TOME XIII · CHAPITRE IV
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Résumé
Suite du procès : l'adresse de Mme de Maintenon « à se saisir des affaires ecclésiastiques » ; l'« innocence éminente » de la vie du cardinal de Noailles ; les cabales dévotes ; l'« utilité de la constitution » à ses fins. Les malheurs des dernières années « rendent le roi plus dur et non moins dupe » ; l'adresse de Mansart ; les malheurs du roi dans sa famille et sa « grandeur dans les revers » ; le roi et ses bâtards ; sa « piété et fermeté jusqu'à sa mort » ; réflexions — les « jésuites laïques » — ; l'abandon des derniers jours et l'« horreur du duc du Maine ».
Les entrées
- Adresse de Mme de Maintenon à se saisir des affaires ecclésiastiques
- Restaient les affaires ecclésiastiques, objet de l'envie de Mme de Maintenon : « elle vit longtemps avec grande amertume le P. de La Chaise en possession de tout ce ministère..., et elle dans une entière ignorance à cet égard. » L'instrument fut l'archevêché de Paris donné en 1695 au frère du maréchal de Noailles, « porté par sa réputation, par une famille si établie, et par tout l'art de Mme de Maintenon » — avec « un jour d'audience du roi réglé par semaine ». Elle s'initia enfin « par l'affaire de M. de Cambrai qui lia si étroitement l'archevêque de Paris avec elle, et avec M. de Chartres », fit « épouser au roi la querelle contre M. de Cambrai à Rome, jusqu'à en faire sa propre affaire à découvert », et saisit ainsi « la clef de la seule espèce d'affaires et de grâces où jusqu'alors elle n'avoit pu donner que de légères atteintes ».
- Innocence éminente de la vie et de la fortune du cardinal de Noailles
- Innocence éminente du cardinal de Noailles : nommé à Cahors puis Châlons, il fallut « un commandement exprès du pape » pour lui faire quitter sa première épouse ; « il brilla à Châlons avec les mœurs d'un ange, par une résidence continuelle, une sollicitude pastorale, douce, appliquée, instructive » ; à Paris comme à Châlons, « sans être ébloui d'un si grand théâtre » ; cardinal en 1700 « avec la même répugnance qu'il avoit eue à changer de siège. Tant de vertus reçurent à la fin la récompense que le monde leur donne, beaucoup de croix et de tribulations qu'il porta avec courage, et pour le bien de l'Église avec trop de douceur..., sans avoir pu ébranler son âme, ni la pureté de ses intentions et de sa doctrine. »
- Cabales dévotes
- Les cabales dévotes : « la crasse ignorance des sulpiciens, leur platitude suprême, leurs sentiments follement ultramontains » servaient les jésuites à ruiner « l'élévation, l'excellente morale, le goût de l'antiquité, le savoir juste et exact qu'on puisoit chez les pères de l'Oratoire » et les restes de Port-Royal ; « la porte des bénéfices fut fermée à la fin à tout ce qui n'étoit pas élevé chez eux ». Bissy, « qui de loin, et dès Toul, avoit su prendre ses contours secrets », sentit « le besoin qu'il avoit de quelque grande affaire » pour se rendre maître de Mme de Maintenon et, avec les jésuites, « gouverner ainsi toutes les affaires ecclésiastiques » ; le P. Tellier embarrassa le cardinal de Noailles « comme une araignée fait une mouche », jusqu'à la destruction de Port-Royal des Champs — « la barbare dispersion..., le rasement des bâtiments à n'y pas laisser pierre sur pierre, le violement des sépulcres ».
