TOME XX · CHAPITRE IV
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Résumé
Le dernier chapitre. Le 2 décembre 1723, M. le duc d'Orléans meurt subitement à Versailles, chez sa maîtresse, au même âge que Monseigneur ; La Vrillière court « se capter » M. le Duc, qui est premier ministre avant la nuit. Saint-Simon, convoqué à un tête-à-tête, mesure aussitôt sa place dans le nouveau règne : Fréjus ne le veut pas à la cour, La Vrillière l'y craint ; il s'en retourne à Meudon et se fixe à Paris — sa vie publique est close. Suivent l'effet de cette mort chez les étrangers, dans l'Église, le parlement, les troupes et le peuple, les obsèques, les charges redistribuées ; puis l'adieu au lecteur sur la vérité, l'impartialité, et l'aveu d'un style écrit trop vite pour être refait.
Les entrées
- Mort subite de M. le duc d’Orléans
- Il s'affaisse sur Mme de Falari, sa maîtresse, sans plus un rayon de connaissance ; les cris de celle-ci ne trouvent personne dans l'appartement désert, et l'on met une demi-heure à faire venir un chirurgien qui le saigne en vain. Saint-Simon, qui l'a quitté une heure plus tôt l'esprit net, apprend à Meudon l'apoplexie, puis la mort.
- Diligence de La Vrillière à se capter M. le Duc
- La Vrillière, averti des premiers, court porter la nouvelle au roi, à Fréjus, puis à M. le Duc, et rentre chez lui dresser à tout hasard la patente de premier ministre copiée sur celle du défunt : « en courtisan qui sait profiter de tous les instants critiques ».
- Le roi affligé
- Dans le cabinet où l'on fait entrer le petit nombre des plus distingués, on remarque le roi fort triste, les yeux rouges et mouillés ; il pleure sincèrement son oncle et n'en reparlera jamais qu'avec estime, affection et regret.
- M. le Duc premier ministre
- Fréjus, qui a préparé le roi d'avance, propose tout haut de prier M. le Duc d'accepter la place de premier ministre ; le roi consent d'un signe de tête sans dire un mot, et La Vrillière tire de sa poche le serment déjà copié, qu'on fait prêter sur-le-champ.
- Lourdise de M. le duc de Chartres
- Le duc de Chartres, tiré de chez une fille de l'Opéra, ne trouve à sa descente de carrosse que les ducs de Noailles et de Guiche, qu'il éconduit comme des importuns, et se vante à sa mère d'avoir évité leur panneau — sottise qu'on a grand'peine à lui faire comprendre et où il retombe.
- Je vais au lever du roi et j’y prends un rendez-vous avec M. le Duc
- Après une cruelle nuit, Saint-Simon va au lever non pour s'y montrer mais pour faire signe à M. le Duc, qui perce la foule prodigieuse ; il l'assure de son affliction et de son suffrage, et demande un entretien par la petite porte du cabinet, pour éviter le monde.
- Je vais parler à la duchesse Sforze, puis chez Mme la duchesse d’Orléans et chez M. le duc de Chartres
- Il passe chez la duchesse Sforze afin qu'elle demande à Mme la duchesse d'Orléans si elle veut le recevoir — également content du oui ou du non —, puis se rend chez la princesse, et enfin chez le duc de Chartres, où il retourne quatre fois dans la matinée.
- Leur réception
- La duchesse d'Orléans le reçoit au lit et ne parle que du malheur commun, sans un mot de leur brouillerie, comme il l'avait stipulé. Chartres, tout empêtré et hérissé, ne répond pas un mot à son compliment et ne le reconduit pas ; la compagnie en paraît fort surprise.
- Conversation entre M. le Duc et moi dans son cabinet tête à tête
- Reçu à la porte, M. le Duc lui tire un fauteuil ; ils règlent l'affaire restée dans le sac du défunt, puis échangent leurs plaintes sur Chartres, qui n'a répondu au nouveau premier ministre que par un monosyllabe sec et un air d'éconduite. Force amitiés et invitations à revenir souvent.
