TOME IV · CHAPITRE XXI

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Résumé

Menue monnaie de la cour : pension à Mme de Caylus à condition de quitter le P. de La Tour — caractère de ce père ; mort de Pavillon ; brevets de retenue à Livry et au comte d'Évreux ; le duc de Tresmes reçu à l'hôtel de ville ; mariage Rupelmonde-Alègre, avec le caractère et l'audace de Mme de Rupelmonde ; le duc d'Aumont gagne contre Elbœuf une « affaire piquante » ; petits exploits de La Feuillade ; morts de l'électrice de Brandebourg, de Courtebonne, de Tressan ; les filles de Saint-Cyr ; mariage d'Osmont-Avrincourt ; tracasserie Saint-Pierre-Nancré pour les Suisses du duc d'Orléans ; brevet à Grignan.

Les entrées

Pension du roi à Mme de Caylus, à condition de quitter le P. de La Tour
La cour ne laisse aucun repos aux consciences : Mme de Caylus, exilée, « étoit retournée à Dieu de bonne foi » sous la conduite du P. de La Tour, partageant son temps entre « la prière continuelle et les bonnes œuvres », sans jamais s'ennuyer « dans une vie si dure, si unie ». Mais sa tante — Mme de Maintenon — lui mande que le roi ni elle « ne se pouvoient accommoder plus longtemps » d'un directeur janséniste, et lui promet, si elle cède, que sa pension de six mille livres « seroit augmentée jusqu'à dix ». Mme de Caylus quitte La Tour, prend un confesseur au gré de la cour, « et bientôt ne fut plus la même : la prière l'ennuya, les bonnes œuvres la lassèrent », et elle renoue avec le duc de Villeroy, pour lequel elle avait été chassée de la cour.
Caractère de ce père
Portrait du P. de La Tour, général des pères de l'Oratoire : « un grand homme, bien fait, d'un visage agréable, mais imposant, fort connu par son esprit liant mais ferme, adroit mais fort ». Réputé janséniste comme la plupart des siens — c'est-à-dire, glisse Saint-Simon, « réguliers, exacts, étroits dans leur conduite » —, haï de Saint-Sulpice et des jésuites. Le roi, qui « lui cherchoit noise de tout son cœur », s'est plusieurs fois écrié avec dépit mais admiration « que depuis fort longtemps qu'il l'épioit, il n'avoit jamais pu le trouver en faute ». Sa conversation était « gaie, souvent salée, amusante ». Ses lumières le tromperont pourtant : on le verra tomber « dans un terrible panneau » qui entraînera le cardinal de Noailles et le chancelier d'Aguesseau. Il était gentilhomme de bon lieu, d'auprès d'Eu, ancien page de Mademoiselle.
Mort de Pavillon
Mort de Pavillon, neveu du célèbre évêque de Pamiers « si connu dans les affaires du jansénisme et de la régale ». Il meurt vieux à Paris, membre de l'Académie des sciences et de celle des inscriptions, « assez pauvre et point marié ». C'était un homme infirme mais « de beaucoup d'esprit et fort agréable », qui tenait chez lui « une compagnie choisie, mais excellente, où alloient même des gens considérables » ; « un fort honnête homme, et qui fut fort regretté ».
Brevets de retenue à Livry et au comte d’Évreux
Grâces pécuniaires : Livry obtient « quatre cent mille livres de brevet de retenue sur sa charge », et le comte d'Évreux, peu après, une augmentation de cent mille livres du sien, « qui étoit déjà de trois cent cinquante mille livres ». Deux exemples de ces faveurs de finance dont Saint-Simon tient registre avec exactitude.
Duc de Tresmes reçu à l’hôtel de ville
Le duc de Tresmes, gouverneur de Paris, est reçu « en grande pompe à l'hôtel de ville », harangué par le prévôt des marchands « qui le traita toujours de Monseigneur » — traitement ancien, perdu puis rétabli par le duc de Créqui. La ville lui donne un grand festin : trente fauteuils pour les gens de la cour à droite d'une longue table, trente chaises à dos en face pour les échevins et conseillers de ville. « On parla fort de la magnificence du repas, qui fut en poisson, parce que c'étoit un samedi 24 janvier. » Le duc « jeta de l'argent au peuple en entrant et en sortant de l'hôtel de ville ».