- Utilité de la constitution à Mme de Maintenon
- Utilité de la constitution : « trompée par ses souplesses, ses bassesses..., elle se crut la prophétesse qui sauvoit le peuple de Dieu de l'erreur » ; elle « anima le roi à toutes les horreurs, à toutes les violences, à toute la tyrannie qui furent alors exercées sur les consciences, les fortunes, et les personnes, dont les prisons et les cachots furent remplis. Bissy lui suggéroit tout, et obtenoit tout. Ce fut alors qu'elle nagea en plein dans la direction des affaires de l'Église » ; le P. Tellier même dut « compter avec elle jusque sur la distribution des bénéfices ». Le modèle en gros fut la conduite tenue avec les huguenots : « cette grêle immense et infatigable de lettres de cachet..., ce déni total et public de justice..., ce peuple entier d'exilés et d'enfermés..., cet inépuisable pot au noir pour barbouiller qui on vouloit » ; les jésuites « jusqu'à ne se pas cacher de dire qu'il falloit répandre du sang » ; et Fleury y mit le comble — « trente mille lettres de cachet, de compte fait après sa mort dans les bureaux des secrétaires d'État ».
- Malheurs des dernières années du roi le rendent plus dur et non moins dupe
- « Telles furent les dernières années de ce long règne de Louis XIV, si peu le sien, si continuellement et successivement celui de quelques autres. » Abattu par la guerre, « en proie tout entier à un obscur et artificieux domestique », il n'eut de ressource « qu'à se reployer sur lui-même, et à appesantir sur sa famille, sur sa cour, sur les consciences, sur tout son malheureux royaume cette dure domination ».
- Adresse de Mansart
- L'adresse de Mansart : « l'art d'apporter au roi des plans informes, mais qui lui mettoient le doigt sur la lettre, à quoi ce délié maçon aidoit imperceptiblement. Le roi voyoit ainsi, ou le défaut à corriger, ou le mieux à faire. Mansart, toujours étonné de la justesse du roi, se pâmoit d'admiration, et lui faisoit accroire qu'il n'étoit lui-même qu'un écolier auprès de lui. » Devenu insolent et fatigant de demandes, « il fut aussi de ceux dont le roi se sentit fort soulagé quand il mourut ».
- Malheurs du roi dans sa famille et dans son intime domestique, et sa grandeur dans les revers de la fortune
- Malheurs de famille : depuis 1709, « les plaies domestiques redoublèrent chaque année » — Vendôme, le prince de Conti, M. le Prince, M. le Duc, Monseigneur ; puis « son cœur... par la perte de cette charmante Dauphine ; son repos, par celle de l'incomparable Dauphin ; sa tranquillité sur la succession..., par la mort de l'héritier huit jours après ». « Mais qui pourroit expliquer les horreurs qui furent l'accompagnement des trois derniers... ? La plume se refuse à ce mystère d'abomination. » Et pourtant : « cette constance, cette fermeté d'âme, cette égalité extérieure..., cette espérance contre toute espérance..., c'est ce dont peu d'hommes auroient été capables, c'est ce qui auroit pu lui mériter le nom de grand, qui lui avoit été si prématuré. Il sut s'humilier en secret sous la main de Dieu..., sans avilir aux yeux des hommes sa personne ni sa couronne. »
- Le roi considéré à l’égard de ses bâtards
- Le roi et ses bâtards : « ce mélange du plus pur sang de nos rois... avec la boue infecte du double adultère a donc été le constant ouvrage de toute la vie du roi » — les mariages « inouïs, monstrueux, multipliés », l'égalité parfaite, enfin l'habilité à la couronne, « comme s'il eût pu... faire les hommes ce qu'ils ne sont pas de naissance » ; et cela dans « l'intime conviction où il fut toujours de leur néant et de leur bassesse innée », dite à eux-mêmes jusqu'à six semaines de sa mort. « Il considéra les [princes du sang] comme les enfants de l'État et de la couronne, grands par là et par eux-mêmes sans lui, tandis qu'il chérit les autres comme les enfants de sa personne..., les ouvrages de sa puissance et de ses mains. » Résultat : hors le successeur et l'Espagne, « il n'y a plus qui que ce soit, ni mâle, ni femelle de la maison royale, qui ne sorte directement des amours du roi et de Mme de Montespan » ; et le refus par le prince d'Orange de la fille de La Vallière fut « la source et la cause fatale de ces ligues et de ces guerres..., fruit de cette même bâtardise qui, à trop juste titre, se peut appeler un fruit de perdition ». L'éducation même du roi futur ne fut réglée que pour eux : du Maine à la tête, Villeroy « l'homme le plus inepte à cet emploi qu'il y eût peut-être dans toute la France », Saumery « vendu et à tout faire », et le codicille pour couronner le tout.
