TOME VI · CHAPITRE VI
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Résumé
Faits divers de cour : Tonnerre tue à la chasse le fils d'Amelot ; duel aux gardes — Saint-Paul tué, Sérancourt cassé ; le roi passe à Petit-Bourg chez d'Antin : « prodiges de courtisan » — les marronniers abattus dans la nuit. Morts de Sourdis (son gouvernement à d'Antin), de Bartet, du cardinal Le Camus — conduite et fortune du pénitent mondain —, du comte d'Egmont, dernier du nom, de Revel, de la maréchale de Tourville ; équipée de la comtesse de Soissons ; faux-saunage ; l'« étrange escroquerie » de Listenois.
Les entrées
- Tonnerre tue à la chasse le second fils d’Amelot
- Le fils du feu comte de Tonnerre tue à la chasse, le 6 septembre, le second fils d'Amelot — « toute l'espérance de sa famille, ayant le corps et l'esprit aussi bien faits que son aîné les avoit disgraciés ». Sa mère jura l'accident, la tante de la victime l'assassinat prémédité. Il eut sa grâce un mois après : un an de Bastille, dix mille livres aux pauvres, « et défense sous de grandes peines de se trouver jamais en nul lieu public ni particulier où M. Amelot seroit ». « Il passe sa vie tout seul dans sa chambre, en sorte qu'on ne le voit jamais. »
- Duel de deux capitaines aux gardes ; Saint-Paul tué et Sérancourt cassé
- Duel à l'armée de Flandre : Saint-Paul et Sérancourt, tous deux capitaines aux gardes, se battirent « à la tête du camp, sans autre façon, allant tous deux à pied dîner chez le duc de Guiche. Saint-Paul fut tué » ; Sérancourt, réfugié chez l'électeur de Bavière, « fut cassé aussitôt après, et il fallut ne plus se montrer en France ».
- Le roi, allant à Fontainebleau, passe pour la première foi à Petit-Bourg
- Le roi, allant à Fontainebleau, passe pour la première fois à Petit-Bourg chez d'Antin (12 septembre) : la mort de Mme de Montespan avait tout changé — « Mme de Maintenon ne craignit plus son fils ; elle cessa de ce moment de le haïr comme le fils d'une ennemie », et le vit désormais comme « un homme à approcher du roi, qu'on tiendroit toujours par ses vices ».
- Prodiges de courtisan
- Prodiges de courtisan : d'Antin fit copier jusqu'au désordre de la chambre de Mme de Maintenon — « jusqu'à ses livres, à l'inégalité dans laquelle ils se trouvoient rangés ou jetés sur sa table, jusqu'aux endroits des livres qui se trouvèrent marqués ». Le roi ayant regretté une allée de marronniers qui bouchait sa vue : au réveil, « plus d'allée ni de traces que s'il n'y en eût jamais eu…, que si ce ne pouvoit être que l'opération de la baguette de quelque fée bienfaisante du château enchanté ». Mme de Maintenon lui lança pourtant, devant le monde, « qu'en cas qu'elle eût déplu au roi le soir, il l'eût envoyée coucher sur le pavé du grand chemin ».
- Mort de Sourdis
- Mort de Sourdis dans sa retraite en Guyenne : « il étoit le dernier Escoubleau », ne laissant qu'une fille mariée au fils de Saint-Pouange.
- Son gouvernement d’Orléanois à d’Antin
- Son gouvernement d'Orléanois, « fort étendu et où d'Antin avoit plusieurs terres », fut demandé et obtenu par celui-ci : « il en fut si transporté qu'il s'écria qu'il étoit dégelé ; que le sort étoit levé ; que, puisque le roi commençoit à lui donner, il n'étoit plus en peine de sa fortune ». Sa femme, « plus bête et plus sotte qu'on n'en vit jamais », bavarda partout — « enthousiasmes » dont la cour « commença à craindre le pronostic qui par la suite eut un accomplissement entier ».
- Quel étoit Bartet ; sa mort
- Mort de Bartet « à cent cinq ans » : ancien secrétaire du cabinet de Mazarin, « fort insolent et redoutable », il s'attira de M. de Candale « une rude bâtonnade qu'il lui fit donner, et qu'il avoua hautement » — « là commença son déclin » : « dès qu'on ne le craignit plus…, chacun, au lieu de le protéger, contribua à sa chute ». Le vieux maréchal de Villeroy le retira près de Lyon, où il eut « pendant plus de quarante ans » tout loisir « de réflexion et de pénitence ».
- Conduite, fortune et mort du cardinal Le Camus
- Mort à Grenoble du cardinal Le Camus, « également connu par son esprit, ses débauches, son impiété, sa pénitence, la fortune qui en résulta…, et le châtiment qu'il en porta ». Aumônier du roi perdu de scandales, converti dans une retraite austère, évêque de Grenoble, il fut fait cardinal « du propre mouvement » d'Innocent XI (1686) : dans sa joie, « il se mit la calotte rouge sur la tête » au lieu de l'envoyer au roi — qui, piqué, « se contenta pour toute réponse de lui défendre de sortir de son diocèse », et tint ferme jusqu'à sa mort. Fidèle à ses légumes — « Oh ! mes chers légumes, je vous ai trop d'obligation pour vous abandonner jamais » —, mangeant en réfectoire avec ses domestiques, « bourrelé de sa disgrâce, et toujours d'excellente compagnie » ; mais « l'énormité de son testament surprit et scandalisa » : plus de cinq cent mille livres à sa famille.
- Mort du comte d’Egmont, dernier de la maison d’Egmont ; son caractère et sa succession
- Mort à Fraga du comte d'Egmont, trente-huit ans, « le dernier de ces fameux Egmont, et le dernier mâle de cette grande maison » — trisaïeul frère « de ce célèbre Lamoral, comte d'Egmont, à qui le duc d'Albe fit couper la tête ». « Fort laid, de peu d'esprit, de beaucoup de valeur, d'honneur et de probité », il légua au roi d'Espagne ses droits sur Gueldre et Juliers, et ses biens à sa sœur, duchesse de Bisaccia-Pignatelli, dont le fils porte depuis le nom et les armes d'Egmont.
- Équipée de la comtesse de Soissons
- Équipée de la comtesse de Soissons, veuve du frère aîné du prince Eugène : chassée des États de Savoie pour ses propos, elle demanda Saint-Cyr pour retraite ; Chamillart lui manda « de n'entrer pas plus avant dans le royaume. Elle n'en dit mot et arriva à Nemours, tout auprès de Fontainebleau. » Le roi « envoya lui commander d'en partir sur-le-champ, de s'aller mettre dans un couvent à Lyon, où elle alla. »
- Retour de Fontainebleau par Petit-Bourg
- La cour de Saint-Germain vint à Fontainebleau du 23 septembre au 6 octobre ; le roi y demeura jusqu'au 25 octobre, « qu'il s'en retourna à Versailles par Petit-Bourg, comme il avoit fait en venant » — la faveur de d'Antin confirmée au retour.
- Mort de Revel ; son mariage ; maréchaux de Broglio
- Mort de Revel, que Crémone avait fait chevalier de l'ordre : marié au début de juillet à une sœur du duc de Tresmes, « dont il ne laissa point d'enfants et fort peu de biens ». Frère de Broglio — « que M. le Duc, de sa grâce, fit en son temps maréchal de France, par la raison que le Roule est devenu faubourg de Paris ». Puységur eut son gouvernement de Condé.
- Mort de la maréchale de Tourville
- Mort de la maréchale de Tourville : « elle n'étoit rien, veuve de La Popelinière, homme d'affaires et riche » — assez riche pour tenter Tourville. « Cela ne dura guère, le mariage ne fut pas heureux » : un fils tué à sa première campagne, une fille fort belle « que la petite vérole, sans la défigurer, a rendue méconnoissable ».
