TOME VI · CHAPITRE XIII

Lire le texte intégral du chapitre →

Résumé

Éclat entre Chamillart et Bagnols, qui quitte l'intendance de Flandre « et met Chamillart en danger ». Mariages : Courcillon — le fils de Dangeau — avec la fille unique de Pompadour, leurs caractères ; Lanjamet et sa femme ; Louville avec la fille de Nointel. Et le scandale de l'année : l'« enlèvement » de Mlle de Roquelaure par le prince de Léon — la fugue arrangée, la fureur des familles, et le mariage forcé qui s'ensuit, conté avec toute la verve saint-simonienne.

Les entrées

Éclat entre Chamillart et Bagnols, qui en quitte l’intendance de Flandre et met Chamillart en danger
Éclat entre Chamillart et Bagnols, intendant de Lille : le ministre chassa pour friponnerie un commis « entièrement à Bagnols », qui alla « jusqu'à prendre fait et cause, et déclarer que, si cet homme avoit volé, il falloit qu'il fût de moitié. Jamais on ne vit tant de vacarme pour si peu de chose, ni un intendant le prendre si haut contre un ministre. » Bagnols quitta l'intendance « et vint ameuter à Paris », rallié aux ennemis de Chamillart et au maréchal de Villeroy — pendant que Mme de Maintenon, qui depuis le mariage de Cani « ne regardoit plus Chamillart que comme un homme qui lui avoit manqué », allait « contre toute coutume » dîner à Meudon voir Mlle Choin, outrée du refus obstiné d'un régiment pour son frère. Saint-Simon, craignant « un coup de foudre subit », dicta à Chamillart un compliment au roi offrant sa démission « avec force et dégagement » : le roi « se mit à sourire, et lui répondit qu'il étoit bien simple de penser que tout ce bruit fît sur lui la moindre impression…, qu'il l'aimeroit toujours, qu'il le soutiendroit ». « Chamillart en revint rajeuni, et une maison hors de dessus l'estomac. »
Mariage de Courcillon avec la fille unique de Pompadour
Dangeau maria son fils unique Courcillon, vingt et un ans, à la fille unique de Pompadour, treize ans, « d'une taille et d'une beauté charmante qui dure encore » : les Pompadour, riches mais obérés, « vendirent » leur fille pour sortir de l'obscurité — Pompadour, « dont la physionomie étoit toute faite pour être crieur d'enterrement », avait fait « autant de sottises que de pas », et sa première nuit de noces avec la fille de Navailles était restée célèbre : « ils passèrent au lit trois jours et trois nuits ». Dangeau céda sa place de menin à Pompadour, son gouvernement de Touraine à son fils, Mme de Dangeau sa place de dame du palais à sa belle-fille.
Leur caractère et leur situation
Situation des nouveaux venus : « voilà donc les Pompadour initiés tout à coup à la cour, à Marly, à Meudon, chez Mme de Maintenon quelquefois » — la femme, « une précieuse de quartier avec un esprit guindé et une politique accablante » ; les deux familles ne bougèrent de chez Dangeau, « ceux-là y mettoient la protection, les autres les respects et les adorations jusque des escapades de leur gendre qui se moquoit d'eux avec peu de ménagement. Parmi tout cela leur contentement à tous fut extrême et durable. »
Mariage, état, caractère de Lanjamet et de sa femme
On sut le mariage secret de Lanjamet avec la fille d'un procureur « qu'il avoit longtemps entretenue » — femme « de l'esprit et de l'intrigue comme quatre démons, de la méchanceté et de la noire scélératesse comme quatorze diables ». Lui, « un fort petit homme, vieillot, avec grand nez de perroquet », de « ces insectes de cour dont le peu de conséquence fait toute la consistance ». Aux états de Bretagne, la noblesse cria « Lanjamet ! Lanjamet ! qu'il sorte ou nous n'opinerons point » — « son effronterie de s'être fourré là fut payée de cet affront », qui apprit à M. de La Trémoille « qu'il n'étoit pas gentilhomme ».
Mariage de Louville avec la fille de Nointel, conseiller d’État
Louville, « comme si la fortune ne lui eût jamais présenté des cours et des royaumes à gouverner », se maria sagement avec une fille de Nointel, conseiller d'État allié de Desmarets : « il eut le bonheur d'épouser une femme bien faite, vertueuse, sensée, gaie, entendue, qui vécut comme un ange avec lui ».
Enlèvement de Mlle de Roquelaure par le prince de Léon
Enlèvement de Mlle de Roquelaure : le mariage avec le prince de Léon rompu « sur le combien de la dot », les deux futurs — elle « bossue et fort laide », vingt-quatre ans, « de ces esprits hardis, décidés, entreprenants » ; lui vingt-huit — résolurent « de n'en être pas les dupes ». Le 29 mai, un faux carrosse de Mme de La Vieuville, fausse lettre et fausse livrée, enleva la demoiselle aux Filles de la Croix — un mouchoir dans la bouche de la gouvernante — jusqu'aux Bruyères chez le duc de Lorges, où « un prêtre interdit et vagabond » les maria : « on les déshabilla, on les coucha, on les laissa seuls deux ou trois heures ». Rentrée au couvent, la mariée écrivit « tranquillement une belle lettre à sa mère ». Fureurs : Mme de Roquelaure chez Mme de La Vieuville — « longue et furieuse quérimonie » entre les deux amies —, puis aux pieds du roi à Marly demandant justice, « qui n'étoit rien moins que la tête du prince de Léon » ; et dans les cabinets, « la bonté de la cour brilla dans tout son lustre » : on rit « aux grands éclats et jusqu'aux larmes », Mme de Maintenon comme les autres. Le duc de Lorges éperdu vint réveiller Saint-Simon à cinq heures du matin ; le chancelier conseilla « l'évasion du prêtre…, la soustraction des signatures, et une négative bien résolue ».
Mariage du prince de Léon et de Mlle de Roquelaure
Le mariage régularisé : le roi, à la prière de Mme de Soubise, « fit ce qu'il n'avoit fait de sa vie. Il entra lui-même dans tous les détails particuliers ; il pria, puis commanda en maître » — jusqu'à déclarer à Mme de Rohan « que, si elle et son mari ne consentoient, il sauroit bien achever validement le mariage sans eux par son autorité souveraine ». Les Rohan, « incapables d'aucune considération » — le père rêvant de voir son fils « tenter fortune en Espagne », la mère préférant le cadet —, marchandèrent jusqu'à obtenir des lettres patentes de substitution « nonobstant toutes lois et coutumes de Bretagne ». Enfin les familles signèrent « fort tristement » ; les mariés, unis à l'église de la Croix « sans compliments de personne » et sans se dire mot, « payèrent leur folie d'une cruelle indigence, qui ne finit presque qu'avec leur vie ».

◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved