TOME XIV · CHAPITRE IV

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Résumé

L'asiento signé à Madrid avec l'Angleterre — Monteléon « dupe de Stanhope, jouet d'Albéroni ». Le roi d'Angleterre à Hanovre ; l'abbé Dubois court après Stanhope à La Haye, « revient sans y avoir rien fait, repart aussitôt pour Hanovre » — la négociation secrète de la triple alliance ; le jugement des Impériaux sur la « fascination du régent pour l'Angleterre » ; la « chétive conduite » du roi de Prusse qui débauche des ouvriers français. Aldovrandi gagne la confiance du pape ; Albéroni éclate contre Giudice, « dont il ouvre les lettres » ; « étranges bruits publiés en Espagne contre la reine ».

Les entrées

Traité de l’asiento signé à Madrid avec l’Angleterre
« Rendu à lui-même par le départ de Louville, Albéroni n'eut rien de plus à cœur que de terminer au gré des Anglois toutes les difficultés qui restoient sur l'asiento. Le traité fut signé à Madrid le 27 juillet, mais comme l'affaire duroit depuis longtemps, il fut daté du 26 mai, et les ratifications du 12 juin qui furent aussitôt réciproquement fournies » — antidate complaisante qui dit tout du zèle du ministre pour Londres.
Monteléon dupe de Stanhope, jouet d’Albéroni
« Monteléon ignoroit parfaitement tout ce qui se passoit entre l'Angleterre et l'Espagne. Il en déploroit la lenteur, et de se voir réduit à poursuivre de misérables bagatelles lorsqu'il auroit pu traiter utilement. » Flatté des distinctions du prince de Galles, rudoyé par Methwin, « Monteléon, avec tout son esprit et ses lumières, étoit la dupe de Stanhope qui le craignoit, et le jouet d'Albéroni qui ne l'aimoit point. »
Le roi d’Angleterre à Hanovre
« Le roi d'Angleterre avoit passé en Allemagne en juillet. Il avoit laissé le prince de Galles régent sous le titre de gardien du royaume, et ce prince, changeant de matières à l'égard de la nation, cherchoit à lui plaire, mais sans cacher son désir de se venger de Cadogan, et de Bothmar..., à qui il attribuoit les mauvais traitements que le duc d'Argyle, son favori, avoit reçus du roi son père. »
L’abbé Dubois va chercher Stanhope passant à la Haye, revient sans y avoir rien fait, repart aussitôt pour Hanovre
L'abbé Dubois entre en scène diplomatique : « qui n'avoit fondé toutes ses vues et toutes ses espérances de fortune que sur l'Angleterre, par le chausse-pied de son ancienne connoissance avec Stanhope qu'il traitoit de liaison et d'amitié pour se faire valoir », il persuada au régent « que deux heures de conversation avec son ancien ami avanceroient plus le traité que toutes les dépêches ». Envoyé secrètement à la Haye, « le peu de conférences qu'il eut avec lui n'aboutit à rien. Il revint tout de suite bien résolu de ne quitter pas prise », prétexta que Stanhope « le souhaitoit à Hanovre », et le régent, dans son empressement, « le crut de tout ce qu'il voulut lui dire, et à peine arrivé le fit repartir pour Hanovre ».
Jugement des Impériaux sur la fascination du régent pour l’Angleterre
Le jugement des Impériaux, « exempts des vues personnelles de Dubois et de la fascination de son maître » : « ils admiroient l'empressement de la France à traiter avec l'Angleterre. Ils disoient que la France se trouvoit dans l'état le plus heureux et le plus indépendant ; qu'elle n'avoit qu'à jouir de la paix, gagner du temps, voir le succès de la guerre de Hongrie, le cours des affaires domestiques de l'Angleterre, laquelle avoit beaucoup plus à souhaiter que la France de conclure un traité avec elle. Tel étoit le jugement sain de ministres qui voyoient clair, quoique si jaloux de la France. »
Chétive conduite du roi de Prusse
Chétive conduite du roi de Prusse, « attentif à s'agrandir, mais léger, inconstant et timide » : n'osant remuer sur Juliers, sondant le régent sur l'extinction éventuelle de la branche de Neubourg, tout en faisant « faire à Vienne les plus fortes protestations d'attachement aux intérêts de l'empereur, et y niant formellement qu'il eût aucune négociation avec la France. Cette conduite lui sembloit d'un grand politique. Il se brouilloit et se raccommodoit souvent avec ses alliés, avec le czar, avec le roi d'Angleterre son beau-père. »
Il attire chez lui des ouvriers françois
Regardant la France « comme prête à souffrir de grandes divisions » — princes du sang et bâtards, pairs et parlement, constitution —, le roi de Prusse « donna ses ordres pour persuader à plusieurs ouvriers et autres de passer en Brandebourg, soit pour cause de religion ou pour d'autres ; et il crut y réussir aisément dans un temps où les étrangers et les François même s'accordoient à dépeindre la France comme accablée de misère et sur le point d'une division générale ».
