TOME II · CHAPITRE XX

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Résumé

Mgr et Mme la duchesse de Bourgogne « mis ensemble » : le mariage consommé. Les menins du duc de Bourgogne — Gamaches, d'O, Cheverny, Saumery — avec Mme de Saumery et l'aventure de Cheverny à Vienne ; mort de Mme de Montchevreuil ; le duc de Bourgogne entre au conseil des dépêches. Castel dos Rios ambassadeur d'Espagne ; mort d'Arrouy à la Bastille. Le grand morceau : le voyage à Paris du duc et de la duchesse de Lorraine pour l'hommage lige du Barrois — ducs de Lorraine connétable et grand chambellan d'autrefois, préséance des princes du sang sur les souverains non rois, l'« étrange incognito » de M. de Lorraine, sa visite au roi, l'adresse continuelle envers le couple de Chartres, la petite vérole de Mme de Lorraine, l'hommage rendu.

Les entrées

Mgr et Mme la duchesse de Bourgogne mis ensemble
En arrivant de Fontainebleau, Mgr et Mme la duchesse de Bourgogne « furent mis ensemble. Le roi les voulut aller surprendre comme ils se mettroient au lit ; il s'y prit un peu trop tard, il trouva les portes fermées, et il ne voulut pas les faire ouvrir. »
Menins de Mgr le duc de Bourgogne : Gamaches, d’O, Cheverny, Saumery
Les quatre menins nommés auprès du jeune prince, « qui dans la vérité ne pouvoient guère être plus mal choisis » : le bon Gamaches, « un bavard qui n'avoit jamais su ce qu'il disoit ni ce qu'il faisoit » mais fort honnête homme ; d'O le pharisien ; Cheverny ; et Saumery, petit-fils d'un jardinier-concierge de Chambord nommé Johanne — « jamais homme si intrigant, si valet, si bas, si orgueilleux, si ambitieux… Je disois de lui qu'il boitoit audacieusement, et il étoit vrai. » Ses « le pauvre mons Turenne me disoit », ses « mons de Beauvilliers », ses princes du sang sans monsieur : « la fatuité et l'insolence étoient complètes. » Sans nom d'emploi, ni brevet, ni appointements, « et l'agrément d'être, sans demander, de tous les voyages de Marly, et cela seul tournoit les têtes ».
Mme de Saumery
Mme de Saumery, fille de Besmaux gouverneur de la Bastille : « une grande créature aussi impertinente que lui, qui portoit les chausses, et devant qui il n'osoit pas souffler. » Après force galanteries, « elle s'étoit accrochée à M. de Duras qu'elle gouvernoit, et chez qui elle étoit absolument et publiquement la maîtresse » — d'où son nom de « Mme la connétable », le maréchal étant doyen des maréchaux de France : « elle-même étoit la première à en rire. »
Emplois de Cheverny et son aventure à Vienne
Cheverny — Clermont-Gallerande, « toute l'encolure d'un maître à écrire », l'homme « qui présentoit plus d'esprit, de morale, de sens et de sentiments qu'il n'en avoit en effet… et j'en ai été la dupe fort longtemps » — avait été envoyé à Vienne : introduit un soir d'hiver dans une pièce mal meublée éclairée de « deux bougies jaunes », avec « un homme vêtu de noir, le dos appuyé contre la table » qu'il prend pour un valet de garde, il se promène une demi-heure — jusqu'à ce que l'homme lui demande civilement ce qu'il fait là : « C'est moi, lui répliqua cet homme, qui suis l'empereur. » « Cheverny à ce mot pensa tomber à la renverse » ; Léopold, « incapable de perdre sa gravité, demeura dans le même sang-froid, qui acheva de démonter le pauvre Cheverny. »
Mort de Mme de Montchevreuil
Mort de Mme de Montchevreuil, prise de mal au Plessis en revenant de Fontainebleau dans le carrosse de Mme de Maintenon : « Mme de Maintenon en fut fort affligée, beaucoup de gens tâchèrent de persuader qu'ils l'étoient, mais dans le fond chacun s'en trouva soulagé comme d'une délivrance. »
