TOME XIV · CHAPITRE XI

Lire le texte intégral du chapitre →

Résumé

Londres : le roi d'Angleterre rentré, l'intérieur de son ministère, ses mesures ; Gyllembourg arrêté et « son projet découvert » — le complot suédois éventé, l'émoi des ministres étrangers ; l'Espagne conserve « à tous hasards » des ménagements pour le Prétendant ; Castel-Blanco ; le roi de Prusse se lie aux ennemis de George Ier ; les Anglais « ne veulent point se mêler des affaires de leur roi en Allemagne » ; Goertz arrêté à Arnhem et le frère de Gyllembourg à La Haye « par le crédit du Pensionnaire » ; le sentiment des Hollandais ; l'entrevue du Prétendant…

Les entrées

Le roi d’Angleterre à Londres
« Le roi d'Angleterre, en arrivant à Londres, avoit donné ses premiers soins à réunir ses principaux ministres qui ne songeoient qu'à s'entre-détruire » : Townshend accepta la vice-royauté d'Irlande pour trois ans, Methuen fut fait second secrétaire d'État avec le département du sud, « pour laisser le nord à Stanhope et le soin des affaires d'Allemagne, qui touchoient le roi d'Angleterre bien plus que toutes les autres ».
Intérieur de son ministère
L'intérieur du ministère : divisé, guetté par l'opposition, aux prises avec un parlement prorogé au 20 février « pour avoir le temps de disposer la nation à la conservation des troupes, dont on ne seroit pas venu à bout si les ministres qui venoient de découvrir le projet des ministres de Suède n'eussent fait alors éclater la conspiration ».
Ses mesures
Ses mesures : faire de la conjuration suédoise l'instrument de tout — armements votés sans peine, « trente navires, dont quinze étoient destinés pour la mer Baltique », et l'opinion préparée en laissant courir que « les ducs d'Ormond et de Marr, chargés de conduire le débarquement, étoient déjà dans le royaume ».
Gyllembourg, envoyé de Suède, arrêté
« Gyllembourg, envoyé de Suède, fut arrêté dans sa maison à Londres, le 9 février à dix heures du soir. Vingt-cinq grenadiers posés à sa porte eurent ordre d'empêcher que personne pût lui parler : on rompit ses cabinets et ses coffres ; ses papiers furent enlevés sans inventaire et sans scellé. »
Son projet découvert
Le projet découvert : « trois lettres que Goertz écrivoit à Gyllembourg, avec ses réponses, et le chiffre dont ils se servoient ; qu'on y avoit vu le projet d'une descente à faire en Écosse ; que Goertz avoit déjà touché cent mille florins en Hollande, depuis dix mille livres sterling à Paris ; que Gyllembourg avoit reçu vingt mille livres sterling à Londres. »
Mouvement causé par cette action parmi les ministres étrangers et dans le public
Le mouvement parmi les ministres étrangers, assemblés chez Monteléon : « ils convinrent que le droit des gens étoit violé, principalement par l'enlèvement des papiers », mais sans ordres, « chacun craignit de prendre un engagement ». Monteléon, « moins discret », observa que le roi d'Angleterre avait « un pressant intérêt d'engager la nation anglaise à déclarer la guerre au roi de Suède..., et que ce ne seroit pas la première fois qu'une conjuration, révélée au parlement au commencement de ses séances, auroit produit des effets merveilleux pour les volontés de la cour » — propos qui lui attirèrent « une espèce de reproche » de Stanhope.
Mesures du roi d’Angleterre et de ses ministres
Les mesures du gouvernement : « appliqué à faire connoître le crime de Gyllembourg », il « consulta des juges pour savoir si le caractère public empêchoit qu'on lui pût faire son procès » — l'envoyé fut ensuite conduit à Plymouth — tandis que le roi augmentait ses troupes d'Allemagne, et qu'à Londres une flotte de charbonniers d'Écosse, prise pour « trente vaisseaux du roi de Suède », causa une belle panique : « rien n'étoit encore préparé pour s'opposer à une descente. »
L’Espagne, à tous hasards, conserve des ménagements pour le Prétendant
« Quelques protestations d'intelligence et d'amitié qu'il y eût entre les cours de Londres et de Madrid, cette dernière ne laissoit pas d'avoir des ménagements pour le Prétendant » : le roi d'Espagne regardait « comme très possible une révolution en Angleterre, et peut-être prochaine, ce que bien des gens dans Londres pensoient aussi ».