Aldovrandi, d’abord très mal reçu à Rome, gagne la confiance du pape
« Aldovrandi, d'abord mal reçu à Rome et fort blâmé, sut bientôt par son adresse et par ses amis, obtenir du pape d'être écouté, lequel avoit déclaré qu'il ne lui donneroit point d'audience. Il en eut une fort longue, dans laquelle il sut si bien manier l'esprit du pape qu'il se le rendit tout à fait favorable » — il portait deux lettres au pape « de la main du roi et de celle de la reine, fort pressantes pour le chapeau d'Albéroni », et servait la promotion de toutes ses forces pour retrouver « les grands émoluments de la nonciature d'Espagne » et avancer sa propre pourpre.
Nuage léger entre lui et Albéroni, lequel éclate contre Giudice, dont il ouvre les lettres, et en irrite le roi d’Espagne contre ce cardinal
Un nuage passager — le duc de Parme ayant donné à Albéroni des défiances sur la bonne foi d'Aldovrandi — se dissipa vite ; mais l'orage éclata contre Giudice : Albéroni « ouvroit les lettres de la poste de Madrid » et y trouva une lettre de l'ambassadeur de Sicile rapportant que le cardinal l'avait averti « de ne faire aucun fond sur la cour de Madrid tant que le crédit d'Albéroni subsisteroit, parce que le duc de Parme dont il étoit ministre ne songeoit qu'à gagner et conserver les bonnes grâces de l'empereur ». « Albéroni porta cette lettre au roi d'Espagne, qu'il eut la satisfaction de mettre fort en colère contre Giudice. »
Étranges bruits publiés en Espagne contre la reine
Étranges bruits contre la reine : le mystère d'une consultation du médecin sarde sur l'estomac du roi « en présence de la reine et d'Albéroni seuls », joint « aux propos scandaleux de Burlet sur la santé du prince des Asturies, en fit tenir des plus étranges, non seulement aux gens du commun, mais aux plus élevés, jusqu'à publier que la reine travailloit à porter son fils aîné don Carlos sur le trône ».
Albéroni les fait retomber sur Giudice
« Giudice, outré de sa disgrâce, dont il se prenoit uniquement à Albéroni, ne l'épargna pas en cette occasion, ni Albéroni le cardinal en mauvais offices et en accusations d'accréditer la licence et les mensonges des mauvais bruits » — chacun faisant retomber sur l'autre les calomnies qui couraient contre la reine.
La peur en prend à Cellamare, son neveu, qui abandonne son oncle
« Cellamare, fils du frère du cardinal del Giudice, alarmé de tant d'éclats, eut peur pour lui-même. Il ne songea qu'à se conserver les bonnes grâces de la reine et celles d'Albéroni. Il les leur demanda avec tant d'empressement qu'Albéroni s'en fit un titre pour prouver l'ingratitude du cardinal, blâmée jusque par son neveu » — et Albéroni envoya à Rome les copies des lettres où Cellamare écrivait « que dans le naufrage de sa maison il avoit tâché de sauver sa petite barque en prenant le bon parti ».
Albéroni invente et publie une fausse lettre flatteuse du régent à lui, et se pare de ce mensonge
« Albéroni n'eut pas honte de répandre un mensonge insigne. La toute-puissance ne craint guère les démentis : il publia que M. le duc d'Orléans, en rappelant Louville, lui avoit expressément marqué qu'il ne l'auroit pas envoyé s'il l'eût cru désagréable au roi d'Espagne, et qu'incessamment il enverroit un autre homme chargé de communiquer des choses qui ne se pouvoient confier au papier » — fausse lettre flatteuse dont il se para.
