TOME II · CHAPITRE XVII
Lire le texte intégral du chapitre →
Résumé
Rome condamne les Maximes des saints : conduite ambiguë du cardinal de Bouillon, « belle réponse » de Beauvilliers au roi qui le sonde, et la soumission « illustre » de Fénelon en chaire de Cambrai — acceptation par assemblées métropolitaines, enregistrement au parlement, procédé de Cambrai et Saint-Omer à l'assemblée provinciale. Meurent le comte de Mailly, Thury, Frontenac — le gouverneur du Canada —, et Racine, tué, dit-on, par une « funeste distraction » auprès du roi ; Valincour le remplace à l'histoire du roi ; mort de Barillon, évêque de Luçon, et du duc de La Force. Mariage du duc de Choiseul ; mariage du roi des Romains ; style d'écriture entre empereur et roi ; traitements d'ambassadeurs.
Les entrées
- Condamnation à Rome du livre de l’archevêque de Cambrai
- La condamnation à Rome, le 12 mars 1699 : le pape prononce contre le livre des Maximes des saints — vingt-trois propositions qualifiées « téméraires, dangereuses, erronées, mais in globo » : « Rome, à même de faire pis, montra par la condamnation même qu'elle étoit plus donnée au roi qu'appesantie sur M. de Cambrai. » Le nonce la porte au roi « qui en témoigna publiquement sa joie ».
- Conduite du cardinal de Bouillon
- La conduite du cardinal de Bouillon : chargé des affaires du roi et pressé « par ordres sur ordres » de hâter la condamnation, il « mettoit tout son crédit à la différer » ; le jour du jugement, « il ne se contenta pas d'opiner pour M. de Cambrai de toute sa force, mais il essaya d'intimider les consulteurs… il s'emporta, il cria, il en vint aux invectives », au point que le pape scandalisé dit de lui : « È un porco ferito, c'est un sanglier blessé. »
- Belle réponse du duc de Beauvilliers au roi
- La belle réponse de Beauvilliers, apostrophé par le roi au sortir de la messe — « Eh bien ! monsieur de Beauvilliers, qu'en direz-vous présentement ? » : « Sire, j'ai été ami particulier de M. de Cambrai, et je le serai toujours, mais s'il ne se soumet pas au pape, je n'aurai jamais de commerce avec lui. » « Le roi demeura muet, et les spectateurs en admiration d'une générosité si ferme d'une part et d'une déclaration si nette de l'autre. »
- Soumission illustre de l’archevêque de Cambrai
- La soumission illustre : Fénelon apprend son sort « au moment qu'il alloit monter en chaire. Il ne se troubla point ; il laissa le sermon qu'il avoit préparé et prit son thème sur la soumission due à l'Église », annonçant lui-même sa condamnation ; deux jours après, un mandement court et net « s'ôta tous les moyens d'en pouvoir revenir ». « Une soumission si prompte, si claire, si publique, fut généralement admirée » — les censeurs « qui auroient voulu qu'il eût comme copié la constitution se firent moquer d'eux ».
- Acceptation du jugement du pape par les assemblées d’évêques par métropoles en jugeant
- L'acceptation en France : la bulle contenant des termes contraires aux libertés gallicanes — « qui ne sont ni des nouveautés ni des concessions, mais un usage constant d'attachement à l'ancienne discipline de l'Église » —, le roi manda à tous les métropolitains d'assembler leurs suffragants : « nos évêques furent censés examiner le livre et la censure, et n'adhérer au jugement du pape que comme juges eux-mêmes de la doctrine, et jugeant avec lui. »
- Enregistrement au parlement
- Sur quoi « le parlement enregistra la condamnation en conséquence de l'adhésion des évêques de France en forme de jugement ».
- Procédé de l’archevêque de Cambrai et de l’évêque de Saint-Omer à l’assemblée provinciale
- À l'assemblée provinciale de Cambrai, l'évêque de Saint-Omer, Valbelle, « Provençal ardent à la fortune », propose de condamner aussi tous les écrits de défense : Fénelon répond « qu'il croyoit devoir se conformer entièrement au jugement du pape en condamnant comme lui le livre qu'il avoit condamné, et demeurant comme lui dans le silence sur tous les autres écrits ». Arras et Tournai opinent pour lui « et imposèrent avec indignation à M. de Saint-Omer », que la cour même blâma.
- Mort du comte de Mailly, de Thury, de Frontenac, de Racine ; sa funeste distraction
- Quatre morts : le comte de Mailly, « un des hommes de la cour qui avoit le nez le plus tourné à une grande fortune » — favori de Monseigneur, neveu de cœur de Mme de Maintenon, « une ambition démesurée qui l'auroit mené bien loin » —, emporté en deux jours d'une goutte à la gorge « auprès de sa demoiselle » des Incurables, où il était allé à pied par les bois de Meudon après la rupture du carrosse de Saint-Simon ; Thury, du conte des deux frères sous la pluie — « Mon frère, que de foin ! — Mon frère, que d'avoine ! » ; Frontenac à Québec, « qui avoit tellement gagné la confiance des sauvages qu'on fut obligé de le prier d'y retourner », mari fui d'une des « Divines » — « le mari n'eut pas de peine à se résoudre d'aller vivre et mourir à Québec, plutôt que mourir de faim ici, en mortel auprès d'une Divine » ; et Racine, avec la funeste distraction : au coin du feu chez Mme de Maintenon, expliquant la décadence de la comédie, il conclut que les comédiens donnaient de vieilles pièces « et entre autres ces pièces de Scarron, qui ne valoient rien ». « À ce mot, la pauvre veuve rougit… Le roi s'embarrassa, le silence réveilla le malheureux Racine, qui sentit le puits dans lequel sa funeste distraction le venoit de précipiter. » « Oncques depuis, le roi ni Mme de Maintenon ne parlèrent à Racine, ni même le regardèrent » — il en tomba en langueur, mourut dans les deux ans, « et se fit enterrer à Port-Royal des Champs ».
- Mort du duc de La Force
- Mort du duc de La Force, « très-bon et honnête homme, et rien de plus, qui à force d'exils, de prisons, d'enlèvements de ses enfants, et de tous les tourments dont on s'étoit pu aviser, s'étoit fait catholique. Le roi eut soin de le bien faire assister, pour qu'il mourût tel. »
- Valincour mis à l’histoire du roi en la place de Racine
- Valincour mis à l'histoire du roi à la place de Racine, avec Despréaux : secrétaire général de la marine, homme du comte de Toulouse, « un répertoire d'anecdotes de cour… solidement vertueux et modeste, jamais gâté par les confiances les plus importantes », qui sut rester attaché à Mme de Montespan jusqu'à sa mort sans être suspect à Mme de Maintenon.
- Mort de l’évêque de Luçon, Barillon
- Mort de Barillon, évêque de Luçon, « qui ne sortoit presque jamais de son diocèse, où il menoit une vie tout à fait apostolique » — ami de M. de la Trappe et du père de Saint-Simon ; « il vint trop tard à Paris se faire tailler, et en mourut de la manière la plus sainte ».
- Mariage du duc de Choiseul avec Mme Brûlart
- Le duc de Choiseul, « las de sa misère », épouse la riche veuve Brûlart, sœur de l'ancien évêque de Troyes : « quoique vieille, elle voulut tâter de la cour et du tabouret ; elle en trouva un à acheter, et le prit. »
- Mariage du roi des Romains ; pourquoi la part différée
- Le mariage du roi des Romains avec la seconde fille de la duchesse d'Hanovre, fait par le prince de Salm : l'empereur fut « plus de trois mois sans donner part au roi » — retard imputé au démêlé Villars-Lichtenstein à Vienne, réparé in extremis par des excuses à domicile quand Villars allait monter en voiture.
- Style de s’écrire entre l’empereur et le roi
- Le style entre l'empereur et le roi : « la morgue impériale refuse encore la Majesté au roi dans les lettres de chancellerie ; la morgue française n'en veut point recevoir sans Majesté », de sorte qu'ils « s'écrivent toujours l'un à l'autre de leur main, avec la Majesté réciproque, et une égalité en tout parfaite ».
- Traitements d’ambassadeurs de tête couronnée à l’ambassadeur du grand-duc à Vienne, nulle part ailleurs
- L'empereur donne au grand-duc de Toscane le traitement d'ambassadeurs de tête couronnée « aux siens qui ne l'avoient dans aucune cour » : « M. de Savoie fut outré de cette égalité avec lui ; je ne sais si ce fut pour le mortifier, ou pour l'argent de Florence. »
- Naissance du prince de Piémont
- La naissance du prince de Piémont l'en consola : Mme la duchesse de Bourgogne « fut si sensible à cette nouvelle, qu'elle en pleura de joie ».
- Le roi paye les dettes de Mme la Duchesse et de Monseigneur, et lui double ses mois
- Largesses royales : le roi paye les dettes de Mme la Duchesse — « fortes du jeu, et aux marchands » — puis celles de Monseigneur, se charge des bâtiments de Meudon et double ses mois à cinquante mille écus : Pontchartrain « fit sa cour de cette affaire-là… et s'acquit par là Monseigneur pour toujours ».
- Augmentation de quarante-deux mille livres d’appointements à M. de La Rochefoucauld
- M. de La Rochefoucauld, « toujours nécessiteux et piteux, au milieu des richesses et en proie à ses valets », obtient quarante-deux mille livres d'augmentation sur sa charge de grand veneur — le roi venant pourtant de payer ses dettes.
- Pension secrète de vingt mille livres à l’évêque de Chartres
- Et une pension secrète de vingt mille livres à l'évêque de Chartres, « payée par mois » : le roi refusa l'abbaye demandée « pour éviter le qu'en-dira-t-on » — « cela feroit un contraste désagréable avec M. de Cambrai qui avoit rendu la sienne ».
- M. de Vendôme change l’administration de ses affaires, et va publiquement suer la vérole
- M. de Vendôme met ordre à ses affaires — le grand prieur, qui « faisoit siens les revenus de son frère », congédié avec l'abbé de Chaulieu, « qui eut une pension de six mille livres de M. de Vendôme, et eut la misère de la recevoir » ; Crozat prend l'administration — puis « prit publiquement congé du roi, de Monseigneur, des princesses et de tout le monde, pour s'en aller se mettre entre les mains des chirurgiens » : « c'est le premier et unique exemple d'une impudence pareille » — aller suer la vérole « en triomphe où jamais on ne fut qu'en cachant sa honte sous les replis les plus mystérieux ». Il en revint « avec la moitié de son nez ordinaire, ses dents tombées et une physionomie qui tiroit sur le niais » — le roi recommandant aux courtisans « de n'en pas faire semblant de peur d'affliger M. de Vendôme ».
- Mort de Savary, assassiné
- Savary trouvé assassiné dans sa maison à Paris avec son valet et sa servante, « tous trois tout habillés et en différents endroits de la maison, sans la moindre chose volée » : « on en trouva assez pour n'oser approfondir » — « on ne douta guère qu'un très-vilain petit homme ne l'eût fait faire, mais d'un sang si supérieurement respecté, que toute formalité tomba dans la frayeur de le trouver au bout. »
- Mort de l’abbé de La Châtre
- Mort de l'abbé de La Châtre, le calomniateur de l'abbé de Caudelet : sa calèche emportée par les chevaux, « l'abbé se brisa contre des pierres, et les roues lui passèrent sur le corps. Il vécut encore vingt-quatre heures, et mourut sans avoir eu un instant de connoissance. »
- Le roi fait revenir tous les prétendants de Neuchâtel
- Neuchâtel : le prince de Conti « logé dans la ville sans aucune considération », Mme de Nemours « dans le château dans toute la splendeur de souveraine reconnue… avec toute la volupté du dépit et de la vengeance » ; le roi fait revenir tous les prétendants — la vieille duchesse voyageant en chaise à porteurs « avec un chariot derrière elle rempli de seize porteurs pour en relayer ». « Le roi ne fit rien dans tout le cours de cette affaire en faveur de M. le prince de Conti que ce qu'il ne put éviter par pure bienséance. »
- Deux vols au roi fort étranges
- Deux vols étranges : les housses et caparaçons de la grande écurie — cinquante mille écus — enlevés en une nuit « sans que jamais on ait pu en avoir de nouvelles » ; et le vol des franges d'or du grand appartement, restituées en plein souper du roi : un paquet « plus large qu'un chapeau de prêtre » lancé sur la table — « Je pense, dit le roi, que ce sont mes franges » — avec un billet d'écriture contrefaite : « Reprends tes franges, Bontems, la peine en passe le plaisir, mes baisemains au roi. » « Voilà qui est bien insolent, dit le roi ; mais d'un ton tout uni et comme historique » — et jamais on ne découvrit ni le vol « ni la singulière hardiesse de sa restitution ».
- Vaïni à la cour
- Vaïni vient recevoir le cordon bleu de la main du roi à la Pentecôte : trois mois de fêtes, une croix de diamants offerte par le roi qui « l'avertit de prendre garde qu'on ne la lui coupât » — « il s'en retourna en Italie, charmé de tout ce qu'il avoit vu ».
- Fériol ambassadeur à Constantinople
- Fériol part relever Châteauneuf comme ambassadeur à Constantinople.
- Situation du comte de Portland
- La situation de Portland : sa jalousie du jeune Albemarle éclate au retour — « il remit toutes ses charges et ses emplois, passa en Hollande » ; le roi d'Angleterre l'y rejoignit, le ramena « chargé comme devant des principales affaires. Mais il ne reprit point ses charges ni sa faveur première, et Albemarle demeura affermi dans la sienne. »
- Courte disgrâce de la comtesse de Grammont
- La courte disgrâce de la comtesse de Grammont, allée passer l'octave à Port-Royal des Champs « où elle avoit été élevée » : « c'étoit un crime qui pour tout autre auroit été irrémissible », mais le roi avait pour elle « une vraie considération et une amitié qui déplaisoit fort à Mme de Maintenon ». Exclue d'un Marly — « elle en rit tout bas avec ses amis » —, elle écrivit au roi sans rien faire dire à Mme de Maintenon, promit de n'y plus aller « sans toutefois l'abjurer le moins du monde ; ils se raccommodèrent, et au grand déplaisir de Mme de Maintenon, il n'y parut plus ».
◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