TOME XV · CHAPITRE IX
Lire le texte intégral du chapitre →
Résumé
Mouvements et embarras du roi de Prusse ; les « tentatives pleines d'illusions » de Cellamare, « qui découvre avec art la vraie disposition du régent » ; mouvements en Bretagne — la résistance bretonne qui grossit ; Albéroni s'emporte contre les demandes impériales au pape « surtout sur celle qui le regarde » ; déclaration du roi d'Espagne sur la paix ; « propos, sentiment, conduite » du ministre, ses préparatifs, son « profond secret », sa « toute-puissance en Espagne » — Monti à Madrid, le roi « inaccessible » ; son « souverain mépris pour Rome » et sa conduite sur le bref injurieux.
Les entrées
- Mouvements du roi de Prusse à divers égards
- Les mouvements du roi de Prusse : il pressait le régent de faire conclure son alliance avec les États généraux, « sans le roi d'Angleterre » si George s'y refusait ; agité des affaires du Nord, « il souhaitoit faire sa paix particulière avec la Suède, et craignoit l'abandon de ses alliés, s'ils découvroient ses démarches » ; il demanda même « qu'en vertu des obligations secrètes, la France cessât de payer des subsides à la Suède », tout en représentant « le danger de l'agrandissement de l'empereur..., celle surtout avec la maison de Saxe ».
- Son caractère et ses embarras
- Son caractère : « le désir d'acquérir et la crainte de perdre ne s'accordoient en lui ni avec ses lumières ni avec son courage. Il ne savoit ni se résoudre ni soutenir ses résolutions. Il étoit léger, changeant, facile à regarder les mauvaises finesses comme un trait d'habileté, et la mauvaise foi comme la politique la plus fine. » Le roi de Pologne ayant publié ses propositions secrètes, « il n'avoit persuadé personne, mais ses alliés ne vouloient pas le perdre..., eux-mêmes, chacun à part, se sentoient coupables du même crime. » On le voyait « tremblant devant l'empereur..., et qui, parlant à la France, déclamoit et proposoit tout contre lui. »
- Tentatives pleines d’illusions de Cellamare, qui découvre avec art la vraie disposition du régent sur les affaires présentes
- Les tentatives de Cellamare : pressant le régent d'agir avec l'Angleterre « pour mettre un frein à l'ambition des Impériaux », il tira d'une longue conversation avec Dubois de quoi dépêcher un courrier à Madrid ; puis « il mit le maréchal d'Huxelles sur la matière du traité, le contredit, l'opiniâtra exprès », et en conclut « que son unique objet étoit d'éviter une guerre qu'on croyoit généralement que la France ne pourroit soutenir, que Cellamare traitoit de terreur panique ».
- Mouvements en Bretagne
- Les mouvements de Bretagne y contribuaient : Cellamare « ne les crut ni si méprisables ni si indifférents qu'on les vouloit donner. Ils n'étoient pas non plus si considérables ni si pernicieux que les malintentionnés le vouloient persuader. Le plus grand mal, selon cet ambassadeur, étoit la faiblesse du gouvernement, agité par la diversité des intérêts et des passions, manquant d'argent, et accablé par les dettes de l'État. »
- Idées d’Albéroni
- Les idées d'Albéroni, « véritable roi d'Espagne absolu, et seul » : les négociations de Londres seraient sans effet, l'intérêt de l'Espagne étant « de les regarder avec grande indifférence, et d'attendre du temps les avantages qui seroient refusés par un traité » ; il se faisait un mérite d'avoir suspendu le second embarquement, « ce qu'il n'avoit fait que par impuissance », et comptait « que l'Italie ne seroit jamais tranquille tant que l'empereur y posséderoit un pouce de terre ».
- Il s’emporte contre les demandes de l’empereur au pape, surtout sur celle qui le regarde personnellement
- Contre les demandes de l'empereur au pape, « il s'exhala en injures et en épithètes, dit qu'il ne conseilleroit pas au pape de le hasarder, parce qu'il ne seroit pas sûr que son commissaire fût bien reçu ; qu'à l'égard de la citation il pourroit se rendre à Rome si le roi d'Espagne y consentoit, mais que ce seroit avec une telle compagnie qu'elle pourroit déplaire au pape, et plus encore à l'auteur de la demande. »
- Déclaration du roi d’Espagne sur la paix
- La déclaration sur la paix : « pour éviter l'odieux de ne vouloir entendre à rien..., il déclara que le roi d'Espagne étoit prêt à intervenir dans la négociation par un ministre, quand le régent jugeroit que l'empereur se porteroit véritablement à une paix solide et sûre pour le repos de l'Italie. »
- Propos, sentiment, conduite d’Albéroni
- Sa conduite : s'il envoyait un ministre à Londres, il comptait « d'y prolonger la négociation, de la suspendre, d'en arrêter la conclusion, suivant qu'il le jugeroit à propos », armé de « propositions équivalentes à celles des Impériaux, comme de prétendre, pour condition préliminaire, le remboursement des dépenses de la conquête de la Catalogne et de Minorque..., même le remboursement de l'expédition de la Sardaigne » — tenues secrètes, en se réservant « la faculté d'approuver ou non ».
- Ses préparatifs
- Ses préparatifs : achats en Hollande « des vaisseaux de guerre, de la poudre, des boulets, des munitions de marine » ; le bruit courut « que le roi d'Espagne avoit offert aux États généraux de leur céder les Pays-Bas ou la meilleure partie », qu'Albéroni « nia avec aigreur » ; recrues pressées, troupes suisses réformées des Hollandais recherchées, « négociations secrètes pour engager les Turcs, par le moyen de Ragotzi, à ne faire ni paix ni trêve avec l'empereur ».
- Son profond secret
- « Mais le secret de ce premier ministre étoit réservé à lui tout seul. Qui que ce soit n'avoit sa confiance, ses accès très difficiles ; les ministres étrangers ne lui parloient que par audiences qu'il leur falloit demander par écrit. »
- Sa toute-puissance en Espagne
- « Tout le gouvernement étoit renfermé dans sa seule personne. Chaque secrétaire d'État venoit lui rendre compte de son département et recevoir ses ordres. La stampille même étoit entre ses mains, par lesquelles passoient toutes les expéditions et les ordres secrets du roi d'Espagne. »
- Monti à Madrid
- « Monti même, l'ami intime d'Albéroni de tous les temps, allé à Madrid pour le plaisir de le voir revêtu de la pourpre, et logeant chez lui, eut peine à voir le roi et la reine d'Espagne » — Albéroni affectant de répandre qu'il ne le voyait « qu'à dîner », et que Monti « s'ennuieroit bientôt de la solitude de Madrid ».
- Le roi d’Espagne inaccessible
- Le roi d'Espagne « étoit inaccessible, qu'on ne voyoit que le moment qu'il s'habilloit, et qui ne disoit jamais mot à personne ».
- Souverain mépris d’Albéroni pour Rome
- Son mépris pour Rome : « Albéroni triomphoit du bon et glorieux état où il avoit remis l'Espagne, et en insultoit au cardinal del Giudice et aux précédents ministères... La reine et lui avoient pour cette cour le plus profond mépris. »
- Sa conduite sur le bref injurieux au roi d’Espagne
- Sur le bref injurieux : « il fit déclarer dans toutes les cours étrangères que ce bref que le pape avoit fait imprimer n'avoit jamais été présenté au roi d'Espagne, et fit valoir au pape cette déclaration comme un moyen le plus doux qui se pût proposer dans une matière si grave..., mais [les remèdes] deviendroient inévitables si le pape... se portoit à passer à de nouvelles explications. »
- Aldovrandi occupé de rapprocher les deux cours et de se justifier à Rome sur ce qu’il avoit fait à l’égard de l’acceptation de la constitution en Espagne
- Aldovrandi, occupé à rapprocher les deux cours, s'excusa sur l'acceptation en alléguant que « l'Espagne avoit aussi ses novateurs, contre lesquels la vigilance des évêques et l'autorité même de l'inquisition ne suffisoient pas : galimatias faux dans son principe, faux dans sa conséquence, parce que rien n'est plus redouté en Espagne que l'inquisition..., et sa cruauté sur laquelle, comme je l'ai vu moi-même, les sollicitations ni l'autorité du roi ne peut rien. »
- Délicatesse de Rome étrangement erronée
- La délicatesse de Rome : Aldovrandi rappela que Fabroni et Alamanni lui avaient eux-mêmes conseillé cette acceptation formelle ; Rome ne répliqua rien, « mais elle lui fit savoir qu'il y avoit quelques expressions dans la lettre de l'archevêque de Tolède au pape qui lui déplaisoient. Celle-ci surtout : Comme le nonce de Votre Sainteté nous a fait exposer depuis peu » — l'infaillibilité blessée qu'on pût inférer que l'archevêque « eût été sollicité d'accepter la constitution ». « Ainsi se débite l'orviétan de Rome pour en masquer la tyrannie. »
- Anecdote importante sur la constitution entre l’archevêque de Tolède et moi
- L'anecdote de Tolède : dans leurs entretiens en latin, l'archevêque d'Astorga dit à Saint-Simon : « Hélas ! que vos évêques se gardent bien de faire comme nous. Peu à peu Rome nous a, non pas subjugués, mais anéantis au point que nous ne sommes plus rien dans nos diocèses... Le pape est diocésain immédiat de tous nos diocèses, et nous n'en sommes que des vicaires sacrés et mitrés... Croyez-vous que pas un de nous eût osé accepter la constitution, si le pape ne nous l'eût pas fait commander par son nonce ? l'accepter eût été un crime..., parce que oser accepter ce qu'il décide, c'est juger qu'il décide bien... Ce ne sont que des esclaves à qui leur maître a ouvert la bouche par permission spéciale pour cette fois. » Saint-Simon garda le secret « tant qu'il a vécu ».
- Son caractère
- Son caractère : « il ressembloit parfaitement à tous les portraits de saint François de Sales, dont il avoit toute la douceur, l'onction et l'affabilité..., si modeste dans une si grande place » que son palais était « sans tapisseries ni ornement » ; « il jouissoit de plus de huit cent mille livres de rente et ne dépensoit pas cent mille francs par an... Tout le reste étoit distribué aux pauvres du diocèse..., et il étoit adoré à la cour et dans tout son diocèse. »
- La nonciature chassée de Naples
- La nonciature chassée de Naples : le vice-roi, par ordre de l'empereur, « trouva mauvais que le collecteur apostolique usurpât la qualité de nonce. Il le fit sortir de Naples en vingt-quatre heures, et en quarante-huit de tout le royaume, et avec lui tous les officiers de la nonciature. »
- Le pape, n’osant rien contre l’empereur, s’en prend à l’Espagne
- « Rome, qui la traita d'attentat, n'osa s'en plaindre qu'à l'Espagne comme la partie la plus foible », l'accusant de cette offense « pour lui avoir manqué de parole sur l'usage de sa flotte » ; Aldovrandi eut ordre « de se fonder sur un si beau raisonnement » pour demander le rétablissement, « à faute de quoi le pape déclaroit le roi d'Espagne redevable à Dieu et au monde de toutes les vexations où Sa Sainteté se trouveroit exposée, laquelle gardoit en même temps un silence de frayeur à l'égard de l'empereur ».
- Rare expédient du pape sur la non-résidence d’Albéroni en son évêché de Malaga
- Le rare expédient : Albéroni, évêque de Malaga à quatre-vingt-dix mille livres de rente, « n'y vouloit pas s'ennuyer et perdre sa toute-puissance » ; le pape refusa la dispense de résidence — puis « fit dire à Albéroni que tout ce qu'il pouvoit faire étoit de lui accorder la permission de s'absenter six mois l'année de son église ; que la disposition des conciles lui en permettoit l'absence autres six mois, et que, par cet expédient si heureusement trouvé, il auroit ce qu'il demandoit de n'y point aller du tout. »
- Réflexion
- Réflexion : « ainsi, dans ce temps, on pouvoit alléguer les conciles pour dispenser un évêque de six mois par an de résidence ; mais Rome regardoit comme une erreur et comme une offense à la personne et à la dignité du pape de parler de concile quand il s'agissoit de la constitution. »
- Délicatesse horrible de Rome
- La délicatesse horrible : « Rome eût regardé comme un grand manque de respect et comme une erreur punissable si les évêques eussent dit que la constitution faisoit loi et obligeoit les fidèles parce qu'elle avoit été reçue dans l'Église... Rome craignoit toujours ce qu'elle appeloit les maximes et les phrases françaises. »
- Fureurs de Bentivoglio qui dégoûtent de lui les siens mêmes
- « Bentivoglio, dont les furieuses folies pour mettre tout à feu et à sang en France pour hâter sa promotion faisoient demander aux plus attachés à Rome un nonce plus traitable et moins enragé. »
- Il donne au pape des conseils extravagants sur les affaires temporelles
- Ses conseils extravagants : après avoir tant pressé la ligue avec l'empereur « pour se soumettre la France, il le pressa de chercher à borner l'insupportable ambition et puissance de l'empereur, qui vouloit mettre toute l'Europe aux fers. Son jugement parut également en ces deux conseils si contradictoires. Il pressa le pape de former une ligue avec l'Espagne, le roi de Sicile et les Vénitiens. »
- D. Alexandre Albane passe pour vendu à l’Espagne
- « Don Alexandre, frère du cardinal Albane, passoit pour l'espion secret des Espagnols dans l'intérieur du pape son oncle, et pour avoir reçu d'eux quinze mille pistoles à la fois, sans compter d'autres grâces. »
- Mauvois gouvernement du pape
- Le mauvais gouvernement : « le pape mécontentoit tous les princes, n'en ramenoit pas un, n'avoit encore terminé aucun de tous les différends nés sous son pontificat. Il sembloit éloigner tout accommodement sitôt qu'il étoit proposé. »
- Il refuse les bulles de Séville à Albéroni
- Il refusa les bulles de Séville à Albéroni — Acquaviva, « qui haïssoit personnellement Giudice, l'accusa d'y fortifier le pape », lequel alléguait les reproches essuyés pour Malaga et « trembloit de se voir enlever l'État de Ferrare » ; il se plaignait amèrement « que le roi d'Espagne ni ses ministres n'eussent seulement pas pris l'absolution de tant d'entreprises... : forge si principale des fers romains. »
- Frayeur du duc de Parme et ses conseils à l’Espagne
- La frayeur du duc de Parme : « le plus exposé de tous à sa vengeance, [il] ne cessoit d'exhorter l'Espagne de hâter son escadre, et d'augmenter ses troupes de vingt mille hommes, parce que l'empereur augmentoit tous les jours celles qu'il avoit en Italie. »
- Conduite et sentiments d’Albéroni
- Albéroni « affectoit d'en douter, de croire une grande diminution dans les troupes impériales, et les Turcs éloignés de faire la paix. Mais il ne laissoit pas d'appliquer tous ses soins à hâter tout ce qui étoit nécessaire pour attaquer les Allemands en Italie..., et que l'Europe ne seroit jamais tranquille, tandis que l'empereur auroit un soldat et un pouce de terre en Italie. »
- Forces de l’Espagne diversement regardées
- « Les ministres étrangers résidents à Madrid étoient étonnés, et quelques-uns bien aises de voir l'Espagne sortir comme par miracle de sa faiblesse et de sa léthargie ; d'autres en craignoient les effets, persuadés que si les premiers succès de ces forces répondoient aux désirs du premier ministre, il ne s'y borneroit pas. »
- Sage avis de del Maro au roi de Sicile
- Le sage avis de del Maro au roi de Sicile : « qu'il avoit tout à craindre des projets d'Espagne : que tout concouroit à croire qu'ils regardoient le royaume de Naples ; que s'ils en faisoient la conquête, ils attaqueroient après la Sicile, ces deux royaumes étant nécessaires l'un à l'autre, surtout à l'Espagne, pour s'assurer les successions de Toscane et de Parme, le plus cher objet des vues de la reine d'Espagne. »
- Riperda, vendu à Albéroni, lui propose l’union du roi de Sicile au roi d’Espagne
- Riperda, « l'émissaire le plus secret d'Albéroni auprès des ministres étrangers », fit entendre à del Maro « que le dessein étoit de faire passer le printemps prochain quarante mille hommes en Italie, pour attaquer le royaume de Naples, et que si le roi de Sicile vouloit s'unir au roi d'Espagne pour attaquer le Milanois en même temps, ils chasseroient infailliblement les Allemands de l'Italie ».
- Singulière aventure d’argent entre Bubb, Riperda et Albéroni
- La singulière aventure d'argent : Bubb, voulant faire accepter à Albéroni « une gratification très considérable » du roi d'Angleterre, la remit à Riperda ; « loin qu'Albéroni en donnât quelques marques indirectes de reconnoissance, il avoit, en différentes occasions, traité d'infâmes les ministres qui recevoient de l'argent des princes étrangers. Mais qui pouvoit répondre qu'Albéroni ne fût pas assez fourbe pour avoir su profiter de l'argent sans y laisser de sa réputation..., et que Riperda... n'en ait été la dupe ? »
- Triste état personnel du roi d’Espagne et du futur [roi]
- Le triste état du roi et du futur : « ses anciennes vapeurs le reprirent sur la fin de décembre... On sut que sa tête étoit ébranlée au point de ne pouvoir ranger un discours » — l'autorité resterait au cardinal et à la reine, le testament leur étant favorable ; « nulle espérance du prince des Asturies, tendrement aimé des Espagnols » : un enfant « élevé dans la crainte, tenu de fort court par un gouverneur italien perdu d'honneur et de réputation sur tous chapitres » — le duc de Popoli.