- Piété et fermeté du roi jusqu’à sa mort
- Piété et fermeté jusqu'à la mort : « il est vrai qu'en la quittant il n'en regretta rien, et que l'égalité de son âme fut toujours à l'épreuve de la plus légère impatience..., que tout se passa jusqu'au bout avec cette décence extérieure, cette gravité, cette majesté qui avoit accompagné toutes les actions de sa vie..., jusqu'à lui être échappé quelquefois de dire : Du temps que j'étois roi... Qui n'admirera une fin si supérieure, et en même temps si chrétienne ? mais qui n'en frémira ? »
- Réflexions
- Réflexions sur l'énigme des assurances données au duc d'Orléans — « il le rassure, il le loue, il le caresse..., tandis que [ses dispositions] n'ont été faites... que pour le déshonorer, le dépouiller, disons tout, pour l'égorger. Est-ce artifice ? est-ce tromperie ? est-ce dérision jusqu'en mourant ? » Explication proposée : « il n'avoit jamais cru, comme il s'en étoit expliqué plusieurs fois, qu'aucune des choses qu'il venoit de faire ou de confirmer pût subsister un moment après lui » — pas plus que le testament « si sage, si sensé » de Louis XIII.
- Jésuites laïques
- Les jésuites laïques : la compagnie a « constamment des laïques de tous états, même mariés », agrégés par vœux d'obéissance sans restriction — des Noyers en fut. « On a prétendu que le P. Tellier avoit inspiré au roi longtemps avant sa mort de se faire agréger ainsi..., que le roi en fit les vœux entre les mains du P. Tellier..., et qu'il lui en avoit donné l'habit ou le signe presque imperceptible, comme une autre sorte de scapulaire, qui fut trouvé sur lui. » Beaucoup y virent la source de cette sécurité « si surprenante dans ces terribles moments » — mais Saint-Simon, s'étant « informé curieusement à Maréchal », rapporte que celui-ci « étoit très persuadé qu'il n'y avoit pas la moindre vérité dans tout ce qui s'étoit dit là-dessus ».
- Autres réflexions
- Autres réflexions : « ainsi mourut un des plus grands rois de la terre entre les bras d'une indigne et ténébreuse épouse, et de ses doubles bâtards, maîtres de lui jusqu'à sa consommation pour eux..., et assisté uniquement par un confesseur tel qu'on a vu qu'étoit le P. Tellier. Si telle peut être la mort des saints, ce n'est pas là au moins leur assistance. »
- Abandon du roi aux derniers jours de sa vie
- L'abandon des derniers jours : « le codicille fait et remis à Voysin, ils n'eurent plus rien à faire, et tout aussitôt n'eurent pas honte de se retirer. » Mme de Maintenon partie dès le mercredi pour Saint-Cyr, revenue par force, repartie sans attendre la fin ; Rohan laissant le roi sans messe, « sans Charost... il n'en eût plus été question » ; le P. Tellier introuvable, « il falloit l'envoyer chercher sans cesse ; il s'échappoit sans cesse aussi..., il scandalisa tout ce qui y étoit ».
- Horreur du duc du Maine
- L'horreur du duc du Maine : présent à la consultation de Le Brun, où Fagon fut malmené, il « raconta le soir chez lui, parmi ses confidents, avec ce facétieux et cet art de fine plaisanterie qu'il possédoit si bien..., l'humiliation de Fagon pour la première fois de sa vie, qui... s'étoit limaçonné en grommelant sur son bâton » : « ce bon et tendre fils leur fit de cette aventure le conte si plaisamment, que les voilà tous aux grands éclats de rire, et lui aussi, qui durèrent fort longtemps » — éclats entendus des antichambres et de la galerie, à deux pas de la chambre où son père mourait. Après quoi il « retrancha des assiduités inutiles..., et renferma sa douleur dans son cabinet, au pied de son crucifix, ou s'y appliqua à tous les ordres futurs pour l'exécution de ce qu'il s'étoit fait attribuer ».
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