TOME V · CHAPITRE XXII
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Résumé
Rangs et victoire : le fauteuil du duc d'Orléans à Bayonne et le traitement d'infant à Madrid — origine du fauteuil espagnol, « étranges abus » nés de Bayonne, origine du traversement du parquet par les princes du sang, époque où les princesses ont quitté les housses ; le trait de M. le Prince à Bruxelles avec don Juan et Charles II d'Angleterre ; ses entreprises de distinction en France. Règlement contre le luxe des armées « peu exécuté ». Et la bataille d'Almanza — Berwick écrase les Anglo-Portugais —, la nouvelle apportée par Cilly, Valouse à Marly de la part du roi d'Espagne, Bockley portant le détail.
Les entrées
- Duc d’Orléans a un fauteuil à Bayonne, et à Madrid le traitement d’infant
- En route pour l'Espagne, le duc d'Orléans s'arrête à Bayonne voir la reine douairière d'Espagne, « qui lui donna un fauteuil. M. le duc d'Orléans, qui ne l'auroit osé prétendre, se garda bien de le refuser » — « parce qu'on aime toujours à se rehausser ». Résultat en Espagne : « on s'y piqua de ne faire pas moins qu'à Bayonne » — don Gaspar Giron vint au-devant de lui jusqu'à Burgos avec les équipages du roi, « et sur la route, et partout, il fut reçu en infant d'Espagne. Il en eut le traitement entier, à la cour, du roi, de la reine, des infants, des grands et de tout le monde. »
- Origine du fauteuil en Espagne pour les infants et pour les cardinaux
- Origine du fauteuil en Espagne : venu de celui des légats a latere, « reçus partout presque comme le pape en personne », étendu aux cardinaux — « qui ont tant gagné par le grand rang des cardinaux légats et par la fermeté de la politique romaine » — puis aux infants. Ferdinand et Isabelle, Charles-Quint puis Philippe II, ménageant Rome, n'y changèrent rien ; et comme les infants cadets ont été « fort rares depuis Charles-Quint », « ce que nous connoissons ici sous le nom de petit-fils de France et de prince du sang n'y a jamais existé ».
- Étranges abus nés des fauteuils de Bayonne à M. le duc d’Orléans et à Mlle de Beaujolois
- Étranges abus nés de ces fauteuils : la reine douairière traita ensuite en infantes les filles du duc d'Orléans passant à Bayonne — jusqu'à donner, après la rupture des mariages, un fauteuil à Mlle de Beaujolois qui n'était plus que princesse du sang, en écartant au jardin les dames françaises témoins gênants. « Voilà où conduisent des complaisances mal entendues » : à Paris, les princesses du sang prétendirent le fauteuil chez la petite reine d'Espagne ; il vint d'Espagne « défense à la reine de donner des fauteuils, même à Mme la duchesse d'Orléans sa mère », et les visites cessèrent. Paradoxe : vouloir un fauteuil devant la veuve d'un infant, « comme si la couronne d'Espagne avoit dégradé les infants du rang et de la dignité qu'ils ont apportés en naissant ».
- Origine du traversement du parquet par les princes du sang
- Rappel : le traversement du parquet au parlement fut une entreprise de M. le Prince le héros, « qu'il hasarda à la suite de M. son père et malgré lui dans la minorité de Louis XIV, et qui leur est depuis demeuré, auparavant réservé au seul premier prince du sang ».
- Époque où les princesses du sang ont quitté les housses
- Et c'est de la tentative manquée de « la housse clouée » de M. le Prince à son retour de Bruxelles « que les princesses du sang ont quitté leurs housses qu'elles portoient et avoient toujours portées jusqu'alors comme les duchesses, et sans prétention à cet égard ».
- Trait remarquable de M. le prince à Bruxelles avec don Juan et le roi Charles II d’Angleterre
- Trait remarquable de M. le Prince à Bruxelles : choqué de voir don Juan, « superbe bâtard » d'Espagne, traiter cavalièrement Charles II d'Angleterre réfugié, il les pria à un magnifique dîner — où le roi trouva « une grande table couverte de mets, un seul fauteuil, un couvert unique et un cadenas ». M. le Prince lui présenta la serviette et se tint debout derrière son fauteuil, ne consentant à s'asseoir — sur un tabouret, à la droite du roi — que sur son ordre, « don Juan, rageant de colère et de honte, sur le premier à gauche ». « Il fit un honneur infini à M. le Prince, et procura depuis au roi d'Angleterre les respects que lui devoit don Juan. »
- Ses entreprises de distinction en France
- Cela n'empêchait pas ses « entreprises de distinction en France » — le parquet, la housse « et bien d'autres choses qui écarteroient trop » : la hauteur pour son rang au-dedans, le respect des têtes couronnées au-dehors.
- Règlement contre le luxe des armées peu exécuté
- Contre le luxe des armées — « haltes chaudes dans les marches », repas de tranchée « avec fruits et glaces » et « une profusion de toutes sortes de liqueurs » qui ruinaient les officiers et affamaient les armées —, le roi fit un règlement limitant les chevaux d'équipage : quarante aux lieutenants généraux, trente aux maréchaux de camp… « Il eut le sort de tant d'autres : il n'y a pays en Europe où il y ait tant de si belles lois et de si bons règlements, ni où l'observation en soit de si courte durée. »
- Bataille d’Almanza
- Bataille d'Almanza, 25 avril : Berwick, ayant attiré das Minas et Galloway dans les plaines de Valence, est attaqué dans son camp même — leur audace « leur crût tellement par la patience du maréchal qu'ils l'imputèrent tout à fait à faiblesse ». « L'action ne dura pas trois heures. Elle fut générale, elle fut complète. » Les ennemis en fuite perdent canon et équipages ; le comte Dohna, réfugié dans la montagne avec cinq bataillons « n'ayant ni vivres, ni eau », se rend : « ainsi on eut en tout huit mille prisonniers, parmi lesquels deux lieutenants généraux, six maréchaux de camp…, et huit cents autres officiers ». Pertes françaises légères — dont le fils unique de Puysieux, « qui promettoit beaucoup ».
- Cilly apporte la nouvelle de la victoire d’Almanza
- Cilly, maréchal de camp, apporte la nouvelle à l'Étang où Chamillart donnait une collation à Mme la duchesse de Bourgogne — Saint-Simon y était : « ma surprise fut extrême lorsqu'en me retournant j'avisai Cilly ». Sa première question fut pour M. le duc d'Orléans : « je fus fort affligé d'apprendre qu'il n'étoit pas arrivé à l'armée ». « Le roi, transporté de joie », vint conter la victoire chez Mme de Maintenon, « fort touchée d'apprendre que M. son fils n'avoit pas joint l'armée » ; un musicien qui l'y crut gagna de Mme la princesse de Conti « une belle montre d'or qu'elle portoit à son côté ».
- Valouse à Marly, de la part du roi d’Espagne
- Philippe V, averti par Ronquillo envoyé du champ de bataille, « dépêcha Valouse pour venir remercier le roi de ses secours, et du général qui venoit de s'en servir avec tant de gloire » — Valouse, ancien écuyer du duc d'Anjou devenu un de ses quatre majordomes, présenté à Marly par le duc d'Albe.
- Bockley apporte le détail, et est fait brigadier
- « Bockley, frère de la duchesse de Berwick, arriva le lendemain de Valouse avec le détail, et en fut fait brigadier. »
- M. le duc d’Orléans arrive à l’armée victorieuse
- Le 26 avril, lendemain de la bataille, le duc d'Orléans joint l'armée : « c'étoit, après le malheur de Turin, en essuyer un nouveau bien fâcheux en un autre genre ». Berwick va fort loin le recevoir, « bien en peine de la réception qu'il lui feroit, et du dépit qu'il auroit de trouver besogne faite » ; mais « l'air ouvert de M. le duc d'Orléans » le rassure : le prince joint « de justes louanges », convaincu que le maréchal, attaqué dans son camp, n'avait pu l'attendre.
- Origine de l’estime et de l’amitié de M. le duc d’Orléans pour le duc de Berwick
- « Cette campagne jeta entre eux les fondements d'une estime et d'une amitié qui ne s'est depuis jamais démentie » — malgré des avis souvent contraires.
