TOME II · CHAPITRE II

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Résumé

L'équipée polonaise : le roi déclare l'élection du prince de Conti, qui refuse « modestement » le rang de roi ; départ sous la conduite du célèbre Jean Bart, mouvements divers à la cour. Mais l'électeur de Saxe se fait couronner à Cracovie ; Conti, arrivé en rade de Dantzig, mal accueilli, la ville contre lui, n'ose débarquer et revient en voyant incognito le roi de Danemark à Copenhague. En contrepoint : la hardie expédition de Pointis à Carthagène des Indes, la suspension d'armes sur le Rhin, un « curieux sortilège », les conférences de Portland et Boufflers à la tête des armées — et la paix signée à Ryswick, avec les attentions du roi pour le couple d'Angleterre détrôné.

Les entrées

Affaires de Pologne
Châteauneuf arrive en Pologne pour trouver le prince Jacques réconcilié avec sa mère, Polignac déclamant contre elle « sans aucun ménagement », et l'électeur de Saxe devenu le seul compétiteur : abjuration entre les mains de l'évêque de Javarin, cent douze millions promis, la Silésie offerte, le nonce Davia gagné par l'espérance du cardinalat. La double élection du 27 juin : l'évêque de Cujavie proclame Saxe « contre toutes les formes, les lois et le droit du primat » ; le primat proclame Conti à la tête de vingt-huit palatinats. Beau trait du prince Radziwill : marchant seul sur le palatinat de Masovie qui menace de le tuer, il saisit l'enseigne « et leur cria qu'il falloit donc le tuer ou le suivre, et tous le suivirent ».
Le roi déclare l’élection du prince de Conti, qui refuse modestement le rang de roi de Pologne
La nouvelle arrive à Marly le 11 juillet : le roi fait appeler le prince de Conti chez Mme de Maintenon, veut le traiter en roi — le prince « le supplia d'attendre que son élection fût plus certaine et hors de toute crainte de revers… Cette modestie, qui venoit de désir, fut fort louée. » Puis le roi sort dans le grand cabinet plein de dames : « Je vous amène un roi. »
Départ du prince de Conti, conduit par mer par le célèbre Jean Bart
Le départ, précipité par un courrier du primat : audience du 1er septembre dont Conti « sortit les larmes aux yeux », deux millions comptant plus quatre cent mille livres à emporter, remises de Samuel Bernard en Pologne. Parti de Paris le 3 au soir — semant « deux mille louis par les chemins, d'une malle mal fermée » —, embarqué à Dunkerque sur cinq frégates avec cinquante personnes : « le célèbre Jean Bart répondit de le mener heureusement, malgré la flotte ennemie qui étoit devant ce port, et tint parole. »
Mouvements divers sur ce départ
Les mouvements de chacun, page d'anthologie : le roi « ravi de se voir glorieusement délivré d'un prince à qui il n'avoit jamais pardonné le voyage de Hongrie, beaucoup moins l'éclat de son mérite » ; M. le Duc « nageoit entre la rage de la jalousie d'un mérite si supérieur… et la satisfaction de se voir à l'abri » ; M. du Maine « transporté au fond de l'âme » ; Mme de Maintenon « triomphoit dans ses réduits ». « Qui fut à plaindre ? Ce fut Mme la Duchesse. Elle aimoit, elle étoit aimée, elle ne pouvoit douter qu'elle ne le fût plus que l'éclat d'une couronne. » Et lui, « noyé dans la douleur la plus profonde… il faut avouer qu'il soutint mal un si brillant choix ».
Électeur de Saxe couronné à Cracovie
Pendant la traversée, Saxe agit « par la force et la promptitude » : hommage reçu près de Cracovie, les pacta conventa jurés, le château livré, les portes du trésor royal enfoncées, obsèques fictives du feu roi « comme si le corps y eût été présent » — et couronnement par l'évêque de Cujavie. Le primat publie un long manifeste et convoque les diètes. L'électrice de Brandebourg, zélée protestante, apprenant la conversion de son mari, « en fut outrée au point qu'elle s'en blessa, et en accoucha ».
