TOME VIII · CHAPITRE XI

Lire le texte intégral du chapitre →

Résumé

La cabale au travail : adresse de la duchesse de Bourgogne ; un « mot vif » de Monseigneur contre le mariage « qui y sert beaucoup ». Tables réformées à Marly où le roi ne nourrit plus les dames ; Mme la Duchesse à Marly en son veuvage avec ses filles ; Marly « offert et refusé » pour Mademoiselle. Raisons et mesures pour presser le mariage ; la « timidité » du duc d'Orléans, qui n'ose parler au roi et s'engage à peine à écrire ; nul homme logé au château de Marly ; la lettre au roi, sa courte analyse, les petits changements « et pourquoi » ; difficultés à la rendre.

Les entrées

Adresse de Mme la duchesse de Bourgogne
Adresse de la duchesse de Bourgogne : Mademoiselle sortie, elle hasarda « avec cette liberté et cette étourderie de dessein prémédité qu'elle employoit quelquefois, de dire que c'étoit là une vraie femme pour M. le duc de Berry » — puis, à l'éclat de Monseigneur, se tourna « d'un air effarouché vers Mme de Maintenon : Ma tante, ai-je dit une sottise ? »
Mot vif de Monseigneur contre le mariage de Mademoiselle, qui y sert beaucoup
Mot vif de Monseigneur : « il rougit de colère et répondit vivement que cela seroit fort à propos pour récompenser le duc d'Orléans de ses affaires d'Espagne », et sortit brusquement. Le roi, piqué, « dit avec feu que si Mme la Duchesse le prenoit sur ce ton-là et entreprenoit d'empaumer Monseigneur, elle compteroit avec lui » — d'où la stratégie de Saint-Simon : « piquer d'honneur le roi contre Mme la Duchesse », lui faire craindre de se voir « à son âge réduit en tutelle » ; batteries jouées « à Mme la duchesse de Bourgogne par la duchesse de Villeroy et Mme de Lévi ; à Mgr le duc de Bourgogne par M. de Beauvilliers ; à Mme de Maintenon par le maréchal de Boufflers ; au roi même par le P. Tellier ; et toutes ces batteries réussirent ».
Tables réformées à Marly, où le roi ne nourrit plus les dames
Tables réformées : le roi, « informé que Paris et tout le public murmuroit fort des dépenses de Marly », déclara « avec un air de joie amère qu'il ne nourriroit plus les dames à Marly » — dîner seul au petit couvert, souper à seize couverts, tables aux princesses et aux femmes des ministres. « Il se trompa d'un bout à l'autre…, l'épargne en effet demeura nulle, les ennemis se moquèrent de ce retranchement avec insulte. »
Mme la Duchesse à Marly dans le premier temps de son veuvage, et obtient d’y avoir ses filles
Mme la Duchesse, « contre toute bienséance, dans ses deux premiers mois de deuil », fut de tous les Marlys et obtint d'y avoir Mlles de Bourbon et de Charolois — pour « amuser Monseigneur, accoutumer le roi à leur visage » et surveiller par elles le salon.
Marly offert et refusé pour Mademoiselle
Marly offert et refusé pour Mademoiselle : après délibération à trois, « nous conclûmes à remercier » — l'y exposer, c'était la livrer « à toutes les pièces qu'une malice si intéressée et si connue lui susciteroit », sous les yeux d'un Berry « qu'on dégoûteroit ».
Raisons et mesures pour presser le mariage
Presser le mariage : les particuliers multipliés « donnèrent à parler au courtisan curieux et oisif » et alarmèrent Mme la Duchesse — « Monseigneur se fronça encore plus qu'à l'ordinaire…, se montra plus rêveur et plus froid au roi pour en être moins accessible. Toutes ces choses me hâtèrent de plus en plus. »
Timidité de M. le duc d’Orléans, qui ne peut se résoudre de parler au roi, et s’engage à peine à lui écrire
Timidité du prince : pressé de parler au roi, il avoua « qu'il n'avoit ni le front ni le courage de parler…, que le mariage en soi étoit ridicule à proposer dans un temps de guerre et de misère, et le mariage de sa fille plus fou et plus insensé que nul autre » — la duchesse « pour ainsi dire pétrifiée de surprise et de douleur ». Restait la lettre, qu'il consentit à rendre lui-même.
Nul homme logé à Marly au château
« Il n'y avoit eu au château [de Marly] d'hommes logés que les fils de France, et le capitaine des gardes en quartier » — le duc d'Orléans y eut désormais pour toujours un logement à la suite de celui de sa femme.
Lettre de M. le duc d’Orléans au roi sur le mariage
La lettre au roi, écrite par Saint-Simon « d'un seul trait de plume » pendant que le prince, « couché dans sa chaise, me voyoit écrire tranquillement » : rappel que l'idée du mariage était venue du roi ; énumération des grâces à Mme la Duchesse et au Maine — « moi seul je me trouve excepté » ; la flatterie « que ses enfants étoient aussi ses petits-enfants » ; et « une menace qui sans rien exprimer dit tout » sur le crédit de Mme la Duchesse et « une division que rien ne pourra éteindre dans votre maison si j'en deviens la victime ».
Courte analyse de la lettre
Analyse de la lettre : « une préface touchante par le respect, la confiance…, une comparaison forte, mais légère, de sa nudité…, l'empire de Mme la Duchesse sur Monseigneur avec la force précisément nécessaire pour se faire sentir, et la mesure propre à écarter de soi l'amertume ».
Petits changements faits à la lettre, et pourquoi
Petits changements : les Orléans abrégèrent la préface, ôtèrent la communion — Saint-Simon y vit « l'intérêt des bâtards égalés en tout aux princes du sang, qui étoit encore bien plus cher [à la duchesse] que celui de M. son fils, chose monstrueuse » — et adoucirent « trop grand, trop absolu, trop maître ».
Difficultés à rendre la lettre au roi
Difficultés à rendre la lettre : il fallait le roi de bonne humeur, Mme de Maintenon à Marly toute la journée, le P. Tellier présent, « enfin éviter que d'Antin vît donner la lettre…, qui ne manqueroit pas d'alarme et de soupçons ». « Tant de choses à ajuster à la fois étoient affaire bien difficile » — le hasard les offrit un vendredi, d'Antin étant à Paris.
Étrange timidité de M. le duc d’Orléans, qui enfin la rend
Étrange timidité : trois quarts d'heure de dispute dans le salon plein — « il s'avançoit vers le petit salon, puis tournoit le dos à la mangeoire. Moi toujours l'exhortant, je le serrois de l'épaule…, et ce manège se fit à tant de reprises que j'étois sur les épines. À force de propos, de tours, et d'épaule, je le poussai dans le petit salon, et de là encore avec peine jusqu'à la porte de la chambre du roi. » Il donna enfin sa lettre, « et vit en sortant que le roi l'ouvroit ».
Succès de la lettre
Succès : le roi dit « qu'il avoit lu deux fois sa lettre ; qu'elle méritoit grande attention…, qu'il désiroit lui donner contentement, mais que Monseigneur seroit difficile ». Lue le soir même chez Mme de Maintenon avec la duchesse de Bourgogne, appuyée par toutes deux et confirmée par le P. Tellier, la conclusion fut « que ce fût le roi qui parlât pour forcer d'autant plus Monseigneur qui ne lui avoit encore jamais dit non à rien ». Saint-Simon conseilla de ne rien gâter « tandis que la mine se chargeoit sous leurs pieds…, et que le feu étoit déjà au saucisson ». « Leur joie étoit sans pareille, la mienne étoit égale à la leur, mais elle ne fut pas sans amertume. »

◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved