TOME IX · CHAPITRE VII

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Résumé

Suite du spectacle de Versailles, avec la « plaisante aventure d'un Suisse » endormi ; l'« horreur de Meudon » désert, la confusion de Marly. Puis le caractère de Monseigneur — le portrait entier du Dauphin nul et immobile : le problème de son mariage secret avec la Choin, son existence « sans agrément, sans liberté, sans crédit », Monsieur et Monseigneur « morts outrés contre le roi », sa cour intime, sa sécheresse envers le duc et la duchesse de Bourgogne contre sa faveur aux Berry, son penchant pour les ducs contre les princes — l'autopsie d'un règne qui n'eut pas lieu.

Les entrées

Continuation du spectacle de Versailles
Dans l'avenue, Mme de Maintenon cria à la duchesse de Bourgogne : « Où allez-vous, madame ? N'approchez pas ; nous sommes pestiférés. » Puis, dans le grand cabinet de Versailles, le tableau immortel : « on lisoit apertement sur les visages. Monseigneur n'étoit plus ; on le savoit, on le disoit, nulle contrainte ne retenoit plus. » Les sots « tiroient des soupirs de leurs talons » ; les vraiment affligés pleuraient ; les délivrés, malgré « la gravité jusqu'au maintien chagrin », se trahissaient par « un je ne sais quoi de plus libre en toute la personne ». Le duc de Bourgogne pleurait « des larmes de nature, de religion, de patience » ; le duc de Berry poussait « non des sanglots, mais des cris, mais des hurlements » ; la duchesse de Berry montrait « une rage de douleur, non d'amitié mais d'intérêt » ; la duchesse de Bourgogne pratiquait « l'art du mouchoir » ; Beauvilliers gardait son flegme ; Madame arriva « hurlante », en grand habit, parmi les déshabillés. Saint-Simon, lui, se livra au plaisir de sonder les âmes : « de telles insomnies sont douces, et de tels réveils savoureux ».
Plaisante aventure d’un Suisse
Contraste ridicule au milieu du deuil : Mme la duchesse d'Orléans devisant tout bas avec ses familières le long d'un lit de veille à pavillon, « Mme de Castries qui touchoit au lit le sentit remuer et en fut fort effrayée. Un moment après elles virent un gros bras presque nu relever tout à coup le pavillon, qui leur montra un bon gros Suisse entre deux draps, demi-éveillé et tout ébahi, très-long à reconnoître son monde…, et qui enfin, ne jugeant pas à propos de se lever en si grande compagnie, se renfonça dans son lit et ferma son pavillon. » Le sommeil et la grossièreté du personnage rassurèrent ces dames d'avoir été entendues.
Horreur de Meudon
« L'horreur régnoit à Meudon. » Dès le départ du roi, tout s'enfuit ; « en un instant Meudon se trouva vide ». Mlle Choin, recluse dans son grenier, « ne fut instruite de son malheur que par les cris » : Mlle de Lislebonne et Mlle de Melun « la jetèrent dans un carrosse de louage » vers Paris. Voysin dormait ; le comte de Brionne, oublié de tous, découvrit la mort au grand silence du réveil. « Un ou deux valets au plus demeurèrent auprès du corps ; et, ce qui est très-digne de louange, La Vallière fut le seul des courtisans qui, ne l'ayant point abandonné pendant sa vie, ne l'abandonna point après sa mort » — l'infection devint telle qu'il passa la nuit dehors avec les capucins. Du Mont et Casau, qui perdaient tout, étaient « ensevelis dans la capitainerie ».
Confusion de Marly
Confusion de Marly : personne n'avait songé que le roi pût y aller — « point de clefs des appartements, à peine quelques bouts de bougie, et même de chandelle ». Le roi fut plus d'une heure dans l'antichambre de Mme de Maintenon, « reculé en un coin, assis entre Mme de Maintenon et les deux princesses, pleurant à longues reprises », tandis que les plus hardis du salon « montroient peu à peu le nez » pour faire remarquer leur empressement. Il entra enfin seul chez elle une heure, se coucha vers quatre heures du matin ; et Bloin eut ordre de répandre que qui voudrait des logements à Marly s'adressât à lui.
Caractère de Monseigneur
Portrait de Monseigneur : « plutôt grand que petit, fort gros…, l'air fort haut et fort noble », le nez cassé enfant par le prince de Conti en jouant, « les plus belles jambes du monde, les pieds singulièrement petits et maigres. Il tâtonnoit toujours en marchant…, il avoit toujours peur de tomber. » À la chasse, Casau courait devant lui ; « s'il le perdoit de vue il croyoit tout perdu ». « De caractère, il n'en avoit aucun ; du sens assez, sans aucune sorte d'esprit…, silencieux à l'incroyable…, en même temps glorieux à l'excès, ce qui est plaisant à dire d'un Dauphin » ; d'un arrangement extrême, écrivant lui-même ses dépenses, « du reste avare au delà de toute bienséance » : à la Choin, « si fort sa bien-aimée », seize cents louis par an, donnés de la main à la main « sans s'y méprendre jamais d'une pistole ».
Problème si Monseigneur avoit épousé M lle Choin
Problème du mariage avec la Choin : les initiés l'ont toujours nié ; « ce n'a jamais été qu'une grosse camarde brune…, devenue excessivement grasse et encore vieille et puante ». Mais la voir aux parvulo « dans un fauteuil devant Monseigneur », les duchesses de Bourgogne et de Berry « chacune sur un tabouret », dire « la duchesse de Bourgogne » en parlant d'elles, les reprendre sur leur ajustement — « on a peine à tout cela à ne pas reconnoître la belle-mère et la parité avec Mme de Maintenon ». Et pendant la maladie, le roi, loin de la faire sortir du château, trouva mauvais que Mme de Maintenon ne l'eût pas vue : preuve d'autant plus grande du sacrement. « Cet attachement incompréhensible…, est peut-être l'unique endroit par où le fils ait ressemblé au père. »
Monseigneur sans agrément, sans liberté, sans crédit avec le roi
L'éducation « dure et austère » du duc de Montausier éteignit son peu de lumières : de son aveu, depuis ses maîtres « il n'avoit de sa vie lu que l'article de Paris de la Gazette de France, pour y voir les morts et les mariages ». Devant le roi, « toujours roi, presque jamais père avec lui », il tremblait — jaloux en secret des privautés de du Maine et de la duchesse de Bourgogne. « Il n'avoit donc pas l'ombre seulement de crédit auprès du roi. Il suffisoit même que son goût se marquât pour quelqu'un pour que ce quelqu'un en sentît un contre-coup nuisible » ; les ministres n'osaient l'approcher, et ceux qui étaient bien avec lui « s'en cachoient avec un soin extrême ». Pressé de s'intéresser pour quelqu'un, il répondait « que ce seroit le moyen de tout gâter pour lui ».
Monsieur et Monseigneur morts outrés contre le roi
La dernière fois de sa vie qu'il alla à Meudon, « d'où il ne revint plus, il y arriva si outré d'un refus de fort peu de chose qu'il avoit demandé au roi pour Casau, qui me l'a conté, qu'il lui protesta qu'il ne lui arriveroit jamais plus de s'exposer pour personne, et de dépit le consola par les espérances d'un temps plus favorable, lorsque la nature l'ordonneroit, qui étoit pour lui dire comme par prodige. Ainsi on remarquera en passant que Monsieur et Monseigneur moururent tous deux dans des moments où ils étoient outrés contre le roi. »
Monseigneur peu à Versailles
Sa part entière aux secrets de l'État « n'avoit jamais eu aucune influence aux affaires, il les savoit et c'étoit tout » ; assidu au seul conseil d'État, nul ministre ne lui rendait compte de rien. Cette dépendance — « n'oser faire un pas hors de la cour sans le dire au roi » — lui faisait trouver « Meudon et la liberté qu'il y goûtoit délicieuse » : il était « fort peu à Versailles, et rompoit souvent par des Meudons de plusieurs jours les Marlys quand ils s'allongeoient trop », sans jamais faire semblant de s'apercevoir que le roi en était peiné.
Complaisant aux choses du sacre
Sur sa prétendue crainte de perdre le roi, l'anecdote de Mme de Nogaret : quelques mois avant sa mort, la duchesse de Bourgogne le trouva dans son entresol avec la Choin, Mme la Duchesse et les deux Lislebonne, « fort occupés à une table sur laquelle étoit un grand livre d'estampes du sacre, et Monseigneur fort appliqué à les considérer…, recevant avec complaisance les propos qui le regardoient là-dessus, jusqu'à lui dire : Voilà donc celui qui vous mettra les éperons, cet autre le manteau royal, les pairs qui vous mettront la couronne sur la tête » — amusement singulier « qui ne marquoit pas une si grande appréhension de perdre le roi ».
Monseigneur et M me de Maintenon fort éloignés
« Il n'avoit jamais pu aimer Mme de Maintenon, ni se ployer à obtenir rien par son entremise » : il la voyait un moment aux occasions très rares, « jamais de particulier » ; elle, de son côté, « lui faisoit sentir qu'elle le comptoit pour rien ». La haine commune des deux sultanes contre Chamillart les rapprocha un temps — miracle qui fit entrer Monseigneur dans la cabale — ; « mais ce rapprochement ne fit depuis que se refroidir et s'éloigner peu à peu ».
Cour intime de Monseigneur
Sa cour intime : avec Mlle Choin, « sa vraie confiance étoit en Mlle de Lislebonne » — presque tous les matins il prenait le chocolat chez elle, « l'heure des secrets », inaccessible sauf à Mme d'Espinoy. Par elles tenait le commerce avec Mme la princesse de Conti et l'amitié avec Mme la Duchesse ; par elles aussi « cette préférence du duc de Vendôme sur le prince de Conti, à la mort duquel il fut si indécemment insensible » : un tel mérite dans un prince du sang « auroit eu trop de poids sur Monseigneur devenu roi », et « les sœurs, qui vouloient gouverner, écartèrent doucement ce prince ».
Monseigneur, plus que sec avec Mgr [le duc] et M me la duchesse de Bourgogne, aime M. le duc de Berry et traite bien M me la duchesse de Berry
Naturellement éloigné « de la contrainte et de l'austérité des mœurs de Mgr le duc de Bourgogne » — éloignement que la haine de Mme la Duchesse pour la duchesse de Bourgogne entretenait —, il aimait par les raisons contraires M. le duc de Berry, que la cabale protégeait pour diviser les frères ; en sorte qu'après toute leur opposition au mariage, « Mme la duchesse de Berry ne laissa pas d'être admise aussitôt après au parvulo, sans même l'avoir demandé, et d'y être fort bien traitée ».
Monseigneur favorable aux ducs contre les princes
Inquiet pour l'avenir, Saint-Simon employa l'évêque de Laon pour sonder par la Choin les sentiments de Monseigneur entre les ducs et les princes : « il s'étoit expliqué fort favorablement pour le rang des ducs, et contre les injustices qu'il étoit persuadé qu'ils avoient souffertes » — tout l'empire des deux Lislebonne « n'alloit pas à le rendre aussi favorable à leur rang qu'elles eussent voulu ». Cette réponse rappela au mémorialiste le mot de Monseigneur au roi après l'audience sur la quête : « qu'il savoit bien que j'avois raison ».
Monseigneur fort vrai ; M lle Choin aussi
« Il étoit incapable non-seulement de mensonge, mais de déguisement, et la Choin tout aussi peu capable » — vérité foncière de l'un et de l'autre, qui donne leur poids aux témoignages qu'elle laissa échapper après sa mort, elle dont, pendant la vie du prince, « il ne sortoit rien ».
Opposition de Monseigneur à l’alliance du sang bâtard prétendue
La Choin a soutenu depuis sa mort « qu'il avoit autant d'opposition au mariage de Mlle de Bourbon qu'à celui de Mademoiselle, parce qu'il ne pouvoit souffrir le mélange du sang bâtard au sien ». Peut-être était-ce vrai : « il a toujours montré une aversion constante à tous leurs avantages ». Mais l'autorité de Mme la Duchesse sur lui était si entière, et la cabale si réunie pour Mlle de Bourbon, « qu'elle l'y eût sans doute amené s'il ne l'étoit déjà » ; la Choin elle-même, contraire aux deux mariages par cette raison de bâtardise, eût difficilement osé « soutenir contre ce torrent toujours présent, elle si souvent absente ».
Désintéressement de M lle Choin
Beau trait de « cette fille ou femme si singulière » : sur le point d'aller commander l'armée de Flandre, Monseigneur fit un testament avec « un bien fort considérable à Mlle Choin », le lui dit et lui montra la lettre cachetée. « Elle fut extrêmement sensible…, mais elle n'eut point de repos qu'elle ne lui eût fait mettre devant elle le testament et la lettre au feu ; et protesta que si elle avoit le malheur de lui survivre, mille écus de rente qu'elle avoit amassés seroient encore trop pour elle. Après cela, il est surprenant qu'il ne se soit trouvé aucune disposition dans les papiers de Monseigneur. »
Monseigneur attaché à la mémoire et à la famille du duc de Montausier
Malgré la dureté de son éducation, il conserva de l'amitié pour Bossuet « et un vrai respect pour la mémoire du duc de Montausier, tant il est vrai que la vertu se fait honorer des hommes malgré leur goût ». C'est peut-être ce qui soutint le plus d'Antin auprès de lui, sa femme étant petite-fille de Montausier ; et Sainte-Maure reçut une pension sans l'avoir demandée, « avec ces obligeantes paroles…: qu'il ne manqueroit jamais au nom et au neveu de M. de Montausier ». Sainte-Maure s'en montra digne : son mariage rompu, il remit la pension.