Inquiétudes et jalousie d’Albéroni sur les François qui sont en Espagne
Sa hantise des François d'Espagne : « Il ne vouloit voir de la part de la France qui que ce soit capable d'éclairer ses actions, d'en rendre compte au régent, d'ouvrir les yeux au roi d'Espagne. Tout François lui étoit suspect. Il auroit voulu les chasser tous d'Espagne, surtout ceux qui étoient chargés de quelques commissions particulières pour la marine ou pour d'autres affaires. Il les traitoit de dévoués aux cabales. »
Il amuse son ami Monti, l’empêche de quitter Paris pour Madrid, lui prescrit ce qu’il lui doit écrire sur la reine, pour le lui montrer et s’en avantager
Le cas Monti : ami de la première heure, servant en France, il « crut avancer sa fortune s'il pouvoit aller en Espagne et profiter de son crédit. Il fut entretenu quelque temps dans cette espérance » puis éconduit — « il ne vouloit point de témoins de sa conduite ; Monti lui étoit commode en France pour l'en informer. Il lui prescrivoit les thèmes de ses lettres pour louer la reine de sa fermeté, et d'en parler comme d'une héroïne... Il montroit ces lettres à la reine pour la piquer d'honneur, et faire retomber sur elle tout ce qu'il faisoit contre Giudice. »
Son noir manège contre le roi d’Espagne
Le noir manège contre le roi d'Espagne lui-même : profitant du traité franco-anglais, Albéroni inspirait à Philippe V « les sentiments les plus sinistres de M. le duc d'Orléans » : « l'unique but du régent étoit de s'assurer de la couronne en cas de malheur en France ; que tout lui paraissoit plausible et bon pour y parvenir ; qu'il se ligueroit même avec le Turc s'il le jugeoit utile à ce dessein, ou à empêcher le roi d'Espagne de faire valoir les justes droits de sa naissance. »
Son extrême dissimulation
Son extrême dissimulation : « il avouoit quelquefois à ses confidents que la plus fine dissimulation étoit nécessaire sur un point si délicat, dont il falloit écarter aux Espagnols toute idée, qui, conçue par eux, pouvoit causer des mouvements dangereux, et se conduire comme si Leurs Majestés Catholiques ne vouloient jamais sortir de Madrid, attendre les événements, et compter que la décision de cette grande question dépendroit de l'Angleterre et de la Hollande. »
Il veut rétablir la marine d’Espagne
« Persuadé en attendant, et cela avec raison, que l'Espagne devoit se rendre puissante par mer, il faisoit de grands projets de marine. Rien ne lui sembloit difficile, pourvu qu'il en fût chargé ; il ne songeoit qu'à se rendre nécessaire ; il y réussissoit pleinement, auprès de la reine, par conséquent auprès du roi. »
Ses manèges
Ses manèges de gloriole : « Il se vantoit que les impressions qu'on avoit voulu lui donner à son égard n'avoient fait que mieux faire connoître son zèle et ses services ; qu'il avoit tout crédit sur la reine ; qu'il se moquoit de ceux qui prétendoient que Macañas entretenoit un commerce secret avec le roi d'Espagne » — sachant par la reine qu'Aubenton « avoit pensé être perdu pour lui avoir seulement nommé le nom de Macañas ».
Belle leçon sur Rome pour les bons et doctes serviteurs des rois
La leçon de Saint-Simon : « Belle leçon pour les magistrats en place et en devoir de soutenir les droits de leurs rois contre les usurpations continuelles des papes ! Je dis des rois, car la France a eu aussi ses Macañas, et employés par le feu roi et ses ministres, qui n'ont pas eu un meilleur sort, sans compter le grand nombre qu'il y en a eu depuis le célèbre Gerson » — les serviteurs doctes des couronnes toujours abandonnés à la vengeance de Rome.
Attention de l’Espagne pour l’Angleterre sur le départ de la flotte pour les Indes, et des Hollandois pour l’Espagne sur leur traité à faire avec l’Angleterre et la France
Attentions croisées : « Au commencement de septembre, le roi d'Espagne fit avertir le roi d'Angleterre de sa résolution de faire partir, l'année suivante 1717, une flotte pour la Nouvelle-Espagne et lui promit de l'avertir plus particulièrement du mois qu'elle mettroit à la voile. » Et les Hollandais, ménageant l'Espagne, « lui firent savoir qu'ils étoient disposés à signer une ligue défensive avec la France et l'Angleterre », l'invitant à y entrer ; le roi « répondit qu'il ne s'en éloignoit pas, mais qu'il falloit, avant de s'expliquer, qu'il fût informé des conditions ».
Difficultés du dernier renvoyées aux ministres en Angleterre
Le traité franco-anglais achoppait sur deux points : « le canal de Mardick et le séjour du Prétendant à Avignon. Le roi d'Angleterre ni Stanhope n'osèrent traiter à fond, à Hanovre, deux points qui intéressoient la nation anglaise, et il fallut envoyer d'Iberville à Londres pour y régler principalement celui de Mardick avec les ministres anglois » — persuadés que la victoire du prince Eugène « étoit un nouvel aiguillon à la France de presser la conclusion du traité ».
Scélératesses de Stairs
Scélératesses de Stairs, toujours : « l'imposture de cet honnête ambassadeur alla jusqu'à avertir les ministres d'Angleterre que le régent étoit d'intelligence avec les jacobites qui méditoient quelque entreprise ; que le baron de Goertz, ministre du roi de Suède..., n'avoit été à Paris que pour la concerter ; que Dillon... seroit chargé de l'exécution ; et l'impudence étoit poussée jusqu'à donner ces avis, non comme de simples bruits, mais comme des certitudes. » Ne pouvant plus donner de soupçons sur le régent, il excitait ses ministres « de tenir ferme à toutes leurs demandes, parce qu'il savoit que ce prince accorderoit tout plutôt que de ne pas conclure ».
Perfidie de Walpole
« Walpole, envoyé d'Angleterre en Hollande, chargé de négocier pour faire entrer les États généraux dans ce traité, n'étoit pas mieux intentionné que Stairs. Il avoit ordre d'agir là-dessus de concert avec l'ambassadeur de France, et faisoit, à son insu, tout ce qui lui étoit possible pour le traverser » — pendant que les ministres impériaux y travaillaient aussi, et que ceux de Suède se plaignaient, « persuadés qu'ils seroient abandonnés par la France, qui garantiroit Brême et Verden au roi d'Angleterre ».
Frayeurs et mesures d’Albéroni contre la venue des Parmesans
Frayeurs parmesanes encore : Albéroni « ne put se résoudre à obéir à la duchesse de Parme qui lui ordonnoit de demander à la reine sa fille une pension ou quelque subsistance pour un homme du commun » qu'elle avait connu — « il craignit le danger de le rappeler dans sa mémoire. Toute son attention étoit à conserver tout son crédit sans partage et sans lutte, au moins jusqu'à ce qu'il fût parvenu au chapeau. »
Il profite de celles du pape sur les Turcs, et redouble de manèges pour son chapeau, de promesses et de menaces
« Le pape étoit foible ; il craignoit les Turcs. Il désiroit ardemment de hâter les secours maritimes d'Espagne. Albéroni en profita » : il fit sonner « bien haut que tout en Espagne étoit uniquement entre les mains du roi et de la reine..., que d'eux seuls dépendoient les ordres et les exécutions. Cela vouloit dire de lui uniquement, et que si le pape vouloit être servi et content, il falloit qu'Albéroni le fût aussi, et que le seul moyen que le pape fût satisfoit étoit d'avancer la promotion d'Albéroni. »
Giudice publie des choses épouvantables d’Albéroni, bien défendu par Aubenton et Aldovrandi
Giudice, « que nulle considération ne pouvoit plus retenir », publiait « des choses épouvantables » : la promotion « injurieuse à la pourpre, au pape, à l'Église » ; que le pape consultât « les évêques et les religieux d'Espagne, sur la vie, les mœurs, la conduite d'Albéroni » ; qu'ancien « espion du prince Eugène en Italie, il entretenoit encore le même commerce avec lui, duquel il étoit largement payé ». Aubenton ripostait, « répondoit de tout en Espagne, au gré du pape, s'il vouloit hâter la promotion », et mandait à Aldovrandi « qu'il se souvînt qu'il étoit chargé de l'affaire de Dieu ».
