TOME VII · CHAPITRE XXIII
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Résumé
L'électeur de Bavière à Paris incognito, ses « prétentions de rang surprenantes » — dire « l'électeur » au lieu de « M. l'électeur » — et une courte réflexion. Morts du cardinal Portocarrero, à l'« humble sépulture », et de Godet, évêque de Chartres — le directeur de Mme de Maintenon, fortune et caractère, qui « se choisit un successeur » ; Bissy et La Chétardie succèdent auprès de la dame — caractère du curé de Saint-Sulpice. Morts de Crécy, de Marivaux, de Mme de Moussy.
Les entrées
- Électeur de Bavière à Paris, incognito, voit le roi et Monseigneur
- L'électeur de Bavière, « languissant dans les places de Flandre qui se raccourcissoient tous les jours », obtint enfin de venir incognito : d'Antin lui fit les honneurs ; à Marly, le roi le garda seul une heure et demie, le présenta dans le salon comme « un de ses amis qui l'étoit venu voir et à qui il vouloit montrer sa maison », le fit monter dans son chariot pour la promenade ; l'électeur, « gai et très poli, mais avec un air de hauteur et de liberté de maître du salon…, qui ne seyoit pas mal à un prince malheureux ».
- Ses prétentions de rang surprenantes
- Prétentions surprenantes : à Meudon, il prétendit avoir la main sur Monseigneur ! « Jamais électeur n'en avoit imaginé une semblable sur l'héritier de la couronne. » On en vint « à quelque chose de fort ridicule » : ils n'entrèrent point dans la maison, montèrent dans une calèche « tous deux en même temps par chacun un côté », et Monseigneur ne le vit « ni en arrivant ni en partant, descendre ni monter en carrosse ». « Cette tolérance parut une faiblesse qui scandalisa étrangement la cour. »
- Dire l’électeur au lieu de M. l’électeur
- Dire l'électeur : Monasterol et sa petite cour supprimèrent le monsieur « pour y égaler leur maître » aux rois ; « cette gangrène passa aisément aux François…, et M. l'électeur fut une façon de parler vieillie et abolie ».
- Courte réflexion
- Courte réflexion : « ainsi tout passe, tout s'élève, tout s'avilit, tout se détruit, tout devient chaos » — le roi, pour le rang, n'a été « qu'un fort petit roi, en comparaison de ce qu'ont été nos rois Philippe de Valois, Jean, Charles V, Charles VI…, dans les temps les plus malheureux et les plus affaiblis de la monarchie ».
- Mort du cardinal Portocarrero ; son humble sépulture
- Mort du cardinal Portocarrero, « après s'être longtemps survécu », tourné sur la fin « à la plus exacte piété » : il voulut être enterré à Tolède sous une tombe « toute plate et unie au pavé », qu'on pût « passer et marcher dessus », avec pour toute épitaphe : « Hic jacet cinis, pulvis et nihil. Il a été exactement obéi. Je l'ai vu à Tolède, où il est en grande vénération. »
- Mort, fortune et caractère de Godet, évêque de Chartres
- Mort de Godet, évêque de Chartres, « consommé de travaux et d'étude » : des premiers élèves de Saint-Sulpice, « grand homme de bien, d'honneur, de vertu, théologien profond », devenu par Saint-Cyr « le dépositaire du cœur et de l'âme » de Mme de Maintenon et « le confident de leur mariage », félicitant le roi « d'avoir une épouse si accomplie ». Devant qui « le clergé rampoit, et avec qui les ministres étoient à plaît-il, maître ? », il resta « l'homme le plus doux et le plus accessible », si pauvre que le roi lui fit une pension secrète de vingt mille livres. Mais il « n'a pas laissé de ruiner le clergé de France » par « l'introduction dans l'épiscopat de gens de rien, ignorants, ardents, sans éducation ».
- M. de Chartres se choisit un successeur ; son caractère et sa vertu
- Son successeur : il se choisit pour coadjuteur son petit-neveu l'abbé de Mérinville, qui, au lit de mort de son oncle, « le pria instamment et avec larmes de le décharger de ce fardeau » — en vain. « Il a paru que Dieu a béni ce choix ; il en a fait un des plus saints et des plus sages évêques de France…, qui vit austèrement, est à peine nourri et vêtu, donne tout aux pauvres. »
- Bissy, évêque de Meaux, et La Chétardie, curé de Saint-Sulpice, succèdent à M. de Chartres auprès de Mme de Maintenon
- Sa mort « mit deux hommes sur le chandelier » : Bissy, évêque de Meaux, « bientôt après cardinal, qui succéda à toute sa confiance pour les affaires de l'Église, dont il sut faire sa fortune et bien pis », et La Chétardie, curé de Saint-Sulpice, qui devint le confesseur et directeur de Mme de Maintenon.
- Caractère de La Chétardie
- Caractère de La Chétardie : « fort saint prêtre, mais le plus imbécile et le plus ignorant des hommes ». Mme de Maintenon « n'eut plus de secret pour lui » ; et « ce bonhomme portoit très souvent les lettres de Mme de Maintenon [à Chaillot], et les lisoit à la grille, même devant de jeunes religieuses » — la sœur de Mme de Saint-Simon « pâmoit quelquefois de stupeur des secrets qu'elle entendoit là ».
- Mort de Crécy, frère de Verjus ; son caractère
- Mort de Crécy, frère du P. Verjus : « un petit homme accort, doux, poli, respectueux, adroit », plénipotentiaire à Ryswick, qui avait « l'art de redire cent fois la même chose, toujours en différentes façons, et une patience qui, à force de ne se rebuter point, réussissoit très souvent ». « Personne ne savoit plus à fond que lui les usages, les lois et le droit de l'empire. »
- Mort, naissance et caractère de Marivaux
- Mort de Marivaux, lieutenant général, du nom de L'Ile, descendant d'Adam Ier qui bâtit l'Ile-Adam en 1069 : « il savoit et avoit beaucoup d'esprit…, et la langue fort libre, qui le faisoit craindre ». Manquant de se noyer dans la Marne, il conta au roi que, « désespérant de la charité » des passants, « il s'étoit avisé de s'écrier qu'il étoit le neveu de M. l'intendant, et qu'à ce nom il avoit été secouru sur-le-champ » — parenthèse sur le pouvoir des intendants « qui divertit extrêmement l'assistance, mais qui ne plut pas tant au roi ».
- Mort et caractère de Mme de Moussy
- Mort de Mme de Moussy, sœur du premier président Harlay, « grande dévote de profession, avec tous les apanages de ce métier, et tout aussi composée que lui » : elle « déshérita pourtant son neveu sans cause aucune de brouillerie, qui fut bien étonné de trouver un testament qui donnoit tout aux hôpitaux ».
- Naissance de son mari
- Naissance de son mari : le dernier Bouteiller, « de cette grande maison dans laquelle le comté de Senlis avoit été longtemps », nom gardé « pour avoir eu plusieurs fois ce grand office de grand bouteiller de France » cité dans les anciennes chartes avec le dapifer et le connétable.
- Mort de la duchesse de Luxembourg
- Mort de la duchesse de Luxembourg à Rouen : son mari « en fut tellement affligé que ce contraste avec la vie qu'elle n'avoit point cessé de mener fit le plus scandaleux ridicule » — jusqu'à ce qu'Abeille, ancien secrétaire du maréchal, « ne pût souffrir une scène si publique » et lui apprît tout : « le pauvre homme fut étrangement surpris et très subitement consolé ».
- Disputes sur la grâce
- Disputes sur la grâce : « l'ineffable et l'incompréhensible mystère de la grâce, aussi peu à portée de notre intelligence que celui de la Trinité, est devenu une pierre d'achoppement dans l'Église » depuis que le système de saint Augustin, soutenu par saint Thomas et adopté par les conciles, trouva des contradicteurs qui, « n'osant se présenter de front, ont pris diverses sortes de formes, à la manière des demi-ariens autrefois ».
- Jésuites
- Les jésuites : « maîtres des cours par le confessionnal de presque tous les rois…, de presque tout le public par l'instruction de la jeunesse…, terribles enfin par la politique la plus raffinée, la plus profonde, soutenue par un gouvernement dont la monarchie, l'autorité, les degrés, les ressorts, le secret…, sont l'âme ».