Castel-Blanco
Castel-Blanco : « Le marquis de Castel-Blanco, dont le nom étoit Rojas, et qui étoit des Asturies, avoit épousé une fille du duc de Melfort. Il s'étoit dévoué au Prétendant pour lequel il avoit dépensé de grandes sommes qu'il avoit rapportées des Indes. Le Prétendant l'avoit fait duc en sortant d'Avignon, et le roi d'Espagne y avoit consenti avec la condition du secret, jusqu'au rétablissement de ce prince sur le trône de ses pères. »
Le roi de Prusse se lie aux ennemis du roi d’Angleterre
« Le roi de Prusse, gendre du roi d'Angleterre, piqué de sa froideur et de ses mépris, étoit devenu son plus mortel ennemi. Il s'unissoit étroitement avec le czar qui étoit irrité au dernier point contre le roi d'Angleterre » ; il voulait la paix avec la Suède par l'intervention de la France, et tâchait d'affaiblir l'union anglo-française « en avertissant [le régent] de la liaison intime dont le roi d'Angleterre se vantoit d'être avec l'empereur ».
Les Anglois ne veulent point se mêler des affaires de leur roi en Allemagne
« Toutes ces considérations éloignoient les Anglois de se mêler des affaires de leur roi en Allemagne, où ils jugeoient qu'il en auroit beaucoup sur les bras, et leur persuadoient de laisser à Bernstorff, seul auteur de la violence exercée contre Gyllembourg, le soin de tirer son maître de l'engagement où il l'avoit jeté mal à propos. Les ministres anglois pensoient à peu près de même, et abandonnoient Bernstorff » ; les amis du roi de Suède l'exhortaient « à distinguer le roi et la nation ».
Goertz arrêté à Arnheim et le frère de Gyllembourg à la Haye, par le crédit du Pensionnaire
« Quoique la Hollande n'approuvât point cette violence, Heinsius, toujours attaché au roi d'Angleterre par ses anciennes liaisons, avoit eu le crédit aux États généraux de faire arrêter le baron de Goertz, ministre du roi de Suède, à Arnheim, et le frère de Gyllembourg, à la Haye. »
Sentiment général des Hollandois sur cette affaire
Le sentiment hollandais : Slingerland « traitoit l'action de Londres d'attentat au droit des gens », relevant finement que Stanhope, en écrivant que la révolte serait « appuyée d'un secours de troupes », avouait que l'envoyé était « autorisé de son maître », rendait « l'affaire personnelle au roi de Suède » et « innocent son envoyé ». On croyait aussi que l'arrestation de Goertz visait la paix qu'il traitait avec le czar — restitution des conquêtes russes sauf Pétersbourg, une fille du czar au jeune duc de Holstein.
Leur situation
Leur situation : « leurs dettes étoient immenses ; la nécessité d'épargner les avoit obligés à une grande réforme de troupes » — trois mille Suisses réformés, vingt-huit mille hommes d'infanterie, deux mille cinq cents chevaux et quinze cents dragons conservés — « ce qui leur parut suffisant dans un temps où ils ne voyoient plus de guerre prochaine, surtout depuis la dernière liaison de la France avec l'Angleterre, et le départ du Prétendant d'Avignon ».
Entrevue du Prétendant, passant à Turin, avec le roi de Sicile, qui s’en excuse au roi d’Angleterre
L'entrevue de Turin : « le roi de Sicile lui envoya le marquis de Caravaglia et une partie de sa maison pour le recevoir et le traiter. Il entra dans Turin, vit incognito le roi et la reine de Sicile, et le prince de Piémont ; demeura quelques heures dans la ville sans cérémonies, et continua son chemin » — la proche parenté et « les droits qu'il en tiroit dans l'ordre naturel pour la succession d'Angleterre » ne permettant pas de refuser ; après quoi le roi de Sicile « n'oublia rien pour se justifier auprès » de George, qui « reçut assez bien ses excuses ».
