TOME III · CHAPITRE PREMIER

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Résumé

L'Espagne entre en agonie : Tallard à Fontainebleau, le conseil d'État d'Espagne et les principaux seigneurs supputant les suites de la mort prochaine de Charles II. Saint-Simon rapporte l'« avis célèbre » rendu jadis sur les renonciations de la reine Marie-Thérèse — la pièce juridique dont dépendra la couronne —, la chute de la reine d'Espagne, et la consultation secrète du pape, dont la réponse pèsera sur le testament.

Les entrées

Tallard à Fontainebleau
Tallard, à Fontainebleau au retour de La Haye, « se donnoit l'honneur du traité de partage qu'il avoit signé avec le roi d'Angleterre, comme d'un chef-d'œuvre de politique » — « tandis que le roi d'Angleterre, qui se moquoit de lui, s'applaudissoit avec raison de l'avoir imaginé » ; et Saint-Simon d'y voir déjà « de ces secrets de la Providence toute seule qui dispose des empires, comme, quand et en la manière qu'il lui plaît, par des voies si profondes… que toute vue et toute prudence humaines est demeurée dans les plus épaisses ténèbres jusqu'au moment de l'événement ».
Conseil d’État d’Espagne et quelques autres seigneurs
Le conseil d'État d'Espagne, galerie complète : Portocarrero, « grand homme tout blanc… le sens bon et droit, avec un esprit et une capacité fort médiocres, une opiniâtreté entêtée… excellent ami, ennemi implacable » et « quoique grand autrichien, ennemi de la reine et de tous les siens » ; l'amirante « dévoué à la fortune, décrié sur tous les chapitres, l'homme d'Espagne le plus attaché à la reine » ; San Estevan, « en tout un homme d'État » ; Villafranca, « Espagnol jusques aux dents… un personnage à l'antique » ; Arias « un vrai homme d'État, grand ennemi de toutes voies obliques » ; Ubilla, le secrétaire des dépêches universelles « uniquement attaché au bien, à la grandeur et à la conservation de la monarchie » ; le vieux Mancera « le plus honnête homme qui fût en Espagne » ; et hors conseil, Medina-Sidonia l'ambitieux, Benavente « le meilleur des hommes, sans esprit », Montalte et Monteléon les Autrichiens suspects, et Villena-Escalona — « la vertu, l'honneur, la probité, la foi, la loyauté, la valeur, la piété, l'ancienne chevalerie même, je dis celle de l'illustre Bayard, non pas celle des romans ».
Réflexions et mesures de quelques-uns des principaux seigneurs sur les suites de la mort prochaine du roi d’Espagne
Les réflexions des principaux seigneurs : Villafranca, le premier, ouvre les yeux « au seul parti qu'ils avoient à prendre pour empêcher le démembrement de la monarchie » — faire tomber la succession entière au second fils du Dauphin. Il gagne Medina-Sidonia — « gouverné par son intérêt » —, puis Villagarcias et Villena, puis San Estevan « la meilleure tête du conseil », enfin Portocarrero par Villafranca son ami intime : « voilà donc cinq hommes très-principaux résolus à donner leur couronne à un de nos princes » — des Espagnols « la plupart fort autrichiens, mais qui aimoient mieux l'intégrité de leur monarchie, et leur grandeur et leurs fortunes particulières, que la maison d'Autriche », et cela « sans que le roi ni personne en France songeât à rien moins, et sans que Blécourt en eût la moindre connoissance ».
Avis célèbre sur les renonciations de la reine Marie-Thérèse
L'avis célèbre de Villafranca sur les renonciations : celles de Marie-Thérèse « étoient bonnes et valables, tant qu'elles ne sortoient que l'effet qu'on avoit eu pour objet en les exigeant » — empêcher la réunion des deux couronnes sur une même tête ; « mais que, maintenant que ce prince avoit trois fils, le second desquels pouvoit être appelé à la couronne d'Espagne, les renonciations devenoient caduques », ne produisant plus qu'un effet « injuste en soi » et menant « à la dissipation et la destruction totale d'une monarchie, pour la conservation de laquelle ces renonciations avoient été faites ». « Cet avis célèbre fut approuvé de tous. »
Chute de la reine d’Espagne
La chute de la reine : le conseil, joint à la voix publique « contre la faveur et les rapines de la Berlips », force la favorite allemande à fuir avec ses trésors — après une dernière promesse écrite d'une Toison d'or pour le futur mari de sa fille ; puis le prince de Darmstadt est remercié et son régiment allemand licencié : « ces deux coups et si près à près atterrèrent la reine, et la mirent hors de mesure pour tout le reste de la vie du roi » — elle « bonne et peu capable » et à qui « il falloit toujours quelqu'un qui la gouvernât ». Troisième coup : le confesseur autrichien du roi chassé et remplacé par une créature de Portocarrero — « alors il tint le roi d'Espagne par le for de la conscience, qui eut sur lui d'autant plus de pouvoir qu'il commençoit à ne regarder plus les choses de ce monde qu'à la lueur de ce terrible flambeau qu'on allume aux mourants ».
Le pape consulté secrètement
Le pape consulté secrètement : le roi d'Espagne, « flottant, irrésolu, déchiré en soi-même » entre l'amour de sa maison et le poids des raisons, résout de consulter Innocent XII « comme un oracle avec lequel il ne pouvoit faillir ». La réponse du saint pape : étant lui-même si proche « d'aller rendre compte au souverain pasteur », il lui mande « qu'il voyoit bien lui-même que les enfants du Dauphin étoient les vrais, les seuls et les légitimes héritiers de sa monarchie… et que plus la succession étoit immense, plus l'injustice qu'il y commettroit lui deviendroit terrible au jugement de Dieu ». « Le secret de la consultation et de la réponse d'Innocent XII fut si profondément enseveli qu'il n'a été su que depuis que Philippe V a été en Espagne. »

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