TOME XV · CHAPITRE II
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Résumé
Le général et l'intendant des îles « paquetés et renvoyés en France par les habitants de la Martinique » — la fronde coloniale. Morts de la duchesse de La Trémoille, du fils unique de Montesquiou, de Busenval, d'Harlay conseiller d'État — « caractère et singularités » —, de Dongois greffier en chef, d'un fils du prince de Conti. L'affaire de Courson, intendant de Bordeaux, et de Périgueux — « cause de la chute de des Forts, son beau-frère, et seul coupable, se soutient » ; Tallard entre au conseil de régence ; question de préséance entre les maréchaux d'Estrées…
Les entrées
- Le général et l’intendant de nos îles paquetés et renvoyés en France par les habitants de la Martinique
- « Il arriva à la Martinique une chose si singulière et si bien concertée qu'elle peut être dite sans exemple. » Excédés de la tyrannie de Varennes, capitaine général, et de l'intendant Ricouart, les habitants « les surprirent un matin chacun chez eux au même moment, les paquetèrent, scellèrent tous leurs papiers..., ne firent mal à pas un de leurs domestiques, les jetèrent dans un vaisseau... prêt à partir pour la France », avec un paquet pour la cour protestant de leur fidélité. « On auroit peine, je crois, à représenter l'étonnement de ces deux maîtres des îles de se voir emballés de la sorte..., leur rage en chemin, leur honte à leur arrivée. » Ils demeurèrent sans emplois, et « on n'envoya point de réprimande aux habitants par la honte tacite de ne les avoir pas écoutés ».
- Mort de la duchesse de La Trémoille ; du fils unique du maréchal de Montesquiou ; de Busenval ; d’Harlay, conseiller d’État
- Morts du temps : le maréchal de Montesquiou perdit son fils unique ; la marquise de Gesvres, « dont on a vu en son temps l'étrange procès avec son mari » ; « le vieux et très ennuyeux Busenval..., fort pauvre » ; la duchesse de La Trémoille, « fort jeune et fort jolie, mais peu heureuse, ne laissant qu'un fils unique », Mottier de La Fayette et riche héritière ; enfin Harlay, conseiller d'État, « avec l'acclamation publique d'en être délivré », fils unique du feu premier président, « digne d'être le fléau de son père, comme son père d'être le sien ».
- Caractère et singularités de ce dernier
- Caractère d'Harlay le fils : « un esprit méchant, guindé, pédant, précieux..., le plus étrange composé de l'austère écorce de l'ancienne magistrature et du petit maître de ces temps-ci, avec tous les dégoûts de l'un et tous les ridicules de l'autre..., magnifique en singe de grand seigneur. » Entre le père et lui, « jamais ils ne se parloient de rien ; mais les billets mouchoient à tous moments d'une chambre à l'autre » ; le père se levait et faisait apporter « un siège à M. du Harlay » : « une comédie continuelle. Au fond, ils se détestoient parfaitement l'un l'autre, et tous deux avoient parfaitement raison. » Il défendait à ses gens de laisser entrer « personne, même de la part de M. le duc d'Orléans » — qui ne lui envoyait jamais rien. Il légua ses manuscrits à Chauvelin, ses livres de dévotion aussi « parce qu'il n'étoit rien moins que dévot ». « J'ai succombé à la tentation de déployer un si singulier caractère. »
- Mort de Dongois, greffier en chef du parlement
- « Dongois, greffier en chef du parlement, qui s'étoit bien réjoui en sa vie de la rareté de ces deux hommes, mourut en même temps à quatre-vingt-trois ans, et fut universellement regretté. C'étoit un très honnête homme, très droit, extrêmement instruit et capable, qui faisoit très supérieurement sa charge », très considéré du parlement qui recourait à ses lumières.
- Mort et deuil d’un fils du prince de Conti
- « M. le prince de Conti perdit un fils enfant, qui étoit appelé comte de La Marche, dont le roi prit le deuil pour huit jours. »
- Affaire de Courson, intendant de Bordeaux et conseiller d’État, et de la ville, etc., de Périgueux
- L'affaire de Périgueux : Courson, fils de Bâville, « dehors et dedans un gros bœuf, fort brutal, fort insolent et dont les mains n'étoient pas nettes », fit dans Périgueux « des taxes sèches très violentes..., sans aucun édit ni arrêt du conseil », et « mit dans des cachots des échevins et d'autres honnêtes et riches bourgeois ». Leurs députés se morfondant chez Noailles, Saint-Simon et le comte de Toulouse forcèrent le rapport au conseil : Noailles rusa jusqu'à miser sur l'Opéra du mardi ; « je le pris par le bras : Doucement, lui dis-je, il faut savoir ce qu'il plaît à Son Altesse Royale. » Le conseil prononça l'élargissement et la cassation de l'ordonnance ; Noailles, forcé d'écrire l'arrêt sous dictée, « jeta son tabouret à dix pas..., et s'en alla brossant comme un sanglier ». « Courson fut révoqué aux feux de joie de sa province. »
- Courson, cause de la chute de des Forts, son beau-frère ; et seul coupable, se soutient
- Suite qui excède le temps des Mémoires : des Forts, son beau-frère, devenu contrôleur général, « se fia à lui des actions de la compagnie des Indes » ; Courson et sa sœur, « à l'insu de des Forts, dont la netteté des mains ne fut jamais soupçonnée, y firent si bien leurs affaires que le désarroi de la place éclata ». Chauvelin fit chasser des Forts, « et le criminel Courson fut conservé à l'indignation publique, qui ne s'y méprit pas ».
- Le maréchal de Tallard entre au conseil de régence
- Tallard au conseil de régence : « enragé de n'être de rien », criant « qu'il vouloit porter le testament du feu roi écrit sur son dos », il obtint l'entrée par le maréchal de Villeroy, dont il s'était rendu « plus que jamais le très humble esclave ». Le régent « crut paroître faire beaucoup et donner peu en effet » : « les affaires importantes avoient déjà pris le chemin unique de son cabinet, et n'étoient presque plus portées au conseil de régence que toutes délibérées, et seulement pour la forme. »
- Question de préséance entre le maréchal d’Estrées et lui, jugée en sa faveur
- La préséance avec le maréchal d'Estrées : Estrées, maréchal plus ancien et grand d'Espagne, précédait Tallard aux cérémonies de la cour ; mais le conseil de régence se réglait sur les séances d'État où la pairie l'emporte, et la dignité de duc vérifié, « une réelle et effective de l'État, avoit, comme telle, plein caractère pour être admise aux affaires de l'État ». Saint-Simon, qui aimait « bien mieux Estrées que Tallard » mais « mieux que lui l'ordre et la règle », fit sortir les deux maréchaux, expliqua la question et conclut pour Tallard : « tous les avis furent conformes au mien. »
- Son aventure au même conseil
- L'aventure de Tallard au même conseil : « vers le milieu du conseil, je le vis pâlir, rougir, frétiller doucement sur son siège » ; Saint-Simon le fit autoriser à sortir. « Il me dit que je lui avois sauvé la vie ; qu'il avoit indiscrètement pris de la rhubarbe le matin, qu'il venoit de mettre comble la chaise percée du maréchal de Villeroy... Je ris de bon cœur de son aventure, mais je ne pris pas le change de sa rhubarbe ; il étoit... trop avisé pour avoir pris ce jour-là de quoi se purger. »
- Duc d’Albert gouverneur d’Auvergne
- « Le duc d'Albret obtint le gouvernement d'Auvergne, sur la démission de M. de Bouillon, qui avoit dessus cent mille écus de brevet de retenue : un pareil fut donné au duc d'Albret. »
- Maréchal de Tessé quitte le conseil de marine
- Le maréchal de Tessé, « fort dégoûté de n'être de rien » — et peut-être achevé de dépiter par l'entrée de Tallard au conseil de régence —, « pria le régent de lui permettre, retiré comme il étoit, ou plutôt comme il se croyoit, de se retirer aussi du conseil de marine. Mais il se garda bien d'en rendre les appointements. Ce vide ne fit aucune sensation. »
- Grâces accordées aux conseillers du grand conseil
- « La facilité de M. le duc d'Orléans se laissa aller à l'adoration du chancelier pour la robe, et aux sollicitations du duc de Noailles pour la capter, d'accorder aux gens du monde les plus inutiles, qui sont les conseillers du grand conseil, deux grandes et fort étranges grâces : l'une qu'ils feroient désormais souche de noblesse ; l'autre, exemption de lods et ventes des terres et maisons relevant du roi. »
- Le roi Stanislas près d’être enlevé aux Deux-Ponts ; quelque temps après reçu en asile à Weissembourg en basse Alsace
- « Le roi Stanislas pensa être enlevé aux Deux-Ponts par un parti » du roi de Pologne — l'entreprise « découverte au moment qu'elle alloit réussir », trois hommes pris. « Quelque temps après, le régent, touché de l'état fugitif de ce malheureux roi, qui n'étoit en sûreté nulle part, lui donna asile à Weissembourg en basse Alsace. »
- Naissance du prince de Conti et d’un fils du roi de Portugal
- « Mme la princesse de Conti accoucha de M. le prince de Conti d'aujourd'hui, tandis que M. son mari étoit à l'Ile-Adam » ; et naissance d'un fils du roi de Portugal.
- Fête donnée par son ambassadeur
- « L'ambassadeur de Portugal donna une superbe fête pour la naissance d'un fils du roi de Portugal. Il y eut un grand bal en masque, où Mme la duchesse de Berry, M. le duc d'Orléans et beaucoup de gens allèrent masqués. »
- La Forêt ; quel ; perd un procès de suite importante
- La Forêt, « gentilhomme françois, huguenot, et depuis longtemps attaché au service du roi d'Angleterre », parvenu aux premières charges de Hanovre, réclama la jouissance de ses biens en France avec tout le crédit de son maître. « L'affaire, très soigneusement examinée..., ne se trouva point dans le cas que La Forêt prétendoit, et très dangereuse de plus à lui être adjugée, par la porte que cet arrêt eût ouverte aux autres réfugiés... Ainsi La Forêt perdit son procès tout d'une voix. »
- Le régent assiste, à la royale, à la procession de Notre-Dame, le 15 août
- « Le 15 août fut dans Paris l'étrange spectacle du triomphe du parlement sur la royauté » : le régent, « entraîné par le duc de Noailles, Effiat, les Besons, Canillac et autres serfs du parlement », alla à la procession de Notre-Dame par un mezzo-termine suggéré par le premier président « de concert avec le duc et la duchesse du Maine » : une procuration du roi pour tenir sa place, avec carrosses, gardes, Cent Suisses, « cette royale mascarade » que le parlement « eut la complaisance de vouloir bien souffrir à sa droite, et se réserva le plaisir de s'en bien moquer ». Rien de plus simple à persuader que le régent, « dans la soif et dans l'espérance de régner, avoit saisi une occasion de se montrer en roi..., en avant-goût » — les horreurs semées à la mort des princes s'en trouvèrent « sans cesse rafraîchies ». « Après la chose faite, M. le duc d'Orléans n'osa jamais m'en parler. »
- Le parlement refuse d’enregistrer la création de deux charges dans les bâtiments
- « Le parlement venoit de refuser très sèchement d'enregistrer la création de deux charges dans les bâtiments, qui auroient été vendues quatre cent mille livres les deux, au profit du roi, sous prétexte, dirent Messieurs, que leurs gages augmenteroient les dépenses de l'État » — et c'est à cette compagnie que le régent alla donner le spectacle du 15 août.
- Fête de Saint-Louis
- La fête de Saint-Louis, dix jours après, « donna le contraste plénier de celle-ci » : au concert gratuit des Tuileries, « l'affluence innombrable... ne laissa pas une place vide, je ne dis pas aux fenêtres, mais sur les toits des maisons », et dès que le petit roi paraissait sur les terrasses, « c'étoient des cris de : Vive le roi ! cent fois redoublés. »
- Rare leçon du maréchal de Villeroy
- La rare leçon : « le maréchal de Villeroy faisoit remarquer au roi cette multitude prodigieuse, et sentencieusement lui disoit : Voyez, mon maître,... tout cela est à vous, vous en êtes le maître. » Saint-Simon oppose l'admirable Dauphin, « bien fortement persuadé qu'en même temps que la puissance est donnée aux rois pour commander et pour gouverner, les peuples ne sont pas aux rois, mais les rois aux peuples, pour leur rendre justice, les faire vivre selon les lois, et les rendre heureux par l'équité, la sagesse, la douceur et la modération de leur gouvernement. C'est ce que je lui ai souvent ouï dire avec effusion de cœur..., en plein salon de Marly, à l'admiration et aux délices de tous ceux qui l'entendoient. »
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