TOME VII · CHAPITRE XXII
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Résumé
Malplaquet : reprise de la campagne, l'« artificieux colloque » des ennemis, la bataille — « fautes et inutilité », la boucherie qui laisse le champ aux alliés exsangues ; la belle retraite de Boufflers, « fort inférieure à celle d'Altenheim » précise le mémorialiste ; Mons assiégé ; misère de l'armée et « lettres pitoyables » de Boufflers ; Nangis dépêché au roi. Récompenses : Villars pair, Harcourt pair, Artagnan maréchal de France — famille, fortune, caractère, et son nom de Montesquiou repris ; « féroce éclat » de M. le Duc ; dégoûts et chute du maréchal de Boufflers. Au loin, Poltava : « défaite et ruine du roi de Suède par le czar ».
Les entrées
- Reprise de la campagne de Flandre
- Reprise de la campagne : Tournai pris, les ennemis passèrent l'Escaut et la Haine ; l'armée du roi marcha le 4 septembre et prit le 9 « le camp de Malplaquet et de Tesnières, la droite et la gauche appuyées sur deux bois » ; Villars fit tirer « trois coups de canon comme pour un appel au prince Eugène et au duc de Marlborough », mais ne voulut jamais attaquer le prince de Hesse, avancé et « perdu s'il eût été attaqué ».
- Artificieux colloque des ennemis
- Artificieux colloque : la veille de la bataille, des officiers ennemis « qui avoient l'air de subalternes » lièrent conversation à nos retranchements ; Cadogan entretint Albergotti de paix, et pendant « ces ridicules colloques », ingénieurs et dessinateurs ennemis examinaient tout, « désignoient les endroits à placer leur canon…, dont ils ne surent que trop bien profiter. On sut après cet artifice par les prisonniers. »
- Bataille de Malplaquet
- Bataille de Malplaquet, le 11 septembre : le croissant de Villars attaqué aux deux ailes à la fois ; le centre dégarni pour secourir la gauche percée, et l'infanterie cachée dans le bois d'en face fondant sur les gardes françaises et suisses « culbutées presque aussitôt qu'attaquées ». Villars blessé au genou, Albergotti aussi, Chemerault tué. À la droite, Boufflers, victorieux trois fois, apprit le désastre : « outré de se voir la victoire arrachée de la main, et par des mains françaises…, il chargea en personne si démesurément que cela put passer pour incroyable ». La maison du roi enfonça les lignes ennemies « têtes de chevaux contre têtes de chevaux » avant de céder au nombre. Les ennemis, 162 bataillons et 300 escadrons contre nos 120 et 260, « passèrent la nuit sur le champ de bataille et sur vingt-cinq mille morts » : quinze mille hommes hors de combat chez eux contre nos dix mille — « leurs chefs principaux ne dissimulèrent pas que [notre cavalerie] les auroit battus si elle avoit été bien conduite ».
- Fautes et inutilité de la bataille
- Fautes et inutilité : « l'idée du maréchal de Villars est demeurée fort difficile à comprendre. Pourquoi de si loin marcher aux ennemis pour s'en laisser attaquer exprès ? » Une forme de croissant « aisée à envelopper », un centre dégarni — « faute énorme, et dont le souvenir d'Hochstedt eût au moins dû préserver » —, la cavalerie sous le canon ennemi six heures durant, « enfin nulle nécessité de combattre après avoir laissé tranquillement prendre Tournai. Ce jugement fut celui des deux armées ; on verra qu'il ne fut pas celui du roi et de Mme de Maintenon. »
- Belle retraite du maréchal de Boufflers, fort inférieure à celle d’Altenheim
- Belle retraite de Boufflers : à quatre heures, l'armée sur quatre colonnes, « Boufflers à l'arrière-garde de tout, sans que les ennemis donnassent la moindre inquiétude…, et sans perdre cent traîneurs » — « la plus belle retraite qui ait été faite depuis celle d'Altenheim qui a immortalisé M. le maréchal de Lorges », quoique très inférieure en difficultés à celle-là.
- Mons assiégé
- « Les ennemis ouvrirent la tranchée le 25 septembre devant Mons ; Boufflers et son armée petilloient de leur faire lever ce grand siège » — mais la misère arrêta tout.
- Misère de l’armée française
- Misère de l'armée : « point de pain et peu de paye…, les officiers particuliers mouroient de faim avec leurs équipages…, le soldat et le cavalier, réduit aux herbes et aux racines, n'en pouvoit plus ; nécessité par conséquent de laisser échapper les occasions de sauver Mons ».
- Lettres pitoyables de Boufflers
- Lettres de Boufflers : la première « juste, nette, concise, modeste, mais pleine des louanges de Villars » ; la seconde l'égara — « il songea tant à consoler le roi et à louer la nation, qu'on eût dit qu'il annonçoit une victoire et qu'il présageoit des conquêtes ». Rendue publique, « elle parut si outrée qu'elle fit un tort extrême au maréchal » ; d'Antin « en saisit tout le ridicule pour l'obscurcir auprès du roi. Tel fut l'écueil qui froissa ce colosse de vertu. »
- Nangis dépêché au roi
- Nangis dépêché au roi : choisi par Villars, il craignit « de se trouver entre les deux maréchaux » ; ses charmes « rassérénèrent l'horizon de la cour, où il ne faut pas croire qu'au nombre, au babil et à l'usurpation du pouvoir des dames, sa présence fût inutile à rendre le malheur plus supportable ».
- Villars pair
- Villars pair : « le fortuné Villars, enrichi à la guerre où tous les autres se ruinent, maréchal de France pour une bataille qu'il crut perdue…, duc vérifié pour un simple voyage en Languedoc…, fut fait pair pour la bataille de Malplaquet dont on vient de voir les fautes et le triste succès ».
- Harcourt pair
- Harcourt pair : il « en frémit de rage ; il sut des bords du Rhin crier si haut au roi et à Mme de Maintenon, qu'il emporta d'emblée la pairie, mais avec le dépit de n'être pair qu'après Villars, qui, en naissance et en toutes choses, étoit si loin de lui ».
- Artagnan maréchal de France
- Artagnan maréchal de France : « le public ni l'armée ne lui furent pas favorables » ; « le dépit et le murmure de cette prostitution de la première dignité de l'État éclata si haut que le roi en fut assez peiné pour s'arrêter tout court » — ces récompenses furent les seules après la bataille.
- Famille, fortune et caractère d’Artagnan
- Famille et caractère d'Artagnan : major du régiment des gardes, « il se poussa ténébreusement à la cour par l'intrigue, et rendoit compte de beaucoup de choses au roi par les derrières » ; cousin du célèbre Artagnan capitaine des mousquetaires tué devant Maestricht en 1673, dont il prit le nom que « le roi aima toujours » ; « bon officier et entendu, mais avec qui on ne vivoit pas en confiance ».
- Artagnan prend le nom de sa maison
- Devenu maréchal, « il prit le nom de maréchal de Montesquiou, qui est le nom de leur maison ».
- Féroce éclat de M. le Duc
- Féroce éclat de M. le Duc : il « vomit tout ce qu'il est possible de plus violent », le nom étant celui du Montesquiou qui tua « de sang-froid et par-derrière » le prince de Condé à Jarnac en 1569 — son cinquième aïeul. Le maréchal « se contint en respect, mais garda le nom de Montesquiou », déclarant « que des insultes et des affronts, il n'en connoissoit que les faits et point les personnes ». « Il alla en effet librement partout. Il ne rencontra M. le Duc nulle part…, et aucun prince de la maison de Condé n'embrassa cette querelle qui finit avec lui. »
- Dégoûts et chute du maréchal de Boufflers
- Chute de Boufflers : Villars, « moins attentif à sa blessure qu'au comble d'honneur », le censurait par ses émissaires ; Voysin lui envoya « la disposition générale et entière de tout ce qui vaquoit, faite et expédiée », le soir même où partait sa liste — « il étoit peut-être le premier général d'armée sur qui un mépris aussi marqué fût tombé ». Puis « l'épée de connétable lui vint dans l'esprit » : cette insinuation « acheva de le couler à fond ». Au retour, « nul particulier avec le roi, pas même un mot en passant de Flandre ; silence, fuite, éloignement…, un mur entre le roi et lui, qui demeura impénétrable ». « La grandeur d'un service au-dessus de toute récompense a presque dans tous les temps porté par terre ceux qui l'ont rendu » ; « un ver rongeur le mina peu à peu…, le poignard dans le cœur…, il ne passa pas deux ans ». Villars, lui, « arriva triomphant » et reçut le bel appartement du prince de Conti. « Quel contraste, quel fonds inépuisable de réflexions ! »
- Défaite et ruine du roi de Suède par le czar à Pultava
- Pultava : le roi de Suède, « enivré de ses exploits et du désir de détrôner le czar comme il avoit fait le roi de Pologne, séduit par les funestes conseils de Piper que l'argent des alliés avoit corrompu », se laissa attirer par le czar « dans des pays qu'il avoit fait dévaster » : son armée ruinée « par toutes sortes de besoins, de famine, de misères », il fut forcé « à un combat désavantageux, où toute son armée périt sans aucune retraite, et où lui-même, fort blessé, n'en trouva qu'à Bender, chez les Turcs, où il arriva à grand'peine…, lui troisième ou quatrième » — anéantissement de la Suède et « élévation formidable d'une autre puissance jusqu'alors inconnue ».
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