- Je m’en retourne à Meudon
- Saint-Simon décline l'assiduité qu'on lui offre, demandant seulement qu'on l'annonce et qu'on l'introduise sans antichambre quand il aura quelque chose à dire, puis s'enfuit à Meudon après trois quarts d'heure d'entretien.
- Mme de Saint-Simon à Versailles pour voir le roi, etc., sans y coucher ; y reçoit la visite de l’évêque de Fréjus et de La Vrillière ; entrevoit que le premier ne me désire pas à la cour, et que le dernier m’y craint
- Mme de Saint-Simon va faire sa cour à Versailles sans y coucher. Fréjus, sous les belles choses qu'il dit de son mari, laisse entendre qu'il l'aimerait mieux à Paris ; La Vrillière, moins habile et plus effrayé encore, la scandalise par son ingratitude après tout ce qu'on a fait pour lui.
- Je me confirme dans la résolution de longtemps prise : nous allons à Paris nous y fixer
- Il n'en faut pas davantage pour confirmer un parti pris de longue main : il gagne Paris, résolu à ne paraître devant les nouveaux maîtres du royaume que dans les rares nécessités indispensables. La perte du duc de Bourgogne l'avait déjà préparé à se survivre à lui-même.
- Monseigneur et M. le duc d’Orléans morts au même âge
- Monseigneur meurt à quarante-neuf ans et demi, le duc d'Orléans deux mois plus tôt ; Saint-Simon rapproche ces deux durées si égales, à cause de la situation où l'on a vu ces princes l'un à l'égard de l'autre. « Tel est ce monde et son néant. »
- Effet de la mort de M. le duc d’Orléans chez les étrangers, dans la cour, dans l’Église, dans le parlement et toute la magistrature, dans les troupes, dans les marchands et le peuple
- Les étrangers le regrettent plus que les Français, persuadés de l'étendue de son esprit et de l'adresse de sa politique. La cour se partage, mais le gros ne le regrette point ; dévots, jansénistes et constitutionnaires, parlement, militaire, marine, commerce et peuple accablé de finances se réjouissent tous d'une délivrance — jusqu'à ce que les années fassent tomber les écailles.
- Obsèques de M. le duc d’Orléans
- Le corps est porté à Saint-Cloud, où le comte de Charolois donne l'eau bénite au nom du roi ; le cœur va au Val-de-Grâce, le convoi à Saint-Denis en grande pompe. Les obsèques, différées au 12 février, s'achèvent sur une oraison funèbre de l'évêque d'Angers indigne de la grandeur du sujet.
- Visites du roi
- Le roi visite à Versailles Mme la duchesse d'Orléans, Mme la Duchesse et le duc de Chartres — seul prince du sang qu'il ait jamais visité —, puis la princesse de Conti, Mlle de Chartres et Mme du Maine.
- Maréchal de Villars entre dans le conseil
- Deux jours après la mort du régent, le maréchal de Villars entre au conseil d'État et reçoit le gouvernement des forts et de la citadelle de Marseille, qu'avait le feu premier écuyer.
- Indépendance [à l’égard] du grand écuyer confirmée au premier écuyer
- Le grand écuyer n'avait cessé de tracasser le premier écuyer malgré l'arrêt qui l'en déclarait indépendant ; Beringhen le fils, servi par Fréjus, présente un mémoire au roi et au régent, et le prince Charles de Lorraine est de nouveau tondu en plein par un arrêt du conseil d'en haut.
- Faute du grand écuyer par dépit, dont le grand maître de France profite
- Piqué, le grand écuyer refuse de signer les comptes de la petite écurie, disant qu'il ne sait point signer ce qu'il ne voit point ; après cinq ou six mois d'une opiniâtreté invincible, M. le Duc les signe comme grand maître de la maison du roi. Il perd ainsi par humeur une des plus belles prérogatives de sa charge.
