TOME II · CHAPITRE XVI
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Résumé
Morts de la duchesse de Chaulnes et de Chamarande ; le « Problème ecclésiastique » brûlé par arrêt du parlement ; le voyage des prétendants à Neuchâtel autour de Mme de Nemours ; la paix de Carlowitz qui clôt la guerre turque. L'événement européen : le prince électoral de Bavière, désigné héritier de la monarchie d'Espagne — et sa mort d'enfant qui rouvre tout. Neuvième électorat reconnu ; mort du chevalier Temple ; trésor inutilement cherché chez l'archevêque de Reims ; morts de Coislin et de La Feuillée ; Monaco ambassadeur à Rome, ses prétentions ; « Monseigneur » disputé aux secrétaires d'État ; Mme de Saint-Géran rappelée ; mariage du comte d'Auvergne ; ambassade du Maroc ; Torcy ministre.
Les entrées
- Mort de la duchesse de Chaulnes
- La duchesse de Chaulnes meurt dans les premiers jours de l'année, « n'ayant pu survivre son mari plus de quelques mois » : « pour la figure extérieure, un soldat aux gardes, et même un peu suisse habillé en femme ; elle en avoit le ton et la voix, et des mots du bas peuple » — mais « tout le maintien, les façons, l'état et la réalité d'une fort grande dame », adorée en Bretagne comme lui, « pour le moins aussi sensible que lui à l'échange forcé de ce gouvernement ».
- Mort de Chamarande père
- Le bonhomme Chamarande la suit de près, « universellement estimé, considéré et regretté ». S'y joint le dégoût de Villacerf : son commis Mesmin, enfui, laisse voir « force friponneries » dans les fonds des bâtiments — Villacerf, à la probité hors de soupçon, s'en démet ; le roi lui donne douze mille livres de pension et donne les bâtiments à Mansart, « qui s'appeloit Hardouin, et pour s'illustrer dans son métier, où il n'étoit pas habile, prit le nom de son oncle, et fut meilleur et plus habile et heureux courtisan que le vieux Mansart n'avoit été architecte ».
- Problème brûlé par arrêt du parlement
- Le Problème brûlé par arrêt du parlement : le livre anonyme demandant lequel croire, « de M. de Noailles, évêque de Châlons, ou du même M. de Noailles, archevêque de Paris » — jansénisant à Châlons, contraire à Paris. L'archevêque en accuse les jésuites, « froidement écoutés » dans leurs désaveux, « et ne le pardonnèrent jamais à M. de Paris ». Le hasard révèle le vrai coupable : le docteur Boileau, logé dans l'archevêché même, savant sauvage « qui se barricadoit dans sa chambre » — et M. de Paris, au lieu de le faire enfermer, lui donna un canonicat de Saint-Honoré vacant : « Boileau, qui n'avoit pas de quoi vivre, l'accepta, et acheva de se déshonorer. »
- Voyage de Mme de Nemours, du prince de Conti et des autres prétendants à Neuchâtel
- Neuchâtel : Conti, vainqueur de son procès, fait proposer par Torcy des accommodements à Mme de Nemours, qui refuse tout, promet au roi « de n'employer aucune voie de fait » et part soutenir son droit à Neuchâtel — suivie du prince de Conti, de Matignon, puis des ducs de Lesdiguières et de Villeroy, tous prétendants ; « le public désintéressé jugea en faveur de M. de Lesdiguières », mais dans cette « célèbre et inutile dispute, un tiers sans droit mangea l'huître et donna les écailles aux prétendants ».
- Paix de Carlowitz
- La paix de Carlowitz : l'empereur, « qui avoit grand besoin de la paix », la fait avec les Turcs, Pologne et Venise comprises — Venise « se plaignit amèrement de l'empereur, et après quelques mois, ne pouvant mieux, la signa ».
- Prince électoral de Bavière, héritier et nommé tel de la monarchie d’Espagne, et sa mort
- Le testament d'Espagne : le roi Charles II, « hors de toute espérance d'avoir des enfants » et « indigné de tous les projets de partager » sa monarchie, appelle à la succession entière le prince électoral de Bavière, sept ans — « en effet le véritable héritier si on a égard aux renonciations ». Portocarrero le confie en grand secret à Harcourt ; le roi n'en marque aucun mécontentement. Mais « le prince électoral de Bavière mourut fort brusquement les premiers jours de février, et personne ne douta que ce ne fût par l'influence du conseil de Vienne » — le même qui s'était « défait » de la première reine d'Espagne : l'Europe plonge « dans la douleur et dans le trouble des mesures à prendre sur l'ouverture de cette prodigieuse succession ».
- Neuvième électorat reconnu
- Presque en même temps, « le neuvième électorat érigé en faveur du duc d'Hanovre, qui avoit causé tant de mouvements dans l'empire, fut reconnu par une partie de l'Allemagne et de l'Europe ».
- Mort du célèbre chevalier Temple
- Mort du célèbre chevalier Temple, « un des principaux ornements » de l'Angleterre, illustre dans les lettres et les ambassades, « un homme simple d'ailleurs, qui ne cherchoit point à paroître, et qui aimoit à se réjouir, et à vivre libre en vrai Anglois ». Le trait du tournebroche : tenu deux heures par M. de Chevreuse raisonnant machines dans la galerie de Versailles, il l'interrompt au coup de deux heures : « de toutes les sortes de machines, je n'en connois aucune qui soit si belle, à l'heure qu'il est, qu'un tournebroche, et je m'en vais tout courant en éprouver l'effet. »
- Trésor inutilement cherché pour le roi chez l’archevêque de Reims
- Le trésor introuvable : sur des avis réitérés de huit millions enterrés « dans la cour de la maison du feu chancelier Le Tellier », on fouille chez l'archevêque de Reims en présence de Chamillart — « on bouleversa tous les endroits, on ne trouva rien, on eut la honte de l'avoir crue, et elle eut la prison pour salaire de ses avis ».
- Mort du chevalier de Coislin
- Mort du chevalier de Coislin, « un cynique, qui vécut et mourut tel au milieu de la cour et du monde » : suivant toujours le roi sans jamais le voir, jetant sa serviette à table si un fâcheux survenait, tyrannisant le cardinal son frère. Le trait immortel : excédé des compliments infinis du duc de Coislin pour leur jolie hôtesse, « je suis monté dans la chambre où vous avez couché, j'y ai poussé une grosse selle tout au beau milieu sur le plancher, et la belle hôtesse ne doute pas à l'heure qu'il est que ce présent ne lui ait été laissé par vous avec toutes vos belles politesses » — le duc en furie voulant retourner sous la pluie « se distiller en honte et en excuses ».
- Mort de La Feuillée
- Mort du bonhomme La Feuillée, l'ancien mentor de Monseigneur, « dans une grande estime de probité, de valeur et de capacité à la guerre ».
- M. de Monaco, ambassadeur à Rome ; ses prétentions, son succès
- M. de Monaco ambassadeur à Rome : il obtient d'abord que Torcy lui écrive « monseigneur » — puis le perd, Torcy ayant frappé le roi de ce que les Rohan, au rang antérieur, ne l'avaient pas ; il part brouillé avec Torcy, prétend l'altesse à Rome « ce qu'aucun de ses pères n'avoit imaginé », traversé par le cardinal de Bouillon, « et lui qui n'en voulut pas démordre passa le reste de sa vie dans une grande solitude à Rome… et voilà le fruit des chimères ».
- Monseigneur des secrétaires d’État et aux secrétaires d’État
- L'histoire du monseigneur des secrétaires d'État : ils l'écrivaient à tous les ducs — Saint-Simon garde trois lettres de Colbert à son père en preuve — jusqu'à ce que Louvois, persuadant au roi qu'il y était intéressé, écrivît « monsieur » à l'un, puis à l'autre : « on le souffrit ; après, cela fit exemple, et le monseigneur fut perdu. » Turenne seul se le fit conserver, planche des Bouillon puis des Lorrains. Puis Louvois exigea à son tour le monseigneur de tout ce qui n'était point titré : « quantité de gens distingués en quittèrent le service, et ont été poursuivis dans tout ce qu'ils ont pu avoir d'affaires jusqu'à leur mort » — et les quatre secrétaires d'État suivirent, sans jamais l'obtenir « de pas un homme de robe ».
- Fauteuil de l’abbé de Cîteaux aux états de Bourgogne
- Le fauteuil de l'abbé de Cîteaux aux états de Bourgogne, disputé par M. d'Autun, président né : force factums, et le roi jugeant au conseil des dépêches sur l'avis de M. le Prince et de l'intendant Ferrand — « M. de Cîteaux gagna son procès ».
- Mme de Saint-Géran rappelée
- Mme de Saint-Géran rappelée : n'ayant pas voulu profiter de la liberté de son exil, retirée sans une sortie au couvent de Bellefonds à Rouen, « elle fut rappelée, accueillie comme en triomphe, et incontinent après logée au château, et de tout mieux qu'auparavant, mais de sa part avec plus de précaution et de sagesse ».
- Mariage du comte d’Auvergne avec Mlle de Wassenaer
- Le comte d'Auvergne, « qui n'étoit ni d'âge ni de figure à être amoureux, l'avoit été toute sa vie et l'étoit éperdument de Mlle de Wassenaer » : veuf, il demande à épouser cette calviniste hollandaise contre tous les édits — « le roi avoit passé sa vie à être amoureux, Mme de Maintenon aussi. Le comte d'Auvergne les toucha par la similitude, et leur dévotion, par l'espérance de gagner une âme à Dieu. » La nouvelle comtesse charma tout le monde, « jusqu'à ses enfants, avec qui elle accommoda leurs affaires », et se convertit « de la meilleure foi du monde ».
- Ambassade de Maroc
- L'ambassade de Maroc, que tout Paris courut voir : l'ambassadeur « de bonne mine et de beaucoup d'esprit » dédit soudain Saint-Olon et l'interprète, « prétendant qu'ils l'avoient engagé sans qu'il leur eût rien dit », déclara qu'il ne ferait point la paix — « et on fut longtemps à le ramener et à finir avec lui un traité ».
- Torcy ministre ; bizarrerie de serments
- Torcy ministre : à force de porter les dépêches au conseil sous Pomponne, « le roi, content de sa conduite, lui dit enfin de s'asseoir et de demeurer. Cet instant le constitua ministre d'État. » Suit la bizarrerie des serments : « les plus petites charges ont toutes un serment, et les ministres d'État n'en prêtent point, qui sur tous autres y devroient être obligés » — non plus que les intendants « qui sont despotiquement les maîtres » des provinces, quand les moindres lieutenants de roi jurent entre les mains du roi.
- Reineville, lieutenant des gardes du corps, disparu
- Premier effet cruel du jeu : Reineville, lieutenant des gardes du corps « fort estimé », disparaît sans trace — « il avoit perdu ce qu'il ne pouvoit payer ; il étoit homme d'honneur, il ne put soutenir son infortune ». Douze ou quinze ans après, « il fut reconnu par hasard dans les troupes de Bavière, où il étoit allé se jeter pour avoir du pain et vivre inconnu ».
- Permillac se tue
- Second effet : Permillac « se tua un matin dans son lit, d'un coup de pistolet dans la tête, pour avoir perdu tout ce qu'il n'avoit pas ni ne pouvoit avoir » — l'excellent officier du détail de la cavalerie sur le Rhin : « il avoit pris de l'amitié pour moi et moi pour lui. Tout le monde le plaignit, et je le regrettai fort. »
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