Mgr le duc de Bourgogne entre au conseil des dépêches
Le même jour, le roi annonce au duc de Bourgogne son entrée au conseil des dépêches — « pour les premiers, il vouloit qu'il ne fît qu'écouter pour apprendre et se former ». « Ce fut une grande joie pour ce prince ; Monseigneur n'y étoit pas entré si jeune. »
Castel dos Rios, ambassadeur d’Espagne en France
Castel dos Rios, « gentilhomme catalan, fort pauvre », arrive ambassadeur d'Espagne — ambassade regardée à Madrid comme un exil. Refusé à Fontainebleau en représailles des trois mois d'attente d'Harcourt à Madrid, il presse enfin le roi de deux choses : faire révoquer la censure de la Sorbonne contre la béate Marie d'Agreda — « ces livres étoient tout à fait dans les sentiments de M. de Cambrai » — et faire établir en dogme l'immaculée conception : « aussi se moqua-t-on de l'ambassadeur et de son maître avec les plus belles paroles du monde. Qui auroit cru que cette ambassade eût tourné quatorze mois après comme elle fit, et que cette espèce d'exil eût fait à l'ambassadeur la fortune la plus complète. »
Mort d’Arrouy dans la Bastille
Mort du pauvre d'Arrouy à la Bastille, l'ancien trésorier des états de Bretagne ruiné à force de prêter sans jamais presser : « c'est, je crois, l'unique exemple d'un comptable de deniers publics avec qui ses maîtres et tout le public perdent, sans que sa probité en ait reçu le plus léger soupçon. » — « Les perdants mêmes le plaignirent » ; il souffrit sa prison perpétuelle « sans se plaindre et la passa dans une grande piété ».
Voyage à Paris du duc et de Mme la duchesse de Lorraine pour l’hommage lige de Bar
Le voyage des Lorraine à Paris pour l'hommage lige de Bar : Monsieur les défraye et leur donne au Palais-Royal l'appartement de M. et Mme la duchesse de Chartres — « nul embarras pour Mme de Lorraine, qui conservoit son rang de petite-fille de France », ni en principe pour le duc, ses pères ayant été bien des fois à la cour de France sans difficultés.
Ducs de Lorraine, l’un connétable, l’autre grand chambellan
Les précédents des ducs de Lorraine en France : Charles Ier fait connétable de France en 1418 après le massacre du connétable d'Armagnac — destitué à Bourges par « cette terrible Isabeau de Bavière » —, et René II grand chambellan en 1486 par Charles VIII : « la planche étoit donc faite, et il n'y avoit qu'à la suivre. »
Princes du sang précédent les souverains non rois partout
Et le principe : les princes du sang précèdent partout les souverains non rois — témoin le mot d'Henri IV au lever, voyant le grand duc de Savoie Charles-Emmanuel et le prince de Condé arrêtés l'un pour l'autre à sa porte : « Passez, passez, mon neveu, M. de Savoie sait trop ce qu'il vous doit. »
M. de Lorraine étrangement incognito
D'où l'« étrange incognito » de M. de Lorraine, biais des Lorrains pour esquiver les princes du sang : « incognito, et être publiquement logé, traité et défrayé par Monsieur dans le Palais-Royal aux yeux de toute la France ; incognito, venant exprès pour un acte dans lequel il falloit qu'il fût publiquement connu et à découvert. » Monsieur l'emporta par un tour flatteur sur les bâtards : le roi ne voudrait pas exiger pour eux les mêmes déférences que pour les princes du sang — « ce propos humble et flatteur, qui dans le fond n'avoit que la superficie, éblouit le roi ».
Mme et M. de Lorraine à Paris, qui va saluer le roi