- Mécanique des comptes des diverses dépenses domestiques du roi à passer à la chambre des comptes
- Suit l'explication de la mécanique : grand maître, grand écuyer et premiers gentilshommes sont ordonnateurs, et leur seule signature fait allouer les dépenses à la chambre des comptes ; garde-robe, bouche et petite écurie, n'ayant pas cette qualité, doivent faire contresigner leurs comptes sans examen ni inspection.
- Mort de Beringhen, premier écuyer
- Beringhen ne survit pas sept mois à son père : il meurt le 1er décembre, à quarante-trois ans, homme obscur au dernier point, timide, solitaire, embarrassé du monde, avec pourtant de l'esprit et de la lecture, ne laissant qu'une fille.
- Fortune de son frère, qui obtient sa charge
- Son frère, brouillé avec le régent pour lui avoir disputé avantageusement une maîtresse et éloigné de Paris, était entièrement hors d'espérance de la charge ; la mort si prompte du prince la lui rend, et l'évêque de Fréjus la lui fait donner.
- Nangis chevalier d’honneur de la future reine
- M. le Duc, qui par je ne sais quelle intrigue y aurait voulu Nangis, dédommage celui-ci prématurément en lui donnant la charge de chevalier d'honneur de la future reine.
- Le maréchal de Tessé premier écuyer de la future reine, avec la survivance pour son fils, et va ambassadeur en Espagne
- Le maréchal de Tessé, qui s'ennuyait fort dans sa prétendue retraite, retrouve la charge de premier écuyer de la future reine, qu'il avait eue de la dernière Dauphine dont il avait traité le mariage, avec la survivance pour son fils, et part ambassadeur en Espagne.
- Mort de la maréchale d’Humières
- La maréchale d'Humières meurt le même jour que le régent, à près de quatre-vingt-huit ans, de pure vieillesse, s'étant couchée la veille en parfaite santé et belle encore. Première duchesse à quitter la housse par une dévotion mal entendue, elle fut depuis sottement imitée.
- Comte de Toulouse déclare son mariage
- Le lendemain de la mort du régent, le comte de Toulouse déclare son mariage avec la sœur du duc de Noailles, veuve de Gondrin, que le monde jaloux ne voit pas prendre son rang sans murmure. Saint-Simon, qui n'aime pas Noailles et ne s'en contraint jamais, défend pourtant l'ancienneté de cette maison.
- Novion fait premier président avec force grâces
- « Un fou succéda à un scélérat » : M. le Duc fait premier président Novion, doyen des présidents à mortier, qui n'entend de son métier que la basse procédure. Sauvage, plein d'humeurs, il se barricade contre les plaideurs et s'en va causer avec un charron son voisin, l'homme du meilleur sens du monde.
- Sa famille, son caractère, sa démission, sa mort
- Marié à une Berthelot, tante de Mme de Prie qui l'avait poussé, il obtient pour son petit-fils de quinze ans sa charge de président à mortier, exercée en attendant par Lamoignon. Ne pouvant plus tenir, il se démet en septembre 1724, ravi comme le public, et meurt à Grignon en 1731, regretté de personne.
- Crozat et Montargis vendent à regret leurs charges de l’ordre à Dodun et à Maurepas, dont le râpé est donné à d’Armenonville, garde des sceaux, et à Novion, premier président. Conclusion ; vérité ; désapprobation ; impartialité
- Crozat et Montargis vendent à regret leurs charges de l'ordre à Dodun et à Maurepas, le râpé allant à d'Armenonville et à Novion, fort indécemment mécontent de payer le serment. Saint-Simon conclut : il a préféré la vérité à sa fortune, ne se pique pas d'une impartialité chimérique, prévoit une prodigieuse révolte contre ce miroir, et réclame pour son style une bénigne indulgence.
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