TOME II · CHAPITRE XIV

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Résumé

Le mariage lorrain : dot de Mademoiselle pour épouser le duc de Lorraine, voyage de Fontainebleau, tentatives de préséance de M. de Lorraine sur le duc de Chartres, division de préséance entre les Lorraines de la cour, départ et voyage de la nouvelle duchesse, tracasseries de rang à Bar, couronne « bizarrement fermée » et altesse royale usurpée. Deuil du roi pour un enfant de M. du Maine, qui « cause un dégoût » aux princesses. Venise obtient le traitement de tête couronnée ; grande opération du maréchal de Villeroy ; morts en série — Boisselot, la comtesse d'Auvergne, l'abbé d'Effiat, la duchesse Lanti, la chancelière Le Tellier, l'abbé Arnauld.

Les entrées

Dot de Mademoiselle pour épouser le duc de Lorraine
La dot de Mademoiselle pour épouser le duc de Lorraine : neuf cent mille livres du roi comptant, quatre cent mille de Monsieur et Madame payables après leur mort, trois cent mille en pierreries — « moyennant quoi pleine renonciation à tout en faveur de M. le duc de Chartres ». Saint-Simon pèse la mésalliance relative : la Lorraine, « un pays isolé, enclavé, et toutes les fois que la France le veut envahi sans autre peine que d'y porter des troupes… qui ne peut subsister que sous le bon plaisir de la France ». Mademoiselle, « ravie de se voir délivrée de la dure férule de Madame », pleura au départ — « mais on sut après qu'elle s'étoit parfaitement consolée dès la première couchée ».
Voyage de Fontainebleau
La cour part pour Fontainebleau le 2 octobre, le roi et la reine d'Angleterre y arrivent six jours après, « et on ne songea plus qu'au mariage de Mademoiselle ».
Douleur et deuil du roi d’un enfant de M. du Maine, qui cause un dégoût aux princesses
Quatre jours avant, M. du Maine avait perdu son fils unique : le roi « l'étoit allé voir à Clagny et y pleura fort avec lui », et voulut le deuil quoique l'enfant fût très au-dessous de sept ans. Mme la Duchesse et la princesse de Conti, refusant de le quitter pour le mariage par égard pour Monsieur, prétendirent « n'avoir point apporté d'autres habits » : « le roi se fâcha aussi, et leur ordonna d'en envoyer chercher sur-le-champ. Il fallut obéir et se montrer vaincues, ce ne fut pas sans un grand dépit. »
Tentatives de préséance de M. de Lorraine sur M. le duc de Chartres
La tentative de préséance : les Lorrains imaginent « de rendre équivoque la supériorité de rang de M. le duc de Chartres » en excluant M. et Mme de Chartres de la cérémonie ; le chevalier de Lorraine ose le proposer à Monsieur qui y consent — mais le jeune duc « fort respectueusement lui déclara qu'il ne s'abstiendroit point de la cérémonie et qu'il y garderoit son rang au-dessus de Mme sa sœur ». On se rabattit sur la ruse : Mme de Chartres resta à la tribune « sous prétexte d'incommodité », son rang évité plutôt que contesté ; et Monsieur, embarrassé du murmure, protesta tout haut à son dîner « que M. de Lorraine n'avoit jamais prétendu disputer rien à M. de Chartres, et que lui-même ne l'auroit pas souffert ».
Mariage de Mademoiselle
Le mariage : fiançailles le 12 octobre au cabinet du roi par le cardinal de Coislin, M. d'Elbœuf procureur « en pourpoint et en manteau », signant le dernier ; Mademoiselle passant le reste du jour « à pleurer chez elle, au grand scandale des Lorrains » ; messe et mariage le lendemain, la mariée « entre le prie-Dieu du roi et l'autel, sur un fort gros carreau », embrassée à la porte de la chapelle par les deux rois et les princesses.
Division de préséance entre les Lorraines
Le schisme des Lorraines à la cérémonie : Mme de Lislebonne prétend précéder toutes « comme fille du duc Charles IV » — Mme d'Elbœuf la douairière « se moqua d'elle » et l'emporta comme veuve de l'aîné de la maison en France, ravivant « les propos de la bâtardise de Mme de Lislebonne, qui se vouloit toujours porter pour légitime et qui en fut mortellement offensée ».
Départ de la duchesse de Lorraine et son voyage
Le départ, le 16 octobre, dans un carrosse du roi, Mme de Lislebonne chargée de la conduire, Desgranges accompagnant jusqu'à la frontière ; à Vitry, M. de Lorraine vient « inconnu, voir souper Mme la duchesse de Lorraine ».
Tracasseries de rang à Bar
Les tracasseries de Bar : remariage « par des abbés déguisés en évêques, au refus du diocésain qui voulut un fauteuil » ; l'évêque d'Osnabrück, frère du duc, exigeant le fauteuil comme souverain — on finit tous « à l'unisson » sur des sièges à dos, « étrange devant une petite-fille de France ; les princes du sang n'en ont pas d'autres devant elle ». M. le Grand et les siens, piqués, prennent congé dès Bar ; le roi trouva « ce dossier fort mauvais devant sa nièce », et d'Elbœuf sut faire sa cour en promettant de ne prendre qu'un ployant.
Couronne bizarrement fermée et altesse royale usurpée par le duc de Lorraine
La couronne « bizarrement fermée » : sur le portrait offert à Torcy, une couronne ducale « fermée par quatre bars » — invention nouvelle que ses pères n'avaient pas imaginée —, surmontée d'une couronne d'épines et d'une croix de Jérusalem : « c'étoit enter le faux sur le trop foible. » Avec l'altesse royale qu'il se fit donner par ses seuls sujets : « ces entreprises furent trouvées ridicules, on s'en moqua, mais elles subsistèrent et tournèrent en droit. C'est ainsi que s'est formé et accru en France le rang des princes étrangers, par entreprises, par conjonctures, pièce à pièce. » Et la leçon du parlement : sa justice de Bar ayant nommé le roi « le roi très-chrétien », arrêt sur réquisitoire de d'Aguesseau enjoignant « de ne jamais nommer le roi que le roi seulement » — « M. de Lorraine en fit excuse et cassa celui qui l'avoit fait ».
Venise obtient du roi le traitement entier de tête couronnée pour ses ambassadeurs
Venise, jalouse de la Savoie « par la prétention réciproque de la couronne de Chypre », obtient à son tour « le traitement entier de tête couronnée » pour ses ambassadeurs.
Grande opération au maréchal de Villeroy
Le maréchal de Villeroy, « si galant encore à son âge… et qui se piquoit tant d'être bien à cheval », court si bien le cerf à Fontainebleau « qu'il manifesta au monde deux grosses descentes, une de chaque côté, dont personne ne s'étoit jamais douté » : opéré des deux par le fameux Maréchal, rappelé à la vie « qu'il fut sur le point de perdre plus d'une fois » — « il y gagna la guérison radicale de ses deux descentes ».
Mort de Boisselot
Mort de Boisselot, retiré lieutenant général : il « s'étoit acquis une grande réputation en Irlande par l'admirable et longue défense de Limerick, assiégé par le prince d'Orange en personne ».
Mort de la comtesse d’Auvergne
Mort de la comtesse d'Auvergne à Berg-op-Zoom, héritière de Hohenzollern : « une femme de bonne mine, qui imposoit, d'un esprit doux et poli, au-dessous du médiocre, mais d'une vertu, d'un mérite et d'une conduite rare dont elle ne se démentit jamais, et dont elle eut bon besoin toute sa vie. »
Mort de l’abbé d’Effiat
Mort de l'abbé d'Effiat, soixante-dix ans, frère de Cinq-Mars décapité à Lyon : galant homme du grand monde « qui avoit la manie, quoique depuis plus de vingt ans aveugle, de ne le vouloir pas paroître » — retenant les meubles, les gens et jusqu'aux plats « et leur arrangement, et se gouvernoit en conséquence comme s'il eût vu clair. On avoit pitié de cette faiblesse et on ne faisoit pas semblant de s'en apercevoir. »
Mort de la duchesse Lanti
Mort de la duchesse Lanti à Paris, « d'un cancer qu'elle y avoit apporté de Rome, dans l'espérance d'y trouver sa guérison » — sœur de la duchesse de Bracciano, mariée sans rien à un Lanti « fort honoré d'épouser une La Trémoille ».
Mort de la chancelière Le Tellier
Mort de la chancelière Le Tellier « enfin à plus de quatre-vingt-dix ans, ayant conservé sa tête et sa santé jusqu'à la fin, et grande autorité dans sa famille, à qui elle laissa trois millions de biens ».
Mort de l’abbé Arnauld
Mort de l'abbé Arnauld, frère de M. de Pomponne : « un homme fort retiré et grand homme de bien, qui n'avoit jamais fait parler de lui dans les affaires du fameux Arnauld son oncle. »
Le roi refuse de porter le deuil d’un fils du prince royal de Danemark
Le prince royal de Danemark perd son fils : la cour danoise fit tout pour obtenir le deuil, « mais le roi ne voulut point avoir cette complaisance. Il ne portoit le deuil que des têtes couronnées ou des princes qui étoient ses parents, et il n'avoit point de parenté avec la maison d'Oldenbourg. »
Baron de Breteuil est fait introducteur des ambassadeurs ; sa rare ignorance et du marquis de Gesvres
Le baron de Breteuil fait introducteur des ambassadeurs — l'homme du Pater : défié par Mme de Pontchartrain de dire qui l'avait fait, soufflé par Caumartin, il « prononça magistralement que c'étoit Moïse qui avoit fait le Pater. L'éclat de rire fut universel. » Et son ami le marquis de Gesvres, admirant les crucifiements des cabinets du roi : « ce peintre s'appeloit INRI, voyez-vous pas son nom sur tous ces tableaux ? »
Abbé Fleury ; ses commencements ; ses premiers progrès ; comment fait évêque de Fréjus, prince de Conti gagne définitivement son procès contre Mme de Nemours
L'abbé Fleury — le futur cardinal — enfin évêque de Fréjus : fils d'un receveur des décimes de Lodève, « fort beau et fort bien fait dans sa première jeunesse », monté par le cardinal Bonzi d'aumônier de la reine à aumônier du roi, fourré dans les meilleures compagnies « et suppléoit souvent aux sonnettes avant qu'on en eût l'invention ». Le roi, qui « n'y trouvoit rien d'ecclésiastique », l'avait proscrit de tout évêché ; M. de Paris insista si fort que le roi, « d'impatience, lui mit la main sur l'épaule : Ho bien ! monsieur, vous le voulez donc… mais je le fais à regret, et souvenez-vous bien, et je vous le prédis, que vous vous en repentirez. » « Le roi fut prophète, et bien plus qu'il ne pensoit, mais d'une tout autre sorte. » En même temps, le prince de Conti gagne « enfin définitivement son grand procès contre Mme de Nemours » — vingt voix sur vingt-trois, treize ou quatorze cent mille livres adjugées et les prétentions sur Neuchâtel grossies.
Mme de Blansac rappelée
Le roi permet à Mme de Blansac « de reparoître à la cour, et de voir Mme la duchesse de Chartres qui en eut une grande joie » — joie de la maréchale de Rochefort bientôt troublée par les apoplexies de son fils.
Éclat et séparation de Barbezieux et de sa femme
L'éclat de Barbezieux : traitant sa femme « comme un enfant » sans se contraindre de ses galanteries, il devient jaloux d'imprudences de jeunesse « sottement conseillées » — « il lui arriva ce qui n'est jamais arrivé à personne, de se déclarer publiquement cocu, d'en vouloir donner les preuves, de ne le pouvoir, et de n'en être cru de qui que ce soit. On n'a jamais vu homme si enragé que celui-là, de ne pouvoir passer pour cocu. » Séparation réglée par le roi ; « on plaignit fort d'Alègre, et sa fille encore plus, et on tomba rudement sur Barbezieux » — qui s'appliqua encore aux « niches de toutes les sortes » contre son beau-père « en y employant l'autorité et le crédit de sa charge ».

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