TOME XVI · CHAPITRE III
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Résumé
La Sardaigne « en achoppement à la paix » ; l'attention de Cellamare aux affaires de Bretagne — la sédition qui l'intéresse ; l'adresse de Monteléon, le manège du roi de Sicile dont Penterrieder profite, sa « bassesse pour l'Angleterre, qui le méprise et veut procurer la Sicile à l'empereur » ; l'erreur de Beretti que Cadogan désabuse ; l'« intérêt personnel de l'abbé Dubois » ; les plaintes « malignes » des Piémontais ; Cellamare déclare partout que l'Espagne n'acceptera point ; Beretti et Cadogan travaillent tour à tour Amsterdam ; Nancré rend…
Les entrées
- La Sardaigne en achoppement à la paix
- La Sardaigne en achoppement : « il y avoit encore une voie pour satisfaire le roi catholique, c'étoit de lui conserver la possession de la Sardaigne ; mais la chose ne pouvoit se faire qu'au préjudice du duc de Savoie, à qui ce royaume étoit destiné en dédommagement de celui de Sicile. Le régent dépêcha cependant un courrier à Londres, portant ordre à l'abbé Dubois de le proposer au roi d'Angleterre » — qui, après deux conseils « pour la forme seulement », décida « qu'il ne convenoit pas d'altérer la substance du projet accepté par l'une des parties ».
- Attention de Cellamare aux affaires de Bretagne
- L'attention de Cellamare à la Bretagne : comptant que ce changement apaiserait son maître, il avertit Monteléon d'y travailler sous main ; « mais la prévoyant [la signature], il donnoit une attention très particulière à ce qui se passoit en Bretagne, et ne manquoit pas d'avertir que, les affaires s'aigrissant, les mouvements de cette province devenoient chaque jour plus considérables. »
- Adresse de l’avis de Monteléon à Albéroni
- L'adresse de Monteléon : il rapporta à Albéroni le mot de La Pérouse — son maître « ne se laisseroit pas dépouiller de son royaume sans faire auparavant tous les efforts que son honneur et ses droits demandoient » —, laissant espérer que cette fermeté déconcerterait le projet ; « mais après avoir fait entrevoir ce rayon d'espérance, il essaya de le détruire lui-même en représentant qu'il n'étoit pas permis de prendre confiance en la sincérité du roi de Sicile..., qui tenoit à Vienne un ministre caché, et sollicitoit fortement l'empereur d'accorder la seconde archiduchesse. »
- Manège du roi de Sicile
- Le manège du roi de Sicile : criant contre le projet d'un côté, négociant secrètement à Vienne de l'autre — le double jeu que « la connoissance que tout le monde avoit du caractère de ce prince » rendait transparent.
- Penterrieder en profite
- Penterrieder en profita : il assura La Pérouse « que, si l'empereur avoit voulu consentir à laisser la Sardaigne au roi d'Espagne, Sa Majesté Catholique auroit sans hésiter promis d'unir ses armes aux armes impériales pour enlever la Sicile au duc de Savoie », concluant « que le mieux pour l'un et pour l'autre seroit de s'accommoder ensemble sans l'intervention de la France ni de l'Angleterre ».
- Bassesse du roi de Sicile pour l’Angleterre, qui le méprise et qui veut procurer la Sicile à l’empereur
- La bassesse du roi de Sicile : il écrivit au roi d'Angleterre pour demander la communication du projet, protestant « que jamais il ne s'étoit écarté de la volonté et des intentions de l'Angleterre, les ayant toujours aveuglément suivies ; que cette maxime seroit toujours la règle inviolable de sa conduite. Cette lettre demeura longtemps sans réponse » — l'Angleterre voulant la Sicile pour l'empereur.
- Sage avis de Monteléon
- Le sage avis de Monteléon : « il étoit impossible de changer dans le moment présent aucune condition d'une convention acceptée et signée par l'empereur ; si on pouvoit espérer quelque modification, ce ne seroit tout au plus que dans la suite, par les offices..., ou plus certainement encore par les offres qu'on pourroit faire et les sommes qu'on distribueroit à Vienne » ; il regrettait le temps perdu : entrés dès le début de la négociation, les ministres d'Espagne auraient « peut-être obtenu ce que [le roi] désiroit ».
- Erreur de Beretti
- L'erreur de Beretti : il « s'étoit flatté que de pareils offices seroient d'un grand poids, et que la cour de Vienne, ayant tant de raisons particulières de marquer sa considération pour le régent, ne pourroit se dispenser de déférer à ses instances ».
- Cadogan le désabuse
- Cadogan le désabusa « avec beaucoup de franchise » : « si le régent faisoit quelque représentation, il ne la feroit que pour la forme, pour sauver un reste d'honneur, mais sans insister ; il ne le pouvoit étant totalement engagé » ; et il ajouta que l'Angleterre n'avait « nul penchant pour le roi de Sicile », dont on savait le ministre caché à Madrid pendant qu'il négociait à Vienne.
- Intérêt personnel de l’abbé Dubois
- L'intérêt personnel de Dubois, dans la parenthèse de Saint-Simon sur cette « confidence » de Cadogan : « c'est-à-dire le mépris de l'Espagne livrée par la France, gouvernée et muselée par l'abbé Dubois qui ne songeoit qu'à son chapeau qu'il ne pouvoit obtenir que par l'autorité de l'empereur sur le pape, et par la recommandation forte du roi d'Angleterre auprès de l'empereur. »
- Plaintes malignes des Piémontois
- Les plaintes malignes des Piémontois : « Son Altesse Royale, de concert avec Stairs, jouoit également le roi d'Espagne et le roi de Sicile ; on faisoit entendre au roi d'Espagne, pour le porter à l'acceptation du traité, que le roi de Sicile étoit près de faire son accommodement avec l'empereur ; on disoit en même temps au roi de Sicile que le roi d'Espagne accepteroit le plan, si les demandes qu'il faisoit au préjudice de la maison de Savoie lui étoient accordées. »
- Cellamare déclare, tant qu’il peut, que l’Espagne n’acceptera point le projet de traité
- Les déclarations de Cellamare : le roi d'Espagne « trouvoit le plan injuste et détestable ; s'il y souscrivoit jamais, ce ne seroit que forcé par la violence et par la fatalité malheureuse d'être abandonné de tout le monde. Cellamare fit voir à Provane et à beaucoup d'autres les ordres qu'il avoit reçus » — pour couper court aux bruits d'« acceptation limitée ».
- Beretti et Cadogan vont, l’un après l’autre, travailler à Amsterdam pour mettre cette ville dans leurs intérêts contraires
- Amsterdam disputée : Beretti y conféra avec les pensionnaires Buys et Bassecourt et les bourgmestres, employant « les promesses ; celles qui regardoient le commerce firent assez d'impression pour empêcher la régence de cette ville de prendre aucune résolution » ; les Anglais s'en plaignirent « et Cadogan se crut obligé d'aller à Amsterdam réparer le mal » — Beretti le craignant, « persuadé que le roi d'Angleterre avoit remis entre ses mains des sommes très considérables pour gagner des suffrages », et le regardant « moins comme Anglois que comme ministre de l'empereur, dont il avoit la patente de feld-maréchal ».
- Nancré rend le roi de Sicile suspect à l’empereur
- Nancré rendit le roi de Sicile suspect : « aussitôt que ce prince avoit appris que la France et l'Angleterre offroient la Sicile à l'empereur, il avoit dépêché à Vienne, pour l'offrir aussi », contre le mariage d'une archiduchesse ; « l'offre n'étoit pas nouvelle ; le même duc de Savoie l'avoit déjà faite peu de temps avant la mort du feu roi. »
- Albéroni raisonne sainement sur la Sicile et sur le roi Georges ; très malignement sur le régent ; artificieusement sur le roi de Sicile ; déclame contre le traité, contre lequel il fait faire partout les déclarations les plus fortes ; presse les préparatifs
- Les raisonnements d'Albéroni : sainement sur la Sicile — l'empereur, depuis Utrecht, « n'avoit pensé qu'aux moyens de l'acquérir » pour s'assurer Naples et une marine — et sur George, « étant Allemand, et voulant conserver l'injuste acquisition de Brême et de Verden » ; malignement sur le régent — « ces raisons secrètes et personnelles avoient beaucoup plus de part aux changements projetés dans l'Europe que les raisons d'État » ; artificieusement sur le roi de Sicile, dont il demanda « l'explication d'un pareil galimatias » : « on vouloit tromper le roi d'Espagne, et le traiter comme un enfant ; on lui montroit de loin une babiole, et s'il ne l'acceptoit pas, on le menaçoit de lui déclarer la guerre. » Il déclamait contre « ce pot-pourri infâme, qui disposoit contre toutes les règles et tyranniquement des biens et de l'état des souverains..., cette malheureuse France, concourant à des maximes si impies, aidant elle-même à se forger des fers » ; Beretti dut déclarer au Pensionnaire « que, si le roi d'Espagne avoit à mourir, il ne mourroit que l'épée à la main ».
- Secret impénétrable sur la destination de son entreprise
- Le secret impénétrable : « bien des gens croyoient le débarquement destiné pour Naples..., d'autres assuroient que la reine d'Espagne souhaitoit qu'on introduisît des garnisons dans les places du grand-duc et du duc de Parme. Il est certain que le secret avoit été gardé très exactement, et que les agents du roi de Sicile, malgré leur activité..., ignoroient absolument le but de l'entreprise, et se trompoient comme les autres dans leurs conjectures. »
- Continue à bien traiter Nancré et à conférer avec lui et avec le colonel Stanhope
- « Albéroni continuoit d'avoir beaucoup d'égards pour Nancré. Ils avoient souvent de longues conférences. Le colonel Stanhope étoit introduit à quelques-unes... Les courriers dépêchés continuellement de Paris à Madrid, et de Madrid à Paris, donnoient lieu de croire que la France et l'Espagne agissoient de concert ; que, si ce n'étoit pour l'exécution du traité, ce seroit pour la guerre. »
- Le colonel Stanhope pense juste sur l’opiniâtreté d’Albéroni
- « Le colonel Stanhope étoit persuadé que ni les instances des François ni les siennes n'apporteroient de changement à la résolution que le roi d'Espagne avoit prise de faire la guerre. »
- Réponse de ce cardinal à une lettre du comte Stanhope, qui le pressoit d’accepter le traité
- La réponse au comte Stanhope : « Si les prémisses que Votre Excellence établit dans sa lettre étoient vraies, les conséquences seroient infaillibles ; mais il est question que laboramus in principiis. Enfin le roi catholique est malheureux, puisque après avoir donné les dernières marques d'amitié au roi de la Grande-Bretagne..., non seulement il ne peut tirer de l'un et de l'autre une juste reconnoissance ; mais l'état même d'indifférence lui sera refusé. »
- Plaintes et vanteries d’Albéroni
- Ses plaintes et vanteries : « il se récrioit souvent sur l'ingratitude des Anglois ; il vouloit faire croire qu'il recevoit souvent des reproches du roi et de la reine d'Espagne de la vivacité qu'il avoit témoignée lorsqu'il avoit été question de conclure les deux derniers traités avec le roi Georges..., [et] se consoloit par l'espérance de faire bientôt éclater aux yeux du monde la puissance où l'Espagne s'étoit élevée depuis le peu de temps qu'il la gouvernoit. »
- Forces actuelles de l’Espagne
- Les forces de l'Espagne : « on étoit à la veille de voir dans la Méditerranée trois cents voiles sous pavillon d'Espagne, trente-trois mille hommes de débarquement, cent pièces de canon de vingt-quatre, vingt autres de campagne, vingt mille quintaux de poudre, cent mille boulets, trois cent soixante-six mille outils à remuer la terre..., particulièrement six mille chevaux... Le trésor pour l'armée et pour la flotte montoit à un million et demi d'écus », sans compter vingt-cinq mille pistoles remises à Gênes pour le duc de Parme.
- Crédit de ce premier ministre sur Sa Majesté Catholique
- Son crédit : « le roi et la reine d'Espagne, dont il possédoit alors la faveur et la confiance, l'entretenoient dans la bonne opinion qu'il avoit plus que personne et de ses talents et de l'étendue de son génie. Comme il étoit maître d'employer comme il vouloit le nom de Leurs Majestés Catholiques », il leur fit mépriser « le libelle infâme divulgué contre lui par l'ambassadeur de l'empereur à la cour de Rome ».
- Albéroni menace Gallas, les Allemands et le pape
- Ses menaces : il « promit de se venger du perfide ministre de la cour de Vienne..., et de faire la guerre aux Allemands de manière que cette barbare nation s'en sentiroit longtemps. Il ne menaçoit pas moins le pape..., déploroit le peu de courage que le chef de l'Église montroit lorsqu'il s'agissoit de défendre la religion..., [et] laissoit entrevoir que Sa Sainteté auroit lieu de se repentir de la manière dont elle en usoit à son égard. »
- Vanteries de ce cardinal
- Ses vanteries : privé des bulles de Séville mais jouissant des revenus des deux églises, « il se vanta qu'ils lui suffiroient pour vivre commodément à Madrid à la barbe de Pantalon et pour aller en avant » ; et pour montrer son crédit en France, il révéla que le régent, loin de servir Giudice, « avoit envoyé les lettres tout ouvertes de Giudice à Albéroni, sans les accompagner de la moindre ligne ».
- Vaines espérances de Giudice qui s’indispose contre Cellamare
- Les vaines espérances de Giudice : « il étoit si persuadé [que les offices du régent] réussiroient, qu'en attendant la réponse de Son Altesse Royale, il différoit à exécuter les ordres qu'il avoit reçus d'ôter les armes d'Espagne de dessus la porte de son palais. En vain Cellamare, son neveu, le pressoit d'obéir, il attribuoit ses instances au désir lâche et bas de plaire au premier ministre. »
- Bassesses de ce neveu
- Les bassesses du neveu : Giudice « lui reprocha plusieurs fois la déférence excessive qu'il avoit pour les folies furieuses d'Albéroni », et « rappelant ce qui s'étoit passé entre eux quelques années auparavant, il compara les insinuations que Cellamare lui faisoit alors à celles que ce même neveu, si zélé pour son oncle, lui avoit faites à Bayonne pour l'engager à signer l'infâme projet d'Orry sans y changer un iota ».
- Chimères attribuées à Giudice, qui font du bruit et du mal à Madrid
- Les chimères attribuées à Giudice : « le bruit se répandit qu'il avoit fait des projets et pris des mesures pour retourner en Espagne en cas que le roi catholique vînt à mourir, comptant beaucoup sur la tendresse du prince des Asturies pour lui » ; ces soupçons « causèrent la prison d'un nommé don François d'Aguilar, que le roi d'Espagne fit arrêter comme principal entremetteur de cette correspondance ».
- Il les désavoue et déclame contre les chimères et le gouvernement d’Albéroni
- Son désaveu et ses déclamations : traitant tout « de calomnie inventée par Albéroni », il conseilla à son neveu « d'épargner tant de ruses inutilement employées pour attirer dans ses sentiments un oncle vieilli dans les affaires, assez instruit du mérite d'Albéroni pour mépriser sa personne et sa toute-puissance » ; et il tournait les projets espagnols en ridicule : « il sembloit... que le royaume de Naples fût déjà conquis, le Milanois englouti, l'infant don Carlos grand-duc de Toscane et duc de Parme..., qu'il ne manquoit rien à ces progrès si rapides que la petite circonstance qu'il n'y avoit pas la moindre ombre de vérité. »
- Fausse et basse politique du pape
- La fausse et basse politique du pape : connaissant l'intérêt de ménager les couronnes dans un traité qui touchait « les droits du saint-siège », il « se contentoit cependant de simples paroles... La seule règle de sa politique étoit de faire par pure crainte tout ce que l'empereur exigeoit d'elle, pendant qu'elle montroit beaucoup de vigueur dans toutes les affaires qui regardoient la France et l'Espagne » — Saint-Simon notant toutefois qu'on « auroit tort de condamner » la fermeté sur les bulles de Séville, dont l'Espagne « eut lieu de se repentir dans les suites aussi bien que du cardinalat qu'elle avoit procuré à cet étrange sujet ».
- Cellamare se fait bassement, gratuitement et mal à propos l’apologiste d’Albéroni à Rome
- L'apologie déplacée de Cellamare : « quoique dans un emploi qui ne l'engageoit nullement à prendre connoissance de ce que les Allemands faisoient à Rome », il « crut faire un trait de bon courtisan... en répondant à l'écrit imprimé et publié par les Allemands » par une lettre à Acquaviva — lequel, « naturellement ennemi du cardinal del Giudice », la fit voir au pape sans en demander le secret, « bien aise d'avoir une pièce entre les mains capable d'irriter à jamais la cour de Vienne contre Cellamare ».
- Il en reçoit de justes reproches de son oncle
- Les justes reproches de l'oncle : « il en fit des reproches à son neveu, trouvant que, pour un homme sage, il avoit agi trop légèrement, et sans réflexion sur les conséquences dangereuses d'accuser si souvent et si clairement les ministres impériaux de fausseté et de supposition » — ses biens de Naples dépendant de la paix et des Allemands.
- Esprit de la pour de Vienne
- L'esprit de la cour de Vienne : « il savoit que le démérite d'un seul devient à la cour de Vienne celui de toute une famille, que les Impériaux ne pardonnent jamais, et que le ressentiment et la vengeance de leur part s'étendent à toute la race tant que les générations subsistent. Giudice, mécontent du roi d'Espagne et de son gouvernement, continuoit à le décrier de toute son éloquence, en séparant toujours avec respect le roi de son premier ministre. »
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