- Insolentes vanteries d’Albéroni
- Ses insolentes vanteries : « Albéroni se plaignoit audacieusement de son sort, disoit qu'il n'étoit retenu d'abandonner le chaos des affaires que par sa tendresse pour le roi et la reine d'Espagne..., et se livroit à des comparaisons pompeuses, et à se donner de l'encens, et jusque de l'encensoir. »
- Ses efforts auprès des Hollandois
- Ses efforts auprès des Hollandais : « il les prenoit par l'intérêt de leur commerce, par la crainte de la puissance et des desseins de l'empereur, par la honte de leur servitude des Anglois » — en vain.
- Son opinion de l’Angleterre
- Son opinion de l'Angleterre : il regardait George « comme le plus grand ennemi du roi d'Espagne, qui, par son intérêt de duc d'Hanovre, n'emploieroit jamais les forces de l'Angleterre qu'en faveur de l'empereur, ce qui ne se pouvoit selon lui empêcher qu'en excitant les troubles dans son royaume et dans l'intérieur de sa cour ».
- Ses bravades
- Ses bravades : « la bonté et la modération excessive du roi d'Espagne, jusqu'alors si peu utile, lui devoit servir de leçon pour en changer... De là à braver, à se vanter, à se louer, à soutenir qu'une conduite tout opposée étoit le seul chemin de la paix, non à la mode de l'empereur et de Georges, mais d'une paix raisonnable, sûre et solide. »
- Riche arrivée des galions
- « Les galions arrivèrent tout à la fin de cette année 1717, fort richement chargés, et apportèrent pour le compte du roi d'Espagne dix-huit cent mille piastres, secours arrivé fort à propos dans une conjoncture où on ne voyoit point d'alliés à l'Espagne. »
- Haute déclaration des ambassadeurs d’Espagne en France, en Angleterre et ailleurs
- La haute déclaration des ambassadeurs : ordre de protester du désir d'une paix solide, « mais dont la condition principale devoit être l'engagement pris par l'empereur de ne plus tirer de contributions d'aucun prince ni État d'Italie, et de n'y plus envoyer de troupes ; que le mal devenoit tel, qu'il ne pourroit plus trouver de frein si la paix se faisoit en Hongrie ».
- Propos d’Albéroni sur l’Angleterre et la Hollande
- Ses propos : « il affectoit de répandre qu'il ne pouvoit croire que la nation anglaise prît les intérêts de l'empereur assez à cœur pour se déclarer contre l'Espagne. Il parloit des Hollandois avec plus d'assurance..., mais il se plaignoit qu'ils pussent compter que l'Espagne leur sauroit gré de leurs ménagements et de leur neutralité. »
- Mesures militaires d’Albéroni
- Ses mesures militaires : « faire payer les troupes exactement..., l'approvisionnement des places, les magasins ; quatre fonderies pour des canons de bronze..., six vaisseaux de ligne au Passage, que les constructeurs s'obligèrent à livrer tout prêts en avril 1719, en attendant une remise envoyée en Hollande de quatre cent mille piastres pour acheter six navires. Les seuls revenus du roi d'Espagne suffisoient à ces dépenses. »
- Il veut engager une guerre générale
- La guerre générale voulue : « l'Espagne ne se pouvoit flatter d'un accommodement raisonnable si elle ne se montroit armée, espérant d'obliger les plus indifférents à entrer en danse, et de faire venir à chacun l'envie de danser par les bons instruments qu'on accordoit à Madrid. Ainsi il étoit évident qu'il ne songeoit qu'à la guerre et point à traiter. »
- Les Anglois ne laissent pas de le ménager
- « Nonobstant ces notions claires, les Anglois ne laissoient pas de le ménager, et ne désespéroient pas encore de parvenir à leurs fins. Georges fit renouveler à la reine et au cardinal tout ce qu'il leur avoit déjà fait promettre en cas de mort du roi d'Espagne. »
- Triste état personnel du roi d’Espagne, quoique rétabli
- Le roi quoique rétabli : « il étoit plongé dans une mélancolie profonde, et tellement dévoré de scrupules, qu'il ne pouvoit se passer un moment de son confesseur, quelquefois même au milieu de la nuit. »
- Mesures d’Albéroni pour être seul et bien le maître de sa personne
- Les mesures d'Albéroni sur sa personne : « il se défioit du premier médecin, chirurgien et apothicaire du roi, tous trois françois, tous trois fort bien dans l'esprit du roi et de la reine ; mais le cardinal les trouvoit trop rusés et trop adroits... Tous les premiers ministres se ressemblent en tous pays. La principale qualité d'un médecin, selon celui-ci..., étoit de n'être point intrigant. »
- Docteur Servi, médecin parmesan
- Le docteur Servi, médecin parmesan : sa capacité « étoit des plus médiocres ; mais le hasard y devoit suppléer. Le point étoit qu'il eût du flegme, de la patience, du courage pour éluder les panneaux et les traits des trois François... Il a figuré depuis, et a été premier médecin de la reine, et puis du roi jusqu'à sa mort. »
- Proposition en l’air de marier le prince des Asturies à une fille du prince de Galles
- La proposition en l'air : le P. Daubenton proposa au colonel Stanhope « le mariage du prince des Asturies avec une fille du prince de Galles. Le colonel, qui n'étoit pas instruit des intentions du roi son maître, n'osa répondre précisément sur une matière dont il sentoit les difficultés et les conséquences par rapport à la religion » ; Albéroni « n'en ouvrit pas la bouche ; il se contenta... de lui faire quelques questions sur la personne et le caractère de la princesse ».
- Roideur de l’empereur soutenu des Anglois
- La roideur de l'empereur soutenue : les Hanovriens « trouvoient mauvais que le régent se montrât si opiniâtre à vouloir la renonciation absolue de l'empereur à la monarchie d'Espagne, et l'assurance des successions de Parme et de Toscane » ; Penterrieder assurait que l'empereur n'y consentirait jamais, et Robeton « décidoit et déclaroit que, si le régent ne se relâchoit sur ces deux articles, il étoit inutile de négocier ».
- Inquiétude du roi de Sicile
- L'inquiétude du roi de Sicile, « plus soupçonneux et plus persuadé que qui que ce fût que la défiance est une partie essentielle de la politique » : il craignait une négociation « dont vraisemblablement une des premières conditions seroit de le dépouiller de la Sicile. On ne lui en avoit pas fait encore la moindre ouverture... Il se plaignit à l'Angleterre d'un mystère si long à son égard. »
- Propos de son envoyé en Angleterre avec Stanhope, qui l’augmente
- Les propos de La Pérouse avec Stanhope : son maître « hasarderoit tout plutôt que de souffrir une injustice ; l'Angleterre étoit garante des avantages qu'elle lui avoit procurés par le traité d'Utrecht » ; « Stanhope répondit en homme embarrassé et qui craignoit de s'engager. Il mit des révérences à la place des raisons. »
- La Pérouse est la dupe de Penterrieder sur la France
- La Pérouse dupe : Stanhope le laissa « pleinement persuadé que la France et l'Angleterre avoient une égale intention de donner atteinte aux traités d'Utrecht » ; « soufflé d'ailleurs par les émissaires de Penterrieder, [il] se persuada que la France et l'Espagne s'entendoient ensemble et que le régent n'avoit laissé aller Monti à Madrid que pour gagner Albéroni, et qu'il y avoit réussi. »
- Le czar prend la protection du duc de Mecklembourg, et rassure le roi de Prusse sur un traité particulier avec la Suède
- Le czar protecteur : son ministre déclara à Bernsdorff « que le czar ne pourroit s'empêcher de protéger le duc de Mecklembourg son parent, si on entreprenoit de l'opprimer sous de vains prétextes » ; et comme on croyait sa paix particulière avec la Suède imminente, « le czar démentit les bruits publics. Il écrivit au roi de Prusse, et l'assura positivement qu'il détestoit les traités secrets, et qu'il n'avoit jamais pensé à en conclure. »
- Mort de la maréchale de Duras
- « Elle [l'année] finit en France par la mort de la maréchale de Duras à soixante-quinze ou soixante-seize ans, sœur du dernier duc de Ventadour, fort retirée dans une terre près d'Orléans. C'étoit une femme singulière, boiteuse, fort grosse et de beaucoup d'esprit. J'avois oublié d'en faire mention ; car elle mourut dès le mois de septembre. »
- Quatre gentilshommes de Bretagne mandés par lettre de cachet pour venir rendre compte de leur conduite
- « Tout à la fin de l'année, on envoya en Bretagne quatre lettres de cachet, pour ordonner à quatre gentilshommes de Bretagne qui y avoient paru les plus opposés aux volontés de la cour, d'y venir rendre compte de leur conduite. Leur nom étoit MM. de Piré, Bonamour, Noyan et Guesclairs. »
◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶
© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved