TOME XV · CHAPITRE X
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Résumé
Les manèges de Noailles à l'égard de Law ; mort de Mornay et Saint-Germain obtenu « sur-le-champ » ; la liaison Dubois-Law « et sa cause » ; Noailles, « agité de crainte pour sa place », veut regagner l'auteur en proposant de rétablir le temporel ruiné de La Trappe ; les « sourds préparatifs à déposter » Noailles et le chancelier. L'édit de la compagnie d'Occident — « quel » : le Mississippi est né ; le Régent travaille « à la Raquette » avec Law, le chancelier et Noailles « sur lequel il achève de s'indisposer » ; la Raquette et les Biron ; grâce pécuniaire au Languedoc, d'où Bâville se retire.
Les entrées
- Manèges du duc de Noailles à l’égard de Law
- « Il y avoit longtemps que Noailles, jaloux de Law, troubloit sa banque et ses desseins. Non seulement il le barroit en tout par les manœuvres et l'autorité de sa place dans les finances ; mais il lui suscitoit dans les conseils et dans le parlement tous les contradicteurs qu'il pouvoit » — Law, qui venait chez Saint-Simon tous les mardis matin, « m'en faisoit continuellement ses plaintes » ; « il vouloit être seul maître dans les finances..., et atteindre par là au premier ministère, dont il ne perdit jamais les vues ni l'espérance. »
- Mort de Mornay
- La « prompte mort de Mornay sans enfants » livra à Noailles ce qu'il avait « toute sa vie mugueté ».
- Duc de Noailles obtient sur-le-champ le gouvernement et la capitainerie de Saint-Germain
- Il en tira sur-le-champ « le gouvernement et la capitainerie de Saint-Germain », profitant avec âpreté du gré que le régent lui savait de son replâtrage avec Law.
- Liaison de l’abbé Dubois et de Law, et sa cause
- La liaison Dubois-Law et sa cause : le plan de Dubois « alloit aussi au premier ministère. Il n'y vouloit point de concurrents ni de contradicteurs. Celui de tous qu'il craignoit davantage étoit le duc de Noailles » ; Law, étranger « aboyé d'un nombre de gens autorisés », avait tout à craindre de la faiblesse du régent ; « il étoit doux à l'abbé Dubois de trouver une ressource secrète » — l'argent du négoce naissant — « et les moyens en même temps d'énerver de bonne heure un compétiteur... Telle fut la chaîne qui serra l'amitié entre ces deux hommes et qui les a portés si haut ou si loin l'un et l'autre. »
- Duc de Noailles, agité de crainte pour sa place, veut me regagner, et me propose de rétablir le temporel ruiné de La Trappe
- La tentative de Noailles pour regagner Saint-Simon : au conseil, « il se mit la bouche dans mon oreille » et proposa de rétablir le temporel ruiné de La Trappe avec celui de Septfonts : « ayez la bonté de demander à la Trappe un état de leurs dettes et de me le donner. » Saint-Simon donna l'état sans un remerciement ; « quinze jours après les payements commencèrent à couler par Law. C'étoit la chose qui me tenoit le plus au cœur... La Providence y pourvut de la sorte d'une façon bien singulièrement marquée. »
- Sourds préparatifs à déposter le duc de Noailles et son ami le chancelier
- Les sourds préparatifs : « le chancelier n'avoit pas réussi dans cette grande place. Sa servitude pour le duc de Noailles fit peur à tout le monde... Son esprit incertain, esclave des formes, puant le parquet en matière de justice et de finance, ennuya et souvent impatienta » ; Dubois « aiguillonna » le maréchal de Villeroy à parler au régent, « Dubois et Law cavoient en dessous auprès du régent et faisoient tout valoir ».
- Édit en faveur de la compagnie d’Occident ; quel
- « Cette année 1718 s'ouvrit, dès le premier jour, par la publication de l'édit en faveur de la compagnie d'Occident. Son fonds y fut fixé à cent millions » — nom substitué à celui de Mississipi, « dont les actions ruinèrent et enrichirent tant de gens, et où les princes et les princesses du sang, surtout Mme la Duchesse, M. le Duc et M. le prince de Conti trouvèrent plus que les mines du Potosi ».
- Le régent travaille à la Raquette avec Law, le chancelier et le duc de Noailles, sur lequel il achève de s’indisposer
- La séance de la Raquette, le 6 janvier : le régent y passa toute une après-dînée avec Law, le chancelier et Noailles, « pour pénétrer lui-même ce qu'il y avoit de vrai et de bon de part et d'autre... La séance y fut longue et appliquée de tous côtés ; mais elle fut l'extrême-onction des deux amis. Le régent prétendit n'avoir trouvé que mauvaise foi dans le duc de Noailles, aheurtement aveugle dans le chancelier esclave de toutes formes contre des raisons péremptoires et les ressources évidentes de Law. »
- La Raquette et les Biron
- La Raquette, maison du faubourg Saint-Antoine, était empruntée au financier du Noyer, « recrépi d'une charge de greffier du parlement. Ce richard, pour ses péchés, s'étoit dévoué à la protection des Biron qui, en bref, le sucèrent si parfaitement qu'il est mort sur un fumier... Mme de Biron en rioit comme d'une fine souplesse. »
- Grâce pécuniaire au Languedoc, d’où Bâville se retire avec douze mille livres de pension
- La grâce au Languedoc : « une diminution de huit cent mille livres sur la capitation » ; Bâville, « depuis trente ans roi et tyran de cette grande province sous le nom d'intendant..., la terreur et l'horreur », devenu sourd, se retira « avec une pension de douze mille livres... C'étoit un dangereux homme, que les ministres avoient toujours tenu éloigné en le consolant par une autorité absolue, et une des meilleures têtes qu'il y eût en France. »
- Inondations vers le nord
- « On apprit que la mer avoit rompu les digues de la Nort-Hollande et inondé beaucoup de pays, et que les environs de Hambourg avoient essuyé une pareille disgrâce. »
- Mme la Duchesse enlève à Mme la maréchale d’Estrées une loge à l’Opéra
- « Mme la Duchesse enleva de haute lutte une petite loge à l'Opéra, qu'avoit la maréchale d'Estrées, quoique amie de toute sa vie... Cela fit grand bruit... Mme la Duchesse laissa crier et garda sa conquête. Peu à peu ceux qui avoient cessé de la voir y retournèrent... Ainsi la hauteur des princes du sang monta fort au-dessus de celle du feu roi même. »
- Morville ambassadeur en Hollande
- « Morville, procureur général du grand conseil, fils d'Armenonville, vendit sa charge à Héraut..., et fut nommé ambassadeur en Hollande à la place de Châteauneuf, qui déplaisoit aux Anglois » — mention faite parce qu'on a vu depuis Morville secrétaire d'État, « et Héraut, lieutenant de police, se signaler par son inquisition ».
- Mariage de Chauvelin depuis si haut et si bas
- « Chauvelin, avocat général, si connu depuis par l'essor de sa fortune et la profondeur de sa chute, épousa la fille et nièce des plus riches marchands d'Orléans » — promise à un autre qu'elle aurait voulu, « la peur qu'ils eurent de quelque parti violent fit garnir par le guet tout le chemin de la maison à la paroisse » ; Mme Chauvelin « s'est fait considérer par sa conduite et sa vertu ».
- Grâces pécuniaires aux comtes de Roncy et de Médavy
- « Le comte de Roucy, fort mal dans ses affaires, arracha cinquante mille écus du régent en billets d'État, et Médavy cinquante mille livres sur une vieille prétention d'un brevet de retenue du maréchal de Grancey, son grand-père. »
- Le comte de Rieux s’excuse au régent de ses pratiques
- « Le comte de Rieux eut une audience du régent, pour se justifier d'avoir animé la noblesse de Bretagne. Il y avoit conservé, malgré sa pauvreté, beaucoup de considération et de crédit. »
- Son caractère
- Son caractère : « homme obscur, très glorieux de sa grande naissance, toujours travaillant en dessous sans se commettre, lié sourdement avec des personnages et avec la maison de Lorraine, plein des plus hautes pensées et des plus grands projets, heureux à se faire des dupes par son langage, ennemi de tout gouvernement..., et peu retenu par l'honneur, la probité, la vérité, sous le masque des plus vertueux propos. »
- Mouvements, lettres et députation de Bretagne
- Les mouvements de Bretagne : « on y flattoit les Bretons d'une conquête d'indépendance qui ne seroit due qu'à leur union et à leur fermeté. Rieux étoit à Paris leur homme de confiance » ; la noblesse écrivit au régent une lettre « soumise et respectueuse en apparence, plus que forte en effet, dont les copies inondèrent Paris », et les députés du parlement de Bretagne ne furent admis « qu'à faire la révérence au régent, mais sans lui parler d'aucune affaire ».
- Incidents du maréchal de Montesquiou
- Les incidents de Montesquiou : quatre ou cinq cents gentilshommes allés au-devant de lui, « il se contenta de mettre la tête hors sa chaise de poste, et de continuer son chemin » ; puis, pour l'ouverture des états, « au lieu d'y aller à pied avec eux, il monta dans sa chaise à porteurs, et acheva ainsi de les offenser, tellement que tout se tourna en procédés, et presque en insultes ».
- Gentilshommes bretons, mandés, puis exilés
- « MM. de Piré, Noyan, Bonamour et du Guesclairs, venus par lettre de cachet à la cour rendre compte de leur conduite, furent exilés séparément en Bourgogne, Champagne et Picardie. Piré, demeuré malade en Bretagne, évita le voyage de Paris et l'exil. »
- Embarras et projets sur les tailles
- Les projets sur les tailles : la taille proportionnelle dans la généralité de Paris — « sans autre succès qu'une dépense de huit cent mille livres » — puis la dîme royale de Vauban confiée à l'abbé Bignon et au petit Renault : « tous ces essais furent funestes par la dépense qu'ils causèrent sans aucun succès..., peut-être encore par les obstacles qu'y semèrent l'intérêt et la jalousie de la cruelle gent financière..., et il en fallut revenir à la manière ordinaire de lever les tailles. »
- On me fait ; par deux différentes fois, manquer la suppression de la gabelle
- La gabelle manquée deux fois : frappé de « l'énormité de quatre-vingt mille hommes employés à sa perception, et des horreurs qui se pratiquent là-dessus aux dépens du peuple », Saint-Simon conçut d'ôter la gabelle, de rendre « le sel libre et marchand » en faisant acheter les salines par le roi. « Je le proposai au régent qui y entra avec joie. L'affaire, mise sur le tapis, alloit passer, quand Fagon et d'autres magistrats des finances... firent échouer le projet » ; à la seconde tentative, « les mêmes, qui en eurent le vent, la firent encore avorter ».
- Tout bien impossible en France
- « Cette occasion m'arrache une vérité que j'ai reconnue pendant que j'ai été dans le conseil..., c'est que tout bien à faire est impossible. Si peu de gens le veulent de bonne foi, tant d'autres ont un intérêt contraire à chaque sorte de bien qu'on peut se proposer... Cette affligeante vérité, et qui sera toujours telle dans un gouvernement comme est le nôtre, depuis le cardinal Mazarin, devient infiniment consolante pour ceux qui sentent et qui pensent, et qui n'ont plus à se mêler de rien. »
- Manèges d’Effiat et du premier président
- Les manèges d'Effiat et du premier président : ce chef du parlement, « également nécessiteux et prodigue », qui « regardoit la fausseté et l'art de jouer les hommes comme une habileté, même comme une vertu », était « livré pieds et poings liés au duc et à la duchesse du Maine » ; d'Effiat, « l'entremetteur dont le régent se servoit sur tout ce qui regardoit le parlement », était « accoutumé à trahir son maître dès le temps du feu roi ».
- Duperie du régent
- La duperie du régent : « avec tout son esprit, [il] avoit mis toute sa confiance en deux scélérats qui s'entendoient pour le trahir et le jouer..., persuadé que l'argent immense que le premier président tira de lui à maintes fortes reprises étoit un intérêt supérieur à tout... Tel fut l'aveuglement d'un prince qui se persuadoit que tout étoit fripon..., et qui aimoit mieux se servir de fripons connus pour tels que d'autres. »
- Conspiration très organisée pour le culbuter
- La conspiration organisée : « l'intelligence entre Albéroni et M. et Mme du Maine étoit parfaite », servie par Cellamare tremblant pour sa fortune ; le maréchal de Villeroy « tenoit sous la clef le linge du roi, son pain..., cette clef ne le quittoit ni jour ni nuit..., comme si les viandes et leurs assaisonnements..., n'eussent pu suppléer au crime. Mais cela faisoit et entretenoit le bruit, les soupçons..., et tendoit toujours au but qu'on se proposoit. Villeroy, ayant toujours M. de Beaufort dans la tête et sa royauté des halles », s'appuyait du parlement qu'il courtisait « avec servitude ». « Je voyois clair, dès lors, en la plupart de ces choses..., et je gémissois en silence de la mollesse et de l'aveuglement de M. le duc d'Orléans. »
- Mouvements du parlement
- Les mouvements du parlement : « il le falloit remuer par les vues du bien public... Le système de Law et sa qualité d'étranger de nation et de religion furent d'un grand usage... L'autorité des lois et du parlement étoit un abri nécessaire à qui vouloit le plus les enfreindre. » Le parlement s'assembla les 14 et 15 janvier sous prétexte de l'édit des deux charges, résolut « des remontrances et force demandes des plus hardies », rédigées chez le premier président : « elles ne tendoient pas à moins qu'à se mêler de tout avec autorité, et à balancer celle du régent de manière à ne lui en laisser bientôt plus qu'une vaine et légère apparence. »
- Singulière colère et propos entre M. le duc d’Orléans et moi sur les entreprises du parlement
- La singulière colère : pressé de parler, Saint-Simon rappela au régent « que sa mollesse à l'égard du parlement le conduiroit enfin à n'être plus régent que de nom » ; le régent, « les deux poings sur ses côtés » : « Mort... ! cela vous est bien aisé à dire à vous qui êtes immuable comme Dieu, et qui êtes d'une suite enragée. » Réponse « avec un sourire et un froid encore plus marqué » : « si j'ai trop de suite et de fermeté, je voudrois vous en pouvoir donner mon excédant, cela feroit bientôt deux hommes parfaits, et vous en auriez bon besoin. Il fut tué à terre, ne répondit mot. » Le 26 janvier, les remontrances furent lues au roi, « de la dernière force contre le gouvernement » ; le soir même le régent fit répandre les lettres patentes de 1641 réduisant le parlement « aux termes de son devoir et de son institution de simple cour de justice ».
- Manèges contre Law du duc de Noailles et du chancelier
- Les manèges contre Law : « il lui falloit souvent aller persuader des principaux du parlement..., et il arrivoit que, quand Law les avoit persuadés, les ruses ne manquoient pas à Noailles, et les lenteurs affectées au chancelier, pour rendre inutiles les opérations qui sembloient résolues. » « Quel que fût son système, il y étoit de la meilleure foi du monde ; son intérêt ne le maîtrisoit point ; il étoit vrai et simple ; il avoit de la droiture. »
- Ma conduite à cet égard
- La conduite de Saint-Simon : « je ne voulois pas prendre sur moi, quelque haine que j'eusse contre Noailles, de jeter l'État et le régent entre les bras de Law, et d'un système aussi nouveau que le sien. Je laissois donc aller les choses, attentif cependant à en être bien instruit et à me tenir dans un milieu..., surtout à ne me point avancer et à ne me point commettre. » Après la Raquette, Villeroy « s'ouvrit entièrement à moi, comme à l'ennemi du duc de Noailles..., ravi de joie, qui n'oublioit rien pour précipiter la chute ».
- Abbé Dubois lié de plus en plus avec Law contre le duc de Noailles
- « Dès avant le départ de l'abbé Dubois pour l'Angleterre, pressé par Law et par son double intérêt, il avoit porté de rudes coups à Noailles auprès du régent et au chancelier par contre-coup. »
- Son double intérêt
- Son double intérêt : « il commençoit à tirer gros de Law. Ce qu'il en tiroit demeuroit dans les ténèbres ; il pensoit déjà au cardinalat, et au besoin qu'il auroit de forcer d'argent à Rome » ; et il voulait « se préparer à gouverner seul son maître..., écarter de lui peu à peu ceux qui, de façon ou d'autre, avoient le plus de part en sa confiance ».
- Caractère d’Argenson
- Le caractère d'Argenson : « un homme d'infiniment d'esprit et d'un esprit souple, qui, pour sa fortune, s'accommodoit à tout... Avec une figure effrayante, qui retraçoit celle des trois juges des enfers, il s'égayoit de tout avec supériorité d'esprit, et avoit mis un tel ordre dans cette innombrable multitude de Paris, qu'il n'y avoit nul habitant, dont jour par jour il ne sût la conduite et les habitudes..., penchant toujours aux partis les plus doux avec l'art de faire trembler les plus innocents devant lui. Courageux, hardi, audacieux dans les émeutes, et par là maître du peuple... Je ne sais s'il reconnoissoit beaucoup d'autres divinités que celle de la fortune. »
- Raisons qui me déterminent pour Argenson, à qui je fais donner les sceaux et les finances
- Les raisons du choix : « de sa nature il étoit royal et fiscal, il tranchoit, il étoit ennemi des longueurs, des formes inutiles » ; le parlement « lui en vouloit cruellement », et sa charge ne le rendait « pas réconciliable avec cette compagnie » — l'homme qu'il fallait « dans un temps où il s'agissoit d'avoir le dessus sur cette compagnie, qui se mettoit en état de dominer. Je m'expliquai donc en sa faveur à Law qui goûta infiniment mes raisons, et au régent... La chose demeura entre nous trois », le coup fixé au vendredi 28 janvier.
- Je l’en avertis la veille, et tâche de le capter en faveur du cardinal de Noailles
- L'avertissement de la veille : mandé chez Saint-Simon le jeudi soir « portes fermées », Argenson se montra « effarouché du poids des finances, mais bien flatté de la sauce des sceaux » — « Law et les finances étoient conditions sine qua non, qu'il fallut bien passer. Pour le parlement, il pensoit comme moi. » Saint-Simon en profita « pour demander amitié et secours pour le cardinal de Noailles, que je lui déclarai très nettement que je ne distinguois pas de moi-même », et obtint la promesse d'une conversation secrète chez lui avec le prélat.
- Le chancelier perd les sceaux ; est exilé à Fresnes
- Le 28 janvier, La Vrillière « alla sur les huit heures du matin redemander les sceaux au chancelier et lui dire de la part du régent de s'en aller jusqu'à nouvel ordre en sa maison de Fresnes. Le chancelier lui dit qu'il portoit un nom bien fatal aux chanceliers » ; refusé de voir le régent, il écrivit, avertit Noailles d'un billet « et alla apprendre sa disgrâce à sa femme qui étoit en couche ».
- Le duc de Noailles se démet des finances ; entre au conseil de régence
- Noailles prévint le coup : il « eut la fausseté de demander [au régent] ce que signifieroient les sceaux qu'il voyoit sur la table », puis offrit sa démission des finances. « Ne demandez-vous rien ? — Rien du tout... — Je vous destine une place dans le conseil de régence. — J'en ferai peu d'usage, répondit-il arrogamment..., et mentit bien puamment, car il vint au premier conseil de régence et n'en manqua plus aucun. »
- Argenson a les finances et les sceaux
- « Argenson arriva mandé par le régent. Il rencontra le duc de Noailles dans les appartements, qui sortoit ; ils se saluèrent sans se parler... Il fut déclaré garde des sceaux et président des finances », prêta serment aux Tuileries sur les trois heures « et emporta les sceaux, que le roi lui remit ».
- Politesse fort marquée d’Argenson à mon égard
- La politesse d'Argenson : sa lettre du jour même à Saint-Simon imita « la modestie du célèbre cardinal d'Ossat », avec « toujours monseigneur dessus et dedans » — et le compte rendu de ce qu'il avait fait dès le matin à Chaillot pour le monastère cher aux Saint-Simon.
- Courte digression sur le chancelier
- Digression sur le chancelier, « la victime du duc de Noailles, et le bouc émissaire qui expia les péchés de son ami » : « avec un des plus beaux et des plus lumineux esprits de son siècle..., jamais rien de si hermétiquement bouché en fait de finance, d'affaires d'État, de connoissance du monde... Plus il examinoit, plus il voyoit, et moins il se déterminoit. C'étoit pour lui un accouchement que de prendre un parti sur les moindres choses » ; sa « prévention si étrange en faveur de tout ce qui porte robe » allait jusqu'à inventer, pour éviter « le blasphème de cassation », la formule « sans s'arrêter à l'arrêt du parlement, qui demeurera comme non avenu ». « On peut juger de là combien d'Aguesseau étoit peu propre à soutenir l'autorité royale résidente dans un régent, contre les entreprises du parlement. »
- Survivance de la charge et des gouvernements du duc de Noailles donnée à son fils enfant, sans l’avoir demandée
- La survivance au fils de Noailles : le régent, retombé dans sa faiblesse, « jeta tout de suite à la tête de ce dernier la survivance de sa charge et de ses gouvernements pour son fils à la jaquette, qui n'avoit pas encore cinq ans, lui fut obligé d'avoir bien voulu l'accepter... Si le public s'irrita de la disgrâce du chancelier, il ne se scandalisa pas moins aigrement des grâces prodiguées au duc de Noailles. »
- Rouillé quitte les finances avec douze mille livres de pension
- « Rouillé du Coudray, qui avoit été son bras droit..., n'y put être conservé » — il quitta avec douze mille livres de pension, « abruti par le vin et par toutes sortes de débauches », dans lesquelles il « acheva ainsi une assez longue vie ».
- Marchault lieutenant de police ; son caractère
- « Machault, maître des requêtes, eut la police dont il fit la moindre de ses occupations, sur le pied plus que scabreux où Argenson l'avoit mise... C'étoit un homme intègre et capable, exact et dur, magistrat depuis les pieds jusqu'à la tête, fantasque et bourru, qui ne se radoucissoit qu'avec des créatures de mauvaise vie, dont il ne se laissoit jamais manquer. »
- Grâces faites à Châteauneuf ; à Torcy, qui marie sa fille à Duplessy-Châtillon ; au duc d’Albret, qui veut épouser la fille de Barbezieux
- Les grâces : Châteauneuf, revenant de Hollande « où il avoit très bien servi », doubla sa pension avec une place de conseiller honoraire ; « Torcy eut cent cinquante mille livres d'augmentation de brevet de retenue..., et maria sa seconde fille assez tristement à Duplessis-Châtillon. Le duc d'Albret, occupé à se marier à une fille de Barbezieux, malgré toute sa famille..., obtint une augmentation d'appointements et une de brevet de retenue de cent mille livres sur son gouvernement d'Auvergne. »
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