TOME XII · CHAPITRE VII

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Résumé

Le tour d'horizon des dispositions envers le futur Régent : Villeroy, Tallard, les Rohan, la Ventadour, Vaudémont et ses nièces, Harcourt, Tresmes, le duc de Villeroy, Liancourt, La Rochefoucauld, Charost, d'Antin, Guiche, Aumont, le premier écuyer, M. de Metz, Huxelles, les Estrées, les ministres, les secrétaires d'État, le P. Tellier — avec son « inquiétude et manège » auprès de l'auteur. Puis les caractères du duc de Noailles — le grand portrait vitriolé de l'ambition inquiète —, de Contade, de Canillac, et les liaisons de Noailles avec Maisons.

Les entrées

Quels, à l’égard de M. le duc d’Orléans, étoient le maréchal de Villeroy, Tallard, le cardinal et le prince de Rohan, la duchesse de Ventadour, Vaudemont, ses nièces, Harcourt, Tresmes, le duc de Villeroy, Liancourt, La Rochefoucauld, Charost, Antin, Guiche, Aumont, le premier écuyer, M. de Metz, Huxelles, le maréchal et l’abbé d’Estrées, les ministres, les secrétaires d’État, le P. Tellier
Revue de la cour à l'égard de M. le duc d'Orléans. Le maréchal de Villeroy, à qui Monsieur avait donné toute sa vie amitié et confiance, lui devait « beaucoup d'attachement. Ce ne fut pas là sa conduite » : « le bel air et la mode, dont il étoit esclave », puis l'aversion de Mme de Maintenon dont « il étoit trop vil courtisan pour ne se pas piquer d'en épouser tous les sentiments ». Tallard ne faisait qu'un avec les Rohan ; Vaudemont et ses nièces, unis à Mme la Duchesse, entretenaient les vieilles haines. La duchesse de Ventadour — que le maréchal de Villeroy et elle « se faisoient fort publiquement l'amour » depuis cinquante ans — suivait les Rohan, « esclave de la cour... par rage de places et d'être ». Harcourt, Tresmes, le duc de Villeroy, La Rochefoucauld et Liancourt, héritiers de l'éloignement du prince de Conti, étaient contraires ; Charost tout à Saint-Simon « mais ce n'étoit pas un homme à exister » ; d'Antin « se tenoit à l'écart dans la douleur... de ne pouvoir se partager » ; Villars et Berwick entre deux ; Huxelles « vil esclave de la faveur..., au duc du Maine..., mais en tapinois » ; les Estrées bien intentionnés « mais si foibles... qu'il y avoit à rire de leurs frayeurs » ; Guiche gouverné par Contade. Parmi les ministres : Voysin âme damnée, Desmarets comptant « pour tout le roi et Mme de Maintenon..., tout le reste pour rien », Torcy « enveloppé dans sa sagesse », Pontchartrain contraire, La Vrillière « cinquième roue d'un chariot ».
Inquiétude et manège du P. Tellier avec moi
Le P. Tellier, qui avait bien servi le duc d'Orléans pour le mariage de Berry et sans doute sur « l'odieux chapitre du poison », se mit la dernière année « à me promener sur tous les personnages », pressant Saint-Simon « de les lui dépeindre » : il n'avait connu que ses livres, disait-il, « et il n'y avoit que moi avec qui il pût s'ouvrir avec confiance ». « Il n'y en eut aucune sur qui il m'en fit [des questions], et réitérât tant..., que sur Mme de Maintenon, M. du Maine, et Mme la Duchesse. » Saint-Simon, « d'autant plus embarrassé que je n'étois pas persuadé de son ignorance », craignant « que le roi ne se servît de lui », se servit des personnages sur qui il n'avait « rien à perdre » — Maintenon, du Maine, la Duchesse, Villeroy, Pontchartrain — « pour satisfaire sa vraie ou feinte confiance », et se réserva sur le reste.
Caractère du duc de Noailles
« Le serpent qui tenta Ève, qui renversa Adam par elle, et qui perdit le genre humain, est l'original dont le duc de Noailles est la copie la plus exacte, la plus fidèle, la plus parfaite. » Dedans : « la plus vaste et la plus insatiable ambition, l'orgueil le plus suprême..., la rapine hardie jusqu'à effrayer, de faire sien tout le bon, l'utile, l'illustrant d'autrui..., une profondeur sans fond ». Dehors : « toute sa physionomie est esprit..., un homme toujours maître de soi, qui sait parler toute une journée et avec agrément sans jamais rien dire », flatteur enchanteur, « toujours à la mode, dévot, débauché, mesuré, impie tour à tour selon qu'il convient ». « Il est surprenant qu'avec tant d'esprit... il n'eût pas su faire un ami, non pas même parmi ses plus proches » ; jamais il n'a pu « passer l'écorce de chaque matière », ni faire un mémoire, ni « suivre jamais, quinze jours, le même objet » — toujours « corriger, toujours refondre, c'étoit son terme favori ». Saint-Simon avoue : « on ne se trompa jamais plus lourdement que je fis, et on ne peut pas être plus complètement sa dupe et en tous points. »
Inquiétude du duc de Noailles sur les desseins de M. le duc d’Orléans
Jeté à Saint-Simon et l'ayant enchanté — « point de semaines qu'il ne mangeât plusieurs fois chez moi..., tous mes sentiments avoient toujours été les siens » —, le duc de Noailles « ne cessoit de me donner des attaques pour découvrir mes pensées et celles de M. le duc d'Orléans » sur les temps qui semblaient prochains. « Mon plan étoit fait, il y avoit longtemps » ; mais ce secret « étoit son secret plus que le mien », et la réserve de Saint-Simon, « colorée comme je le pus, ne rebuta point le duc de Noailles, mais il languit longtemps dans son impatience et dans son inquiétude là-dessus. »
Contade ; sa fortune ; son caractère
Contade, major du régiment des gardes qui gouvernait le duc de Guiche, « étoit un gentilhomme d'Anjou, qui avoit été beau et bien fait..., fort à la mode en galanteries nombreuses et distinguées », connu du roi « par d'excellentes chiennes couchantes que son père et lui donnoient au roi ». « Il avoit peu d'esprit, mais tout tourné à la conduite, du sens, du secret, du jugement, une modestie qui le tenoit plus qu'à sa place..., en sorte que, d'amant heureux il étoit devenu ami de confiance » — de Mme de Maisons notamment, et Maisons « en avoit fait le sien ».
Liaison du duc de Noailles et de Maisons
« Contade fut donc employé pour la liaison de Noailles et de Maisons. » Maisons, « ravi de s'accrocher au duc de Noailles par vanité, et plus encore par intérêt », comptait qu'un homme si établi « figureroit grandement » ; Noailles, « qui vouloit gouverner le parlement et s'en servir à ses usages, ne pouvoit s'associer mieux qu'à Maisons », espérant se faire « préconiser par lui à M. le duc d'Orléans » et « savoir tout ce que Maisons pourroit découvrir des desseins de gouvernement ».
Caractère de Canillac
Canillac, qui paraîtra tant dans la régence : « un grand homme, bien fait, maigre..., l'esprit orné ; beaucoup de lecture et de mémoire ; le débit éloquent », la parole « toujours assaisonnée d'un sel fin, souvent piquant ». Mais « sa gloire, sa vanité..., la bonne opinion de soi, l'envie et le mépris des autres, étoient en lui au plus haut point » ; « toujours sur les échasses pour la morale, l'honneur, la plus rigide probité, le débit des sentences et des maximes » ; contant à ravir, « le premier homme du monde pour saisir le ridicule » ; « méchant et, comme on le verra, un des plus malhonnêtes hommes du monde ». Retiré du service, haïssant « le roi, Mme de Maintenon, les ministres en perfection », il amusait de ses libertés « un prince mécontent, et dans les suites ennuyé » : M. le duc d'Orléans, dont l'estime pour lui allait « même à quelque chose de plus ».
Liaison du duc de Noailles avec Canillac par Maisons
Noailles, que Canillac haïssait ouvertement « comme neveu de Mme de Maintenon » et dont il faisait des brocards « un jeu et un divertissement », entreprit d'en faire sa conquête : « les bassesses et les prostitutions ne lui coûtoient rien. » Maisons, par Contade, fit le lien, faisant goûter à Canillac « de quelle force seroit leur triumvirat bien uni sur un prince foible et timide ». Chacun croyait jouer les autres : Canillac se voyait « l'âme et le moteur du triumvirat » ; Maisons le regardait « comme une linotte qui parloit bien et beaucoup » et comptait « gouverner le duc de Noailles » ; et Noailles, « content de m'avoir gagné, ne doutoit pas de mener deux hommes qui ne connoissoient pas la cour comme lui ». Noailles « écouta parler Canillac tant qu'il voulut, l'admira, l'encensa, le pria de le redresser, de le conduire. Canillac trouva que ce garçon-là avoit bien du bon et bien de l'esprit. »
Noailles et l’abbé Dubois anciennement liés
Autre avenue saisie : l'abbé Dubois. « Les scélérats du premier ordre se sentent de loin, homogènes jusqu'à un certain point, se connoissent, se lient jusqu'à ce qu'à la fin le plus adroit étrangle l'autre : c'est ce qui arriva à ceux-ci. » Saint-Simon fut surpris, lors de la formation de la maison de la duchesse de Berry, que Noailles le pressât « avec les plus vives instances » de faire obtenir à Dubois la charge de secrétaire des commandements — le roi n'en voulut point.
Liaison de Noailles et d’Effiat
« Noailles et Dubois se cultivèrent l'un l'autre, et je crois, car ce n'est qu'opinion, que ce fut par Dubois que Noailles se lia avec Effiat » : Dubois avait toujours cultivé le chevalier de Lorraine et son ami Effiat, « ses anciens protecteurs, à qui, en tant de choses principales, il étoit homogène ». Cette liaison « demeura longtemps dans les ténèbres ».
Extraction et caractère d’Effiat ; ses liaisons
Extraction d'Effiat : « son nom étoit Coiffier, son origine d'Auvergne ; l'illustration, d'avoir été contrôleur de la maison de MM. de Montpensier, enfin receveur des tailles du bas Limousin » ; enrichi, anobli à Cérisoles, allié aux Rusé dont l'héritage fit le maréchal d'Effiat, père du grand écuyer Cinq-Mars. Le marquis actuel, premier écuyer de Monsieur, avait « empoisonné Madame » — et le roi, l'ayant su « d'original », le laissa pourtant en charge. Avec le chevalier de Lorraine il avait vendu Monsieur et le mariage de M. de Chartres au roi et aux bâtards, et « gouverna Monsieur jusqu'à sa mort, très souvent avec insolence ». Veuf, riche, « fort peu accessible », six ou sept mois de l'année à Montargis « presque seul et ne voyant que des gens obscurs..., car il n'étoit bien qu'avec ses grisettes et ses complaisants » ; « un assez petit homme, sec..., à perruque blonde, à mine rechignée, fort glorieux ».
Effiat bien traité du roi ; fort considéré de M. le duc d’Orléans
Effiat « donnoit quelquefois de fort bonnes chiennes couchantes au roi, et il en étoit toujours reçu avec une sorte de distinction, et que M. du Maine ménageoit lui-même pour être son pigeon privé auprès de M. le duc d'Orléans, comme il l'étoit déjà et le fut toujours ». L'habitude avait accoutumé le prince « à une estime de son esprit et de sa capacité, qui passoit souvent la considération et la déférence » — on se souviendra du « pernicieux conseil » à la mort du Dauphin et de « l'infâme trait » joué à Saint-Simon sur les affaires domestiques.
Noailles raccroche Longepierre, lequel s’abandonne après à l’abbé Dubois
« Rien ne lui suffisoit » : par « le bel esprit, les vers, le dos des livres », Noailles raccrocha encore Longepierre, « rat de cour, pédant..., fort bien avec Mme la duchesse d'Orléans et avec M. du Maine » — « Noailles vouloit tirer d'eux par lui, et par lui être vanté à eux..., parce que Longepierre avoit plus d'esprit que d'honneur, et qu'il vouloit faire fortune. C'est ce qui le jeta dans la suite à l'abbé Dubois, qui en fit le même usage. » « Malgré tant de soins, de devants et d'entours, rien ne transpiroit encore. Noailles ne put rien tirer de tous ces gens-là, parce que tous étoient dans la même ignorance. J'étois le seul à qui M. le duc d'Orléans s'ouvroit, et avec qui tout se discutoit sans réserve. »

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