Cause de ce ménagement
La cause du ménagement : le roi de Sicile « n'espéroit que du roi Georges son accommodement avec l'empereur ». Trivié l'avait flatté d'une garantie de la Sicile ; à son successeur La Pérouse, Stanhope « nia le fait » : jamais l'Angleterre n'irait « à aucune garantie pour la Sicile ; que l'empereur ne vouloit entendre parler de rien avant que la Sicile lui fût restituée ; que le prince Eugène même... s'expliquoit que rien ne se pouvoit traiter sans cela ».
Réponse ferme de Goertz interrogé en Hollande
La réponse ferme de Goertz interrogé en Hollande : « il avoit déclaré qu'il avoit dressé un projet, approuvé par le roi son maître, pour faire la guerre au roi d'Angleterre, son ennemi découvert, mais une bonne guerre sans trahison ; qu'à son égard, il n'avoit à répondre qu'au roi de Suède. »
L’Angleterre et la Hollande communiquent la triple alliance au roi d’Espagne
« L'Angleterre et la Hollande ménageoient toujours le roi d'Espagne. À l'imitation de la France, ils lui communiquèrent le traité de la triple alliance. »
Soupçons, politique et feinte indifférence de ce monarque
Soupçons et feinte indifférence : « ce monarque soupçonnoit des articles secrets que le régent y auroit fait mettre, et qui étoient la vraie substance du traité. Mais il avoit au dedans et au dehors trop d'intérêt à cacher ses pensées de retour au trône de ses pères, pour ne pas montrer la plus entière indifférence..., et l'on crut généralement en Espagne et parmi les étrangers qu'il portoit toutes ses vues sur l'Italie. »
Mauvaise santé du roi d’Espagne
La mauvaise santé du roi d'Espagne : « les vapeurs noires du roi d'Espagne, retombé depuis peu dans une maigreur et une mélancolie qui faisoient craindre la phtisie, et que sa vie ne fût pas longue. »
Burlet, premier médecin du roi d’Espagne, chassé
« Burlet, son premier médecin, fut chassé d'Espagne un mois après ces derniers accidents, pour s'en être trop librement expliqué. »
Craintes de la reine d’Espagne et d’Albéroni
Les craintes : « les suites en étoient fort à craindre pour la reine si haïe des Espagnols, et pour les étrangers qui ne tenoient rien que d'elle ; mais le péril étoit extrême pour Albéroni, parce que, maître de tout sous elle, il étoit en butte à la jalousie et à la haine universelle, et que, n'ayant point d'établissement, sa chute ne pouvoit être médiocre » — d'où l'urgence redoublée du chapeau-bouclier.
Ses infinis artifices pour hâter sa promotion
Ses artifices infinis : persuader la reine « qu'il y alloit de tout son honneur..., que ce lui seroit la dernière injure, qu'après toutes les promesses du pape, une ombre de protection de l'empereur élevât Borromée à la pourpre » ; faire écrire par Daubenton, sur ordre du roi, « que si la reine n'étoit pas promptement satisfaite, ni lui ni Alexandre Albani n'obtiendroient point la permission de venir à Madrid » ; se cacher derrière « l'intérêt, la volonté, la vivacité de la reine » ; menacer même de faire désister Acquaviva de la demande — tout en projetant « de faire donner, par le roi d'Espagne, une pension au cardinal Albani », se réservant les grâces « et laissant au contraire au roi d'Espagne les démonstrations et les effets de rigueur ».
Clameurs de Giudice contre Aldovrandi, Albéroni et Aubenton
Les clameurs de Giudice : « avant d'arriver à Rome, [il] la remplissoit de ses plaintes contre Aldovrandi, et demandoit des réparations des discours qu'il avoit tenus contre son honneur. Il avertissoit le pape de ses fourberies et de celles d'Aubenton et d'Albéroni qu'il accabloit de railleries piquantes, et le représentoit comme ne pouvant maintenir longtemps sa faveur..., et c'étoit aux cardinaux Albani et Paulucci à qui il s'adressoit. »
Angoisses du pape entraîné enfin
Les angoisses du pape : « la maison Borromée le pressoit pour son maître de chambre..., dont la promotion avoit été arrêtée par Acquaviva le matin même qu'elle alloit être faite. Le pape comprenoit quelle colère cette promotion allumeroit en Espagne ; il craignoit mortellement que l'escadre espagnole n'en fût arrêtée, et de voir l'Italie exposée aux Turcs. Néanmoins il fallut céder à ses neveux. »
Il déclare Borromée cardinal seul et sans ménagement pour Albéroni
« Borromée fut déclaré cardinal le 16 mars, et le pape ne donna pas même la satisfaction à Albéroni de lui faire espérer le second chapeau qui vaqueroit, ni de le réserver in petto. Rien n'étoit plus contraire aux espérances qu'Acquaviva avoit données à Albéroni de sa promotion certaine et prochaine. »
Mesures et conseils d’Acquaviva et d’Alexandre Albani à Albéroni
Les mesures d'Acquaviva et d'Albani : le cardinal fit porter « cette fatale nouvelle » par le duc de Parme, et manda qu'un courrier portant « parole positive que le roi d'Espagne mettroit Aldovrandi en possession de toutes les prérogatives de la nonciature, et qu'il enverroit incessamment son escadre en Levant », déciderait le pape à conférer « la seule place vacante à Albéroni » le lundi suivant. Don Alexandre justifia la promotion de Borromée comme « un effet malheureux de la contrainte du pape », le service de l'accommodement devant tout réparer : « C'est ainsi que Rome sait profiter de l'ambition des ministres, et les gagner par l'appât d'une dignité étrangère. »
Nouveaux artifices d’Albéroni pour hâter sa promotion, ignorant encore celle de Borromée
Nouveaux artifices, ignorant encore la promotion de Borromée : deux « raisons invincibles » pour que la sienne précédât la satisfaction du pape — le point d'honneur de la reine, « et d'empêcher les Espagnols de dire que la promotion d'Albéroni seroit la condition secrète d'un accommodement préjudiciable » ; le duc de Parme porté « pour garant au pape de sa totale satisfaction » sitôt la promotion faite ; « mais pas un clou sans sa promotion. C'étoit ses termes » ; Aldovrandi averti « qu'il seroit mal reçu s'il s'avançoit sans la nouvelle de sa promotion », un courrier lancé pour le retenir à la frontière, et le roi résolu, s'il arrivait à Madrid, à lui fixer « un terme pour en sortir ».
Albéroni fait travailler à Pampelune et à la marine ; fait considérer l’Espagne ; se vante et se fait louer de tout ; traite froidement le roi de Sicile ; veut traiter à Madrid avec les Hollandois
Grandes activités : « il fit travailler à Pampelune. Il compta y avoir tout achevé dans le courant de l'année et y mettre cent cinquante pièces de canon. Il travailloit en même temps aux ports de Cadix et de Ferrol..., dont les ouvriers étoient exactement payés. Il comptoit avoir en mer vingt-quatre vaisseaux vers le 15 mai... ; enfin les puissances étrangères commençoient à chercher avec empressement l'Espagne. » L'ambassadeur du roi de Sicile, demandant l'inclusion de son maître dans le traité hollandais, « n'en reçut que des réponses courtes et vagues » ; et Albéroni « se louoit et se faisoit louer sans cesse avec tout l'artifice imaginable ».
Journées uniformes et clôture du roi et de la reine d’Espagne
Les journées du couple royal, « d'après Albéroni même » : un seul lit « en maladie, en couches, en santé » ; réveil à huit heures, déjeuner ensemble ; le roi habillé revient « un quart d'heure » près de la reine au lit ; conseil, messe ensemble, dîner ensemble, « une heure de l'après-dînée en conversation particulière », oraison ensemble, chasse ensemble ; au retour, travail avec un ministre « en présence de la reine », qui brode ou écrit ; souper ensemble à neuf heures et demie ; « à dix heures Albéroni entroit et restoit jusqu'à leur coucher, vers onze heures et demie ». « Peu à peu les charges n'eurent plus aucune fonction, et personne n'approcha plus de Leurs Majestés Catholiques ; ce qui a duré toujours depuis. »
Albéroni veut avoir des troupes étrangères ; hait Monteléon
Troupes étrangères et haine de Monteléon : sans réponse de Stanhope sur les trois mille Irlandais, Beretti « eut ordre de demander trois régiments écossois que les États généraux... vouloient réformer. Il eût été plus naturel d'en charger Monteléon à Londres, mais il avoit déplu par ses représentations sur les affaires, et par ses plaintes sur le payement de ses appointements, et il pouvoit bien aussi être trop éclairé et trop fidèle, au compte d'Albéroni. »
Singulière et confidente conversation de Stanhope avec Monteléon
La singulière conversation de Stanhope avec Monteléon : « les véritables liaisons et la véritable amitié de l'Angleterre seroient toujours avec l'Espagne » ; puis la confidence empoisonnée : Dubois « très embarrassé, et fort peu content de la proposition... de comprendre le roi d'Espagne dans l'alliance » ; « plus les ministres anglois avoient insisté à ne faire mention ni de succession respective, ni des traités d'Utrecht, plus l'abbé Dubois, au contraire, avoit désiré et sollicité que cette condition réciproque fût clairement exprimée » — jusqu'à gagner les ministres de Hanovre par la garantie de Brême et Verden et l'abandon des subsides suédois. Et le mot : quand il s'agit « de se fier à la France, il falloit suivre le conseil donné à celui qui se noyoit au sujet de l'invocation de saint Nicolas » — avec l'allusion transparente aux « grands événements et révolutions imprévues » où les secours anglais serviraient l'Espagne.
Dettes et embarras de l’Angleterre
Dettes et embarras anglais : « l'état de ses dettes passoit cinquante millions sterling. On se proposoit d'en réduire les intérêts de six à cinq pour cent, et cette contravention aux obligations passées sous l'autorité des actes du parlement, n'étoit pas une entreprise sans danger. On murmuroit déjà beaucoup de la prorogation en pleine paix de quatorze schellings pour livre sur le revenu des terres... Le mécontentement étoit général. »
Mesures contre la Suède
Les mesures contre la Suède : persuader aux Anglais « qu'ils étoient effectivement en guerre avec la Suède » ; « on publioit donc que la flotte anglaise seroit de trente-six à trente-huit vaisseaux de guerre, et que les Hollandois y en joindroient douze » ; et prier Madrid et Paris d'interdire la vente des prises suédoises — facile en France par les ordonnances de marine, mais « on n'y jugea pas à propos d'accorder cette demande » en Espagne.
Conduite d’Albéroni à l’égard de la Hollande
La conduite avec la Hollande : Albéroni, « fort ralenti », avait « reconnu que trop d'empressement de sa part éloigneroit l'effet de ses désirs, et qu'il falloit moins en solliciter ces deux nations que s'en faire rechercher », rassuré par Beretti sur « les nouveaux sujets de brouilleries que les affaires des Pays-Bas et l'exécution du traité de la Barrière élevoient sans cesse entre l'empereur et les États généraux ».
Le Pensionnaire fait à Beretti une ouverture de paix entre l’empereur et le roi d’Espagne
L'ouverture d'Heinsius à Beretti : Heems lui avait laissé entendre que l'empereur désirait sincèrement la paix avec l'Espagne ; et si l'empereur ne voulait « que traîner les affaires en longueur », ses maîtres « ne songeroient qu'à plaire au roi d'Espagne... ; que déjà Amsterdam et Rotterdam avoient applaudi à la proposition d'une alliance avec l'Espagne, et que la province de Zélande étoit du même avis ».
L’Angleterre entame une négociation à Vienne pour la paix entre l’empereur et le roi d’Espagne
La négociation anglaise à Vienne : « Stanhope, par ordre du roi d'Angleterre, avoit entamé une négociation à Vienne pour traiter la paix entre l'empereur et le roi d'Espagne », mandant que les confidents de l'empereur « goûtoient les idées qu'il leur avoit suggérées » — dont l'article capital pour Madrid : « empêcher que les États du grand-duc et ceux du duc de Parme tombassent jamais dans la maison d'Autriche, et assurer au contraire ceux de Parme et de Plaisance aux fils qu'il avoit de la reine d'Espagne. »
Lettre de Stanhope à Beretti, et de celui-ci à Albéroni
La lettre de Stanhope à Beretti : traiter à Londres « par l'entremise du roi d'Angleterre » — le régent y enverrait Dubois, l'empereur Penterrieder, et Beretti devait demander « la même commission, parce qu'il y falloit employer un homme qui eût la confiance d'Albéroni, dont il prodigua les louanges que Beretti eut soin de ne pas affaiblir, et de ne pas oublier les siennes propres » — avec l'offre de le faire demander par le roi d'Angleterre, ses ministres ne pouvant « prendre aucune confiance en Monteléon ».
Son embarras
Son embarras : « il ne pouvoit répondre que vaguement à des propositions précises. Il craignoit que l'intérêt qu'il avoit de se voir chargé de la plus grande affaire que pût avoir le roi d'Espagne ne décréditât sa relation. Il savoit qu'Albéroni qui vouloit traiter à Madrid étoit très susceptible de jalousie... Il marchoit donc sur des charbons en rendant compte », observant en outre que les Hollandais ne concluraient rien avant la paix hispano-impériale, et préféreraient Madrid à Londres si le traité ne se faisait pas chez eux.
Ordres qu’il en reçoit et raisonnement
Les ordres reçus : « témoigner une extrême indifférence pour la paix avec l'empereur » ; savoir seulement que les Hollandais disposés à traiter avec l'Espagne « ne traiteroient pas avec l'empereur » ; « laisser faire au temps » ; et surtout l'article capital dont Beretti était chargé : « le roi d'Espagne ne consentiroit à la paix qu'avec la remise actuelle de la ville de Mantoue des mains de l'empereur en celles des héritiers légitimes » — le duc de Guastalla « qui en étoit injustement privé » — en faisant peur aux Hollandais « de l'ambition et de la puissance de l'empereur, qui, s'il se rendoit maître de l'Italie, les leur feroit bientôt sentir aux Pays-Bas ».
Vues et mesures de commerce intérieur et de politique au dehors d’Albéroni
Vues intérieures et extérieures : le roi d'Espagne « ne pensoit pas à recouvrer par les armes les États qu'il avoit perdus. Il connoissoit que les Pays-Bas et l'Italie avoient dépeuplé l'Espagne et les Indes... Il n'y avoit que trois ou quatre années de paix à désirer pour donner à la nation espagnole le loisir de respirer. » Projets de manufactures de draps avec des ouvriers de Delft débauchés par Beretti, cent cinquante mille livres pour un achat de bronzes, Barcelone et ses cent canons achevés dans l'année ; et les ministres au dehors assurant que le roi « n'avoit aucune vue sur le trône de France, quelque malheur qui pût y arriver ».
Angoisses du roi de Sicile éconduit par l’Espagne
Les angoisses du roi de Sicile : craignant tout de l'empereur « dès qu'il auroit fait la paix avec la Porte », ne comptant point sur l'Angleterre dont les whigs publiaient « que jamais ils n'entreprendroient une guerre nouvelle pour la garantie de ce qu'il venoit de promettre », il s'adressa à l'Espagne sur le conseil de Monteléon — « mais il trouva dans Albéroni un ministre qui le connoissoit bien, ainsi que toute l'Europe, et qui disoit qu'il vouloit tirer les marrons du feu avec la patte du chat, et à qui il ne falloit donner que de belles paroles ».
Venise veut se raccommoder avec le roi d’Espagne
Venise se raccommode : « la correspondance avec Venise, interrompue par la nécessité où cette république s'étoit trouvée de reconnoître l'empereur comme roi d'Espagne, étoit prête à se rétablir par les excuses que le noble Mocenigo, envoyé exprès à Madrid, en devoit faire au roi d'Espagne dans une audience publique » — la frayeur des Turcs et l'impatience des secours espagnols ayant décidé la république.

◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved