TOME V · CHAPITRE XIII
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Résumé
Vers Turin : Marsin, au refus de Villars, commande l'armée d'Italie sous le duc d'Orléans, qui part ; Mmes de Savoie puis M. de Savoie sortent de Turin défendu par Thun ; « folles courses » de La Feuillade après le duc de Savoie — la faute qui vide le siège de son sens ; le duc d'Orléans, peu content du siège, joint Vendôme et « n'en peut rien tirer ». Vendôme à Versailles, puis en Flandre avec une lettre du roi pour commander à tous les maréchaux ; Villeroy à Versailles sans avoir vu Vendôme, brouillé avec Chamillart, tombe en disgrâce ; Guiscard.
Les entrées
- Marsin, au refus de Villars, va commander l’armée d’Italie sous M. le duc d’Orléans, qui part pour l’Italie
- Villars refuse tout net l'Italie : « il ne s'accommoda point de prendre l'ordre de M. de Vendôme, et aussi peu d'être sous un jeune prince… Un autre que l'heureux Villars eût été perdu. De lui ou des conjonctures, tout fut trouvé bon. » Marsin ira donc en Italie à sa place, et le roi exige du duc d'Orléans la même parole de ne rien décider que de son avis. Le prince prend congé le 30 juin et part de Paris « avec vingt-huit chevaux et cinq chaises pour arriver en trois jours à Lyon, et pousser de là, sans s'arrêter, en Italie ».
- Mmes de Savoie, et incontinent après M. de Savoie, sortis de Turin défendu par le comte de Thun
- Mmes de Savoie se retirent de Turin à Coni ; M. de Savoie reçoit sèchement les offres de sûreté du roi : « elles étoient bien où elles étoient ». Lui-même quitte Turin fin juin, en laissant le commandement au comte de Thun, « qui ne s'en acquitta que trop bien », et se met à courir le pays avec ses trois mille chevaux « dans l'opinion que La Feuillade le suivroit et se distrairoit du siège pour tâcher de le prendre. C'est en effet ce qui arriva. »
- Folles courses de La Feuillade après le duc de Savoie
- « Folles courses » de La Feuillade après le duc de Savoie : laissant le siège à Chamarande — « qui fut sa dupe toute sa vie » —, il s'amuse devant Quérasque, envoie prendre Asti, lâche Aubeterre aux trousses du duc « qui se moquoit de lui ». « C'étoit une étrange folie que voler le papillon aux dépens de l'objet si principal de prendre Turin », alors qu'« une heure étoit précieuse dans la crainte de l'arrivée du prince Eugène, à qui ces lenteurs donnèrent tout le temps qui lui fut nécessaire ». Ses courses harassent la cavalerie et mettent l'infanterie à bout ; Chamillart lui-même doit lui mander « le mauvais effet de ses courses par monts et par vaux après un fantôme ».
- Duc d’Orléans passe au siège dont il est peu content
- Le duc d'Orléans passe au siège : La Feuillade le reçoit magnifiquement, « lui montra tous les travaux… Le prince ne fut content de rien. » Il désapprouve le choix de l'attaque — « en cela de même avis que Catinat qui connoissoit si bien Turin, que Vauban qui l'avoit fortifié, que Phélypeaux qui y avoit demeuré des années, et tous trois sans s'être concertés ». Il ordonne des changements ; « mais, dès qu'il fut parti, La Feuillade remit tout, de son autorité, en son premier état ».
- Mauvaise conduite de La Feuillade, fort haï
- La Feuillade se rend odieux : « sa conduite impérieuse, le peu d'accès qu'il donnoit auprès de lui, sa hauteur avec les officiers, même généraux…, le firent détester de toute son armée », dont les officiers se bornèrent par pique « à leur fait et à leur devoir, sans se soucier de la besogne ». Les mines allaient si mal qu'il s'en plaignait lui-même, et l'artillerie était servie avec les mêmes vices vénaux qu'à Barcelone : « avec un tel général, qui avoit mal enfourné…, ce n'étoit pas de quoi prendre Turin ».
- Duc d’Orléans joint Vendôme et n’en peut rien tirer
- Le duc d'Orléans joint Vendôme sur le Mincio le 17 juillet « avec lequel il conféra tant qu'il put, non pas à beaucoup près tant qu'il voulut ». Le prince Eugène venait de passer le Pô presque devant Vendôme, qui « craignit que ses fautes ne fussent aperçues » et voulait en laisser la charge à son successeur. Aux nouvelles que toute l'armée ennemie avait passé, Vendôme « paya de son effronterie ordinaire… : Eh bien ! ils sont passés, je n'y puis que faire… Vos ordres, monsieur, car je n'ai plus que faire ici, et je pars demain matin. » À force de persécution, le prince en obtient vingt-quatre heures, puis Vendôme « s'en fut au plus vite, laissant au duc d'Orléans à soutenir tout le poids de ses lourdes fautes ».
- Vendôme à Versailles
- Vendôme arrive à Versailles le 31 juillet : « il fut reçu en héros réparateur », suit le roi chez Mme de Maintenon, « y vanta le bon état où il avoit laissé toutes choses en Italie avec une audace sans pareille, et assura que le prince Eugène ne pourroit jamais secourir Turin ».
- Vendôme part pour Flandre, avec une lettre du roi, pour donner l’ordre et commander à tous les maréchaux de France
- Le 2 août, Vendôme reçoit une lettre de la main du roi « portant ordre à tous les maréchaux de France de prendre l'ordre de lui, et de lui obéir partout. C'est où M. du Maine et lui en vouloient venir sans patente…, contre le goût et la volonté du roi ; et de cette sorte, sans patente, M. de Vendôme, quoique sans mention de sa naissance, fut mis en parfait niveau avec les princes du sang. Il prit congé transporté d'aise » et part pour Valenciennes.
- Villeroy à Versailles sans avoir vu Vendôme, et ne voit point Chamillart, avec qui il se brouille, et tombe en disgrâce
- Villeroy, rappelé, arrive le 6 août sans avoir croisé Vendôme : audience « courte et sèche ». Il ne voit point Chamillart et « acheva de gâter ses affaires par se plaindre hautement de lui » — mais « ce n'étoit plus le temps où le langage, les grands airs et les secouements de perruque passoient pour des raisons ». Déchu, il « perdit toute l'écorce qui l'avoit fait briller, et ne montra plus que le tuf… ; ce n'étoit plus qu'un vieux ballon vidé, dont tout l'air qui l'enfloit étoit sorti ». Le roi ne lui disait plus un mot ; seule Mme de Maintenon le recevait encore, « cette petite distinction le soutenoit à ras de terre ».
- Guiscard, sans lettre de service, retiré chez lui ; seul sans nouvelles lettres de service
- Autre disgrâce en cascade : au changement de général, tous les officiers généraux reçurent de nouvelles lettres de service — « Guiscard, premier lieutenant général de l'armée de Flandre, fut le seul qui n'en eut point. On prétendoit que la tête lui avoit tourné à Ramillies et depuis, comme au maréchal. » Il se retire chez lui à Magny, obtient enfin une audience du roi, « courte et sèche, et tout aussitôt il retourna d'où il étoit venu ».
- Puységur à Versailles et en Flandre
- « Le roi avoit fait revenir Puységur d'Espagne, où il s'accommodoit médiocrement du droit et du sec d'un général qu'il avoit vu longtemps lui faire presque sa cour en Flandre » — Tessé. « Le roi l'entretint longtemps et le renvoya en Flandre. »
- Traitement des ducs en pays étrangers
- Grande digression sur le traitement des ducs en pays étrangers : jadis « jamais aucun duc n'avoit vécu avec les électeurs qu'en égalité entière ». Témoin l'instruction que Lyonne remit signée au jeune duc de Rohan-Chabot : « ordre du roi de ne voir aucun électeur qu'avec la main, et l'égalité entière pour toutes sortes d'honneurs chez eux…, excepté le seul duc de Savoie », dont on tolérait la réputation de tête couronnée. Les Voyages de Montconis, « entre les mains de tout le monde », attestent la même égalité pour le duc de Chevreuse à Heidelberg.