- Faux-saulnage
- « Le faux-saunage continua à causer force désordres. Des cavaliers, des dragons, des soldats, par bandes de deux ou trois cents hommes, le firent à force ouverte, pillèrent les greniers à sel de Picardie et de Boulonnois, et se mirent à le vendre publiquement. » Il fallut des troupes, et « on résolut de décimer ces faux-sauniers ».
- Étrange sorte d’escroquerie de Listenois
- Étrange escroquerie de Listenois, « un fou sérieux, aussi fou que ceux qu'on enferme » : par une fausse lettre, il se fit passer pour pris par un parti ennemi entre Benfeld et Strasbourg, rançon de douze cents pistoles payée par sa belle-mère, la comtesse de Mailly. Les dates ne collaient pas, un valet vint chercher l'argent en menaçant, puis on apprit Listenois « chez lui en fort bonne santé à Besançon ». À l'Étang, il offrit à Chamillart de faire « examiner la vérité » de son récit : « on entendit bien ce que tout cela vouloit dire… Mme de Mailly aimoit mieux perdre son argent que son gendre. Listenois reparut à la cour…, et il n'y perdit rien, parce qu'il n'avoit rien à perdre. »
- Cause de la brouillerie de Catinat et de Chamillart ; le roi les réconcilie
- Réconciliation de Catinat et de Chamillart : Tessé, dont Catinat avait fait toute la fortune — ingratitude type de la maxime « les injures que l'on a faites se pardonnent infiniment moins que celles qu'on a reçues » —, avait poussé le ministre à dépouiller le vieux général. L'alerte de Provence fit consulter Catinat en secret ; son mémoire goûté, le roi le fit venir : « c'étoit un guet-apens » — « Monsieur le maréchal, votre mésintelligence avec Chamillart m'embarrasse…, il est là derrière, je vais l'appeler. » Visite rendue : Chamillart le conduisit à travers tout son appartement, et Catinat le pria « que ce soit pour la dernière fois, afin que vous me regardiez comme un ami et un serviteur particulier » — « en Catinat, ce fut un trait d'une rare modestie…, telle étoit la faiblesse du roi pour ses ministres ». Peu après, on sut que Tessé ne servirait plus.
- Bay ; son extraction ; est fait chevalier de la Toison d’or
- Autre faiblesse, du roi d'Espagne celle-là, « qui scandalisa étrangement tous les grands seigneurs » : la Toison d'or au marquis de Bay, « fils d'un cabaretier de Gray, en Franche-Comté, qui s'étoit poussé à la guerre, et qui en effet la fit fort heureusement et fort utilement cette campagne en Estrémadure » — Toison que le roi « n'avoit point encore avilie, mais qu'il avilit souvent depuis ».
- Mort du comte d’Auvergne ; son caractère ; sa dépouille
- Mort à Paris, le 23 novembre, du comte d'Auvergne, « d'une longue et fort singulière maladie, où les médecins ne connurent rien peut-être pour y connoître trop ». « Un fort gros homme qui ne ressembloit pas mal à un sanglier, et toujours amoureux ; le meilleur homme du monde à qui n'avoit que faire à lui, le plus difficile quand on y avoit affaire…, glorieux à l'excès et toujours embarrassé de sa princerie. » Il revit avant de mourir l'abbé d'Auvergne, son fils chassé de chez lui.
- Dépit du comte d’Évreux
- Dépit du comte d'Évreux, qui « se crut toute sa dépouille due » : le logement de Versailles alla au maréchal de Villars, le gouvernement de Limousin au duc de Berwick. « Il ne le pardonna à l'un ni à l'autre…, et n'a jamais vécu depuis avec Berwick qu'en froideur tout à fait marquée. C'est ainsi qu'on essaye de tourner les grâces en patrimoine. »
- Mariage du prince de Talmont, qui surprend un tabouret de grâce
- Mariage du prince de Talmont, frère du duc de La Trémoille, « malgré la mésalliance et les cris de Madame » : il étendit pour lui « les commencements d'avantages que leur grand'mère avoit habilement saisis » — jusqu'à surprendre un tabouret de grâce, « curiosité historique » dont Saint-Simon annonce l'explication « d'un peu loin ».
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