TOME XII · CHAPITRE X
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Résumé
La question capitale : comment « établir et déclarer » la régence — l'auteur plaide contre le parlement. L'« aveu célèbre » du parlement par la bouche de La Vacquerie de son « entière incompétence de toute matière d'État » ; les « deux uniques et modernes exemples » de régences faites au parlement et leurs causes ; les raisons de s'en passer « comme toujours avant » ; l'observation sur la majorité de Charles IX ; les mesures pour prendre la régence et la conduite à tenir sur les dispositions du feu roi — le conseil que le Régent ne suivra pas.
Les entrées
- Discussion entre M. le duc d’Orléans et moi sur la manière d’établir et de déclarer sa régence
- Vint la matière de la régence. Elle « tombe de droit tellement au plus proche du roi mineur, que les mères et les sœurs y sont admises..., et que par conséquent ni les cabales ni quelque disposition que le roi pût faire, il n'étoit pas dans le possible de la lui ôter ». Le danger était le parlement : le premier président, « l'âme damnée de M. et de Mme du Maine », n'ayant « de ressource que la protection du duc du Maine » ; et le parlement lui-même, « toujours porté à se croire et à faire, autant qu'il en trouve les occasions, le modérateur de la puissance..., à plus forte raison dans une entrée de régence, temps de faiblesse dont ce corps a toujours su se prévaloir ». S'y commettre, c'était « lutte indécente et inégale et publique... quel triomphe et quelle dangereuse victoire du duc du Maine ! quelle honte pour le régent ! »
- Aveu célèbre du parlement par la bouche du premier président de La Vacquerie y séant, de l’entière incompétence de cette compagnie de toute matière d’État et de gouvernement
- Rappel de l'aveu célèbre : le duc d'Orléans, futur Louis XII, réclamant la régence contre Mme de Beaujeu, s'entendit répondre en plein parlement par le premier président de La Vacquerie : « La cour n'est établie que pour juger au nom et à la décharge du roi les procès entre ses sujets, et nullement pour se mêler d'aucune affaire d'État ni du gouvernement, où elle n'a pas droit d'entrer, sinon par un commandement exprès de Sa Majesté. » « Mme de Beaujeu demeura régente sans question ni difficulté, et son administration fut bonne et heureuse. »
- Deux uniques et modernes exemples de régences faites au parlement
- « Il ne s'étoit fait au parlement que les deux dernières régences. On n'y avoit jamais songé auparavant. » 1610 : Henri IV assassiné, « on courut au parlement pour avoir un lieu public et solennel, et un corps intéressé à soutenir ce qui se feroit dans son sein ; un corps encore qu'on avoit à ménager par d'autres raisons plus ténébreuses » ; le duc d'Épernon « environna de son infanterie le dehors et le dedans des Grands Augustins », et Marie de Médicis fut déclarée régente sur-le-champ. 1643 : les sages dispositions de Louis XIII mourant, approuvées et jurées de tous, furent renversées « une heure après la mort du roi tout au plus » — Monsieur « se laissa enchanter aux flatteries de la reine », M. le Prince céda — et la cession solennelle fut portée au parlement « pour lever tout obstacle ».
- Causes de cette nouveauté
- Causes de cette nouveauté : « deux reines étrangères d'inclination..., Marie dominée par Conchine et sa femme, Anne par Mazarin, Italiens de la dernière bassesse, et qui ignoroient jusqu'à notre langue..., il n'est pas surprenant que méprisant ce qu'ils ignoroient, c'est-à-dire toutes les formes, les usages, les règles, les droits, ils se soient jetés à corps perdu... à ce qui leur sembla assurer davantage l'autorité. »
- Raisons de se passer du parlement pour la régence, comme toujours avant ces deux derniers exemples
- M. le duc d'Orléans n'était pas en ces termes : « rien à couvrir par les ténèbres ; ni fils de France ni prince du sang avec qui lutter..., nul usage utile à faire de l'appui du parlement, et tout au contraire, à en craindre. » Doctrine constante : le parlement n'a jamais connu des matières d'État que par la présence des pairs — d'où la formule consacrée « la cour suffisamment garnie de pairs » ; « donc il en est par soi-même incapable, et les pairs seuls et les officiers de la couronne uniquement capables et compétents par eux-mêmes, d'où il se conclut qu'il n'est nul besoin du parlement pour faire ou déclarer une régence » ; celle-ci ne se doit faire « que par les pairs nés, autres pairs, et les officiers de la couronne privativement à qui que ce soit ». La séance royale de majorité, elle, « n'est donc en soi qu'une pure cérémonie sans délibération sur rien ».
- Observation à l’occasion de la majorité de Charles IX et de l’interprétation de l’âge de la majorité des rois
- Observation sur la majorité de Charles IX : Catherine de Médicis, pressée de finir la minorité, fit interpréter la loi de Charles V « à quatorze ans commencés » — au parlement de Rouen, la cour étant en Normandie. « Le parlement de Paris jeta les hauts cris..., prétendit qu'un tel acte ne pouvoit être fait dans un autre parlement. On se moqua d'eux. La reine leur répondit que la cour des pairs n'étoit aucun parlement, mais le lieu tel qu'il fût où le roi se trouvoit, et où il lui plaisoit d'assembler les pairs... Il se plaignit longtemps..., et il se tut enfin, quand il fut las de se plaindre, sans avoir reçu le moindre compliment. »
- Mesures et conduite à tenir pour prendre la régence
- Le plan proposé : « assembler tous les pairs et les officiers de la couronne, aussitôt que le roi seroit mort, dans une des pièces de l'appartement de Sa Majesté », avec M. le Duc, du Maine et Toulouse ; court discours du droit de sa naissance, puis « les regarder tous en leur disant avec un air de confiance, mais d'autorité : “Je ne soupçonne pas qu'aucun de vous s'y oppose” » ; aller ensuite au parlement, la régence « faite et déclarée avant que d'y entrer », pour s'y « condouloir » et déclarer les conseils « sans nommer personne ». Si du Maine parlait, l'interrompre : « après toutes les choses inouïes qu'il avoit obtenues, il devoit éviter avec soin de parler de ce qui étoit de règle » ; si le roi avait fait des dispositions, rappeler « que toute l'autorité personnelle des rois finissoit avec eux » et le sort de celles de Charles V et de Louis XIII. Du Maine n'était qu'un « fantôme de Guise » : « c'étoit un homme timide à qui il falloit imposer et à son premier président tout d'abord ; cela seul les feroit trembler. »
- Conduite à tenir sur les dispositions du roi indifférentes, et sur le traitement à faire à Mme de Maintenon
- Sur les dispositions indifférentes du roi : « en faire un entier [honneur] à ces mêmes dispositions..., par un respect volontaire et bienséant..., et pour s'éloigner de la bassesse de porter des coups au lion mort. » Pour Mme de Maintenon : qu'elle jouît « pleinement, et son Saint-Cyr », de ce qui aurait été fait pour elle, avec toute liberté et tout le pécuniaire — « il n'y avoit plus rien à craindre de cette fée presque octogénaire ; sa puissante et pernicieuse baguette étoit brisée, elle étoit redevenue la vieille Scarron. Mais... tout crédit et toute sorte de considération lui devoient être soigneusement ôtés et refusés. Elle avoit mérité bien pis de l'État et de M. le duc d'Orléans. »
- Prévoyances à avoir
- Prévoyances : « s'assurer du régiment des gardes, ce qui étoit fort aisé avec le duc de Guiche pour de l'argent », avec Contade et Villars ; « s'assurer de Reynold, colonel du régiment des gardes suisses..., fort homme d'honneur et peu content en secret du joug du duc du Maine ; s'attacher Saint-Hilaire » pour l'artillerie, « et ne pas négliger d'Argenson. Tout cela fut fait, et avec cela rien à craindre dans Paris, ni du parlement qui se trouveroit environné du régiment des gardes quand le régent y iroit » ; rien des provinces « indignées de la grandeur des bâtards », ni des frontières où du Bourg voulait son bâton. « Il ne restoit donc qu'à avoir du courage, de la suite, du sang-froid..., et à marcher tranquille et tête levée. »
- Faiblesse de M. le duc d’Orléans à l’égard du parlement
- « Je m'aperçus aisément que M. le duc d'Orléans étoit peiné de trouver tant d'évidence aux raisons... Il avouoit que j'avois raison, mais il ne pouvoit ni contester mon avis ni s'y rendre... Il falloit, pour l'embrasser utilement, plus de nerf, de résolution et de suite que la nature n'en avoit mis en lui. » Sa défiance vint « au secours de sa faiblesse » : il se persuada que Saint-Simon voulait « se servir de lui en haine du parlement, par rapport à l'affaire du bonnet ». « L'expérience de ce qui s'y passa sur sa régence le fit repentir de ses soupçons, et de s'être laissé entraîner à des gens peu fidèles... qui le jetèrent dans le dernier péril de se perdre avant de commencer d'être » : Maisons et Effiat, « deux scélérats dévoués au duc du Maine et au parlement », Canillac « gouverné par l'encens de Maisons », peut-être Nocé « par ignorance ».
- État et caractère de Nocé
- Nocé : « un grand homme, qui avoit été fort bien fait..., qui avoit de l'esprit et quelque ornement dans l'esprit » ; non marié « parce qu'il estimoit la liberté par-dessus toutes choses » ; fils de Fontenay, sous-gouverneur du prince, il lui avait plu « par la haine de toute contrainte, par sa philosophie tout épicurienne, par une brusquerie qui, quand elle n'alloit pas à la brutalité..., étoit quelquefois plaisante ». Les saisons, « les morceaux rares..., quelquefois une maîtresse ou la salubrité de l'air l'attiroient ici et là, et l'y retenoient des années ». C'était un des familiers des voyages de Paris : « leur partage étoit les soupers et les amusements du régent, le mien les affaires, sans aucun mélange avec ses plaisirs. »
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