L'arrivée : Monsieur et Madame à Bondy au-devant du couple — « on remarqua avec scandale que M. le duc de Chartres étoit à la portière. On débita que le devant lui faisoit mal » ; puis M. de Lorraine mené à Versailles saluer le roi, embrassant ses genoux, « reçu fort gracieusement, mais sans être embrassé » — un quart d'heure de conversation, la visite du petit appartement et de la grande galerie.
Adresse continuelle à l’égard de M. et Mme la duchesse de Chartres
« L'adresse continuelle à l'égard de M. et Mme la duchesse de Chartres » : la maison de Lorraine fit en sorte que la duchesse restât à Versailles, « avec laquelle il n'eût pas été si aisé de bricoler » ; et avant le départ, force protestations du duc au jeune Chartres « qu'il ne lui étoit jamais entré dans la pensée de lui disputer rien. C'étoit donc à dire que cela se pouvoit imaginer. C'étoit aux princes du sang à y faire le commentaire. »
Mme de Lorraine malade de la petite vérole
Mme de Lorraine tombe malade : la petite vérole rompt tous les projets de visites ; personne ne la voit que Madame, avec Mme de Lenoncourt sa dame d'atours « qui gagna la petite vérole, et qui en fut fort mal ».
Hommage lige au roi par le duc de Lorraine pour le duché de Bar
L'hommage lige, le mercredi 25 novembre, décrit dans tout son cérémonial : la porte fermée, le gratteur — « C'est M. le duc de Lorraine », porte close ; une seconde fois ; à la troisième, « C'est M. le duc de Bar », et l'huissier ouvre un seul battant. Le roi couvert et immobile dans son fauteuil ; le duc de Gesvres qui prend chapeau, gants et épée ; le duc à deux genoux sur le carreau de velours rouge, « les mains jointes entre les deux » mains du roi, la formule lue par le chancelier, le serment signé — puis le roi se couvre, le fait couvrir, « et en même temps les princes du sang et les deux bâtards se couvrirent aussi ».
M. de Lorraine à Meudon et à Marly, où il prend congé
Le lendemain, Monseigneur promène M. de Lorraine par Meudon ; le lundi suivant, Marly : le roi lui montre maison et jardins, l'entretient seul dans son cabinet où le duc prend congé — suivi d'un présent : « une tenture de tapisserie de l'histoire d'Alexandre, de vingt-cinq mille écus », Monsieur ayant prié le roi « de lui donner une tapisserie plutôt que toute autre chose ».
M. de Lorraine prend congé de Monseigneur à l’Opéra, et de Mgr et de Mme la duchesse de Bourgogne sans les avoir vus auparavant, et part en poste payée par le roi
Le départ : congé pris de Monseigneur et du couple de Bourgogne « à l'Opéra, chez qui pourtant il n'avoit point été, ce qui parut assez bizarre » ; parti la nuit en poste « payée par le roi, et malgré lui, par complaisance pour Monsieur » — le chevalier de Lorraine, à qui son aîné « commençoit à peser beaucoup pour la dépense et pour la liberté », ayant hâté le départ. Le duc lui-même s'étonnait de l'assiduité des siens : « il ne savoit à qui en vouloient tous ces petits princes de l'obséder continuellement. »
Mme de Lorraine à Versailles, puis à Marly, prend congé et part
Mme de Lorraine, guérie, vient à Versailles voir le roi puis prend congé à Marly le samedi — les rencontres avec la duchesse de Chartres soigneusement évitées jusqu'au bout — et part le lendemain « avec une impatience qui alla jusqu'à l'indécence. Apparemment qu'elle voulut profiter de sa petite vérole, et ne pas demeurer ici assez longtemps pour se trouver en état de remplir des devoirs qui l'auroient embarrassée. » Les Lorrains purent « s'applaudir de leur tour d'adresse d'avoir mis les bâtards en jeu, pour esquiver nettement les princes du sang, et parer tout par l'incognito ».

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