TOME I · CHAPITRE IV
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Résumé
Après la distribution des armées et le départ du roi pour la Flandre, un mot sur l'obéissance d'ancienneté entre maréchaux et sur l'art de M. de Turenne. Puis le chapitre bascule : le père de Saint-Simon meurt, et le roi donne au fils son gouvernement de Blaye. Le mémorialiste remonte alors à l'origine de la fortune paternelle : le page qui changeait les chevaux de Louis XIII à la chasse, la prévoyance du roi sur Blaye, le cordon de l'ordre en 1633, le duché-pairie de janvier 1635. Autour, des traits du feu roi : sa grandeur d'âme à la perte de Corbie, la réprimande publique infligée au père pour avoir refusé du « monseigneur » à Bellegarde disgracié, sa chasteté « digne de saint Louis ». S'y ajoutent l'époque du « madame » donné aux dames d'atours, l'intimité du père avec M. le Prince, et la fortune des valets Bontems et Nyert.
Les entrées
- Distribution des armées
- Le 3 mai, le roi règle la campagne de 1693 : lui-même en Flandre avec le nouveau maréchal de Boufflers et Monseigneur sous lui, M. le Prince « entre deux comme à Namur » ; Luxembourg à l'autre armée de Flandre avec Villeroy et Joyeuse ; Lorges en Allemagne, Catinat en Italie, Noailles en Catalogne. Contre les descentes anglaises, Monsieur reçoit le commandement de toutes les côtes de l'Océan, avec Humières, Chaulnes en Bretagne, d'Estrées en Aunis, Bellefonds en Normandie. Le duc de Chartres a la cavalerie chez Luxembourg, M. du Maine chez Boufflers — « ce qui exclut le comte d'Auvergne de servir, qui en était colonel général ».
- Le roi en Flandre
- La nouveauté de la campagne : le roi commandera en personne une armée où servent, échelonnés « l'un sous l'autre par degrés », Monseigneur, M. le Prince et le maréchal de Boufflers — l'ordre monarchique appliqué au champ de bataille, tel qu'à Namur l'année précédente. Le dispositif fait des maréchaux « en second » de simples lieutenants généraux d'exception : mêmes honneurs militaires que le général, mais prenant l'ordre de lui, « fort rarement consultés, et point du tout du secret de la campagne ».
- Époque de l’obéissance des maréchaux les uns aux autres par ancienneté
- D'où vient que des maréchaux de France obéissent à d'autres : l'ancien commandement égal « tour à tour » avait été « souvent funeste ». La faveur et la réputation de M. de Turenne firent renouveler pour lui la charge de maréchal général des camps et armées, pour le faire commander aux maréchaux — qui ne s'y soumirent « qu'après l'exil de MM. de Bellefonds, Humières et Créqui ». Le roi régla enfin que les maréchaux s'obéiraient les uns aux autres par ancienneté : la hiérarchie remplace la rotation.
- Art de M. de Turenne
- Trait de l'art de Turenne : dès qu'il tint la charge de maréchal général, « confondant avec art son nouvel état avec son rang de prince », il ôta les bâtons de maréchal de ses armes et « ne voulut plus être appelé que le vicomte de Turenne » — l'orgueil suprême du dépouillement : au sommet, le simple nom suffit, et le rang de prince se glisse sous la modestie affichée.
- Mort de mon père dont le roi me donne le gouvernement
- Le même 3 mai, à dix heures du soir, le père de Saint-Simon meurt à quatre-vingt-sept ans : trois violents soupirs — « il n'y avait plus d'huile à la lampe ». Dès le lendemain matin, Beauvilliers demande au roi « en ouvrant son rideau » les gouvernements du père et les obtient sur-le-champ : Blaye, et Senlis. Reçu par les cabinets à l'issue du dîner, le jeune duc essuie un long colloque plein de bonté — le roi « savait assaisonner ses grâces » — sur la mort, les sacrements, la piété du défunt, avec exhortation « à continuer d'être sage ». Déjà, pendant la maladie de Blaye, le roi avait rabroué d'Aubigné, frère de Mme de Maintenon, qui demandait le gouvernement : « Est-ce qu'il n'a pas un fils ? ». En marge, l'histoire de l'oncle : son gouvernement de Senlis convoité par M. le Prince, et la capitainerie des chasses d'Hallatte escamotée « en vrai Scapin » — la fable de l'édit de suppression contée aux deux vieillards crédules, la démission extorquée pour deux cents pistoles, et la capitainerie devenue « une tyrannie » ; puis la tante, « haute, intéressée et méchante », qui fit passer les biens aux Uzès et laissa les dettes.