Molinez fait grand inquisiteur d’Espagne
« Giudice s'étoit démis de la charge de grand inquisiteur d'Espagne. Albéroni la fit donner à Molinez, moins pour récompenser sa fidélité et ses travaux, que pour laisser champ libre à Acquaviva à prendre le soin des affaires d'Espagne à Rome... On s'étoit d'autant plus pressé d'y pourvoir qu'on craignoit que Giudice ne rétractât sa démission du moment qu'il seroit hors de l'Espagne. »
Quel étoit le duc de Parme à l’égard d’Albéroni
Le duc de Parme et Albéroni : « quoiqu'il n'aimât ni n'estimât Albéroni, il s'intéressoit au maintien de l'autorité d'un homme qui étoit son sujet et son ministre en Espagne. Il avoit par lui une part indirecte au gouvernement de cette monarchie. » Son grand objet : engager l'Espagne « à des tentatives pour recouvrer quelque partie de ce qu'elle avoit perdu en Italie », le temps paraissant favorable « par l'occupation de l'empereur en Hongrie, et la haine des princes d'Italie ».
Idées bien confuses de ce prince
Idées bien confuses : l'Espagne trop faible ne pouvait rien sans le secours de la France, « qu'il falloit donc ménager le régent pour l'engager à ce secours, mais en même temps ne pas abandonner les vues de retour, en cas de malheur en France. Des projets si contraires n'étoient pas aisés à concilier. » Et tous deux persuadés que Louville « n'avoit été envoyé que pour » faire chasser Albéroni — qui « n'en pressoit que plus vivement sa promotion pour s'acquérir un état solide, et se moquer après des ennemis de sa fortune ».
Le pape s’engage enfin à donner un chapeau à Albéroni
L'engagement du pape : Acquaviva et Aldovrandi représentèrent si fortement « qu'il n'obtiendroit rien d'Espagne en aucun genre que moyennant cette promotion, que Sa Sainteté..., en prit un effectif avec Acquaviva, à qui il dit dans une audience qu'il pouvoit écrire positivement à Madrid qu'elle étoit déterminée à faire pour Albéroni ce que la reine lui demandoit, et qu'il n'étoit plus question que de la manière de l'exécuter ».
Impossibilité présente peu durable
L'impossibilité présente : « il n'y avoit qu'un chapeau vacant que le pape destinoit à un sujet protégé par l'empereur » — Borromée, allié des Albani — et il fallait « satisfaire la France en même temps que l'Espagne..., et ces ménagements demandoient la vacance de trois chapeaux. On consoloit le premier ministre par la considération de sept cardinaux de plus de quatre-vingts ans, et d'onze de plus de soixante-dix... On l'assuroit qu'il y avoit tout à espérer pour lui de la chute des feuilles. »
Avis d’Aldovrandi et Albéroni
Les avis d'Aldovrandi : éviter la promotion des couronnes « et faire qu'il parût que la sienne vînt uniquement du pur mouvement du pape » ; presser l'arrivée du secours maritime ; faciliter l'accommodement des deux cours ; « garder sur toutes ces choses le plus profond secret » ; surtout « cultiver la bonne intelligence avec Aubenton, estimé au dernier point du pape et des cardinaux Imperiali, Sacripanti, Albani, les trois non nationaux, les plus déclarés contre la France » — sans oublier Fabroni, co-auteur de l'Unigenitus ; enfin obtenir du roi d'Espagne qu'il diffère longtemps sa nomination de couronne après la promotion.
Aventure des sbires qui suspend d’abord, puis confirme l’engagement en faveur d’Albéroni
L'aventure des sbires : Molinez, resté au palais d'Espagne « fortifié d'un nombre de braves » contre les Impériaux, fit « charger et dissiper » le char de triomphe promené dans la place d'Espagne pour la victoire du prince Eugène. Colère du pape, ordre de suspendre la dépêche promettant le chapeau ; Acquaviva, « sans s'étonner », répondit qu'il l'enverrait « sans y rien changer, parce qu'il savoit que le pape seroit content ». Accord en quatre conditions réciproques — la milice congédiée, les sbires passant librement, le palais d'Espagne respecté comme les autres — « et le pape confirma l'assurance qu'il avoit donnée pour Albéroni ».
Art et bassesse d’Acquaviva
Art et bassesse d'Acquaviva : il « fit valoir en Espagne le service qu'il avoit rendu à Albéroni, et il avoit vendu cher ce qui dans le fond n'étoit rien ». Don Juan Diaz, agent d'Espagne, murmurant « de sa facilité pour plaire au pape, aux dépens des affaires du roi d'Espagne », Acquaviva « saisit ce moment pour demander qu'il fût rappelé, et que la reine lui écrivît en approbation de sa conduite de manière qu'il pût montrer sa lettre au pape » — servir Albéroni, se servir soi-même : même chose.