Mariage de Rupelmonde avec une fille d’Alègre
Mme d'Alègre marie sa fille à Rupelmonde, « Flamand et colonel dans les troupes d'Espagne », pendant que son mari est employé sur la frontière : « elle s'en défit à bon marché, et le duc d'Albe en fit la noce ». Elle donne son gendre « pour un grand seigneur, et fort riche », et lui fait même arborer un manteau ducal — première imposture d'une série que le roi finira par percer.
Caractère et audace de Mme de Rupelmonde ; extraction de son mari, etc
Portrait féroce de la nouvelle mariée : « rousse comme une vache, avec de l'esprit et de l'intrigue, mais avec une effronterie sans pareille », surnommée à la cour « la blonde » et « vaque-à-tout ». Non contente de son « manteau ducal postiche », elle hasarde la housse sur sa chaise à porteurs : le roi la lui fait quitter « avec une réprimande très forte ». Torcy, chargé d'enquêter, découvre que le père du gendre, ouvrier aux forges de la véritable dame de Rupelmonde, en était devenu facteur, puis maître, et avait « ruiné les possesseurs ». Saint-Simon rit encore du soir où un suisse cria en plein salon de Marly : « Madame Ripilmande, allez coucher ; votre mari est au lit qui envoie vous demander. » Le mari tué peu après, l'intrigante parviendra à être dame du palais de la reine.
Duc d’Aumont gagne contre le duc d’Elbœuf une affaire piquante
Les ducs d'Elbœuf, gouverneurs de Picardie, disputaient au maréchal et aux ducs d'Aumont, gouverneurs de Boulogne et du Boulonnois, la dépendance de ce gouvernement ; la querelle « étoit devenue fort aigre » et avait été « plus d'une fois sur le point de leur faire mettre l'épée à la main l'un contre l'autre ». M. d'Elbœuf arguait de l'usage de présenter au roi les clefs de Boulogne et prétendait « mettre son attache aux provisions de gouverneur de Boulogne ». Le roi juge enfin l'affaire : « M. d'Aumont la gagna de toutes les voix du conseil de dépêches. »
Petits exploits de La Feuillade
La Feuillade, arrivé début janvier et « reçu en conquérant », présenté par Chamillart son beau-père, « ne dédaigna pas de danser à Marly avec nous ». Après un voyage « court et brillant », il travaille avec le roi et Chamillart chez Mme de Maintenon « comme les généraux d'armée », puis retourne à sa petite armée. Il marche sur Nice et Villefranche, détache Gévaudan pour s'emparer « de Pignerol tout ouvert » ; le marquis de Roye amène les galères devant Villefranche, « bientôt prise l'épée à la main ». Nice se rend le 17 avril ; la garnison se retire au château, avec lequel on conclut « une trêve indéfinie, à laquelle M. de Savoie consentit ».
Mort de l’électrice de Brandebourg
Mort de l'électrice de Brandebourg au commencement de février. Sœur du duc d'Hanovre, fait neuvième électeur, « et qui depuis a succédé à la reine Anne à la couronne d'Angleterre », cette princesse « mérite d'être remarquée pour n'avoir jamais approuvé que l'électeur son mari prît le titre de roi de Prusse ». On n'en prit point le deuil à Versailles, « parce qu'il n'y avoit point de parenté avec le roi ».
Mort de Courtebonne
Mort de Courtebonne, lieutenant général : « excellent officier et gouverneur d'Hesdin », frère de la femme de Breteuil, conseiller d'État, et par elle grand-oncle du Breteuil « que nous verrons deux fois secrétaire d'État de la guerre ». Au même moment, les généraux gagnent leurs quartiers : Villars prend congé début février et s'en va à Metz assembler son armée ; Marsin arrive d'Alsace et Arco de Flandre. Le gouvernement d'Hesdin, vacant, va servir les desseins de Mme de Maintenon.
