TOME XIX · CHAPITRE XIII

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Résumé

La « façon plus que singulière » dont l'officier porteur du contrat de mariage fut enfin expédié. Puis la litanie : morts de Mme de Broglio, du comte de Chamilly, de Mme de Montchevreuil abbesse de Saint-Antoine — l'abbaye à Mme de Bourbon —, de l'abbé et du marquis de Saint-Hérem, du comte de Cheverny, de l'abbé de Verteuil, de l'évêque de Carcassonne, de Saint-Fremont « et sa fortune », du marquis de Montalègre à Madrid, de la princesse Ragotzi, de la duchesse de Zell — la mère de la reine d'Angleterre prisonnière, « sa fortune ».

Les entrées

Façon plus que singulière dont l’officier dépêché avec le contrat de mariage du roi fut enfin expédié de tout ce que j’avois demandé pour lui
L'officier du régiment de Saint-Simon, porteur du contrat de mariage du roi, « rabroué et remis toujours » par Dubois, fut expédié de la façon la plus singulière. Un jour que le grand cabinet était plein de seigneurs, de dames, d'ambassadeurs et du nonce, le cardinal, importuné par un quidam, « l'envoya promener avec tous les b… et les f… les plus redoublés, jurant à faire trembler et criant à pleine tête ». L'officier, saisi du ridicule, « malgré lui éclata de rire ». Le cardinal tourna la tête, le vit riant, « lui mit la main sur l'épaule : “Vous n'êtes pas trop sot, lui dit-il ; je dirai tantôt à M. Le Blanc d'expédier vos affaires.” » Le pauvre homme « se crut perdu… pensa tomber par terre de ce contraste », et trouva le lendemain « toute son affaire faite et expédiée sans que rien y manquât ».
Mort de Mme de Broglio (Voysin)
Mort de la femme de Broglio, « le roué de M. le duc d'Orléans », fille du feu chancelier Voysin, à trente-deux ans — et du comte de Boulainvilliers, à soixante ans, « qui avoit prédit tant de choses vraies et fausses, mais qui ne se trompa point à l'année, au mois, au jour et à l'heure de sa mort ». « Ce fut dommage qu'un aussi savant homme se fût infatué de ces curiosités défendues » : commerce « le plus doux, le plus aisé et le plus agréable du monde », modeste au point « qu'il ne sembloit pas rien savoir », profond sur l'histoire de France « et son gouvernement primitif » — « la crainte de donner à penser qu'on le recherchoit pour connoître l'avenir me retenoit de le fréquenter comme je l'aurois voulu ».
Mort du comte de Chamilly
Le comte de Chamilly, à cinquante-huit ans, sans enfants mâles : « un grand et gros homme de bonne mine, de savoir et d'esprit, mais qui le faisoit trop sentir aux autres. Il avoit été ambassadeur en Danemark, où sa hauteur n'avoit pas réussi » ; il tenait du maréchal son oncle le commandement de Poitou, Saintonge, Aunis et La Rochelle.
Mort de Mme de Montchevreuil, abbesse de Saint-Antoine
Mme de Montchevreuil, abbesse de Saint-Antoine à Paris, « fort âgée », sœur du feu marquis de Montchevreuil, « si bien avec le feu roi et si intimement avec Mme de Maintenon ».
Cette abbaye donnée à Mme de Bourbon
« Cette belle abbaye fut donnée à la fille aînée de Mme la Duchesse, bossue et fort contrefaite de corps et d'esprit, religieuse de Fontevrault, où elle n'avoit pu durer, et depuis longtemps au Val-de-Grâce, dont elle étoit le fléau, et le devint de son abbaye. »
Mort de l’abbé et du marquis de Saint-Hérem
Des amis à regretter : l'abbé de Saint-Herem, « d'une sûre et agréable compagnie… fait pour remplir utilement les premiers postes de l'Église » ; et le marquis de Saint-Herem son cousin, gouverneur de Fontainebleau, « un des plus honnêtes hommes que j'aie connus, avec qui j'avois passé ma vie », mort « encore dans la force de l'âge », la survivance de Fontainebleau assurée à son fils.
Mort du comte de Cheverny, de l’abbé de Verteuil ; de l’évêque de Carcassonne (Grignan) ; de Saint-Fremont ; sa fortune
Encore le comte de Cheverny, « dans un âge fort avancé », que Saint-Simon avait fait mettre au conseil des affaires étrangères, puis gouverneur de M. le duc de Chartres, « plus de titre que d'effet » ; l'abbé de Verteuil, frère du feu duc de La Rochefoucauld — « on m'accusa de l'avoir tué d'une indigestion d'esturgeon, dont, en effet, il s'étoit crevé chez moi. C'étoit un excellent convive… et charmant dans ses colères où on le mettoit souvent » ; l'évêque de Carcassonne, « le dernier des Grignan », gendre par son frère de Mme de Sévigné ; et Saint-Frémont, lieutenant général « fort entendu à la guerre, et qui n'y avoit pas négligé ses intérêts » — « homme de fortune, qui s'appeloit Ravend », poussé par Mme de Maintenon, « toujours au mieux avec les généraux des armées et avec les ministres de la guerre ».
Mort du marquis de Montalègre à Madrid, et sa dépouille
« J'appris, peu après mon arrivée, la mort à Madrid du marquis de Montalègre, dont je fus affligé. » Sa dépouille : la charge de sommelier du corps destinée au duc d'Arion, « en chemin de revenir des Indes » ; celle de majordome-major de la princesse des Asturies au duc de Bejar ; les hallebardiers au prince de Masseran.
Mort de la princesse Ragotzi (Hesse-Rhinfels) ; de la duchesse de Zell (Desmiers-Olbreuse) ; sa fortune
La princesse Ragotzi (Hesse-Rheinfels) mourut dans un couvent de Paris à quarante-trois ans, « pour avoir tant fait parler d'elle, et en tant de pays ». Et la duchesse de Zell, « sur la fortune de laquelle il faut s'arrêter un moment » : fille d'Alexandre Desmiers d'Olbreuse, gentilhomme protestant du Poitou sorti à la révocation, « belle et sage » fille d'honneur de l'électrice, épousée par Georges-Guillaume duc de Zell, faite princesse de l'Empire « pour couvrir l'inégalité de ce mariage ». Sa fille unique, mariée à Georges-Louis d'Hanovre, futur roi d'Angleterre, fut par lui « tenue enfermée le reste de ses jours, après avoir fait jeter dans un four ardent le comte de Koenigsmarck ». « Malgré l'inégalité de son mariage qui se pardonne si peu en Allemagne… sa vertu et sa conduite la firent aimer et respecter de toute la maison de Brunswick. »
Mort du comte d’Althan, grand écuyer et favori de l’empereur
Le comte d'Althan, grand écuyer et favori de l'empereur, mort à quarante ans : « l'empereur ne le quitta point pendant sa maladie, et il mourut entre ses bras. Il lui fit faire des obsèques magnifiques, se déclara le tuteur de ses enfants… Il est bien rare de voir l'amitié sur le trône. »
Mariage du prince palatin de Soultzbach avec l’héritière de Berg-op-Zoom ; du prince de Piémont avec la princesse palatine de Soultzbach ; du marquis de Castries avec la fille du duc de Lévy ; de Puysieux avec la fille de Souvré ; du duc d’Épernon avec la seconde fille du duc de Luxembourg ; de Mlle d’Estrées, déclarée, avec d’Ampus
Mariages trouvés faits : le prince de Soultzbach avec l'héritière de Berg-op-Zoom, et sa sœur avec le prince de Piémont ; le vieux marquis de Castries — ménagé par Mme de Saint-Simon — avec la fille du duc de Lévi, « qui n'avoit rien », mais « laide, avec beaucoup d'esprit, et l'esprit fort aimable », mère du Castries d'aujourd'hui, avec cent cinquante mille livres de brevet de retenue ; Puysieux avec une fille de Souvré ; le duc d'Épernon avec la seconde fille du duc de Luxembourg ; « et Mlle d'Estrées, vieille fille, sœur du dernier duc d'Estrées, déclara son mariage avec d'Ampus, gentilhomme provençal peu connu, dont le nom est Laurent ».
P. de Linières, jésuite, confesseur de Madame, fait confesseur du roi, avec des pouvoirs du pape, au refus de ceux du cardinal de Noailles
Le P. de Linières, jésuite, confesseur de Madame, « bon homme, vieux et rien de plus, fait confesseur du roi ». Le cardinal de Noailles, « inflexible », refusa ses pouvoirs — « il étoit bien d'une autre importance de rendre le confessionnal du roi aux jésuites que de laisser continuer Madame avec son ancien confesseur ». Dubois, « qui n'en voulut pas avoir le démenti, fit la plaie si éclatante à l'épiscopat de s'adresser à Rome, et le pape envoya au roi un pouvoir de l'entendre en confession et de l'absoudre, à quiconque il voudroit choisir, sans aucune exception ».
Armenonville garde des sceaux
Le chancelier restant exilé à Fresnes, d'Armenonville fut fait garde des sceaux.
Morville secrétaire d’État
Et son fils Morville, secrétaire d'État en sa place.
Le chancelier, sur le point immédiat de son exil, marie sa fille au marquis de Chastelux
Le chancelier « venoit de marier sa fille au marquis de Chastelux, homme de qualité de Bourgogne, du nom de Beauvoir ». « L'arrêt du chancelier étoit intérieurement prononcé, et M. le duc d'Orléans voulut ne rien déclarer que le mariage qui s'alloit faire ne fût achevé. »
Caractère de ce gendre
Ce gendre : « fort honnête homme, et estimé à la guerre. Il soutint ce subit exil de son beau-père d'une façon respectable, et n'en vécut qu'avec plus de soins, d'attentions et d'amitié pour sa femme, pour son beau-père et pour toute sa famille. »
Cruel bon mot de M. le duc d’Orléans
Le régent « en rioit tout bas, et disoit à ceux du secret que ce pauvre Chastelux donnoit dans le pot au noir, et s'alloit faire poissonnier la veille de Pâques ».
Broglio l’aîné et Nocé exilés
Broglio l'aîné, « ce roué de M. le duc d'Orléans, si impudent et si impie, chassé plus loin — il y avoit bien longtemps qu'il le méritoit, et pis » — et Nocé exilés : « le cardinal Dubois commença par ces deux hommes, dont il craignoit l'esprit hardi du premier, entreprenant et audacieux du second, et la liberté et la familiarité de tous les deux avec M. le duc d'Orléans », qui avait pour Nocé « du goût et de l'amitié de tout temps ».
Mme de Soubise gouvernante des enfants de France en survivance de la duchesse de Ventadour
Mme de Soubise en fonction de gouvernante des enfants de France, en survivance de la duchesse de Ventadour, grand'mère de son mari.
Dodun contrôleur général des finances en la place de La Houssaye
Dodun contrôleur général des finances à la place de La Houssaye, « que son incapacité n'avoit pu soutenir plus longtemps dans cette place ». Dodun avait « de la morgue et de la fatuité à l'excès, mais de la capacité, et autant de probité qu'une telle place en peut permettre ».
Pelletier de Sousy se retire à Saint-Victor
Pelletier de Souzy quitta le conseil de régence et se retira à Saint-Victor. Doyen du conseil des parties, il avait « toute sa vie eu des emplois distingués, et vécu avec la meilleure compagnie, à qui il faisoit une chère fort recherchée. On crut que quelque mécontentement qu'il eut de son fils lui fit prendre un parti dont il sentit le poids et le vide, et qu'il ne soutint que par la honte de la variation. »
Duc d’Ossone retourné à Madrid
« Le duc d'Ossone étoit parti de Paris, qu'il avoit rempli de sa magnificence et des plus belles fêtes, lorsque j'y arrivai. Je ne le rencontrai point en chemin. »
Translations d’archevêchés et d’évêchés
Translations en chaîne : l'archevêque de Tours, que Saint-Simon avait voulu faire archevêque de Reims, « déjà transféré à Alby » ; l'abbé d'Auvergne, nommé à Tours, « passé à Vienne » ; Tours donné à l'évêque de Toul, « cet abbé de Camilly qui avoit eu cet évêché en récompense de tous les tours de souplesse dont il avoit si heureusement servi le cardinal de Rohan » ; et Toul à l'abbé Bégon, « qui fut un excellent évêque ».
Reims donné à l’abbé de Guéméné
Reims « ne tarda pas à être donné à l'abbé de Guéméné qui, pour le dire tout de suite, tenta bientôt, après avoir eu l'honneur de sacrer le roi, d'être fait commandeur du Saint-Esprit, n'ayant pas l'âge, car il étoit de 1695 ».
Ruses inutiles des Rohan pour lui procurer l’ordre avant l’âge
Longue leçon sur les ruses des Rohan : « le propre des usurpateurs est de faire semblant de se méconnoître pour que les autres les méconnoissent ». Les Guise avaient fixé après coup l'âge de l'ordre à trente-cinq ans, « excepté pour les princes du sang et pour les maisons souveraines, qu'ils firent régler à vingt-cinq ans, pour s'égaler par là aux princes du sang ». Le sacre du roi parut l'occasion « d'obtenir l'ordre avant l'âge, et le tourner après en droit » ; mais la promotion fut différée au-delà de Dubois et du régent, et M. le Duc « ne jugea pas à propos d'accorder ce nouvel avantage à des gens qui n'en avoient que trop usurpé ». La distinction évanouie, M. de Reims « déclara qu'il ne prétendoit point à l'ordre, que la faiblesse de ses jambes le mettoit hors d'état de recevoir » — « la France est l'unique pays de l'Europe où de tels abus, si dangereux et si flétrissants, soient soufferts, et dont la Ligue est l'odieuse date ».
Mariage de ma fille avec le prince de Chimay
Il fallut achever le mariage de sa fille avec le prince de Chimay, du nom d'Hennin-Liétard. « Il y a des personnes faites de manière qu'elles sont plus heureuses de demeurer filles avec le revenu de la dot qu'on leur donneroit » — mais « ma mère pensoit autrement, et elle étoit accoutumée à décider ». « Le prince de Chimay se persuada des chimères en épousant ma fille dans la situation où il me voyoit. Dès avant d'aller en Espagne je ne lui déguisai rien de tout ce que je pensois » ; les instances redoublèrent au retour, et « le mariage se fit à Meudon avec le moins de cérémonie et de compagnie qu'il nous fut possible ». Grand seigneur bien fait, Toison d'or par Charles II, grand d'Espagne par la princesse des Ursins, mais « un homme sans règle, qui, avec de l'esprit et les meilleurs discours, se gouvernoit lui et ses affaires de fort mauvaise façon, plein de chimères et de fantaisies. La duchesse Sforze… me prédit bien tout ce que j'en vis dans la suite. »
Mariage du comte de Laval avec la sœur de l’abbé de Saint-Simon : l’un depuis évêque-comte de Noyon, puis de Metz, en conservant le rang et les honneurs de son premier siège ; l’autre depuis maréchal de France
Peu après, autre mariage chez lui à Meudon : la sœur de l'abbé de Saint-Simon avec le comte de Laval, maréchal de camp « et enfin devenu maréchal de France ». Mme de Saint-Simon avait eu chez elle cette jeune personne « fort jolie », dont « le dedans étoit fort au-dessus du dehors : de l'esprit, de l'agrément, de la gaieté, une piété et une vertu qui ne se sont jamais démenties et qui n'ont effarouché personne… et une conduite qui a infiniment aidé la fortune de son mari ».
Mort de Courtenvaux
Courtenvaux mourut « fort jeune », fils aîné du fils aîné de M. de Louvois, laissant « un fils qui sortoit tout au plus du maillot ».
Sa charge de capitaine des Cent-Suisses donnée à son fils, à peine hors du berceau, et l’exercice à son frère
« L'âge de l'enfant étoit ridicule ; les services ni la naissance n'y suppléoient pas. Néanmoins la facilité et le mépris de toutes choses de M. le duc d'Orléans enhardirent le duc de Villeroy et le maréchal d'Estrées : M. le duc d'Orléans ne put leur résister, et l'enfant eut la charge » des Cent-Suisses, le frère cadet de son père l'exerçant en attendant.
La cour retourne pour toujours à Versailles
« On résolut enfin que le roi abandonneroit Paris pour toujours, et que la cour se tiendroit à Versailles. Le roi s'y rendit en pompe le 15 juin, et l'infante le lendemain. » Dubois, surintendant unique « comme M. Colbert l'avoit eue, et après lui M. de Louvois », « suivoit à grands pas son projet de se faire déclarer premier ministre, et pour cela d'isoler tant qu'il pourroit M. le duc d'Orléans » : Versailles éloignait les roués et les soupers, et la contrainte « le dégoûteroit, l'ennuieroit, et plus que toute autre chose, le prépareroit à se décharger sur lui, et pour acheter sa liberté, le déclarer premier ministre » — le laissant « se replonger dans sa petite loge de l'Opéra, dans ses indignes soupers », tandis que le cardinal « voleroit de ses ailes et régneroit de son chef ».
Je m’oppose à l’exil du duc de Noailles, enfin inutilement
L'exil du duc de Noailles revint sur le tapis : Dubois « n'osa pas m'en parler », mais le régent le dit. Saint-Simon s'y opposa : sans « crime qui pût être clairement démontré », c'était « montrer un bâton levé » sur tous les maréchaux sortis du conseil ; Noailles était « de ceux qu'il ne falloit jamais bistourner… mais le laisser entier ou l'écraser à forfait » ; exilé, il reviendrait à la majorité, sa charge l'approchant du roi, « et il n'oublieroit ni fadeurs, ni bassesses, ni fertilité d'esprit pour se l'apprivoiser ». La proposition balança huit jours, Belle-Ile détaché sans cesse « pour m'exorciser par ma haine et par mon intérêt » ; puis cinq semaines après, La Vrillière attendait dans la petite galerie : « C'est pour fondre la cloche », dit le régent embarrassé. Après un quart d'heure d'objections, il « se mit le nez tout contre les vitres de la fenêtre, puis, se tournant à moi, me dit tristement : “Le vin est tiré, il faut le boire.” » Noailles eut son ordre le soir même et « s'en alla dans ses terres… où il fit le béat, porta chape aux processions et aux lutrins de ses paroisses, et se fit moquer de lui » — lui qui, pour faire sa cour au régent, « entretenoit une comédienne… après avoir dit son bréviaire ».
Bassesses du cardinal Dubois pour se gagner le maréchal de Villeroy, inutiles
Défait de Noailles, Dubois « n'oublia rien pour gagner » le maréchal de Villeroy, dont la langue ne l'épargnait pas : « il se mit presque à ses genoux, il le supplia de trouver bon qu'il lui apportât son portefeuille tous les jours ». Mais le maréchal connaissait trop Dubois « pour croire qu'un homme de ce caractère, qui dominoit le régent, pût s'accommoder sérieusement de se mettre en brassière sous lui » ; ses chimères « étoient de fronder, de faire contre, d'être le chef et le ralliement des mécontents et des frondeurs, l'idole du peuple, l'amour du parlement, surtout l'homme unique à la vigilance duquel toute la France étoit redevable de la vie du roi ». Ces bassesses « gonflèrent la superbe et la morgue de l'un, et augmentèrent le dépit et la rage de l'autre », qui redoubla d'efforts pour faire chasser le maréchal.
Fatuité singulière de ce maréchal
Sa fatuité venait de donner « un rare spectacle à Paris » : à la Fête-Dieu, la goutte lui interdisant le pavé, Villeroy, ne voulant pas perdre le roi de vue ni « une si belle occasion de se donner en spectacle », « monta le plus petit bidet qu'il put trouver, sur lequel il suivit le roi pas à pas, et se fit admirer de la populace et moquer par tout ce qui accompagna le roi ».
Comte de La Mothe fait grand d’Espagne
La duchesse de Ventadour, « en pleine et seule possession de l'infante », tira habilement sur le temps : « on fut tout étonné qu'il arrivât d'Espagne une grandesse au comte de La Mothe », son cousin. « Une si heureuse fortune le consola du bâton de maréchal de France, qu'on mouroit d'envie de lui donner, et qu'il n'eut pas l'esprit de mériter. »
Mort de Plancy
Plancy mourut à quatre-vingt-cinq ans, sans alliance, « le dernier des enfants de Guénégaud, secrétaire d'État, après avoir servi et fort ennuyé le monde. Les ministres n'avoient pu encore parvenir à laisser leurs enfants revêtus de l'image et des charges des seigneurs. »
Le pape donne à l’empereur l’investiture des Deux-Siciles
« Le pape, accablé enfin par les troupes impériales qui désoloient l'État ecclésiastique, donna à l'empereur l'investiture du royaume de Naples et de Sicile dont il étoit en possession. L'Espagne éclata, mais il n'en fut autre chose, sinon de se raccommoder après. »
Mort du duc de Marlborough ; de Zondedari, grand maître de Malte
« Le fameux Marlborough mourut à Londres, le 27 juin, à près de soixante-quatorze ans, le plus riche particulier de l'Europe, mais sans postérité masculine. » Né Jean Churchill, « de petite noblesse et fort pauvre », devenu duc, capitaine général et « le plus heureux capitaine de son siècle » ; sa victoire d'Hochstedt le fit prince de l'Empire, et il bâtit le superbe château de Pleintheim [Blenheim] en mémoire du village « où trente-six bataillons retranchés se rendirent à lui sans attendre d'attaque ». Obsèques presque royales à Westminster — mais depuis plus de trois ans une apoplexie l'avait réduit à « pleurer presque sans cesse ». Mourut aussi le grand maître de Malte, frère du cardinal Zondedari, « fort estimé et regretté dans son ordre ».
Manoel lui succède
« Antoine Manoel lui succéda, des anciens bâtards de Portugal. »
Mort de la duchesse de Bouillon (Simiane) ; de l’épouse du prince Jacques Sobieski
La duchesse de Bouillon (Simiane) mourut à trente-neuf ans à Paris ; et l'épouse du prince Jacques Sobieski, fils aîné du fameux roi de Pologne — sœur des électeurs de Mayence et palatin, de l'impératrice, des reines douairières d'Espagne et de Portugal, « et mère de la reine d'Angleterre, épouse du roi Jacques III, résidant à Rome » — à cinquante ans, sans postérité masculine, en Silésie.

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