- Molinisme
- Le molinisme : les jésuites « hasardèrent, par un livre de leur P. Molina, une doctrine sur la grâce tout à fait opposée au système de saint Augustin, de saint Thomas, de tous les Pères, des conciles généraux, des papes » — « agréables nouveautés qui faisoient tant de conquêtes par la facilité du salut et l'orgueil de l'esprit humain ».
- Jansénisme
- Le jansénisme : embarrassés d'une défensive difficile, les jésuites surent « inventer une hérésie qui n'avoit ni auteur ni sectateur, l'attribuer à un livre de Cornelius Jansenius, évêque d'Ypres, mort dans le sein de l'Église et en vénération, se rendre accusateurs de défendeurs qu'ils étoient, et leurs adversaires d'accusateurs, défendeurs ».
- Congrégation fameuse de Auxiliis
- La congrégation De auxiliis : grands débats à Rome devant Clément VIII et Paul V, « qui, ayant enfin formé un décret d'anathème contre la doctrine de Molina, n'osa le publier, et se contenta de ne pas condamner cette doctrine sans oser l'approuver ».
- Port-Royal
- Port-Royal : « plusieurs saints et savants personnages s'étoient retirés à l'abbaye des Champs… Les plus beaux ouvrages de morale, et qui ont le plus éclairé dans la science et la pratique de la religion, sont sortis de leurs mains. » Leur entrée dans la querelle ajouta à la jalousie des jésuites « une haine irréconciliable », d'où la persécution de M. Arnauld « considéré comme le maître de tous » et la dissipation des solitaires.
- Formulaire
- Le formulaire : les cinq propositions y furent déclarées « contenues dans le livre de Jansenius » et proposées à jurer. « Jamais on ne put en extraire aucune. » « Jurer sur son Dieu et sur son âme de croire ce qu'on ne croit point…, parut un crime à tout ce qu'il y avoit de gens droits » — et on le fit signer aux religieuses : « jurer qu'un fait est contenu dans un livre qu'on n'a pu lire, parce qu'il est en latin…, violence qui n'eut jamais d'exemple, et qui remplit les provinces d'exilés, et les prisons et les monastères de captifs ».
- Affaire des quatre évêques
- L'affaire des quatre évêques : ces excès, « jusqu'à la privation des sacrements, même à la mort, réveillèrent enfin quelques évêques, qui écrivirent au pape, et qui s'exposèrent à la déposition » — jusqu'à ce qu'un plus grand nombre de confrères « vinssent à leur secours ». « Alors Rome et la cour craignirent un schisme. »
- Paix de Clément IX
- Paix de Clément IX : le pape « déclara authentiquement que le saint-siège n'avoit jamais prétendu que la signature du formulaire obligeât à croire que les cinq propositions fussent dans le livre de Jansenius, mais seulement de les condamner comme hérétiques en quelque livre qu'elles se pussent trouver ». Liberté et sacrements rendus ; « les jésuites et leurs plus affidés furent outrés de cette paix ».
- Casuistes
- Les casuistes : les jansénistes « n'avoient point quitté prise sur la doctrine de Molina, ni sur les excès qui s'ensuivoient de cette morale » — les relâchements « existants dans la doctrine et la pratique des casuistes jésuites ».
- Lettres provinciales
- Les Lettres provinciales : « le fameux Pascal » les rendit « également palpables et ridicules, dans ces ingénieuses lettres au provincial, si connues sous le nom de Lettres provinciales ».
- Disputes sur les pratiques idolâtriques des Indes et les cérémonies de la Chine
- Disputes des Indes et de la Chine : les jésuites contre les autres missionnaires « sur les cérémonies que les uns prétendoient purement politiques, les autres idolâtriques » — le P. Tellier « engagé fort avant dans cette dispute, dont le livre fut mis à l'index, sauvé de pis à toute peine ».
- Beau jeu du P. Tellier
- Beau jeu du P. Tellier : « un roi très ignorant en ces matières…, qui, ne sachant point la religion, s'étoit flatté toute sa vie de faire pénitence sur le dos d'autrui, et se repaissoit de la faire sur celui des huguenots et des jansénistes qu'il croyoit peu différents » ; un clergé « farci d'ignorants » ; « un parlement débellé et tremblant ». Restait le cardinal de Noailles, « en vénération dans son diocèse…, capitalement en butte aux jésuites » : le P. Tellier « résolut de le commettre avec le roi d'un côté, avec les jansénistes de l'autre ».
- Bulle Vincam Domini Sabaoth
- La bulle Vineam Domini Sabaoth : « constitution ambiguë contre le jansénisme, mais en effleurant…, d'ailleurs parfaitement inutile », qui ne condamnait que les cinq propositions déjà proscrites, obtenue par les molinistes « affligés de n'avoir pu obtenir qu'un si foible instrument ».
- Projet du P. Tellier
- Projet du P. Tellier : « faute de mieux », en tirer parti « au moins contre Port-Royal, plus délicat là-dessus que personne, et y embarrasser le cardinal de Noailles, à qui le roi ordonna de faire signer cette constitution ». Le cardinal fit si bien signer « que Gif même signa » — l'abbaye toujours regardée « comme la sœur cadette de Port-Royal des Champs ».
- Port-Royal des Champs refuse de souscrire à l’acceptation de la bulle Vincam Domini Sabaoth , sans explication
- Refus de Port-Royal : « ces filles, tant de fois et si cruellement traitées, en garde contre des signatures captieuses…, dans une solitude sans cesse épiée, et qu'on ne pouvoit aborder sans péril d'exil et quelquefois de prison…, ne purent comprendre qu'une signature nouvelle ne renfermât pas quelque venin et quelque surprise, et leur courage ne put être ébranlé ». C'était ce qu'avaient espéré les jésuites, qui « mouroient de peur que les religieuses ne survécussent le roi ».
- Port-Royal des Champs privé des sacrements
- Privées des sacrements : pressé par le roi « poussé de même par son confesseur, le cardinal lâcha pied, procéda et leur ôta les sacrements ». Le P. Tellier persuada au roi « qu'il ne seroit jamais en repos tant que ce monastère, fameux par ses rébellions contre les deux puissances, subsisteroit ; enfin que sa conscience étoit pour le moins aussi engagée que son autorité à une destruction si nécessaire ».
- Port-Royal des Champs innocent à Rome, criminel à Paris
- Innocentes à Rome, criminelles à Paris : les religieuses « se mirent en règle et se pourvurent à Rome, où elles furent écoutées » — leur offre de signer « sans préjudice de la paix de Clément IX » y parut fort innocente. « Cela fit changer de batterie aux jésuites…, C'étoit un nœud gordien qu'il leur parut plus facile de couper que de dénouer. »
- Destruction militaire de Port-Royal des Champs
- Destruction militaire : la nuit du 28 au 29 octobre, l'abbaye « se trouva secrètement investie par les détachements des régiments des gardes françaises et suisses » ; d'Argenson, « sans leur donner plus d'un quart d'heure, enleva [la communauté] tout entière », les religieuses réparties dans des carrosses « comme on enlève des créatures publiques d'un mauvais lieu ». Puis on fit exhumer les morts, « et on procéda à raser la maison, l'église et tous les bâtiments comme on fait les maisons des assassins des rois, en sorte qu'enfin il n'y resta pas pierre sur pierre…, et on laboura et sema la place ; à la vérité ce ne fut pas de sel, c'est toute la grâce qu'elle reçut. Le scandale en fut grand jusque dans Rome. »
- Cardinal de Noailles sans repos depuis cette époque jusqu’à sa mort
- Le cardinal de Noailles « en sentit l'énormité après qu'il se fut mis hors d'état de parer un coup qui avoit passé sa prévoyance…, il n'en fut pas mieux avec les molinistes, mais beaucoup plus mal avec les jansénistes, ainsi que les jésuites se l'étoient bien proposé ; et depuis cette funeste époque, il fut presque incontinent attaqué, et peu à peu poussé, sans relâche, aux dernières extrémités jusqu'à la fin de sa vie ».
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