TOME II · CHAPITRE XII
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Résumé
Le camp de Compiègne, démonstration de puissance d'après-paix : magnificence « inouïe » du maréchal de Boufflers qui y tient table ouverte pour des milliers de convives ; les dames s'entassent, les ducs « couplés », les ambassadeurs prétendent le « pour » — dont Saint-Simon explique la distinction — et les logements à la suite du roi. Malice plaisante de Lauzun au comte de Tessé ; le « spectacle singulier » du simulacre de siège où le roi montre la guerre à la cour ; retour de Compiègne.
Les entrées
- Camp de Compiègne superbe ; magnificence inouïe du maréchal de Boufflers
- Le camp de Compiègne, soixante mille hommes : le roi ayant témoigné compter sur l'émulation, « on eut après tout lieu de s'en repentir ». Mais tout pâlit devant Boufflers, dont la magnificence put « apprendre au roi même ce que c'étoit que donner une fête vraiment magnifique et superbe, et à M. le Prince, dont l'art et le goût y surpassoit tout le monde, ce que c'étoit que l'élégance, le nouveau et l'exquis » : tables sans nombre servies « à toutes les heures de la nuit et du jour » jusqu'aux « bayeurs les plus inconnus », les mers de Normandie, de Hollande, d'Angleterre, de Bretagne « et jusqu'à la Méditerranée » fournissant à jour et point nommés, l'eau même arrivant de Sainte-Reine et des sources les plus estimées — et le général « si simple, si modeste, si dégagé de tout soin », ne paraissant occupé que du commandement.
- Dames s’entassent pour Compiègne
- Les dames s'entassent : « il y en eut tant qui s'empressèrent à être du voyage, que le roi lâcha la main » — mais elles voulaient être nommées, « et la nécessité, non la liberté du voyage, et c'est ce qui leur fit sauter le bâton de s'entasser dans les carrosses des princesses ». « En ce voyage-ci tout fut bon pourvu qu'on allât. »
- Ducs couplés à Compiègne
- La cour en hommes fut si nombreuse « que pour la première fois, à Compiègne, les ducs furent couplés » : Saint-Simon échoit avec le duc de Rohan « dans une belle et grande maison du sieur Chambaudon ».
- Ambassadeurs prétendent le pour
- Les ambassadeurs, excités par le vieux Ferreiro, prétendent le pour : Pomponne, Torcy et les introducteurs protestèrent « que jamais ambassadeur ne l'avoit prétendu, et il n'y en avoit pas un mot sur les registres ; mais on a vu quelle foi les registres peuvent porter ». Le roi tint ferme, « et ils finirent par n'y point aller » — piqué au point de dire à son souper « que s'il faisoit bien il les réduiroit à ne venir à la cour que par audience, comme il se pratiquoit partout ailleurs ».
- Distinction du pour
- La distinction du pour, « qui en effet n'est qu'une sottise » : écrire à la craie sur les logis « pour M. un tel » au lieu de « M. un tel » — accordée aux princes du sang, cardinaux, princes étrangers, à M. de La Trémoille et à la duchesse de Bracciano — « elle n'emporte ni primauté ni préférence de logement… et n'opère d'ailleurs quoi que ce soit ».
- Logements à la suite du roi
- Règles des logements à la suite du roi : cardinaux, princes étrangers et ducs « logés également entre eux » après les charges du service, puis maréchaux de France, charges considérables, et le reste ; à l'armée, quartier partagé entre cour et militaire.
- Voyage et camp de Compiègne
- Le voyage : départ le 28 août par Chantilly ; les enfants de France dînant presque tous les jours chez Boufflers — le roi défendit à son petit-fils de tenir table : « quoi qu'il pût faire, ce ne seroit rien en comparaison de ce qu'il venoit de voir » —, le roi d'Angleterre trois ou quatre jours au camp, « la singularité de traiter deux rois ensemble », le maréchal refusant de s'asseoir et servant les deux rois ; revues, fourrages, exercices, petits combats, et jusqu'à un siège de Compiègne dans les formes.
- Plaisante malice du duc de Lauzun au comte de Tessé
- La malice de Lauzun au comte de Tessé : lui persuadant, « avec cet air de bonté, de douceur et de simplicité qu'il prenoit presque toujours », que le privilège du colonel général des dragons était de saluer le roi « un chapeau gris » en tête. À la revue, le roi avise le chapeau : « Un chapeau gris ! où diable avez-vous pris cela ? — C'est M. de Lauzun, sire, pour qui vous avez créé la charge, qui me l'a dit ; et à l'instant, le bon duc à pouffer de rire et s'éclipser. — Lauzun s'est moqué de vous, répondit le roi, et croyez-moi, envoyez tout à l'heure ce chapeau au général des Prémontrés. » « Jamais je ne vis homme plus confondu que Tessé. »
- Spectacle singulier
- Le spectacle singulier, que Saint-Simon « peindroit dans quarante ans comme aujourd'hui » : sur le rempart, à l'assaut du 13 septembre, Mme de Maintenon « dans sa chaise à porteurs, entre ses trois glaces », la duchesse de Bourgogne sur le bâton de devant, et le roi debout à la glace droite, « presque toujours découvert, et à tous moments baissé dans la glace pour parler à Mme de Maintenon » — elle ouvrant « de quatre ou cinq doigts, jamais de la moitié, car j'y pris garde ». « J'avoue que je fus plus attentif à ce spectacle qu'à celui des troupes » ; toutes les contenances marquaient « une surprise honteuse, timide, dérobée ». Et l'apparition de Canillac, montant l'escalier du rempart, pétrifié à la vue de la chaise — « il demeura court à regarder la bouche ouverte » — au point que le roi dut dire : « Je ne sais pas ce qu'a Canillac, mais il a perdu la tramontane. » « Jusqu'aux soldats demandoient ce que c'étoit que cette chaise à porteurs… Il fit du bruit par toute l'Europe. » Dernier acte : la bataille simulée où Rosen refusait de faire retraite — « Rosen n'aime point à faire le personnage de battu », dit le roi en riant.
- Retour de Compiègne
- Le retour, le 22 septembre par Chantilly : les dames revinrent « avec autant de joie qu'elles avoient eu d'empressement à être du voyage » — la fatigue avait surpassé le plaisir et la distinction espérée. Gratifications aux capitaines et majors, cent mille francs à Boufflers : « pour chacun ce fut une goutte d'eau. Il n'y eut point de régiment qui n'en fût ruiné pour bien des années » — et pour le maréchal, « je laisse à penser ce que ce fut que cent mille livres » au prix d'une magnificence « dont il épouvanta toute l'Europe ».
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