Prince de Conti arrive à la rade de Dantzig ; est peu accueilli ; la ville contre lui, et n’ose mettre pied à terre
Le 25 septembre, Conti mouille en rade de Dantzig : la ville, déclarée saxonne, « ne fit faire aucun compliment », refuse vivres et port. L'ambassade de la république vient enfin le saluer à bord, l'évêque de Plosko donne un grand repas près d'Oliva où l'on boit à la polonaise — le pauvre Marège, relevant de maladie, forcé de boire par des Polonais parlant « fort mauvais latin » aux cris de « Bibat et moriatur ! ». Mais les créanciers des promesses de Polignac veulent « des espèces à bon escient » ; Sapieha et l'armée de Lituanie ne font pas une marche ; et le prince, « accueilli de personne, aboyé de tous, et n'osant mettre pied à terre dans un parage ennemi », mande au roi sa résolution de revenir. Un détachement de trois mille chevaux saxons vient rôder autour d'Oliva pour l'enlever ; Polignac « s'en sauva à grand-peine ».
Retour du prince de Conti qui voit à Copenhague le roi de Danemark incognito
Le retour : Bart met à la voile le 6 novembre, prend en chemin cinq vaisseaux de Dantzig ; le prince, son vaisseau échoué sur un banc, passe à Copenhague chez Guldenlew et voit le roi de Danemark « incognito, sous le nom de comte d'Alais ». Débarqué à Nieuport le 10 décembre — la paix faite —, il arrive à Paris le 12, « où il se trouva plus à son gré qu'il n'eût fait roi à Varsovie » ; le roi le reçoit à merveille, « au fond bien fâché de le revoir ». Polignac est exilé dans son abbaye de Bonport, Châteauneuf pareillement ; le prince « se plaignit hautement de l'abbé de Polignac : il lui pardonnera difficilement la peur qu'il lui a donnée ».
Hardie expédition de Pointis à Carthagène
L'expédition de Pointis sur Carthagène, « qui a tout à fait l'air d'un roman » : renforcé des flibustiers de Ducasse, il surprend la ville « qui ne s'y attendoit pas et se défendit fort mal », la pille — neuf millions en argent, pierreries « inconcevables ». Les flibustiers, se prétendant fraudés de leur part, « retournèrent tout court à Carthagène, la pillèrent de nouveau ». Pointis échappe à vingt-deux vaisseaux anglais, sauve toute sa prise, présente au roi « une émeraude grosse comme le poing », est fait lieutenant général — « et je pense qu'il s'est mis en état d'achever sa vie fort à son aise ».
Situation du maréchal de Choiseul et du prince Louis de Bade, qui prend Eberbourg
Sur le Rhin, le prince Louis de Bade, retranché à Creutznach derrière la Nave, assiège « en pantoufles » le château d'Eberbourg — « un pigeonnier sur une pointe de rochers » — dont le canon était « une musique piquante à entendre ». Choiseul, ne pouvant ni secourir ni attaquer, assemble tous les officiers généraux et les oblige « à dire leur avis l'un après l'autre tout haut et devant tous » — coupant court aux portes de derrière : aucun n'est d'avis d'attaquer, « excepté Villars tout seul dont tous se moquèrent ». D'Arcy rend Eberbourg avec tous les honneurs, loué par le prince Louis de sa belle défense.
Suspension d’armes sur le Rhin
Au camp de Marcksheim arrive la nouvelle de la paix signée à Ryswick — sauf avec l'empereur et l'empire, mais suspension d'armes : Choiseul envoie un trompette au prince Louis, qui le caresse fort et suspend aussitôt toutes hostilités. Saint-Simon, curieux de voir Mayence, ne put jamais en obtenir la permission : « tout général d'armée qu'il étoit, il n'y avoit que le roi qui pût permettre à un duc et pair de sortir du royaume. »
Curieux sortilège
Le curieux sortilège : aux cantonnements des Deux-Ponts, du Bourg conte l'histoire d'une possédée exorcisée à l'abbaye de Mettlach — « sur cela nous partîmes sept ou huit, moitié relais, moitié poste, pour faire dix-huit lieues », avant d'apprendre en chemin que la possédée n'était « qu'une espèce de folle, ou une pauvre créature qui cherchoit à se faire nourrir ». La sottise rappelle à Saint-Simon l'histoire extraordinaire dont son ami Rochechouart-Faudoas fut témoin près de Toulouse — promise aux Pièces, et perdue avec lui : « ce marquis de Rochechouart fut une vraie perte, et je le regrette encore tous les jours. »
Portland et ses conférences avec le maréchal de Boufflers à la tête des armées
Les conférences Portland-Boufflers : le prince d'Orange, voulant sa reconnaissance et une paix rapide, « aima mieux traiter avec un homme droit, franc et libéral, tel qu'étoit Boufflers, qu'avec l'emphase, les grands airs et la vanité du maréchal de Villeroy » — sûr que par lui tout irait droit au roi « sans qu'il y ajoutât rien du sien ». Sept conférences, debout, à la tête des gardes avancées, pied à terre « à distance de n'être point entendus », la dernière dans une maison meublée de Notre-Dame de Halle ; présents de chevaux anglais, suites mêlées « comme ne doutant plus de la paix ». Ces conférences la pressèrent : les ministres alliés eurent peur d'une conclusion séparée, « et la prise de Barcelone fut un nouvel aiguillon qui rendit effectif et sérieux à Ryswick ce qui jusqu'alors n'avoit été qu'un indécent pelotage ».
Paix signée à Ryswick
La paix signée à Ryswick le vendredi 20 septembre à minuit, apprise à Fontainebleau le 22 ; ratifications, publication le 22 octobre avec l'Angleterre et la Hollande, huit jours après avec l'Espagne, l'empereur suivant le 2 novembre. On convint après « que les alliés n'eurent Luxembourg que de la grâce de M. d'Harlay, qui, malgré ses deux collègues, trancha du premier » — « j'ai ouï assurer ce fait souvent à Callières, qui ne s'en pouvoit consoler ». Le jeune Celi, fils d'Harlay, porteur de la nouvelle de l'empire, s'était « amusé en chemin avec une fille qu'il trouva à son gré et du vin qui lui parut bon » — il eut quand même douze mille livres. Te Deum et harangues « dans lesquelles il fut bien répété que le roi avoit bien voulu la donner à l'Europe ».
Attention du roi pour le roi et la reine d’Angleterre
L'attention du roi pour le couple de Saint-Germain, à qui la reconnaissance du prince d'Orange « fut bien amère » : il tint ferme à ne pas souffrir qu'ils sortissent de France ni quittassent Saint-Germain — points vivement demandés par l'ennemi —, ordonna à Torcy de ne point venir annoncer la signature s'il était avec eux, « et il défendit aux musiciens de chanter rien qui eût rapport à la paix, jusqu'au départ de la cour d'Angleterre ».
Haine personnelle du roi et du prince d’Orange, et sa cause
La cause de la haine personnelle : le roi avait cru marier « magnifiquement » la princesse de Conti au prince d'Orange — qui répondit « que les princes d'Orange étoient accoutumés à épouser des filles légitimes des grands rois, et non pas leurs bâtardes ». « Ce mot entra si profondément dans le cœur du roi qu'il ne l'oublia jamais » : ordre exprès aux ministres en Hollande de traverser le prince en tout, « de lui faire tout le mal et toutes les malhonnêtetés dont ils pourroient s'aviser ». Le prince, désespérant, dit tout haut « qu'il avoit toute sa vie inutilement travaillé à obtenir les bontés du roi, mais qu'il espéroit du moins être plus heureux à mériter son estime. On peut juger ensuite quel triomphe ce fut pour lui que de forcer le roi à le reconnoître roi d'Angleterre. »

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