TOME III · CHAPITRE XX

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Résumé

Harcourt refuse l'armée d'Italie ; Vendôme l'accepte et part — début d'un grand commandement. Le grand prieur et Feuquières refusés de servir, avec le portrait de l'« étrange caractère » du second ; Colandre colonel avec choix ; La Feuillade maréchal de camp « tout à coup ». Mme de Chambonas dame d'honneur de la duchesse du Maine ; changements chez Madame ; la maréchale de Clérembault, la comtesse de Beuvron. Morts de Fouquet évêque d'Agde et du bailli d'Auvergne ; le P. Camille en Lorraine ; Sourdis et le mariage de sa fille ; mariage du duc de Richelieu ; les médailles du roi et la « jalousie sur Louis XIII » ; Toulouse sur mer avec le comte d'Estrées ; le duc de Bourgogne en Flandre.

Les entrées

Harcourt refuse l’armée d’Italie
Restait la principale dépouille : le commandement de l'armée d'Italie. À Marly, au sortir de la messe, tout le monde attendait dans les salons « le choix du général qu'on voyoit bien qui s'alloit déclarer ». Chamillart sortit de chez Mme de Maintenon, alla dire un mot à M. le prince de Conti — « chacun le crut l'élu ; on applaudit, mais l'erreur ne dura guère » — puis « s'avança lentement cherchant des yeux, et, apercevant Harcourt, alla droit à lui. Alors on ne douta plus. » Rien ne se mariait mieux avec le désir du roi d'Espagne d'avoir ce général sous lui ; mais Harcourt en était « au plus fort de ses espérances » d'entrer au conseil : « il n'eut donc garde d'accepter un commandement qui anéantissoit toutes ses mesures si avancées [...]. Il se défendit sur sa santé et refusa », sous les yeux de toute la cour qui ne perdait aucun geste de leur long aparté.
Vendôme l’accepte et part
Chamillart rentra chez Mme de Maintenon, ressortit, « chercha des yeux, et fut joindre M. de Vendôme. Leur conversation fut très courte » : le choix et l'acceptation furent déclarés quand le roi passa, et Vendôme partit le surlendemain pour l'Italie avec quatre mille louis d'équipage. « Le dépit de M. le duc d'Orléans et des princes du sang fut extrême et fort marqué » — ils sentaient depuis longtemps « la préférence du roi pour la naissance illégitime » ; Vendôme, habile, « ne cessa de répandre qu'il ne devoit son choix qu'au refus d'Harcourt ». Le roi, lui, redoubla publiquement pour Villeroy prisonnier : « le mot de favori, qui n'étoit jamais sorti de sa bouche, lui échappa même une fois » ; il lui écrivit une lettre « la plus obligeante qu'il fût possible » et l'envoya ouverte. Quant à Praslin, il éprouva l'envie : « des plus grandes louanges on passa au regret de la récompense » — la comtesse de Roucy, acculée, avoua « qu'enfin Praslin étoit lieutenant général, et que son mari ne l'étoit pas ».
Grand prieur refusé de servir
Le grand prieur de Vendôme, « intimement uni avec son frère, eut la douleur de n'être point employé, et d'essuyer même le refus d'aller servir sous lui en Italie. Sa crapule journalière, sa vie honteuse, plusieurs frasques qu'il avoit hasardées sur la faveur de sa naissance et sur celle de son frère, reçurent enfin ce coup de caveçon dont il eut grande peine à revenir dans la suite. » Même le triomphe de l'aîné des bâtards de la maison de Vendôme ne suffisait donc pas à couvrir les indignités du cadet.
Feuquières refusé de servir ; son étrange caractère
Feuquières, lieutenant général, essuya le même refus. « Homme de qualité, d'infiniment d'esprit et fort orné, d'une grande valeur, et à qui personne ne disputoit les premiers talents pour la guerre, mais le plus méchant homme qui fût sous le ciel, qui se plaisoit au mal pour le mal, et à perdre d'honneur qui il pouvoit, même sans aucun profit. » Il avait fait échouer Bullonde à Coni, refusé de charger à Neerwinden pour perdre M. de Luxembourg, failli faire battre l'armée du maréchal de Lorges : « pas un [général] n'en vouloit. » Saint-Simon rend pourtant justice à ses Mémoires, « peut-être le plus excellent ouvrage qui puisse former un grand capitaine », en regrettant « que tant de capacité, de talents, de réflexions se soient trouvés unis à un cœur aussi corrompu et à une aussi méchante âme ». Il acheva sa vie « abandonné, abhorré, obscur et pauvre ».
Colandre colonel avec choix
Colandre, lieutenant aux gardes « qui s'étoit distingué partout où il s'étoit trouvé, et dont la figure intéressoit les dames, eut l'agrément d'un régiment et traita de celui de la Reine infanterie ; mais le roi arrêta le marché, et trouva que Colandre, fils de Le Gendre, riche négociant de Rouen, n'étoit pas fait pour être colonel de régiments de cette sorte ». Saint-Simon souligne l'intérêt documentaire du refus : « les maximes ont changé depuis, c'est ce qui m'a engagé à ne pas omettre ce fait, que je pourrois grossir de beaucoup d'autres » — sous Louis XIV encore, la naissance gardait ses barrières dans certains corps.
La Feuillade maréchal de camp tout à coup
La Feuillade « ne tarda pas à profiter de l'alliance qu'il venoit de contracter » avec Chamillart : son beau-père « le fit faire maréchal de camp sous la cheminée, et partir pour l'Italie, et aussitôt après il fut déclaré. Ainsi, il ne fut point brigadier, et fit tomber encore son régiment à un Aubusson. » Le gendre du ministre saute un grade entier par la faveur domestique — première annuité du mariage dont Saint-Simon a annoncé « combien il a coûté cher à la France ».
Mme de Chambonas dame d’honneur de la duchesse du Maine
Mme du Maine et sa dame d'honneur Mme de Manneville, fille de Montchevreuil, « se lassèrent l'une de l'autre. La princesse peu à peu avoit secoué tous ses jougs, même celui du roi et de Mme de Maintenon, qui enfin la laissèrent vivre à son gré. Ce reste de lien lui déplut ; M. du Maine trembloit devant elle. Il mouroit toujours de peur que la tête ne lui tournât. » Elle prit Mme de Chambonas, « que personne ne connoissoit », et dont le mari était déjà capitaine des gardes de M. du Maine.
Changement chez Madame
« En même temps Madame fit un changement chez elle, dans lequel le roi entra », réglé lors d'une visite matinale à Marly : « elle congédia ses filles d'honneur avec leur gouvernante en leur donnant des pensions, et prit auprès d'elle, mais sans titre ni nom, la maréchale de Clérembault et la comtesse de Beuvron, qu'elle avoit toujours fort aimées, mais sur lesquelles Monsieur, qui les haïssoit, l'avoit toujours fort contrainte. » Toutes deux veuves, elle leur donna quatre mille livres de pension chacune ; le roi, un logement à Versailles, « et elles furent, sans demander, de tous les voyages de Marly ».
Maréchale de Clérembault
Portrait savoureux de la maréchale de Clérembault, fille du secrétaire d'État Chavigny, ancienne gouvernante de la reine d'Espagne qui l'avait « chassée assez malhonnêtement » : « c'étoit une vieille très singulière, et quand elle étoit en liberté [...], d'excellente et de très plaisante compagnie, pleine de traits et de sel qui couloit de source ; hors de là des journées entières sans dire une parole. » Avare, passionnée de jeu : à Pontchartrain, par le plus beau temps du monde, elle se tournait lentement sur le pont et disait : « Pour aujourd'hui, me voilà bien promenée, oh ! bien, qu'on ne m'en parle plus, et mettons-nous à jouer tout à l'heure. » Toujours masquée, même dans le carrosse de Madame, pour préserver son teint ; prétendant « connoître l'avenir par des calculs et de petits points », ce qui l'attachait à Madame. Dernier trait : apprenant sa sœur adorée perdue, « Oh bien, dit-elle, ma pauvre sœur, qu'on ne m'en parle plus. Sa sœur mourut, et oncques depuis elle n'en a parlé ni personne à elle. »
Comtesse de Beuvron
La comtesse de Beuvron « étoit une autre femme à qui, non plus qu'à la maréchale de Clérembault, il ne falloit pas déplaire, et qui étoit extrêmement de mes amies ». Fille de condition de Gascogne (Théobon, du nom de Rochefort), fille de la reine, mariée au comte de Beuvron capitaine des gardes de Monsieur, veuve pauvre et sans enfants en 1688, « des intrigues du Palais-Royal la firent chasser par Monsieur au grand déplaisir de Madame », qui ne la vit plus « que rarement et à la dérobée dans des couvents à Paris », mais « lui écrivoit tous les jours de sa vie » par un page exprès. Revenue seulement à la mort de Monsieur : « une femme qui avoit beaucoup d'esprit et de monde, et qui, à travers de l'humeur et une passion extrême pour le jeu, étoit fort aimable et très bonne et sûre amie. »
Mort de Fouquet, évêque d’Agde
« L'évêque d'Agde mourut vers ce temps-ci fort riche en bénéfices. Il étoit frère du surintendant Fouquet, mort à Pignerol en 1680, après vingt années de prison », de l'archevêque de Narbonne et de l'abbé Fouquet, « si connu en son temps [...], à la disgrâce duquel ses imprudences et ses folies avoient eu grande part ». Chancelier de l'ordre du Saint-Esprit sur la démission de son frère en 1659, il en fut dépouillé à la chute du surintendant, « et confiné dans un exil » ; il changea souvent de lieu, « et eut enfin permission de demeurer à Agde sans en sortir le reste de ses jours ». Dernier écho, quarante ans après, de la grande disgrâce de 1661.
P. Camille se fixe en Lorraine ; son caractère
Carlingford, milord irlandais, gouverneur de M. de Lorraine et grand maître de sa maison, devenu feld-maréchal, désira retourner à Vienne. « M. le Grand, qui avoit beaucoup d'enfants et peu de patrimoine, trouva jointure à mettre le prince Camille à la place de Carlingford », et le fit trouver bon au roi. Le prince Camille de Lorraine « s'alla fixer en Lorraine, où il ne fut pas plus goûté qu'il l'étoit ici. C'étoit un homme de peu d'esprit, fort glorieux, particulier, qui avala toute sa vie beaucoup de vin fort tristement ; une espèce de fagot d'épine, mais ruminant toujours à part soi la grandeur de sa maison, et qui n'avoit des Guise, qu'il regrettoit, que la valeur et la volonté. Il avoit toujours servi et n'étoit point marié, du reste honnête homme. »
Sourdis
Rappel de la triste carrière de Sourdis, chevalier de l'ordre : il « se fit battre auprès de Neuss avec tant d'ignorance, et s'en tira si honteusement » en 1689 que Louvois, n'osant plus l'employer aux armées, l'envoya commander en Guyenne, où « il s'y conduisit avec tant de crapule [...] que le commandement de la province lui fut ôté ». « Enchanté de sa maîtresse à soixante-dix ans », il ne put quitter Bordeaux parce qu'elle y voulait demeurer, « et y survécut ainsi à lui-même », avant de se confiner dans une de ses terres, où il mourut « en grand affaiblissement d'esprit ».
Mariage de sa fille avec le fils de Saint-Pouange
Saint-Pouange « fit un grand mariage pour son fils avec la fille unique de Sourdis, dont il avoit toute sa vie été ami intime. La débauche les avoit unis, et cette amitié suppléa au mérite pour l'avancement » de Sourdis en son temps. « Un homme si peu soigneux de son honneur donna sa fille au fils de son ancien ami et protecteur, sans compter pour rien l'inégalité du mariage de son héritière à qui il devoit laisser de grands biens qu'elle eut en effet, et qu'il ne lui fit pas longtemps attendre. » L'héritière d'une maison d'épée passait ainsi à la robe ministérielle des Colbert de Saint-Pouange.
Mariage du duc de Richelieu avec la marquise de Noailles
« Le duc de Richelieu, vieux et veuf deux fois, épousa en troisièmes noces une Rouillé, veuve du marquis de Noailles [...]. Elle étoit fort riche et vouloit un tabouret. M. de Richelieu, qui l'étoit fort aussi [vieux], mais qui, avec des biens substitués et une conduite toujours désordonnée, en étoit toujours aux expédients, lui donna le sien pour se remettre à flot. » Marché doublé d'un autre : « en s'épousant, ils arrêtèrent le mariage de leurs enfants, dont ils passèrent et signèrent le contrat en attendant qu'ils fussent en âge de se marier. Le vieux couple avoit de l'esprit, mais l'humeur de part et d'autre peu concordante, qui donna des scènes au monde. » La duchesse resta néanmoins toute sa vie intime des Noailles, surtout du cardinal.
Mort du bailli d’Auvergne
La famille du comte d'Auvergne « et lui-même, se trouvèrent fort soulagés par la mort du bailli d'Auvergne, son fils aîné, que l'indignité de toute la suite de sa vie, et celle de son combat avec Caylus dont j'ai parlé en son temps, avoient chassé du royaume, fait déshériter et jeté malgré lui dans l'ordre de Malte, menaçant souvent de réclamer contre ses vœux ». Mort libératrice d'un fils scandaleux, qui délivrait les Bouillon d'une menace permanente sur l'ordre de leurs successions.
Médailles du roi
« Il sembla que les flatteurs du roi prévissent alors que le terme des prospérités de son règne fût arrivé, et qu'ils n'auroient désormais à le louer que de sa constance. » On rassembla « ce grand nombre de médailles frappées en toutes sortes d'occasions, où les plus communes n'étoient pas même oubliées », pour une histoire métallique du règne : l'abbé Tallemant, Tourreil et Dacier, « trois savants principaux de l'Académie française », furent chargés des explications, dans « un gros volume de la plus magnifique impression du Louvre ». L'histoire commençant à la mort de Louis XIII, sa médaille devait ouvrir le livre — d'où la nécessité d'en dire quelque chose dans la préface, et l'aventure d'auteur que Saint-Simon raconte ensuite.
Jalousie sur Louis XIII
On proposa à Saint-Simon, connu pour sa « juste reconnoissance » envers Louis XIII, d'écrire le morceau le concernant : « l'esprit fut la dupe du cœur », il y consentit sous condition du secret. « Mon thème fait, et il ne me fallut guère qu'une matinée [...], ma pièce fut louée. » Mais à l'examen, « ces messieurs furent effrayés. Il est des vérités dont la simplicité sans art jette un éclat qui efface tout le travail d'une éloquence qui grossit ou qui pallie : Louis XIII fournit de celles-là en abondance. Je m'étois contenté de les montrer, mais ce crayon ternissoit les tableaux suivants. » Ils élaguèrent, puis comprirent « que ce n'étoit pas moi qu'ils avoient à corriger, mais la chose même », et finirent par donner l'ouvrage « avec la médaille sèche de Louis XIII en tête, sans parler de ce prince qu'en deux mots ». « Les réflexions sur ce genre d'iniquité mèneroient trop loin » — mais le secret promis fut gardé.
Comte de Toulouse pour la mer avec le comte d’Estrées
Le comte d'Estrées, revenu de Naples à Toulon, « reçut les ordres du roi pour aller prendre le roi d'Espagne à Barcelone, et le conduire à Naples, revenir incontinent après à Toulon, où le comte de Toulouse devoit se rendre pour aller à la mer et faire pour la première fois sa charge d'amiral. Cette déclaration, qui pourtant n'étoit qu'une suite de sa charge, et qui n'avoit rien de commun avec la terre, ne laissa pas d'être un renouvellement de douleur pour M. le duc d'Orléans et les deux princes du sang » — encore un emploi éclatant pour un bâtard légitimé, quand les princes du sang demeuraient sans commandement.
Mgr le duc de Bourgogne en Flandre avec le maréchal de Boufflers et le marquis de Bedmar
« En même temps, le maréchal de Boufflers fut choisi pour commander l'armée de Flandre sous Mgr le duc de Bourgogne, où le marquis de Bedmar commanda les troupes d'Espagne. » Le petit-fils de France, âgé de dix-neuf ans, allait faire ses premières armes sur le théâtre principal de la guerre, encadré par le plus sûr et le plus dévoué des maréchaux — dispositif dont la campagne de 1702 éprouvera les limites.
Le maréchal d’Estrées en Bretagne
« Le maréchal d'Estrées fut envoyé en Bretagne » — commandement côtier dans la province dont il avait reçu l'année précédente le gouvernement de Nantes et la lieutenance générale, face à la menace des descentes anglaises et hollandaises que la guerre déclarée rendait désormais réelle sur toutes les côtes du royaume.
Chamilly à la Rochelle, etc
« Chamillart, ami de Chamilly, ou plutôt leurs deux femmes, prit occasion de l'oisiveté où on le laissoit avec injustice, pour le remettre à flot, et lui procura le commandement de la Rochelle et des provinces voisines jusqu'au Poitou inclus, chacun avec quelques officiers généraux sous eux. Beuvron et Matignon allèrent en Normandie. » La carte des commandements de l'intérieur se dessine ainsi par amitiés ministérielles autant que par mérite — Saint-Simon notant au passage que la réhabilitation du vieux défenseur de Grave restait justice.
Catinat sur le Rhin
« Pour l'armée du Rhin, il fallut avoir recours à Catinat. » Le maréchal vivait retiré « à sa petite maison de Saint-Gratien, par delà Saint-Denis, où il ne voyoit que sa famille et ses amis particuliers en très petit nombre, portant l'injustice avec sagesse ». Mandé par Chamillart, « il y apprit sa destination ; il s'en défendit ; la dispute fut longue ; il ne se rendit qu'avec une extrême peine et par la nécessité seule de l'obéissance » — l'homme disgracié d'Italie n'acceptait le plus grand commandement que comme un devoir.
Son sage et curieux éclaircissement avec le roi et Chamillart
Le lendemain 11 mars, scène capitale dans le cabinet du roi. Pressé de s'expliquer sur l'Italie, Catinat s'excusa : « c'étoient toutes choses passées, très inutiles maintenant à son service ». Le roi insista, alléguant « des faits importants, les uns dont il n'avoit rendu aucun compte, d'autres qu'il avoit entièrement tus » ; Catinat, qui avait apporté ses papiers, offrit d'envoyer chercher sa cassette pour en tirer les preuves. Chamillart, mandé, « répondit d'une voix assez embarrassée qu'il n'étoit pas besoin d'attendre la cassette [...], parce qu'il convenoit qu'il accusoit vrai en tout et partout ». Aux reproches du roi : « Sire, vous avez raison, mais ce n'est pas ma faute. — Et de qui donc ? est-ce la mienne ? » Il fallut accoucher : Mme de Maintenon avait défendu que les lettres de Catinat allassent jusqu'au roi. Celui-ci, « plus embarrassé que Chamillart », dit « qu'il n'étoit pas concevable jusqu'où Mme de Maintenon portoit ses inquiétudes pour aller au-devant de tout ce qui pouvoit le fâcher », conclut « que personne n'avoit tort » et se hâta de sortir. « Le roi vérifia le fait le soir avec Mme de Maintenon. Ils n'en furent que mieux ensemble » — et Chamillart mieux traité que jamais. « Les réflexions se présentent ici d'elles-mêmes. »
Jugement arbitral du pape entre l’électeur palatin et Madame qui proteste
Le pape rendit entre Madame et l'électeur palatin « un jugement dont on ne fut pas satisfait ». Madame, héritière du mobilier et des fiefs féminins de son frère mort sans enfants, disputait depuis longtemps contre le chef de la branche de Neubourg ; la paix de Ryswick avait renvoyé le jugement à l'empereur et au roi, et en cas de désaccord au pape pour confirmer l'une des deux sentences arbitrales. Or, de sept consulteurs, trois furent d'avis de confirmer la sentence du roi, « et les quatre autres de réduire Madame, pour toutes ses prétentions, à toucher de l'électeur palatin trois cent mille écus romains, en défalquant même ce qu'elle pouvoit avoir déjà reçu ». Le pape embrassa ce dernier avis : « on prétendit ainsi qu'il avoit passé son pouvoir, et l'abbé de Thésut, au nom et comme procureur de Madame, protesta contre ce jugement d'une manière solennelle. »

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