Filles de Saint-Cyr
Usage domestique de Saint-Cyr : Mme de Maintenon « trayoit d'ordinaire une demoiselle ou deux de Saint-Cyr des plus prêtes à en sortir, pour se les attacher, écrire ses lettres et la suivre partout ». Le roi, « qui les voyoit là sans cesse, prenoit souvent de la bonté pour elles et les marioit » — pépinière de fortunes discrètes dont l'entrée suivante donne un exemple accompli.
Mariage de Mlle d’Osmont avec Avrincourt
Mlle d'Osmont, une de ces demoiselles de Saint-Cyr, « avec plus d'esprit et d'agrément que la plupart des autres », est mariée à Avrincourt, ancien colonel de dragons en Italie qui avait du bien en Artois. Le gouvernement d'Hesdin lui convenait : il en donne vingt-cinq mille écus aux enfants de Courtebonne et reçoit cent mille livres sur l'hôtel de ville. « Ce fut un homme d'esprit et adroit » qui sut plaire, « s'enrichit extrêmement » et obtint même, longtemps après la mort du roi, un régiment royal de cavalerie et le gouvernement pour son fils. « Mme la duchesse de Bourgogne s'amusa fort de cette noce, et donna la chemise pour se divertir et faire sa cour à Mme de Maintenon. »
Mort de Tressan, évêque du Mans
Mort de Tressan, « qui avoit fait bien des manèges en sa vie » : successeur de l'archevêque d'Aix comme premier aumônier de Monsieur, il « ne put aller plus loin que l'évêché du Mans, et qui enfin, de guerre lasse, s'y confina et vendit sa charge à l'abbé de Grancey ». Épitaphe expéditive d'un ambitieux déçu, qui amène Saint-Simon à une tracasserie du Palais-Royal.
Tracasserie entre Saint-Pierre et Nancré pour les Suisses de M. le duc d’Orléans
Liscoët meurt : sa place lucrative des Suisses de M. le duc d'Orléans est disputée. Saint-Pierre, bon marin « cassé pour n'avoir pas voulu prendre du petit Renault les leçons publiques de marine », et sa femme, « plus intrigante encore que lui et fort vive », favorite de Mme la duchesse d'Orléans, se mettent sur les rangs ; la princesse prétend que la place lui a été promise. Mais Nancré, « garçon de beaucoup d'esprit, d'agrément et fort orné », appuyé de l'abbé Dubois et de Canillac, l'emporte. « Voilà la Saint-Pierre aux grands pleurs » ; la duchesse s'en brouille avec son mari : « jamais elle ne l'a pardonné à Nancré ». Saint-Simon prévient que ce détail « fort fade » ne devait pas être omis — les suites le feront voir. Saint-Pierre arrache tout de même quatre mille livres d'augmentation de pension.
Brevet de retenue à Grignan
Grignan, « fort endetté à commander en Provence », obtient « deux cent mille livres de brevet de retenue sur sa lieutenance générale de cette province » — le gendre de Mme de Sévigné toujours aux expédients.
Mariage du chevalier de Grignan avec Mlle d’Oraison
Lui et sa femme, se voyant sans garçons, « tourmentèrent tant le chevalier de Grignan, qu'ils lui firent épouser Mlle d'Oraison ». Le chevalier était « un homme fort sage, de beaucoup d'amis, très considéré, avec beaucoup d'esprit et du savoir » ; une goutte presque sans relâche lui avait fait quitter le service où il s'était distingué, et la cour « où il auroit figuré même sans place » ; menin de Monseigneur des premiers faits, il était retiré en Provence. « Ce mariage fut fort inutile, il n'en vint aucun enfant » — mais l'extinction n'était pas à craindre, « tant il subsistoit encore de branches de Castellane ».
Mariage de Montal avec la sœur de Villacerf, et d’Épinay avec une fille d’O
Deux mariages en même temps : le petit-fils de Montal — ce Montal mort chevalier de l'ordre « et qui auroit mieux été maréchal de France » — épouse une sœur de Villacerf, premier maître d'hôtel de Mme la duchesse de Bourgogne ; et M. d'O marie sa fille aînée à M. d'Épinay, « assez pauvre ».
Rivas chassé ; Mejorada en sa place
Pendant son triomphe parisien, Mme des Ursins « faisoit en même temps bien des choses en Espagne ». Rivas, autrefois Ubilla, secrétaire des dépêches universelles, « célèbre pour avoir dressé le testament de Charles II », est chassé : « il ne s'en releva jamais ». Mejorada est mis en sa place — son père l'avait eue avant Rivas.
Ronquillo
Mejorada consent à détacher pour Ronquillo le département de la guerre, « que celui-ci refusa » : corrégidor de Madrid « avec grande réputation », Ronquillo « vouloit une plus haute fortune, et il parvint en effet quelque temps après à être gouverneur du conseil de Castille ».
Dégoûts à Madrid du duc de Grammont, qui demande son rappel et à la Toison
Le duc de Grammont, ambassadeur à Madrid, est « accablé de dégoûts », poussé à bout sur toutes les affaires « qui ne réussissoient que lorsqu'il ne s'en mêloit pas ». Il obtient une audience de la reine sur le siège de Gibraltar : elle l'écoute paisiblement, « puis, avec un sourire amer, lui demanda s'il convenoit à une femme de se mêler d'affaires, et lui tourna le dos ». Mme des Ursins, qui ménage les Noailles à cause de Mme de Maintenon, ne veut pas demander elle-même son rappel : « il falloit réduire celui qui l'étoit à demander son rappel lui-même, et c'est à la fin ce qui arriva ». La maréchale de Noailles négocie un congé honnête ; la Toison d'or, accordée peu avant son départ, dore la disgrâce.
Triomphe éclatant et solide de la princesse des Ursins, assurée de retourner en Espagne
Sommet de la fortune de Mme des Ursins : à Marly, logée à la Perspective, elle est traitée par le roi « comme à un diminutif de reine étrangère ». Ses particuliers chez Mme de Maintenon durent « des heures et quelquefois le double » ; ils la rendent « la divinité de la cour » : les princesses l'environnent, « jusqu'à ses regards étoient comptés ». Singularité inouïe : elle paraît au salon « avec un petit épagneul sous le bras, comme si elle eût été chez elle », familiarité que la duchesse de Bourgogne elle-même n'eût osé hasarder — et l'on voit « le roi caresser le petit chien, et à plusieurs reprises ». « On n'a jamais vu prendre un si grand vol. » Son retour en Espagne n'est plus douteux ; les entretiens roulent sur les affaires de ce pays-là.
Amitié de la princesse des Ursins pour Mme de Saint-Simon et pour moi, et ses bons offices
Page personnelle et savoureuse : Saint-Simon va « presque tous les matins » chez Mme des Ursins, avant l'heure des visites importantes, « et nous causions avec la même liberté qu'autrefois ». Il apprend d'elle « beaucoup de détails d'affaires, et la façon de penser du roi, de Mme de Maintenon surtout » ; ils rient ensemble « de la bassesse » des plus considérables. « J'étois flatté de cette confiance de la dictatrice de la cour » — confiance remarquée, qui lui attire « une considération subite ». Pour Mme de Saint-Simon, mieux encore : la princesse la loue au roi et à Mme de Maintenon comme la femme la plus propre « en vertu, en conduite, en sagesse, pour être dame du palais », voire dame d'honneur de la duchesse de Bourgogne — bons offices jamais demandés, dont les effets se feront sentir « beaucoup plus que nous n'aurions voulu ».
Duc et duchesse d’Albe à un bal à Marly ; singularités
Faveur sans exemple : Mme des Ursins obtient que le duc et la duchesse d'Albe soient conviés à un bal de Marly, où jamais ambassadeur n'avait été admis, « excepté Vernon une fois ». Saint-Simon décrit minutieusement la séance du bal : le fauteuil du roi au haut bout, les fils de France, les danseurs, les titrées « sans aucun mélange », le roi debout tant que dansait le roi d'Angleterre. Les Albe sont menés chez Mme de Maintenon avant l'entrée du roi — « ce fut une grande faveur », elle « ne voyoit jamais aucun étranger ». La duchesse d'Albe est placée au-dessous de Mme la princesse de Conti, soupe à la table du roi ; le maréchal de Boufflers tient table pour le duc ; au coucher, le roi « donna le bougeoir au duc d'Albe ».
Amelot ambassadeur en Espagne ; son caractère
Pour remplacer Grammont, Amelot est choisi : « un homme d'honneur, de grand sens, de grand travail et d'esprit… doux, poli, liant, assez ferme, de plus un homme fort sage et modeste ». Ambassadeur éprouvé en Portugal, à Venise, en Suisse, « partout il avoit réussi ». Homme de robe, conseiller d'État, « par conséquent point susceptible de Toison ni de grandesse » — et c'est précisément ce que veut Mme des Ursins : un ambassadeur « sans famille et sans protection », qui ne soit sous elle « qu'un secrétaire renforcé », avec ordre très exprès « de n'agir que de concert avec elle, et, pour trancher le mot, sous elle ». Il part sur la fin d'avril, chargé d'ordres particuliers du roi et plus encore de Mme de Maintenon.
Orry retourne en Espagne
Mme des Ursins obtient « une autre chose bien plus difficile, parce que le roi s'étoit peu à peu laissé aller à la résolution de ne lui rien refuser » : le retour d'Orry en Espagne, sous prétexte de « la grande connoissance qu'il avoit des finances de ce pays-là ». On se persuade que, « sous les yeux d'Amelot, il ne pourroit plus retomber dans les manquements qui, avec ses mensonges, avoient fait son crime ». Il est donc effacé, et part incontinent après l'ambassadeur.
Bourg, son caractère, ses aventures, sa chétive fortune
Long portrait du chevalier Bourg, gentilhomme irlandais catholique « qui, faute de pain, s'étoit intrigué à Rome » chez le cardinal de Bouillon : « homme de beaucoup d'esprit, entièrement tourné à l'intrigue, homme d'honneur pourtant, et malade de politique et de raisonnement ». Mme des Ursins l'emmène en Espagne avec caractère public d'envoyé du roi d'Angleterre et six mille livres d'appointements. Il dit « la vérité à bout portant aux têtes principales » — Orry, la reine, Albéroni —, qui tous l'admirent, le consultent, « mais le craignirent assez pour ne lui jamais donner d'emploi ». Sa femme et sa fille, prises par un corsaire : la mère se noie, la fille menée à Maroc « où elle montra beaucoup d'esprit et de vertu ». Cet homme « propre à beaucoup de choses… trouva toujours les portes fermées partout à la moindre fortune ».
Melford rappelé à Saint-Germain et déclaré duc
Le feu roi Jacques II, en mourant, « crut devoir faire acte de miséricorde ou de justice, je ne sais trop lequel » : le comte de Melford, frère du duc de Perth, son ancien ministre exilé à Orléans, est rappelé à Saint-Germain et déclaré duc, comme le roi défunt l'avait ordonné. « Melford ne fut de rien », mais lui et sa femme eurent en France « le rang et les honneurs de duc et de duchesse comme tous ceux qui l'avoient été faits à Saint-Germain ».
Middleton se fait catholique
Middleton, qui avait remplacé Melford et « dont personne n'avoit d'opinion », était protestant, « plein d'esprit et de ruse, avec force commerces en Angleterre pour le service de son maître, disoit-il ; mais on prétendoit que c'étoit pour le sien ». Craignant au retour de Melford de perdre sa place, « il tourna court » : il va trouver la reine, lui dit que la sainte vie « et surtout la sainte mort » du feu roi l'ont converti. « Il se fit catholique, et reverdit en crédit et en confiance à Saint-Germain » — conversion de circonstance croquée en trois lignes.
Mort de Mme du Plessis-Bellière
Mort de Mme du Plessis-Bellière, « la meilleure et la plus fidèle amie de M. Fouquet, qui souffrit la prison pour lui et beaucoup de traitements fâcheux, à l'épreuve desquels son esprit et sa fidélité furent toujours ». Elle conserva « sa tête, sa santé, de la réputation, des amis jusqu'à la dernière vieillesse », et meurt à Paris chez la maréchale de Créqui, sa fille.
Mort, caractère et fortune de Magalotti
Mort de Magalotti, un de ces braves italiens que le cardinal Mazarin avait attirés « par le privilège de la nation ». Le roi, qui l'avait connu jeune chez le cardinal, avait pour lui bonté et distinction — qui ne purent le soustraire à la haine de Louvois, « acquise par son intimité avec M. de Luxembourg » : Louvois l'ôta du service et l'empêcha d'être chevalier de l'ordre, « quoique bon gentilhomme florentin ». « C'étoit un homme délicieux et magnifique », lieutenant général, gouverneur de Valenciennes, colonel du Royal-Italien ; dans sa vieillesse « le plus beau visage du monde, et le plus vermeil, avec des yeux italiens et vifs, et les plus beaux cheveux blancs du monde », portant toujours « le jupon à l'italienne ».
Albergotti et son caractère
Albergotti, son neveu, hérite du Royal-Italien : « plus d'esprit que son oncle, de grands talents pour la guerre et beaucoup de valeur, plus d'ambition encore, et tous moyens lui étoient bons ». Le jugement tombe, terrible : « un homme très dangereux, très intimement mauvais, et foncièrement malhonnête homme, avec un froid dédaigneux, et des journées sans dire une parole ». Accusé — « et sa conduite le vérifia » — d'avoir passé d'un camp à l'autre, de Luxembourg et Conti vers Vendôme, il devient un favori de M. de Vendôme, qui lui vaut la protection de M. du Maine et l'approche de Mme de Maintenon. « Je me suis étendu sur ce maître Italien ; on verra dans la suite qu'il étoit bon de le connoître. »
Mort du duc de Choiseul, qui éteint son duché-pairie
Mort du duc de Choiseul, dont Saint-Simon a « assez parlé en plusieurs occasions pour n'avoir rien à ajouter, sinon que, par sa mort, il ne vaqua qu'un collier de l'ordre, et que ce duché-pairie fut éteint » — extinction toujours notée avec soin par le duc mémorialiste.
Mort du président de Maisons
Mort du président de Maisons, que le procès de préséance avec M. de Luxembourg a suffisamment fait connaître : « il mourut fort vieux en ce temps-ci, démis de sa charge en faveur de son fils, duquel il sera fort mention dans la suite ».
Mort de Mlle de Beaufremont
Mlle de Beaufremont « suivit de près M. de Duras, à propos duquel je l'ai fait connoître » — simple renvoi du mémorialiste à ses portraits antérieurs.
Mort de Seissac
Seissac « finit son indigne vie, et laissa une belle, jeune et riche veuve fort consolée », qui perdit bientôt le fils unique qu'elle en avait eu « et hérita de tous ses biens ». En lui s'éteignit « l'illustre maison de Clermont-Lodève ». Trait final : « comme il avoit la fantaisie de ne porter jamais aucun deuil, personne aussi ne le prit de lui, non pas même le duc de Chevreuse, son beau-frère ».
Mort et deuil du duc Maximilien de Bavière
Le roi porte quelques jours le deuil du duc Maximilien de Bavière, oncle paternel de l'électeur, « uniquement pour gratifier ce prince ». Ce duc avait épousé une sœur de M. de Bouillon, dont il n'eut point d'enfants, « et avec qui il vivoit depuis longtemps à la campagne, en Bavière, dans une grande piété et dans une grande retraite ».
Mort de Beuvron
Mort de M. de Beuvron, chevalier de l'ordre et lieutenant général de Normandie, « à plus de quatre-vingts ans, chez lui, à la Meilleraye, avec la consolation d'avoir vu son fils Harcourt arrivé à la plus haute et à la plus complète fortune », et son autre fils Sézanne déjà chevalier de la Toison d'or — fortune due, rappelle malicieusement Saint-Simon, « aux agréments de la jeunesse du père ». « C'étoit un très honnête homme, et très bon homme, considéré et encore plus aimé. »
Mort du petit duc de Bretagne ; son deuil
Deuil royal : « on perdit Mgr le duc de Bretagne d'une manière très prompte ». Le duc et surtout la duchesse de Bourgogne « en furent extrêmement affligés » ; le roi « marqua beaucoup de religion et de résignation ». Point de cérémonies, sinon que le corps du petit prince fut porté « dans un carrosse du roi non drapé, environné de gardes et de pages avec des flambeaux » : le cardinal de Coislin y portait « le cœur sur un carreau sur ses genoux », avec M. le Duc, le duc de Tresmes et Mme de Ventadour, gouvernante. Le roi, Monseigneur, M. et Mme la duchesse de Bourgogne n'en prirent point le deuil ; M. le duc de Berry et toute la cour « le porta comme d'un frère ». De Saint-Denis on rapporta le cœur au Val-de-Grâce ; « Paris et le public fut fort touché de cette perte ».
Longue goutte du roi ; son coucher retranché au public pour toujours
Le 24 avril, le roi s'en va à Marly, « où il mena qui il lui plut, sans que personne eût demandé ». La goutte qui l'y prend « fut extrêmement longue » et fait durer le séjour plus de six semaines. Date d'étiquette que Saint-Simon fixe avec soin : « c'est depuis cette goutte qu'on ne vit plus le roi à son coucher, qui devint pour toujours un temps de cour réservé aux entrées » — le public perd à jamais l'accès à ce moment du cérémonial royal.
Mort de Rubantel
Mort de Rubantel, « vieux, retiré, disgracié, comme je l'ai rapporté en son temps » : le vieux militaire s'éteint à Paris quelques jours après le petit duc de Bretagne.
Mort de Breteuil ; Armenonville conseiller d’État
Mort de Breteuil, conseiller d'État, ancien intendant des finances, « dont le fils est aujourd'hui secrétaire d'État de la guerre pour la seconde fois ». Sa place de conseiller d'État est donnée à Armenonville, « déjà directeur des finances. Je le remarque, parce que nous le verrons aller bien plus haut. »
Mort du fils unique d’Alègre
« En même temps aussi, d'Alègre perdit son fils unique » — nouveau coup pour cette famille dont Saint-Simon vient de conter le mariage douteux de la fille avec Rupelmonde.
Angervilliers intendant du Dauphiné et des armées
Bouchu, conseiller d'État et intendant de Dauphiné, « perdu de goutte et toujours homme de plaisir », veut quitter sa place : elle est donnée à Angervilliers, « quoique fort jeune, et seulement encore intendant d'Alençon ». « Nous le verrons secrétaire d'État de la guerre, et aurons occasion d'en parler plus d'une fois » — encore une de ces graines d'avenir que le mémorialiste sème en passant.
Bouchu ; son caractère ; singularité de ses dernières années
Le tome s'achève sur « l'étrange singularité » de Bouchu : homme d'une figure « fort aimable », d'esprit « facile au travail, et fertile en expédients », intendant des armées de Dauphiné, de Savoie et d'Italie pendant deux guerres, où « il s'y étoit cruellement enrichi ». Lui et sa femme « se passoient très bien l'un de l'autre ». Rappelé à Paris, il part « le plus tard qu'il lui fut possible », chemine « aux plus petites journées », et s'arrête à Paray, terre des abbés de Cluni : « je ne sais quel démon l'y fixa » — il y demeure deux mois à l'hôtellerie, y achète une place, s'y bâtit une maison, s'y fait un jardin, « s'y établit et n'en sortit jamais depuis ». Il y meurt des années plus tard, vivant avec les gens du lieu « comme un simple bourgeois de Paray ». FIN DU QUATRIÈME VOLUME.

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