TOME II · CHAPITRE XI

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Résumé

Chronique mêlée : mariages La Force-Bosmelet, La Vallière-Noailles, La Carte-La Ferté, Sassenage-Chevreuse ; cent vingt mille livres à M. le Grand et soixante mille au chevalier de Lorraine ; Charnacé arrêté pour fausse monnaie — et l'anecdote plaisante de la maison de paysan déplacée ; le carrosse de la duchesse de Verneuil exclu des entrées. Querelle du prince de Conti et du grand prieur : celui-ci à la Bastille jusqu'à demander pardon « en propres termes ». L'électeur de Saxe reconnu roi de Pologne par la France ; naissance du fils aîné de Saint-Simon ; éclat entre Bouillon et Albret.

Les entrées

Mariages du fils du duc de La Force et de Mlle de Bosmelet ; de La Vallière et d’une fille du duc de Noailles ; de La Carte et d’une fille du duc de La Ferté ; de Sassenage avec une fille du duc de Chevreuse, veuve de Morstein
Quatre mariages : le fils aîné de La Force et Mlle de Bosmelet, riche fille unique ; La Vallière et une Noailles — noce menée par la princesse de Conti « en sa belle maison dans l'avenue de Versailles » ; le bizarre mariage de La Carte, favori sans figure de Monsieur, avec une fille de la duchesse de La Ferté « qui avoit un peu rôti le balai » — moyennant le nom et les armes de La Ferté, malgré l'opposition en forme des Saint-Nectaire « à la prostitution de leur nom », le tout apaisé par Monsieur « avec de l'argent » ; enfin Sassenage épouse la veuve de Morstein, fille du duc de Chevreuse, « une âme d'élite du petit troupeau… qui avec toute la profondeur de cette dévotion voulut se remarier ».
Cent vingt mille livres à M. le Grand, et soixante mille livres au chevalier de Lorraine
Le roi, venant de payer les dettes de La Rochefoucauld et « ne voulant apparemment pas faire de jalousie entre ces deux émules », fait un présent de cent vingt mille livres à M. le Grand et de soixante mille au chevalier de Lorraine.
Charnacé arrêté pour fausse monnaie, etc. ; il déplace plaisamment une maison de paysan qui l’offusquoit
Charnacé arrêté « fort accusé de beaucoup de méchantes choses, surtout de fausse monnaie » — l'occasion du conte de la maison déplacée : le paysan-tailleur dont la chaumière « bouchoit tout l'agrément de son avenue », retenu chez Charnacé à coudre une livrée pendant qu'on démontait sa maison et la remontait à l'identique « à quatre portées de mousquet », jusqu'aux ustensiles « dans la même position ». Le tailleur renvoyé de nuit erre dans l'avenue, ne trouve plus rien, croit au diable — « il présente sa clef, elle ouvre, il entre, il retrouve tout ce qu'il y avoit laissé » — et « demeure convaincu que c'est un tour de sorcier ». « Le roi le sut qui en rit aussi, et Charnacé eut son avenue libre. S'il n'avoit jamais fait pis il auroit conservé sa réputation et sa liberté. »
Carrosse de la duchesse de Verneuil exclu des entrées des ambassadeurs
L'entrée de Portland, complétée : il déclara « qu'il ne souffriroit pas » que le carrosse de la duchesse de Verneuil passât devant le sien — « on aima mieux que le carrosse de Mme de Verneuil ne se présentât point », plutôt que se commettre à la réponse « d'un pays où les bâtards des rois sont ce qu'ils ont été partout, et ce qu'ils devroient toujours être, c'est-à-dire des néants sans état et sans nom ». Heemskerke obtint la même chose.
Querelle de M. le prince de Conti et du grand prieur qui est mis à la Bastille et n’en sort qu’en allant demander pardon en propres termes à M. le prince de Conti
La querelle de Meudon : au jeu, le grand prieur s'emporte contre le prince de Conti, qui lui tance « à bout portant et sa fidélité au jeu, et son courage à la guerre, l'un et l'autre à la vérité fort peu nets » ; le grand prieur jette les cartes et demande satisfaction l'épée à la main — Conti, « d'un sourire de mépris, l'avertit qu'il lui manquoit de respect, mais qu'en même temps il étoit facile à rencontrer ». Bastille sur ordre du roi, sans audience ; grand émoi, les princes du sang animés, les bâtards embarrassés ; et le dénouement exemplaire du 7 août : le grand prieur, tiré de la Bastille, va « demander pardon à M. le prince de Conti, après à Monseigneur, et en propres termes, et M. de Vendôme présent avec son frère. Ce ne fut pas sans que nature pâtît cruellement en tous les deux. »
L’électeur de Saxe reconnu roi de Pologne par le roi
Pendant la querelle, un envoyé de l'électeur de Saxe eut audience, « et son maître fut publiquement reconnu ici roi de Pologne ».
Naissance de mon fils aîné
Le 29 mai, naissance du fils aîné : « Dieu nous fit la grâce de nous donner un fils. Il porta, comme j'avois fait, le nom de vidame de Chartres. » Suit la dissertation sur ce titre singulier — les vidames, simples « premiers officiers de la maison de certains évêques par un fief inféodé d'eux », sans comparaison avec les titres émanés des rois, mais le nom illustré par le Vendôme du tournoi mort à la Bastille ; Louis XIII ayant fait acheter la Ferté-Arnaud au père de Saint-Simon, le fief du vidamé de Chartres suivit, « et m'en fit porter le nom, que j'ai fait après porter à mon fils ».
Éclat entre le duc de Bouillon et le duc d’Albret, son fils
L'éclat Bouillon-Albret : le fils, ayant trouvé à Turenne un testament du maréchal de Bouillon portant substitution d'aîné en aîné, le porte au lieutenant civil, puis fait signifier un exploit à son père à Évreux « par un huissier à la chaîne ». « M. de Bouillon jeta les hauts cris, fit ses plaintes au roi » et exigea de toute sa famille de ne plus voir le duc d'Albret, qui, « assez gauche et assez empêtré de son naturel, n'osa presque plus se montrer ».
Curé de Seurre, ami de Mme Guyon, brûlé à Dijon
Un arrêt du parlement de Dijon « fit brûler le curé de Seurre, convaincu de beaucoup d'abominations, en suite des erreurs de Molinos et fort des amis de Mme Guyon ».
Réponse de M. de Cambrai à M. de Meaux
« Cela vint fort mal à propos en cadence avec la réponse de M. de Cambrai aux États d'oraison de M. de Meaux, qui n'eut rien moins que le succès et l'applaudissement qu'avoit eus ce livre. » M. de Paris, lui, avait visité les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, instruits de sa belle action : « ils se séparèrent fort contents de part et d'autre. »
Mort de la duchesse de Richelieu ; de la princesse d’Espinoy, douairière ; ses enfants ; ses progrès
Deux morts de femmes : la duchesse de Richelieu, « d'une longue, cruelle et bien étrange maladie — on lui trouva tous les os de la tête cariés jusqu'au cou, et tout le reste parfaitement sain » ; et la princesse d'Espinoy douairière, foudroyée chez Barbezieux le jour même où Mme de Saint-Simon lui avait conseillé la saignée plutôt que Versailles : « l'instant d'après elle se trouva mal ; on ne fit que la jeter sur le lit de Barbezieux ; elle étoit morte. On lui trouva la tête noyée de sang. » Portrait de cette troisième sœur Rohan-Chabot, « entre une déesse et une nymphe… qu'une mortelle », laide, intrigante, « bonne et aussi vraie et sûre que sa sœur de Soubise étoit fausse » — son mariage secret avec Pelletier de Sousy, le tabouret de grâce obtenu par Louvois pour son fils, le mariage de celui-ci avec Mlle de Commercy, et ses filles introduites à la cour avec l'art d'éviter « les temps où on s'asseyoit ».
Entreprise de Mlle de Melun qui frise de près l’affront
L'entreprise de Mlle de Melun « qui frise de près l'affront » : à une musique, elle ne cède pas sa place à une duchesse survenante — « c'étoit la première fois que femme ou fille non titrée, même maréchale de France, n'eût pas donné sa place en ces lieux-là ». Le roi rougit : « La faire ôter de là, dit le roi en colère » — Monsieur, le prenant par le genou, se porte caution, « et la fille entre deux duchesses se pâmoit de honte et de frayeur jusqu'à perdre toute contenance. Au sortir de là Monsieur lui lava bien la tête et la rendit sage pour l'avenir. »
Mort du duc d’Estrées et sa dépouille
Mort du duc d'Estrées, avant cinquante ans, « de l'opération de la taille » : il avait refusé l'ambassade de Rome où son père avait ruiné ses affaires ; le cardinal d'Estrées obtint le gouvernement de l'Île-de-France pour le petit-neveu, et de Monsieur la capitainerie de Villers-Cotterêts.
Mort du duc de Chaulnes
Mort de M. de Chaulnes, « enfin de douleur de l'échange forcé de son gouvernement de Bretagne, où il étoit adoré, et qui lui donna jusqu'au bout les marques les plus continuelles de sa vénération, de son attachement et de ses regrets » : il n'avait consenti à la démission de Guyenne que deux mois avant sa mort, « sans un vrai retour, ni de lui ni de la duchesse de Chaulnes, pour M. ni Mme de Chevreuse ». « En Bretagne, ce fut un deuil général » ; on crut qu'il laisserait des richesses — « il se trouva qu'il avoit tout dépensé ».
Mort de la duchesse de Choiseul
Mort enfin de la duchesse de Choiseul, sœur de La Vallière, « pulmonique, belle et faite au tour, avec un esprit charmant, et à la plus belle fleur de son âge, mais d'une conduite si déplorable, qu'elle en étoit tombée jusque dans le mépris de ses amants ». Son mari, « amoureux et crédule, jusqu'à en avoir quitté le bâton de maréchal de France, brouillé et séparé après coup, ne voulut pas même la voir à sa mort ».

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