Raison de tant de détails sur Albéroni
Pourquoi tant de détails ? « Ils montrent au naturel quel est un premier ministre tout-puissant, un roi qui s'en laisse enfermer et gouverner, ce que peut le but d'un chapeau, quelle est la confiance due à un confesseur jésuite, et la part que le prince doit laisser prendre à son épouse, surtout en secondes noces, en ses affaires... Ces récits découvrent encore ce que c'est que d'admettre des prêtres dans les affaires et dans les conseils. »
Acquaviva, par ordre d’Espagne, transfuge à la constitution
Acquaviva transfuge : averti par Aubenton « qu'il se perdroit en Espagne s'il continuoit à penser et à agir comme il faisoit sur les affaires de France à l'égard de la constitution Unigenitus », et recevant ordre du roi d'Espagne « de se conformer là-dessus à tout ce qui pouvoit plaire au pape », il changea « de camp contre ses propres lumières en matière de doctrine et rompit tout commerce avec le cardinal de Noailles. Telle est la morale et la foi de nos prélats d'aujourd'hui et de ceux qui veulent l'être. Je ne le dis pas sans le savoir et sans l'avoir vu et revu bien des fois. »
Promesses, menaces, manèges d’Albéroni et d’Aubenton pour presser la promotion d’Albéroni
Promesses et menaces conjuguées : Albéroni promettait, « s'il étoit assisté, c'étoit à dire élevé à la pourpre, que le pape auroit avant la fin de mars à ses ordres une forte escadre bien équipée dans un port de l'État de Gênes, mais qu'il exigeoit aussi l'entière confiance du pape, et qu'il regarderoit comme offenses toutes démarches indirectes ». Aubenton renchérissait : le secours « dépendoit absolument de lui..., s'il lui envoyoit la barrette. Mais aussi qu'elle ne devoit espérer ni secours contre les Turcs, ni accommodement..., si elle ne donnoit à la reine d'Espagne la satisfaction qu'elle demandoit. »
Invectives atroces de Giudice et d’Albéroni l’un contre l’autre
Invectives réciproques : « Giudice parloit et écrivoit d'Albéroni comme du dernier des hommes » et remuait à Rome « toutes sortes de machines » ; Albéroni « ripostoit avec le même emportement », l'accusant « de la plus noire ingratitude envers la reine » et des bruits « qu'elle avoit fait venir à Madrid l'argent venu par les derniers galions, pour en envoyer une grande partie à Parme ». « Ils se reprochoient réciproquement ingratitudes et perfidies, et avoient tous raison à cet égard. »
Fanfaronnades d’Albéroni, et sa frayeur de l’arrivée à Madrid du mari de la nourrice de la reine et leur fils capucin
Fanfaronnades et frayeurs : « Quelque semblant qu'Albéroni fît d'être fermement certain que tout l'enfer déchaîné contre lui ne lui pourroit nuire, et de rehausser cette confiance d'un air de philosophie..., il craignoit mortellement tout ce qui pouvoit avoir accès auprès de la reine. Elle avoit enfin fait venir à Madrid le mari de sa nourrice et leur fils capucin. »
Quels ces trois personnages
Les trois personnages : « La nourrice étoit fine, adroite, et ne manquoit ni de sens ni de hardiesse. Son mari étoit un stupide paysan, leur fils un fort sot moine, mais pétri d'ambition, qui ne comptoit pas sur moins que gouverner l'Espagne » — le trio parmesan installé au cœur de la place, première fissure dans le monopole d'Albéroni.
Albéroni craint mortellement la venue d’un autre Parmesan ; écrit aigrement au duc de Parme
La terreur suprême : Sabadini, musicien que la reine réclamait avec insistance au duc de Parme, lequel promit de le faire partir. « Albéroni craignoit horriblement la présence de Sabadini, dont il avoit plusieurs fois rompu le voyage par le duc de Parme. Il lui écrivit donc aigrement sur sa faiblesse, et l'envoi du capucin et de son père, et mit tout en œuvre auprès de lui pour arrêter en Italie Sabadini, duquel il prenoit de bien plus vives alarmes. »

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