TOME V · CHAPITRE IX
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Résumé
Généraux des armées de 1706 ; du Bourg attaqué à Versailles ; Joyeux, « son être, sa mort » ; du Mont, famille et caractère. La « catastrophe curieuse » de Maulevrier — l'amoureux fou de la duchesse de Bourgogne jeté par la fenêtre de son hôtel. Départ de l'abbé de Polignac ; le prince Emmanuel d'Elbœuf, Langallerie et Bonneval passent aux ennemis et sont pendus en effigie. Vastes projets de campagne et réflexions ; le billet signé du roi porté par Vendôme pour se faire obéir d'un maréchal de France en Italie ; le cardinal de Médicis veut se marier « de la main du roi » — Mlle d'Armagnac refuse ; Villars maître de la Mutter et de la Lauter.
Les entrées
- Généraux des armées
- « Le roi régla ses armées à peu près comme les années précédentes : M. de Vendôme en Italie, Tessé pour la Catalogne, Berwick pour la frontière de Portugal, le maréchal de Villars en Alsace, Marsin sur la Moselle, et le maréchal de Villeroy en Flandre, avec chacun leurs officiers généraux. »
- Du Bourg attaqué à Versailles
- Du Bourg, lieutenant général « et depuis maréchal de France », avait fait casser un capitaine de cavalerie nommé Boile : celui-ci l'attend le 4 mars au soir à Versailles, l'attaque et « le blessa légèrement de deux coups » avant de s'enfuir, laissant « son chapeau, sa perruque et son épée ». Rattrapé près de Fontainebleau, il est condamné au bannissement perpétuel « que le roi commua en une prison de dix ans » — Du Bourg lui-même s'était jeté aux pieds du roi pour demander sa grâce, « sans la pouvoir obtenir, avec raison ».
- Joyeux ; son être ; sa mort
- Mort du vieux Joyeux, premier valet de chambre de Monseigneur et gouverneur de Meudon, « une espèce toute singulière et très dangereuse, avec qui Monseigneur se mesuroit fort ». Ancien des « intrigues serviles » des amours du roi, « bel homme et fort bien fait, dansant mieux qu'homme de France », mais le dos rompu par le bas, « Joyeux marchoit presque ployé en deux » dans son éternel habit brun. « Il avoit de l'esprit beaucoup, et de cet esprit de cour et de remarque, de l'emportement, de la malignité. » Il donna tout son bien considérable aux enfants du bonhomme Bontems.
- Du Mont ; sa famille ; son caractère
- Du Mont reçoit le gouvernement de Meudon : gentilhomme dont le père devait sa fortune au père de Saint-Simon — « il n'a jamais oublié ce que son père devoit au mien ; il le publioit ». « Grand homme, bien fait et de bonne mine, extrêmement court d'esprit », mais « fort homme d'honneur et bienfaisant », il posséda toute la faveur de Monseigneur, « gouvernoit sa bourse particulière et ordonnoit ses plaisirs ». Fin tragique annoncée : après la mort de Monseigneur, « il devint fou par intervalles… ; il finit enfin par s'aller noyer dans la Seine, vers le moulin de Javelle ».
- Catastrophe curieuse de Maulevrier
- « Catastrophe curieuse de Maulevrier » : revenu d'Espagne « perdu, et subitement relevé » par Mme des Ursins et Mme de Maintenon — qui l'admit chez elle en tête-à-tête « quelquefois plus de trois heures » —, il « commença à perdre terre ». Jaloux de Nangis auprès de Mme la duchesse de Bourgogne, il barricade sa porte au nez de la maréchale de Cœuvres et « la querella une grosse heure entière » ; il hante les lieux écartés de Paris où des inconnus lui remettent des paquets mystérieux. La tête se trouble : « tantôt, comme enragé, il ne parloit que d'Espagne, que de Mme la duchesse de Bourgogne, que de Nangis qu'il vouloit tuer ». Le vendredi saint, il se dérobe à ses gardiens, « ouvrit la fenêtre, se jeta dans la cour et s'y écrasa la tête contre le pavé. Telle fut la catastrophe d'un ambitieux…, tragique victime de soi-même. » La princesse pleura en particulier ; Mme de Maintenon devint « triste, embarrassée, sévère », et la princesse sortait de ses tête-à-tête « toujours en larmes ». Desmarets jura à Saint-Simon n'avoir rien trouvé dans les papiers.
- Départ de l’abbé de Polignac, etc
- L'abbé de Polignac, pressé par Torcy, se résout enfin à partir pour Rome. « On remarqua beaucoup que Mme la duchesse de Bourgogne lui souhaita un heureux voyage tout d'une autre façon qu'elle n'avoit accoutumé » ; peu de gens crurent à la migraine « qui la tint tout ce même jour sur un lit de repos…, les fenêtres entièrement fermées, et qui ne finit que par beaucoup de larmes. Ce fut la première fois qu'elle ne fut pas épargnée. » Madame trouva même dans les jardins « deux vers aussi insolents qu'ils furent intelligibles » — « tout le monde aimoit Mme la duchesse de Bourgogne ; ces vers firent moins de bruit, parce que chacun l'étouffa ».
- Prince Emmanuel d’Elbœuf passe aux Impériaux et est pendu en effigie
- Le prince Emmanuel, frère du duc d'Elbœuf, « après avoir fait bien des personnages différents et la plupart fort honteux », passe à l'armée de l'empereur où il a un régiment. « Le roi, qui en fut piqué, lui fit faire son procès comme on l'avoit fait au prince d'Auvergne, et comme lui, par arrêt du parlement, il fut pendu à la Grève en effigie. »
- Langallerie, lieutenant général, puis Bonneval, brigadier, passent aux ennemis et sont pendus en effigie
- Deux autres passages à l'ennemi : Langallerie, lieutenant général « brave et réglé » à qui « l'ambition tourna la tête », piqué d'un reproche de pillage « tandis qu'il en voyoit faire de bien plus considérables à d'autres », traite à Venise et passe à Vienne ; puis le chevalier de Bonneval, « cadet de fort bonne maison, avec beaucoup de talents pour la guerre…, grand escroc et qui se peut dire sans honneur ni conscience », acculé par Chamillart « qui lui voulut faire rendre gorge ». Le prince Eugène fit de Bonneval son favori. Tous deux furent pendus en effigie à la Grève : « on verra en son temps leur diverse, mais incroyable catastrophe ».
- Vastes projets pour la campagne ; réflexions
- « Les projets pour la campagne étoient dignes des années de la prospérité » : deux batailles, forcer les lignes du Rhin, les sièges de Barcelone et de Turin — mais « l'épuisement de l'Espagne, celui où la France tomboit, répondoit peu à de si vastes idées ». Suit la grande réflexion sur la décadence militaire : autrefois on éprouvait les talents par des commandements séparés, se souvenant du mot de Turenne « qu'il falloit avoir été battu pour devenir bon » ; Louvois, « pour être pleinement le maître », introduisit « l'ordre du tableau », qui « rendit l'application et le travail inutiles à tout avancement », et persuada au roi de diriger ses armées de son cabinet, laissant des généraux « toujours en brassières » et des officiers généraux d'une ignorance telle « que le maréchal de camp venu de l'infanterie n'avoit pas la première notion de l'assiette d'un fourrage ». « C'est ainsi qu'un commandant de bataillon d'alors en savoit plus que nos lieutenants généraux modernes. »
- Billet signé du roi à M. de Vendôme, qui s’engage à faire recevoir l’ordre de lui et obéir par un maréchal de France, en Italie seulement
- Le 11 mars, Vendôme prend congé — non sans avoir arraché un billet écrit par Chamillart et « que le roi signa de la sienne » : si un maréchal de France était envoyé en Italie, il aurait ordre « de lui obéir et de prendre l'ordre de lui, en Italie seulement ». Vendôme « s'en vanta fort…, bien résolu à s'en faire un échelon à monter à sa prétention de commander à tous les maréchaux de France à la fin, sans patente, et par naissance ». Le roi ne lui recommanda rien tant que de combattre en arrivant : promesse tenue à Calcinato le 19 avril — les ennemis, dix à onze mille hommes sans le prince Eugène, « il les battit et les défit en fort peu de temps », trois mille tués, huit mille prisonniers, « ce fut une déroute plutôt qu'un combat ». Mais Eugène arriva le lendemain et « rétablit si promptement les affaires que nous ne pûmes tirer aucun fruit de ce succès ».
- Cardinal de Médicis veut se marier de la main du roi ; Mlle d’Armagnac le refuse
- Le cardinal de Médicis, voyant la maison des grands-ducs sans postérité, « songea à rendre son chapeau, à continuer sa maison, s'il pouvoit, et à se marier. Il le voulut être de la main du roi et à une Française. » Le roi songe à Mlle d'Armagnac, qu'il avait jadis empêchée d'épouser le comte de Toulouse. Mais la belle joueuse « ne put consentir à changer une vie si agréable et si aisée contre un pays étranger, austère, jaloux, avare, avec un mari vieux ». M. le Grand en fit sa cour : sa fille préférait « l'honneur d'être sa sujette » — « le roi lui en sut le meilleur gré du monde ». Le cardinal épousa à la fin une Gonzague de Guastalla, « qu'il rendit fort heureuse, mais dont il ne laissa point d'enfants ».
- Villars, maître de la Mutter et de la Lauter, prend Haguenau et délivre le fort Louis
- Beau début sur le Rhin : Marsin part secrètement de Marly le 18 avril, Villars le 21 ; ils s'abouchent à Phalsbourg. À leur approche, les ennemis abandonnent leurs lignes de la Mutter ; le fort Louis est délivré et ravitaillé ; le comte de Frise abandonne précipitamment Bischweiller « où il laissa de grands magasins et même sa vaisselle d'argent », puis Lauterbourg. Peri prend Haguenau avec deux mille prisonniers, « soixante pièces de canon, cinq cents milliers de poudre » destinés au siège de Phalsbourg. « Villars s'étendit tout à son aise, et n'oublia pas les contributions jusque dans la plaine de Mayence. »
- Le roi d’Espagne et Tessé devant Barcelone
- Le roi d'Espagne arrive le 3 avril devant Barcelone, où plus de dix mille hommes « animés de la présence de l'archiduc » ont rejoint la garnison. La tranchée est ouverte la nuit du 5 au 6. Le duc de Noailles tombe malade « de la petite vérole qui fut très heureuse, et qui acheva de le guérir de tous ses maux » ; Laparat, chargé du siège, « y fut tué le 15 avril » — on prétendit qu'attaquer par le mont Joui fut une grande faute. Siège atroce : repos « de trois nuits l'une », miquelets qui « assiégeoient tellement les assiégeants qu'il n'y avoit pas de sûreté à cent pas du camp », habitants et moines armés combattant « comme contre des Turcs et des hérétiques », et bientôt « on ne vécut plus au siège que par la mer », le comte de Toulouse commandant « une médiocre flotte arrivée assez tard ».
- Berwick foible contre les Portugais
- Berwick, arrivé début avril en Estrémadure avec vingt-six bataillons et quarante escadrons, se trouve trop faible : les Portugais, bien plus nombreux, « se présentèrent en chemin au duc de Berwick, qui n'osa leur prêter le collet », puis prirent Alcantara « après une courte et molle défense », avec dix bataillons espagnols prisonniers de guerre.
- Chavagnac ravage les Anglois aux îles de l’Amérique
- Aux îles d'Amérique, Chavagnac ravage avec quatre vaisseaux toute l'île anglaise de Saint-Christophe et « en emmena huit cents nègres » ; puis, joint par Iberville, prend « toute la petite île de Nièves, en détruisit les forts, les habitations, les sucreries…, prirent trente vaisseaux marchands, emmenèrent sept mille nègres et firent un grand butin » — le tout avec douze cents soldats et treize cents flibustiers. Le chevalier de Nangis apporta la nouvelle.
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