TOME II · CHAPITRE VIII

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Résumé

Le quiétisme frappe : le P. La Combe à la Bastille ; orage contre Chevreuse, Beauvilliers et tous les attachés de M. de Cambrai ; « sainte magnanimité » de Beauvilliers offrant sa démission, « grande et prodigieuse action » de l'archevêque de Paris ; quatre domestiques principaux des enfants de France chassés, le frère de Fénelon cassé. Bossuet consulte M. de la Trappe sur Cambrai et publie sa lettre à son insu — brouille irréparable de Rancé avec l'archevêque et ses amis. La duchesse de Béthune, principale amie de Mme Guyon ; complaisance de Chevreuse et Beauvilliers pour l'auteur au sujet de la Trappe, et la « plaisante aventure » entre le duc de Charost et lui. Caretti, l'empirique devenu grand seigneur.

Les entrées

P. La Combe à la Bastille
Le P. La Combe, l'ancien directeur de Mme Guyon, est mis à la Bastille, « duquel on publia qu'on découvrit d'étranges choses » — pendant que les écrits se multiplient et que Mme de Maintenon, ayant « levé le masque », confère continuellement avec MM. de Paris, de Meaux et de Chartres.
Orage contre les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers et les attachés à M. de Cambrai
L'orage contre les ducs : Mme de Maintenon, « piquée de la conduite indépendante d'elle des deux ducs sur les Maximes des saints », consent à leur perte ; le duc de Noailles, « qui songeoit à s'assurer la dépouille de M. de Beauvilliers, poussoit incessamment à la roue » — visant les trois places à la fois : gouverneur des enfants de France, chef du conseil des finances, ministre d'État. On persuade au roi « qu'il en répondroit devant Dieu s'il laissoit plus longtemps un si grand obstacle » à la bonne cause à Rome. Saint-Simon, « tout jeune que j'étois », recueille tout — jusqu'aux confidences imprudentes de la comtesse de Roucy, « tant la haine a d'aveuglement » — et va tout révéler à M. de Beauvilliers.
Sainte magnanimité du duc de Beauvilliers
La sainte magnanimité du duc : il écoute sans interruption, remercie avec tendresse — et refuse tout ménagement : « il n'avoit jamais souhaité aucune place ; que Dieu l'avoit mis en celles où il étoit ; que quand il les lui voudroit ôter, il étoit tout prêt de les lui remettre… et se garder surtout de faire la moindre chose qui pût lui donner du scrupule en mourant. » « Je m'en allai si pénétré de ces sentiments si chrétiens, si élevés et si rares, que je n'en ai jamais oublié les paroles… je crois que je les redirois toutes et dans le même arrangement que je les entendis. »
Grande et prodigieuse action de l’archevêque de Paris
La « grande et prodigieuse action » de l'archevêque de Paris : le roi, ne tenant plus à Beauvilliers « que par un filet d'ancienne estime », consulte — de tous les prélats — précisément le frère de celui à qui toute la dépouille était destinée, jusqu'à lui dire que Noailles aurait toutes les places. « Si M. de Paris y eût consenti, dans l'instant même, la perte de l'un et l'élévation de l'autre étoit déclarée. » Mais l'archevêque « s'écria sur la pensée du roi comme passant le but », plaida la vertu et la candeur de Beauvilliers, le tort d'un tel éclat jusqu'à Rome — et conclut à n'ôter que quelques subalternes. « Ce fut ce qui le sauva, et le roi en fut fort aise » ; devenir « sciemment l'obstacle de la plus grande fortune d'un frère » parut à Saint-Simon plus admirable encore que le détachement de Beauvilliers.
Quatre domestiques principaux des enfants de France chassés et remplacés, et le frère de M. de Cambrai cassé
L'orage tombe sur les autres, le lundi 2 juin : l'abbé de Beaumont sous-précepteur, l'abbé de Langeron lecteur, Dupuis et L'Échelle gentilshommes de la manche, chassés « sans aucune conservation pécuniaire » — « et Fénelon, exempt des gardes du corps, cassé, sans autre faute que le malheur d'être frère de M. de Cambrai » : « rien ne marqua plus la rage de la cabale. » Mais Beauvilliers reçoit ordre de proposer lui-même les remplaçants : les abbés Le Fèvre et Vittement — celui-ci dû « à la beauté de la harangue qu'il avoit faite au roi sur la paix » —, Puységur, l'âme des campagnes de Luxembourg, et Montriel. Mme Guyon est transférée à la Bastille ; les ducs et leurs femmes essuient à Marly « une désertion presque générale » — qu'ils supportent « sans dédain… et surtout sans rien chercher », jusqu'à ce que la cour, voyant le roi les traiter de même, revienne.