- Usurpation de rang de l’électeur de Bavière
- L'usurpation vint de l'électeur de Bavière : Boufflers « avoit tout gâté le premier », le traitant de monseigneur « comme ses sujets faisoient, et à leur exemple fort sottement nos troupes » ; Villars, Marsin, Tallard suivirent. Villeroy, « aussi léger qu'eux, mais plus instruit », s'en scandalisa et dépêcha un courrier : le roi, vérification faite, lui donna raison — mais jugea que le moment où l'électeur venait de perdre ses États « n'étoit pas celui de mortifier son usurpation. Il sacrifia celui des ducs et des généraux de ses armées, maréchaux de France, à cette idée de générosité. »
- Traitements entre lui et M. de Vendôme
- Pour Vendôme, M. du Maine y veilla : le roi « fit convenir l'électeur que Vendôme ne lui diroit et ne lui écriroit que monsieur, et que partout leurs sièges seroient égaux, que Vendôme prendroit toujours l'ordre de lui ». L'électeur ne lui donna point d'altesse, Vendôme refusa l'excellence et donna l'altesse électorale — « nous verrons dans peu jusqu'à quel point cet abandon du rang des ducs avec les électeurs porta sur la dignité du roi même et de sa couronne ».
- Villars, quoique affaibli, prend l’île du Marquisat, où Streff est tué
- Villars, affaibli par un gros détachement envoyé en Flandre — « qu'il trouva fort mauvais » —, rase les lignes de la Lauter mais s'empare de l'île du Marquisat, au-delà du fort Louis, avec un pont de communication. « Streff, maréchal de camp fort estimé, fit et lui proposa ce projet. Il y fut tué sur un bateau où il voulut être, quoique le maréchal s'y opposât… ; ce fut grand dommage. »
- Caraman assiégé dans Ménin et le rend
- Caraman, mis dans Menin avec douze bataillons de vieilles troupes, Spaar et Beuzeval sous lui, tient « trois semaines de tranchée ouverte », obtient « une très honorable capitulation » et sort le 25 août, conduit à Douai — défense estimée dans une campagne de désastres.
- Jolie action du chevalier du Rosel
- « Jolie action du chevalier du Rosel » : averti par Vendôme d'un grand fourrage de Marlborough près de Tournai, il sort le 16 août avec neuf escadrons de carabiniers, bat les douze cents chevaux ennemis, « en tua deux cents, en prit deux cent cinquante », et parmi les prisonniers « Cadogan, favori de Marlborough », qui protégeait la retraite de son général trop avancé. « M. de Vendôme renvoya aussitôt Cadogan au duc de Marlborough galamment sur sa parole. »
- Ath pris par les ennemis
- Ce fut à quoi se bornèrent les exploits du nouveau général, « qui, loin de réparer ou de soutenir les affaires de Flandre, y vit de ses places promener les ennemis de tous côtés » : ils finissent par le siège d'Ath, « qu'ils prirent le 3 octobre, et les cinq bataillons qui étoient dedans prisonniers de guerre ».
- Séparation des armées en Flandre
- « Dix jours après, les armées se séparèrent en Flandre, et la campagne finit » — campagne qui avait commencé à Ramillies et s'achevait sur la perte des Pays-Bas.
- Le roi, amusé sur le voyage de Fontainebleau, ne le fait point cette année
- Le voyage de Fontainebleau n'eut pas lieu : Mme la duchesse de Bourgogne était grosse, les médecins s'y opposaient, et Chamillart, « fort court et fort pressé de dépenses indispensables », en regrettait le coût. Mme de Maintenon « résolut d'amuser le roi, de retarder le voyage, enfin à l'extrémité de le rompre. Le roi ne s'en doutoit pas le moins du monde. » Clément, soutenu de Fagon, déclara le péril ; le roi, fâché, « disputa…, il n'y gagna rien », se rabattit sur un voyage de trois semaines qu'on recula puis rompit de même. « Il n'y eut donc que Monseigneur qui vit Fontainebleau cette année. »
- Kercado, maréchal de camp, tué
- « Kercado, maréchal de camp, fut tué devant Turin » — dans la longue liste des pertes de ce siège meurtrier.
- Talon, Polastron, Rose, colonels, morts en Italie, et le prince de Maubec, colonel de cavalerie
- Morts d'Italie : Polastron, colonel de la Couronne, fils du lieutenant général récemment disparu ; Talon, « fils et père des deux présidents à mortier » ; Rose, petit-fils du secrétaire du cabinet, qui « laissa plus d'un million à sa sœur » ; Pluveaux, maître de la garde-robe du duc d'Orléans ; « et quantité de subalternes et d'anciens et bons officiers qui menoient les corps ». Le prince de Maubec, fils du prince d'Harcourt, meurt à Guastalla, point marié.
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