit comporté avec valeur ; mais c'étoit un homme à qui il n'en falloit pas demander davantage. Il savoit moins de guerre que de cour, où avec un esprit fort médiocre il avoit merveilleusement profité des leçons de son habile mère. »
- Surville et La Barre accommodés, le premier demeurant perdu
- Fin de l'affaire Surville–La Barre : le roi fait entrer La Barre dans son cabinet et lui demande « comme à son ami, qu'il lui sacrifiât son ressentiment, et si cela ne suffisoit pas, comme roi et comme son maître…, discours aussi rare dans la bouche d'un grand roi, et à un petit particulier de sa sorte ». Les maréchaux de France les accommodent huit jours après, « mais Surville demeura perdu ».
- Mme le Châtillon ; sa famille, son caractère, sa conduite ; quitte Madame et y demeure
- Mme de Châtillon, dame d'atours de Madame, se retire en gardant pension, logements et une place de dame. Sœur cadette de la duchesse d'Aumont, « toutes deux du nom de Brouilly…, deux fort grandes personnes, les mieux faites de la cour ; Mme d'Aumont plus belle, Mme de Châtillon, sans beauté, bien plus aimable ; toutes deux mariées par amour ». L'amour entre elle et M. de Châtillon — « l'homme de France le mieux fait » — « ne dura que peu d'années » : séparés avec éclat, obligés de se croiser tous les jours, « ils ne se raccommodèrent jamais ». « Avec un esprit médiocre, elle prétendoit en avoir beaucoup…, flatteuse, moqueuse et méchante. »
- Mariage du fils de Livry avec une fille du feu prince Robert ; grâces du roi à cette occasion
- Livry obtient soixante mille livres d'augmentation de brevet et la survivance de sa capitainerie pour son fils, marié à une fille du feu président Robert — « le plus gros et le plus noble joueur du monde, et l'homme de sa sorte le plus mêlé avec la meilleure compagnie », proche parent de Louvois, « mais qui aimoit tant son plaisir que M. de Louvois n'en put rien faire ».
- M. de Beauvilliers cède son duché, etc., à son frère, et le marie à la fille unique de feu Besmaux
- Après la mort de ses deux fils, M. de Beauvilliers fait revenir de Malte son jeune frère « pour en faire désormais son fils unique » : il lui cède son duché, lui fait prendre le nom de duc de Saint-Aignan et le marie à la fille unique de Besmaux, « extrêmement riche » — petite-fille de ce gentilhomme gascon, capitaine des gardes de Mazarin puis gouverneur de la Bastille « où il s'étoit extrêmement enrichi ». Tout se fit de concert avec les Mortemart pour ne point préjudicier aux droits de leur fille.
- Conduite admirable de la duchesse de Beauvilliers
- « Conduite admirable de la duchesse de Beauvilliers », qui prit chez elle les mariés comme ses enfants : « je l'ai vue bien des fois…, que les grosses larmes lui tomboient des yeux, m'avouer ce que lui coûtoit le souvenir de la mort de ses enfants, renouvelé à tous moments par le fils et la belle-fille postiches ; puis recogner ses larmes…, et dès qu'ils arrivoient, leur faire cent caresses et toutes les amitiés possibles. Elle les traita toute sa vie comme ses véritables enfants… Le chef-d'œuvre de l'amitié conjugale. »
- Bergheyck à Versailles ; son caractère et sa fortune
- Bergheyck arrive de Flandre fin novembre, logé et défrayé par Chamillart : financier des Pays-Bas sous Charles II puis l'électeur, « un homme très-rare » — « capacité et droiture…, beaucoup d'esprit, de sens, de lumière, de justesse…, un entier désintéressement », ferme dans ses avis mais obéissant ensuite « tout comme s'il les eût suivies ». « Ce sont de ces trésors que les rois savent rarement connoître, et dont il est plus rare encore qu'ils ne se dégoûtent pas. »
- Vendôme de retour
- Vendôme, de retour début décembre après avoir visité les places maritimes : « il fut bien reçu parce qu'il étoit M. de Vendôme, mais la différence fut entière d'avec ses deux derniers retours. Ce restaurateur n'avoit rien redressé en Flandre. » Ceux qui en revenaient « n'y avoient trouvé que hauteur démesurée…, une paresse qui alloit jusqu'à l'incurie, une débauche qui étonnoit les moins retenus. Le masque tomba ; mais…, Vendôme, déchu de tout en effet, demeura toujours héros en titre. »
- Grand prieur à Gênes
- Le grand prieur ne dura pas à Rome : « il n'y trouva ni complaisance ni considération ; ses prétentions de rang l'écartèrent…, sa réputation, secondée de la vie qu'il y mena…, le fit mépriser. Il s'en alla à Gênes où il espéra être mieux reçu et vivre plus à son aise. »
- Ridicule de Mme de Maintenon sur Courcillon
- Ridicule de Mme de Maintenon sur Courcillon, fils de Dangeau, opéré d'une fistule « qui passa publiquement pour être le fruit » de « la plus sale débauche » : elle vint tous les jours tenir compagnie au chevet du malade, qui « leur parloit dévotion » — « elles de l'admirer et de publier que c'étoit un saint », pendant qu'il tirait la langue à la dérobée et rendait le soir « en ridicule ses propos dévots et leur crédulité ». « Ce fut un spectacle qui divertit toute la cour, et une duperie de Mme de Maintenon dont personne n'osa l'avertir… Il faut le dire : excepté le manège sublime de son gouvernement et avec le roi, c'étoit d'ailleurs la reine des dupes. »
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