TOME I · CHAPITRE XVIII
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Résumé
1696. Cérémonial et mariages : le banc substitué au ployant pour les cardinaux aux cérémonies de l'ordre ; le duc Lanti nommé, et son extraction ; le prince de Conti gagne enfin son procès contre la duchesse de Nemours. Pluie d'alliances : Barbezieux et Mlle d'Alègre, Luxembourg et Mlle de Clérembault, Mme de Seignelay et M. de Marsan, Lesdiguières et Mlle de Duras, Uzès et Mlle de Monaco — avec le rang nouveau de prince étranger arraché par Monaco —, Albret et Mlle de La Trémoille, Villacerf, Lassay et une bâtarde de M. le Prince, Feuquières et la fille de Mignard, Bouzols, le comte de Luxe fait duc de Châtillon. Le prince d'Isenghien obtient un tabouret de grâce ; sourde lutte, déjà, entre Cambrai et son adversaire.
Les entrées
- 1696. Banc au lieu de ployant aux cardinaux aux cérémonies de l’ordre, à la réception de MM. de Noyon et de Guiscard
- 1696 commence « par un petit dégoût à des gens qui n'y étoient pas accoutumés » : à la réception de M. de Noyon et de Guiscard dans l'ordre, les cardinaux d'Estrées et de Furstemberg « n'eurent qu'un banc comme tous les autres chevaliers ». Cette dignité, « habile en usurpation, et heureuse à les tourner en droit », s'était ménagé des ployants près de la crédence de l'autel ; le roi « le trouva mauvais et le leur ôta. Ils l'avalèrent sans oser dire mot. »
- Duc Lanti nommé à l’ordre ; son extraction
- Au chapitre, nomination à l'ordre du duc Lanti, servi par la duchesse de Bracciano dont il avait épousé la sœur, et par le cardinal d'Estrées. Saint-Simon exécute la généalogie : « ces Lanti ne sont rien du tout, ils ont pris le nom della Rovere, parce qu'ils en ont eu une mère, et ces Rovere eux-mêmes étoient de la lie du peuple avant leur pontificat » — Sixte IV « fils d'un pêcheur des environs de Savone », et « ce furieux Jules II » son neveu, qui n'oublièrent rien pour élever leur famille « par argent, par alliances, par troubles et par toutes sortes de voies ».
- Prince de Conti gagne son procès contre la duchesse de Nemours
- Le prince de Conti gagne « tout d'une voix » son procès contre Mme de Nemours en la grand-chambre — la permission de prouver que M. de Longueville était en état de tester, « et ce jugement préliminaire emportoit le fond ». Saint-Simon était « dans la lanterne » avec Conti, M. le Duc et La Rocheguyon ; « toute la France en hommes remplissoit la grand-chambre ». Au jugement, « jamais on n'ouït de tels cris de joie, ni tant d'applaudissements ; la grande salle étoit pleine de monde qui retentissoit ; à peine pûmes-nous passer ». La colère de Mme de Nemours « est inconcevable, et tout ce qu'elle dit de plaisant et de salé contre sa partie et contre ses juges. Ce ne fut encore que le commencement de leurs combats. »
- Mariage de Barbezieux avec Mlle d’Alègre ; de M. de Luxembourg avec Mlle de Clérembault ; de Mme de Seignelay avec M. de Marsan ; du duc de Lesdiguières avec Mlle de Duras ; du duc d’Uzès avec Mlle de Monaco
- Hiver « fertile en mariages » : Barbezieux épouse la fille aînée de d'Alègre — le père fit une fête « aussi somptueuse que pour l'alliance d'un prince du sang » et « eut tout le temps de s'en repentir ». Luxembourg, après avoir rompu « fort malhonnêtement » avec Mme de Seignelay « les habits achetés et tous les compliments reçus », épouse Mlle de Clérembault, « riche et unique héritière fort jolie, mais dont la naissance étoit légère ; son nom étoit Gillier ». Mme de Seignelay, « outrée », se rattrape sur M. de Marsan, frère de M. le Grand, qui lui donne un rang. Le jeune duc de Lesdiguières, « le plus grand parti de France » dont la mère était « une fée solitaire » en son palais enchanté, épouse la seconde fille de Duras pour cent mille écus, au grand dam des Villeroy et Armagnac qui le voulaient pour Mlle d'Armagnac. Enfin le duc d'Uzès, dix-huit ans, épouse la fille unique du prince de Monaco « qui avoit trente-quatre ou trente-cinq ans, et les paraissoit ».
- Rang nouveau de prince étranger de M. de Monaco
- À propos de Monaco, la mise au point : le rang de prince étranger n'avait été obtenu qu'en 1688, au mariage de Valentinois, « à quoi ils n'avoient jamais osé songer jusque-là ». La grand-mère, « princesse de Mourgues », fut présentée à la cour par la duchesse d'Angoulême et « y fut debout, sans prétention ni équivoque » — « Mme d'Angoulême, chez qui ma mère a logé longtemps fille… le lui a conté cent fois ». Les devanciers « ne se sont jamais dits ni fait appeler que seigneurs de Monaco. C'est, au demeurant, la souveraineté d'une roche, du milieu de laquelle on peut pour ainsi dire cracher hors de ses étroites limites. »
- Mariage du duc d’Albret et de Mlle de La Trémoille ; de Villacerf avec Mlle de Brinon ; de Lassay et d’une bâtarde de M. le Prince ; de Feuquières avec la Mignard ; de Bouzols avec Mlle de Croissy
- Suite des mariages : le duc d'Albret, fils aîné de Bouillon, épouse la fille du duc de La Trémoille ; Villacerf — un Colbert passé aux Tellier — épouse Mlle de Brinon « sans bien » ; Lassay épouse à l'hôtel de Condé la bâtarde légitimée de M. le Prince et de Mlle de Montalais — troisième mariage d'un homme dont la deuxième femme, la belle fille d'apothicaire Pajot, avait failli épouser Charles IV de Lorraine « malgré elle » ; veuf, il « se crut dévot… À la fin il s'en ennuya ; il s'aperçut qu'il n'étoit qu'affligé, et que la dévotion passoit avec la douleur » ; de la cour « il n'y fut jamais que des faubourgs ». Le frère de Feuquières épouse par amour la fille du célèbre Mignard, si belle que Bloin, premier valet de chambre, « l'entretenoit depuis longtemps au vu et au su de tout le monde, et fut cause que le roi en signa le contrat ». Bouzols enfin épouse la fille aînée de Croissy, « déjà fort montée en graine et très-laide », mais pleine d'esprit et faiseuse de chansons redoutables.
- Comte de Luxe, fait duc vérifié de Châtillon-sur-Loing, épouse Mlle de Royan
- Le comte de Luce, second fils du feu maréchal de Luxembourg : le roi avait promis au père de le faire duc « lorsqu'il trouveroit quelque mariage » — promesse dont il se repentit dès la mort du maréchal, « néanmoins il ne put reculer, mais il le fit de mauvaise grâce ». Érection sur Châtillon-sur-Loing, vérifiée sans pairie au mariage. Il épouse Mlle de Royan — « celle-là même que la duchesse de Bracciano, sa tante, avoit eu tant d'envie de me donner, et à laquelle Phélypeaux avoit osé prétendre ». « Ce nouveau duc ne put jamais plaire au roi depuis qu'il le fut, et en essuya tous les dégoûts qu'il lui put donner toute sa vie, pour se dépiquer de l'avoir fait duc malgré lui. »
- Le prince d’Isenghien obtient un tabouret de grâce pour toujours
- La grâce « fort extraordinaire » — « j'avoue franchement que je ne sais d'où elle vint » : au fils aîné du prince d'Isenghien, le roi accorde non seulement le tabouret de grâce qu'avait eu sa mère, fille du maréchal d'Humières, mais, « ce qui étoit sans exemple, il l'accorda de mâle en mâle à sa postérité » — succession automatique d'honneurs « sans aucun rang, comme les ducs à brevet ».
- Sourde lutte de l’archevêque de Cambrai et de l’évêque de Chartres
- La sourde lutte : pour se rendre maître « sans partage » de l'esprit de Mme de Maintenon, Cambrai doit abattre Godet, évêque de Chartres, directeur unique de Saint-Cyr et de Mme de Maintenon elle-même. Trompé par « son extérieur de cuistre » — « longue figure malpropre, décharnée, toute sulpicienne ; un air cru simple, aspect niais » —, Fénelon « le prit pour un homme sans monde, sans talents, de peu d'esprit et court de savoir » et se flatte de le culbuter par la spiritualité de Mme Guyon. Erreur fatale : Chartres était « fort savant et surtout profond théologien », et « tel pour la cour et pour le monde que les plus fins courtisans auroient eu à profiter de ses leçons » — talent enfoui « parce qu'il ne s'en servoit jamais sans de vrais besoins ». Il introduit à Saint-Cyr deux affidées bien instruites, laisse Mme Guyon dogmatiser, « la suivoit de l'œil », « et quand il crut qu'il étoit temps, il éclata ».
- Mme Guyon chassée de Saint-Cyr, puis à la Bastille
- La chute : Mme de Maintenon, « étrangement surprise » par les preuves — les dépositions et écrits des affidées, les réponses des autres écolières —, prend peur et scrupule ; Cambrai, interrogé, « s'embarrassa et augmenta les soupçons ». « Tout à coup Mme Guyon fut chassée de Saint-Cyr », qu'on purge « jusqu'aux moindres traces de ce qu'elle y avoit enseigné ». Elle continue de voir du monde sourdement, reçoit ordre de quitter Paris, obéit — puis « se vint cacher dans une petite maison obscure du faubourg Saint-Antoine ». Dépistée par sa servante « qui portoit le pain et les herbes », suivie « de si près et si adroitement qu'on entra avec elle », elle est conduite sur-le-champ à la Bastille, bien traitée mais au secret absolu. « Ce fut un coup de foudre pour M. de Cambrai et pour ses amis, et pour le petit troupeau qui ne s'en réunit que davantage. »
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