- Leurs différents caractères militaires
- Leurs caractères militaires opposés : « le prince étoit entreprenant et quelquefois hasardeux, persuadé qu'un attachement excessif à toutes les précautions arrache des mains beaucoup d'occasions glorieuses et utiles ; le maréchal, au contraire, intrépide de cœur, mais timide d'esprit, accumuloit toutes les précautions et les ressources, et en trouvoit rarement assez. »
- Grand et rare éloge du duc de Berwick par M. le duc d’Orléans
- Grand et rare éloge de Berwick par le duc d'Orléans : ayant contredit un avis « de toutes ses raisons et de toute sa force », le maréchal « concouroit à le faire réussir, non seulement sans envie, mais avec chaleur et volonté, jusqu'à chercher des expédients nouveaux…, comme s'il eût été l'auteur du conseil ». « M. le duc d'Orléans m'a dit souvent que Berwick étoit un des hommes qu'il eût jamais connus avec qui il aimeroit mieux faire la guerre ; grande louange, à mon avis, pour tous les deux. »
- Manquement fatal de toutes choses en Espagne
- Par leur chiffre particulier — « lui et moi, nous chiffrions et déchiffrions nous-mêmes » —, Saint-Simon proposa au prince de conquérir le Portugal, « la conquête facile d'un royaume » qui eût terminé « la guerre d'Espagne en deux campagnes ». Réponse du prince : « ma proposition en elle-même étoit bonne et solide pour une armée de non mangeants et de non buvants » — nul magasin, nulle étape sur toute la route, des chaleurs excessives : « le manquement de toutes choses rendoit ce dessein impossible ».
- Siège de Lerida
- Le siège de Lerida, ouvert la nuit du 2 au 3 octobre après qu'on eut nettoyé l'Aragon : « ce fut un chef-d'œuvre de l'industrie de pouvoir le former ». Asfeld — « le meilleur intendant d'armée qu'il fût possible de trouver » — se chargea des vivres, et le prince de tout le reste : « il fut machiniste pour remuer son artillerie, faire et refaire son pont sur la Sègre » ; « son assiduité jour et nuit à tous les travaux…, et l'argent qu'il répandit dans les troupes…, le firent adorer et donnèrent une volonté qui fut le salut d'une expédition que tout rendit si difficile ».
- La ville prise d’assaut et punie par le pillage
- « C'étoit après Barcelone le centre et le refuge des révoltés, qui se défendirent en gens qui avoient tout à perdre et rien à espérer. Aussi la ville fut-elle prise d'assaut le 13 octobre, et entièrement abandonnée au pillage pendant vingt-quatre heures… On n'y épargna pas les moines qui animoient le plus les habitants. »
- Le château rendu par capitulation
- « Le château tint encore longtemps ; enfin il capitula le 11 novembre » : le chevalier de Maulevrier en apporta la nouvelle le 19, et le roi « fut si content qu'il envoya éveiller Madame et Mme la duchesse d'Orléans pour la leur apprendre ». Le prince n'y perdit pas plus de sept à huit cents hommes ; le siège de Tortose fut remis à l'année suivante.
- Joyeuse malice du roi sur Lerida à M. le Prince
- Joyeuse malice du roi : les Condé enrageaient de Lerida, « dont M. le Prince, tout grand et hardi capitaine qu'il étoit, avoit levé le siège, et une autre fois encore le comte d'Harcourt ». À son dîner, le roi « vanta l'importance de la conquête…, et leur dit sans ménagement que ce lui étoit une grande gloire d'avoir réussi où M. le Prince avoit échoué. M. le Prince balbutia, lui qui tenoit si aisément et si volontiers le dé… Je voyois à plein qu'il rageoit. » Le roi prolongea même le supplice en reparlant du succès à M. de Marsan. « Cette scène, je l'avoue, me divertit beaucoup. »
- Cilly lieutenant général
- « Le roi fit Cilly lieutenant général en le renvoyant » — le porteur de la nouvelle d'Almanza récompensé.
- Berwick grand d’Espagne avec les duchés de Liria et de Xerica en don, une grâce, outre cela, sans exemple en grandesse, et fait chevalier de la Toison d’or
- Le roi permet à Berwick d'accepter la grandesse d'Espagne de première classe, « tant pour lui que pour celui de ses fils qu'il lui seroit libre de choisir », assise sur les villes de Liria et de Xerica données en propre — « un domaine de quarante mille livres de rente qui avoit fait autrefois l'apanage des infants d'Aragon ». Grâce « sans exemple » à double titre : père et fils jamais grands tous deux à la fois, et la grandesse jamais laissée au choix du père. « Le roi d'Espagne crut que ce n'étoit pas encore assez, il le fit chevalier de la Toison d'or. »
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