TOME IX · CHAPITRE V
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Résumé
Le « commencement de l'affaire qui a produit la constitution Unigenitus » — le germe de la grande guerre religieuse de la fin du règne. Bagatelles d'Espagne ; Maillebois otage à Lille s'en sauve ; l'« étrange fin » de l'abbé de La Bourlie à Londres — le conspirateur suicidé ; mariage de Lassay et sa famille ; les enfants de du Maine « en princes du sang à la chapelle » ; morts de la douairière d'Aumont et de Mme de Châteauneuf ; et l'embarras de l'auteur à l'égard de Monseigneur et de sa cour intérieure — prélude involontaire au coup de théâtre qui suit.
Les entrées
- Commencement de l’affaire qui a produit la constitution Unigenitus
- Mars vit éclore « les premiers commencements de l'affaire qui produisit la constitution Unigenitus si fatale à l'Église et à l'État, si honteuse à Rome…, si avantageuse aux jésuites, aux sulpiciens, aux ultramontains, aux ignorants, aux gens de néant, et surtout à tout genre de fripons et de scélérats ». Le P. Tellier, pressé de sauver les jésuites de l'opprobre de la Chine et « d'abattre le cardinal de Noailles », n'eut pour conseil que les PP. Doucin et Lallemant, « aussi fins, aussi faux, aussi profonds que lui ». La machine : faire condamner les Réflexions morales du P. Quesnel — livre qui « édifioit toute l'Église » depuis quarante ans, que Bissy avait recommandé à tout son diocèse et que le P. de La Chaise gardait sur sa table — dans l'édition approuvée par Noailles à Châlons, par deux évêques « les plus inconnus, les plus isolés, les plus infimes » : Champflour de La Rochelle, « l'ignorance et la grossièreté même », et Lescure de Luçon, dressés par le prêtre Chalmet. Leur mandement, affiché jusqu'aux portes de l'archevêché, censurait Noailles « comme fauteur d'hérétiques ». Le cardinal commit « la faute capitale d'imiter le chien qui mord la pierre qu'on lui jette » en chassant les neveux des deux évêques de Saint-Sulpice ; la lettre au roi signée des « deux animaux mitrés » — œuvre « du plus habile et du plus délié courtisan » — le compara à Constantin et Théodose et renversa les rôles. Le roi finit par fermer la bouche à Noailles, qui se défendit par mandement — « nouveau crime, qui lui fit envoyer défense d'aller à la cour s'il n'y étoit mandé » — puis par sa belle lettre à l'évêque d'Agen, manifeste qui « acheva d'enlever ce qui restoit de gens neutres ».
- Bagatelles d’Espagne
- L'Espagne, trop épuisée par ses incroyables efforts, produisit peu : les ennemis abandonnèrent Balaguer au bruit d'un siège ; Muret, lieutenant général, prit la Seu-d'Urgel ; « mais peu après, le gouverneur de Miranda-de-Duero, place importante sur la frontière de Portugal, se laissa corrompre, et vendit pour une grosse somme d'argent aux Portugois la place et mille hommes qu'il avoit dedans. Bientôt après, en Sicile, les Autrichiens se saisirent de Palerme. »
- Maillebois resté otage à Lille, s’en sauve
- Maillebois, fils de Desmarets, demeuré à Lille depuis sa prise comme otage du paiement dû aux magistrats et bourgeois, sut « que, pour en presser le payement, on étoit sur le point de les enfermer dans la citadelle, contre la teneur de la capitulation ». Il se sauva avec le commissaire des guerres et gagna Arras sous l'escorte envoyée par Montesquiou ; d'Arras ils justifièrent leur conduite auprès du comte d'Albemarle. À la cour, le roi l'entretint longtemps, Desmarets seul en tiers ; en chemin il avait averti Surville, otage à Tournai, qui s'en retourna chez lui en Picardie « en attendant les ordres du roi ».
- Étrange fin de l’abbé de La Bourlie à Londres
- Étrange fin de l'abbé de La Bourlie, frère de Guiscard, « traître à sa patrie » passé en Hollande et en Angleterre : arrêté à Londres fin mars dans le parc de Saint-James « pour des commerces suspects », il se saisit d'un canif sur une table de l'antichambre de Saint-Jean et, interrogé par Harley devant les ducs d'Ormond, de Buckingham et d'Argyle, « au lieu de lui répondre, il lui donna deux coups de canif dans le ventre, qui heureusement ne firent que glisser légèrement ». Percé de trois coups d'épée, lié et mené à Newgate, « ce malheureux y mourut peu de jours après, sans avoir voulu prendre de nourriture ni parler, et des blessures qu'il se fit ».
- Mariage de Lassai ; sa famille
- Lassai — Madaillan de son nom — maria son fils à sa propre sœur, la tante du marié. Le père « avoit fait toutes sortes de métiers, dont Mme la Duchesse a fait une chanson » ; veuf de la fille d'un apothicaire que le duc Charles IV de Lorraine avait voulu épouser, retiré aux Incurables puis lassé de la dévotion, suiveur des princes de Conti en Hongrie, époux ensuite d'une bâtarde de M. le Prince. Son fils, brigadier « avec un visage de singe » mais « parfaitement bien fait », plut vers ce temps à Mme la Duchesse : « la liaison entre eux se fit la plus intime, et la plus étrangement publique. Il devint à visage découvert le maître de Mme la Duchesse et le directeur de toutes ses affaires » — ce qui fit le père chevalier de l'ordre en 1724. Lassai père vécut très vieux, « fade et abandonné adulateur du cardinal Fleury ».
- Enfants de M. du Maine en princes du sang à la chapelle
- « Les enfants de M. du Maine triomphèrent toute la semaine sainte en rang de princes du sang. La joie de M. et de Mme du Maine en fut grande, la complaisance que le roi en prit extrême, le scandale encore plus fort » — étape nouvelle de cette marche des bâtards vers le trône que le mémorialiste ne cesse de jalonner.
- Mort de la duchesse douairière d’Aumont ; son caractère
- La duchesse douairière d'Aumont mourut le jour de Pâques, « assez brusquement, à soixante et un ans, veuve depuis sept ans, et peu regrettée dans sa famille ». Sœur aînée des duchesses de Ventadour et de La Ferté, mère du seul duc d'Humières, « c'étoit une grande et grosse femme, qui avoit eu plus de grande mine que de beauté ; impérieuse, méchante, difficile à vivre, grande joueuse, grande dévote à directeurs…, riche et très-attachée à son bien ». Toutes les personnes royales allèrent voir la duchesse de Ventadour — visite due à sa place de gouvernante des enfants de France, la visite aux duchesses ayant été supprimée.
- Mort et famille de Mme de Châteauneuf
- Mme de Châteauneuf mourut quelques semaines après, à cinquante-cinq ans, à Versailles « où elle n'avoit presque bougé de sa chambre, et y avoit passé sa vie fort seule. Elle étoit d'une prodigieuse grosseur, la meilleure femme du monde, et veuve depuis onze ans du secrétaire d'État, et mère de La Vrillière » ; fille de Fourcy et d'une sœur d'Armenonville, dont le remariage à Pelletier fit la fortune de ce dernier.
- Mon embarras à l’égard de Monseigneur et de sa cour intérieure
- Embarras de Saint-Simon à l'égard de Meudon, « lieu infesté de démons » depuis la calomnie : Mme la Duchesse y retournait régner avec ses filles, d'Antin y gouvernait, les Lislebonne « y dominoient à découvert » — ses ennemis personnels, auteurs certains de « cet inepte et hardi godant » ; Mlle Choin, « fée invisible dont on n'approchoit point » ; du Mont pour toute ressource, « sans force et sans esprit ». Et l'avenir : Monseigneur sur le trône « porteroit très-certainement avec lui les uns ou les autres de ces mêmes ennemis qui ne respiroient que ma perte ». « Faute de mieux, je me soutenois de courage…, j'espérois ainsi, contre toute espérance. » Retiré à la Ferté pour la quinzaine de Pâques, il s'y promenait avec le vieux M. de Saint-Louis quand, le samedi 11 avril, un courrier de Mme de Saint-Simon lui apprit « la maladie de Monseigneur ».
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