- Origine première de la fortune de mon père
- L'origine de tout : le grand-père, royaliste ruiné, met ses fils pages de Louis XIII. Le jeune Saint-Simon père remarque l'impatience du roi chasseur à relayer et imagine de lui présenter le cheval frais « la tête à la croupe » du cheval quitté — le roi saute de l'un sur l'autre sans mettre pied à terre. Le roi demande toujours ce page, s'informe, s'attache ; Baradas, premier écuyer devenu insupportable « par ses hauteurs », est chassé et sa charge donnée au page ; suit celle de premier gentilhomme de la chambre. Favori « sans autre protection que la bonté seule du roi », il ne compte jamais avec aucun ministre, pas même Richelieu — dont il sauve pourtant la fortune à la journée des Dupes, non par attachement mais par raison d'État : le cardinal, soupçonneux, venait depuis s'asseoir sur son lit en pleine nuit, une bougie à la main, « s'écriant quelquefois qu'il était perdu ». Louis XIII, « attrapé comme il l'avait été à M. de Luynes », s'était fait « sourdement extrêmement informer » de sa naissance avant de l'élever — ce roi qui aimait les gens de qualité, d'où le proverbe des trois places de Paris : Henri IV avec son peuple au Pont-Neuf, Louis XIII avec les gens de qualité à la place Royale, Louis XIV « avec les maltôtiers dans la place des Victoires ».
- Bonté et prévoyance de Louis XIII sur le gouvernement de Blaye
- À la mort de M. de Luxembourg, le roi donne au favori le choix de sa dépouille : les chevau-légers de la garde ou le gouvernement de Blaye. Le père supplie qu'on en récompense d'autres ; le roi se fâche, donne vingt-quatre heures ; le père remet le choix au roi même. Réponse mémorable : « les chevau-légers étaient brillants, mais Blaye était solide » — une place qui bride la Guyenne et la Saintonge, et qui, « dans les troubles », rend son gouverneur considérable si vient une guerre civile après lui. « C'est ainsi que mon père a eu ce gouvernement » : la Fronde vérifiera la prévoyance du roi — et la fidélité du gouverneur de Blaye l'illustrera.
- Mon oncle et mon père chevaliers de l’ordre en 1633 avant l’âge
- À la promotion de l'ordre de 1633, le père est fait chevalier à vingt-sept ans juste ; le grand-père, nommé avec lui, « trouva que ce n'était pas la peine de faire connaissance avec la cour » et fit demander son collier pour son fils aîné, l'oncle, âgé de trente-cinq ans, « qui en jouirait plus longtemps que lui ». Calcul juste : l'oncle porta le cordon bleu cinquante-sept ans et le père soixante — restés longtemps « les deux seuls du feu roi », « chose sans exemple dans aucun ordre ».
- Mon père duc et pair en janvier 1635, et comment
- Janvier 1635 : le roi, qui a confié au père le retour secret de Gaston, lui annonce qu'il le fera duc et pair — mais à une condition « qui lui semblerait dure » : ayant promis Puylaurens à Monsieur, il le fera le premier. Le père, choqué de céder l'ancienneté au favori de Gaston, « balança vingt-quatre heures », accepta, et fut fait seul quinze jours après lui — « il n'en eut pas le dégoût longtemps » : moins d'un an éteignit le duché de Puylaurens, arrêté et mort en prison. De l'argent de sa charge de premier gentilhomme vendue pour M. de Créqui, le nouveau duc racheta à l'aîné de sa maison la terre de Saint-Simon, « qui n'en était jamais sortie », et la fit ériger en duché-pairie.
- Grandeur d’âme et courage de Louis XIII à la perte de Corbie
- Le grand récit de Corbie (1636) : les Espagnols maîtres de la frontière jusqu'à Compiègne, Paris consterné, le conseil réuni. Richelieu opine le premier « à des partis faibles », à la retraite du roi au-delà de la Seine, et emporte tous les avis. Louis XIII laisse tout dire, puis parle « un bon quart d'heure » : la retraite achèverait le désordre, précipiterait la fuite, « resserrerait toutes les bourses » ; un autre quart d'heure pour son plan ; puis, sans reprendre les avis, ordonne au père que ses charges soient prêtes à le suivre « le lendemain matin vers Corbie » — et sort, laissant le cardinal « dans le dernier étonnement ». « Ce hardi parti fut le salut de l'État » ; Richelieu « en trembla » jusqu'aux premiers succès. « Voilà un échantillon de ce roi faible et gouverné », conclut le fils — qui rend aussi à Louis XIII la digue de La Rochelle « dérobée » par les écrivains au profit du ministre.
- Réprimande à mon père en public pour n’avoir pas écrit monseigneur au duc de Bellegarde disgracié et exilé
- Première réprimande : le duc de Bellegarde exilé, le père — son ami — lui écrit en attendant la chasse ; surpris par le roi cachant son papier, il avoue. Le roi lit : « Je ne trouve point mauvais que vous écriviez à votre ami, quoiqu'en disgrâce… mais ce que je trouve très mauvais, c'est que vous lui manquiez au respect que vous devez à un duc et pair, et que, parce qu'il est exilé, vous ne lui écriviez pas monseigneur. » Il déchire la lettre : « Refaites-la après la chasse, et mettez monseigneur, comme vous le lui devez. » Le favori s'estima « quitte à bon marché » — la leçon de respect des dignités par-dessus la disgrâce vaut d'être méditée.
- Chasteté de Louis XIII digne de saint Louis, qui réprimande mon père
- Seconde réprimande, « plus sérieuse » : le roi, véritablement amoureux de Mlle d'Hautefort, en parle sans cesse au jeune favori, qui, « jeune et galant », prend cette réserve pour de la timidité et propose « d'être son ambassadeur et de conclure bientôt son affaire ». Réponse du roi, prise sur le vif : « Il est vrai que je suis amoureux d'elle… parce que je suis homme et que j'ai cette faiblesse ; mais plus ma qualité de roi me peut donner de facilité à me satisfaire, plus je dois être en garde contre le péché et le scandale. Je pardonne pour cette fois à votre jeunesse… » — « Ce fut pour mon père un coup de tonnerre ; les écailles lui tombèrent des yeux » : une chasteté « digne de saint Louis ».
- Époque du nom de madame aux dames d’atours filles
- Note d'usage attachée à la même Hautefort : le roi la fit dame d'atours de la reine, et « sous ce prétexte » la fit appeler Mme d'Hautefort — elle qui épousa plus tard le maréchal de Schomberg. « C'est depuis elle que les dames d'atours filles ont été appelées madame » : l'origine exacte d'un usage de cour, fixée en passant.
- Intimité jusqu’à la mort de M. le Prince, père du héros, avec mon père, et sa cause
- L'amitié du père avec M. le Prince — le père du Grand Condé — naquit d'un secret d'État : Richelieu mourant à Bordeaux (la maladie qui fit intercepter les lettres joyeuses de Châteauneuf et de la duchesse de Chevreuse — les sceaux perdus, la duchesse en fuite), le roi, « en peine de qui le remplacer », en raisonna souvent avec le favori, qui lui persuada M. le Prince. Le cardinal guérit ; mais longtemps après, M. le Prince témoigna sa reconnaissance au père — qui « se tint sur la négative » jusqu'à ce que le prince lui dît le tenir du roi même. De là « une amitié qui n'a fini qu'avec la vie de ce prince de Condé, mais qu'il ne transmit pas à sa famille ».
- Bontems et Nyert
- Le bonheur du père dans ses domestiques, pépinière de fortunes : Tourville, son gentilhomme — messager de la journée des Dupes — placé chez M. le Duc d'Enghien, dont le fils devint « le plus grand homme de mer de son siècle » et garda toujours pour la famille un respect démonstratif ; le secrétaire dont le fils, du Fresnoy, devint le commis le plus accrédité de Louvois — sa femme, beauté célèbre, dotée d'une charge de « dame du lit de la reine » créée pour elle ; deux chirurgiens devenus célèbres, Bienaise (l'anévrisme) et Arnaud (les descentes) — avec l'anecdote féroce de l'abbé débauché qu'Arnaud, l'opérant d'autorité, « guérit » d'une seconde façon « qui n'est que trop commune en Italie aux petits garçons dont on espère de belles voix ». Et surtout deux des quatre premiers valets de chambre du roi : Bontems et Nyert.
- Leur fortune par mon père
- Comment ces deux dynasties de la domesticité royale durent tout au père : le père de Bontems, chirurgien qui « l'avait très bien saigné », fut produit par lui à Louis XIII — défiant de la main « appesantie » de son premier chirurgien — et devint premier valet de chambre : son fils, gouverneur de Versailles, « le plus intérieur des quatre du roi », « ne l'a jamais oublié ». Le père de Nyert, jolie voix, bonne musique et luth excellent, était à M. de Mortemart qui le mena au voyage de Lyon, où le père l'entendit — première marche d'une fortune parallèle chez le roi ; mais le fils de celui-là « n'a rien fait moins que s'en souvenir » : la gratitude et l'ingratitude des maisons, en diptyque.
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