Amours de Monseigneur
Ses amours : le roi ne lui souffrit guère de maîtresses ; il eut plutôt « des soulagements passagers et obscurs que des galanteries dont il étoit peu capable », fournis par du Mont et Francine, gendre de Lulli. « La Raisin, fameuse comédienne et fort belle, fut la seule de celles-là qui dura » — le maréchal de Noailles, « à son âge et avec sa dévotion, n'étoit pas honteux de l'aller voir ». Il n'eut d'enfants qu'une fille de celle-ci, mariée après sa mort par les soins de Mme la princesse de Conti ; la grande indigestion « mit fin à tous ces commerces », et son horreur de la bâtardise l'eût sans doute empêché de jamais reconnaître de tels enfants.
Ridicule aventure
Échantillon de sa délicatesse : une jolie créature introduite à Versailles avec « une autre, vilaine, pour l'accompagner » ; Monseigneur, ouvrant la porte, « prenant celle qui étoit la plus proche, la tira après lui » — c'était la vilaine, qui se défendait, voyant la méprise ; « lui, au contraire, crut qu'elle faisoit des façons, la poussa dedans et ferma sa porte ». Du Mont accourut frapper : « Ce n'est pas celle-là ; vous vous méprenez. » Point de réponse ; enfin Monseigneur ouvrit : « L'affaire est faite, dit Monseigneur ; ce sera pour une autre fois. » La jolie, si piquée, le conta partout, « tellement qu'en bref toute la cour en sut l'histoire ».
Monseigneur n’aime point M. du Maine et traite bien le comte de Toulouse
« Il n'avoit jamais pu souffrir M. du Maine, qui l'avoit peu ménagé dans les premiers temps, et qui en étoit bien en peine et en transe dans les derniers ; il traitoit le comte de Toulouse avec assez d'amitié, qui avoit toute sa vie eu pour lui de grandes attentions à lui plaire et de grands respects » — distinction entre les deux bâtards qui pesait lourd dans les calculs d'avenir de la cour.
Cour plus ou moins particulière de Monseigneur
Sa cour plus ou moins particulière : d'Antin et le comte de Mailly, « les deux rivaux de faveur, comme en grand M. le prince de Conti et M. de Vendôme » ; les ducs de Luxembourg, Villeroy et La Rocheguyon sur un pied de considération ; Sainte-Maure, le comte de Roucy, Biron et Albergotti, « voilà les distingués et les marqués » ; les vieux seigneurs — La Rochefoucauld, Boufflers, Duras, Lorges, Catinat — traités « avec plus d'affabilité » ; l'intimité pour feu M. de Luxembourg et Clermont ; et sur les fins le maréchal d'Huxelles, « mais qui s'en cachoit comme Harcourt, le chancelier et le premier écuyer », lequel l'avait initié auprès de la Choin, persuadée « que c'étoit le plus capable homme du monde pour tout ».
Infamies du maréchal d’Huxelles
Infamie du maréchal d'Huxelles : la Choin « avoit une chienne dont elle étoit folle, à qui tous les jours le maréchal d'Huxelles…, envoyoit des têtes de lapin rôties », allant chez elle « reçu et regardé comme un oracle ». « Le lendemain de la mort de Monseigneur, l'envoi des têtes de lapins cessa, et oncques depuis Mlle Choin ne le revit ni n'en ouït parler. » À ses plaintes, il répondit froidement « qu'il ne savoit pas ce qu'elle vouloit dire, qu'il ne l'avoit jamais vue que fort rarement…, et que pour Monseigneur à peine en étoit-il connu. C'étoit un homme qui couroit en cachette, mais plus bassement et plus avidement que personne, à tout ce qui le pouvoit conduire. »
Aversions de Monseigneur
« Monseigneur n'eut que deux hommes d'aversion dans toute la cour, et cette aversion ne lui étoit pas inspirée…: ces deux hommes étoient le maréchal de Villeroy et M. de Lauzun ; il étoit ravi dès qu'il y avoit quelque bon conte sur eux. » Le maréchal était plus ménagé ; « pour l'autre, Monseigneur ne s'en pouvoit contraindre ; et M. de Lauzun, au contraire du maréchal, ne s'en embarrassoit point. » Son aversion pour les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers « étoit l'effet de la cabale aidée de l'entière disparité des mœurs ».
Éloignement de Mgr [le duc] et de M me la duchesse de Bourgogne
L'éloignement des Bourgogne : « les mœurs du fils, sa piété, son application à s'instruire, ses talents, son esprit, toutes choses si satisfaisantes pour un père, étoient autant de démérites » — motifs de craindre qu'il eût part au gouvernement, jalousie du traitement du roi. Le fils voyait Monseigneur « plus en courtisan qu'en fils, sans particulier » ; la princesse essuyait « des sécheresses et quelquefois des duretés ». Peu avant la mort, sur une partie de la Ménagerie rompue, elle « fit sentir aux deux Lislebonne qu'elle se prendroit à elles des contre-temps qui lui arriveroient de la part de Monseigneur. Toute la cabale trembla » : Mme la Duchesse s'alarma, « d'Antin en passa de mauvais quarts d'heure » — bonace peu naturelle qui découvrit « le danger de plus en plus ».
M. [le duc] et M me la duchesse de Berry bien avec Monseigneur
La cabale, en poussant Berry dans l'affection de Monseigneur et en faisant admettre sa femme au parvulo, voulait « ôter le soupçon qu'ils eussent dessein d'éloigner tous les enfants de la maison, et tâcher de diviser les deux frères si unis, et semer entre eux la jalousie. La moitié leur réussit par la voie la plus inattendue, mais le principal leur manqua. Jamais l'union intime des frères ne put recevoir, de part ni d'autre, l'altération la plus légère, quelques machines, même domestiques, qui s'y pussent employer. »
Crayon et projets de M me la duchesse de Berry
Crayon de Mme la duchesse de Berry : « c'étoit un prodige d'esprit, d'orgueil, d'ingratitude et de folie, et c'en fut un aussi de débauche et d'entêtement ». M. le duc d'Orléans appelait sa femme « Mme Lucifer » ; « cette fille la surpassa de beaucoup ». Dépitée d'être née d'une mère bâtarde, méprisant la faiblesse de son père, haïssant tous ceux qui avaient fait son mariage « parce qu'elle étoit indignée de penser qu'elle pût avoir obligation à quelqu'un », elle conçut le projet de brouiller les frères et de gouverner un jour Monseigneur roi par la cabale même de ses ennemis. Elle réussit à éloigner Berry de la duchesse de Bourgogne — il était « amoureux fou » d'elle et « en admiration perpétuelle de son esprit ». La mort de Monseigneur mit ses projets en fumée : de là « cette rage de douleur que personne de ce qui n'étoit pas instruit ne pouvoit comprendre ». « Et voilà comme on travaille en ce monde la tête dans un sac ! »
Affection de Monseigneur pour le roi d’Espagne
Le roi d'Espagne « subsistoit dans le cœur de Monseigneur par le sentiment ordinaire d'aimer davantage ceux pour qui on a grandement fait, et dont on n'est pas à portée d'éprouver l'ingratitude ou la reconnoissance ». La cabale, liée comme on l'a vu avec la princesse des Ursins, « entretenoit avec soin l'amitié de Monseigneur pour ce prince », la fomentant pour deux de ses fils afin de lui ôter tout soupçon de mauvais dessein contre l'aîné.
Portrait raccourci de Monseigneur
Portrait raccourci, d'une dureté définitive : « Monseigneur étoit sans vice ni vertu, sans lumières ni connoissances quelconques, radicalement incapable d'en acquérir, très-paresseux, sans imagination ni production, sans goût, sans choix, sans discernement, né pour l'ennui qu'il communiquoit aux autres, et pour être une boule roulante au hasard par l'impulsion d'autrui, opiniâtre et petit en tout à l'excès, de l'incroyable facilité à se prévenir et à tout croire qu'on a vue ; livré aux plus pernicieuses mains, incapable d'en sortir ni de s'en apercevoir, absorbé dans sa graisse et dans ses ténèbres, et que, sans avoir aucune volonté de mal faire, il eût été un roi pernicieux. »

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