M. de Meaux consulte M. de la Trappe sur M. de Cambrai, publie [sa lettre] à son insu, et le brouille pour toujours avec cet archevêque et avec ses amis
La lettre de M. de la Trappe : Bossuet, son vieil ami, lui avait envoyé les écrits et demandé son avis « franchement, et en amitié ». Rancé, croyant écrire en particulier, « manda tout net à M. de Meaux que si M. de Cambrai avoit raison, il falloit brûler l'Évangile, et se plaindre de Jésus-Christ, qui n'étoit venu au monde que pour nous tromper ». Mme de Maintenon « voulut absolument qu'on imprimât cette réponse » : triomphe d'un côté, cris perçants de l'autre — le solitaire « qui de son désert osoit anathématiser un évêque ». Rancé, « très-affligé de l'impression de sa lettre », publie une seconde lettre de reproches mesurés à Bossuet ; « c'étoit à M. de Meaux, et plus encore à Mme de Maintenon, qu'il s'en falloit prendre » — mais Cambrai et ses amis « ne le pardonnèrent de leur vie à M. de la Trappe ».
Duchesse de Béthune, principale amie de Mme Guyon
La duchesse de Béthune, fille de M. Fouquet, « la grande âme du petit troupeau, l'amie de tous les temps de Mme Guyon, et celle devant qui M. de Cambrai étoit en respect et en admiration » : le petit troupeau « avoit donc réuni dans une liaison intime la fille de M. Fouquet et les filles de M. Colbert ».
Complaisance des ducs de Chevreuse et de Beauvilliers pour moi sur M. de la Trappe
La complaisance des ducs : en promenade au canal de Fontainebleau, Chevreuse, Beauvilliers et Béthune se lâchent contre M. de la Trappe ; Saint-Simon, à bout, demande à sortir du carrosse — « qu'à tout âge on pouvoit sortir d'un carrosse… mais que je leur demandois l'amitié d'avoir aussi égard à ma faiblesse ». « MM. de Chevreuse et de Beauvilliers sourirent : Eh bien ! dirent-ils, nous avons raison, mais nous n'en parlerons plus » — « et jamais depuis je ne leur en ai ouï dire un mot ».
Plaisante et fort singulière aventure entre le duc de Charost et moi sur M. de Cambrai et M. de la Trappe
L'aventure avec le duc de Charost, « infatué à l'excès de M. de Cambrai » : malgré tous les avertissements, il lâche à Marly que M. de la Trappe était « mon patriarche devant qui tout autre n'étoit rien ». Réplique foudroyante : « Il est vrai que ce l'est, mais vous et moi avons chacun le nôtre, et la différence qu'il y a entre les deux, c'est que le mien n'a jamais été repris de justice » — Cambrai étant condamné à Rome. « Voilà Charost qui chancelle… la gorge s'enfle, les yeux lui sortent de la tête, et la langue de la bouche » — les dames à sa cravate, l'eau jetée au visage. « Nous n'en fûmes pas un instant moins bien ni moins librement ensemble, et dès la même journée ; mais ce que j'y gagnai, c'est qu'il ne se commit jamais plus à quoi que ce soit sur M. de la Trappe. »
Caretti, empirique, devient grand seigneur
Caretti, l'empirique devenu grand seigneur : l'Italien aux remèdes uniques « à toutes sortes de maux », enrichi par les cures désespérées — Caderousse guéri de la poitrine, La Feuillade « abandonné solennellement des médecins, qui le signèrent, et que Caretti ne voulut pas entreprendre sans cette formalité ». Se disant héritier spolié de la maison Savoli — « on se moqua de lui et ses protecteurs mêmes » —, il partit plaider en Italie muni d'une recommandation de Monsieur : le grand-duc manda quatre ou cinq ans plus tard « que sa naissance et son droit avoient été reconnus ; qu'il lui avoit été adjugé cent mille livres de rente… En effet, cet empirique vécut encore longtemps grand seigneur. »

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