TOME VI · CHAPITRE X

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Résumé

Mariages en chaîne (Béthune-Harcourt, Fervaques-Bellefonds, Gassion-Armenonville, Monasterol-La Chétardie) ; le chancelier de Pontchartrain refuse un riche legs de Thevenin — trait d'intégrité ; mort et substitution du vieux marquis de Mailly ; mort de la duchesse d'Uzès. Retraite, caractère et traits de Brissac, major des gardes — l'homme qui démasqua les fausses dévotes en faisant lever le salut. Le cardinal de Bouillon perd devant le roi contre les réformés de Cluny ; mariage et grandesse du Nevers « d'aujourd'hui » ; Jarzé succède à Puysieux en Suisse ; tentative d'un capitaine de vaisseau qui avait pris le nom et les armes de Rouvroy.

Les entrées

Mariage de Béthune et d’une sœur du duc d’Harcourt ; de Fervaques et de Mlle de Bellefonds ; de Gassion et d’une fille d’Armenonville ; de Monasterol et de la veuve de La Chétardie
Plusieurs mariages : Béthune, neveu de la reine de Pologne, « plus touché de l'alliance que du bien », épouse une sœur du duc d'Harcourt — mariage « si indifférent en apparence » où Saint-Simon voit rétrospectivement « le germe dont la Providence avoit destiné la faiblesse » à anéantir la Pragmatique et à couronner empereur un prince de Bavière : « il n'y a peut-être aucun livre de piété qui élève tant à Dieu que les événements considérés dans leur origine réelle et première ». Aussi : Fervaques et Mlle de Bellefonds, Gassion et une fille d'Armenonville, et Monasterol, envoyé de Bavière, « subjugué » par la veuve de La Chétardie — « faite à peindre…, sans esprit, mais très galante et fort décriée » — « qui fit la folie de l'épouser, et qui fut après bien honteux de le déclarer ».
Le chancelier de Pontchartrain refuse un riche legs de Thevenin
Thevenin, riche partisan mort sans enfants, légua au chancelier de Pontchartrain, à qui il devait sa fortune, sa belle maison « magnifiquement meublée » : « le chancelier ne voulut point prendre le legs, quoique le roi lui conseillât de l'accepter. Cette action de désintéressement fut fort approuvée. »
Mort et substitution du vieux marquis de Mailly
Mort du vieux marquis de Mailly « à quatre-vingt-dix-huit ans », laissant « plus de soixante mille écus de rente en fonds de terre » : à force « de procès et d'épargnes » et de l'héritage des Montcavrel, lui et sa femme avaient formé « une opulente maison », couronnée en 1701 par des lettres patentes autorisant la substitution du marquisat de Nesle « en faveur des mâles à perpétuité ». « À tout ce qui est arrivé depuis au marquis de Nesle, il n'a pas paru que Dieu ait béni ou l'acquisition de ces biens, ou la vanité d'avoir laissé sans aucune portion les filles et les cadets. »
Mort de la duchesse d’Uzès
Le duc d'Uzès perdit sa grand-mère paternelle, « femme de grand mérite et de beaucoup de piété », d'Apchier — « c'est-à-dire de la branche aînée de la maison de Joyeuse », dont le vrai nom est Châteauneuf-Randon.
Retraite, caractère et traits de Brissac, major des gardes du corps
Retraite de Brissac, major des gardes du corps : « une manière de sanglier qui faisoit trembler les quatre compagnies…, avec tout l'extérieur d'un méchant homme, il n'étoit rien moins, mais serviable sans vouloir qu'on le sût ». Le mot de M. de Duras devant le roi : « S'il faut être parfaitement haï pour être bon major, voilà, sire, le meilleur qui soit en France. » Et son tour fameux aux dames des tribunes, qui n'assistaient au salut, petites bougies allumées, que quand le roi y venait : il fit crier « le roi ne viendra pas », les regarda toutes s'enfuir — sauf la duchesse de Guiche et Mme de Dangeau — puis fit reprendre leurs postes aux gardes avant l'arrivée du roi, « qui en rit beaucoup… Toutes ces femmes auroient voulu l'étrangler. »
Cardinal de Bouillon perd un procès devant le roi contre les réformés de Cluni
Le cardinal de Bouillon, « dans son exil vide d'occupations meilleures », voulut assujettir les moines réformés de Cluni : procès perdu au grand conseil, puis rejugé devant le roi même — « le cardinal de Bouillon n'eut que trois voix pour lui…, et l'arrêt du grand conseil confirmé en tous ses points. Il est difficile d'exprimer la rage qu'il en conçut…, qui lui tourna tellement la tête qu'elle eut une part principale à ce qu'il exécuta depuis. »
Mariage et grandesse de M. de Nevers d’aujourd’hui
M. de Donzi, « hors d'espérance d'être duc », épousa la fille aînée de J.-B. Spinola, grand d'Espagne de première classe, dont il prit la grandesse et « le nom de prince de Vergagne. Il falloit craindre, à la vie qu'il menoit, de se méprendre et de dire Vergogne. » Le prince de Chimay fut fait grand de première classe en même temps.
Extraction et caractère de Jarzé, qui succède à Puysieux en Suisse
Puysieux lassé de la Suisse, « on trouva peu de gens qui s'y offrissent » : Jarzé fut nommé « à la surprise de tout le monde » — « gentilhomme d'Anjou fort riche et fort avare…, tout appliqué à ses affaires et à amasser quoique sans enfants », manchot depuis trente ans, connu seulement par son père, ce Jarzé de l'aventure des Feuillants « et des folles amours pour la reine mère, qui le chassa ».
Tentative d’un capitaine de vaisseau, qui avoit pris le nom et les armes de Rouvroy, d’être reconnu de ma maison
Tentative d'un capitaine de vaisseau « qui avoit pris le nom et les armes de Rouvroy » d'être reconnu de la maison de Saint-Simon : ses sœurs avaient jadis essuyé du père du mémorialiste un refus cinglant — « il les défioit de prouver cette parenté ». Le capitaine, après des années de cour discrète, lâcha le mot ; Saint-Simon fit répondre par Mme d'Urfé « que ces choses-là consistoient en preuves », résista à l'ambassade du duc d'Aumont — « ce n'étoit point là une affaire de crierie, mais de preuves » — et les généalogistes, Clérembault en tête, assurèrent Rouvroy « qu'il ne trouveroit jamais ombre de la moindre preuve ». « On fait en France tout ce que l'on veut là-dessus, nulle voie de l'empêcher » — témoin ce garde-marine faux Rochechouart que M. de Vivonne remercia publiquement « de la bonne opinion qu'il avoit de sa maison ».
Mme la duchesse de Bourgogne blessée
Mme la duchesse de Bourgogne, grosse et « fort incommodée », traînée de Marly en Marly par un roi « accoutumé à ne se contraindre pour rien, et gâté pour avoir vu voyager ses maîtresses grosses » : le samedi après Quasimodo, la duchesse du Lude vint seule, à pied, trouver le roi au bassin des carpes — « le tête-à-tête ne fut pas long » — et le roi revint dire « d'un air de dépit ces seules paroles : La duchesse de Bourgogne est blessée. »
Mot étrange du roi
Le mot étrange : La Rochefoucauld s'écriant que c'était « le plus grand malheur du monde », le roi éclata : « Eh ! quand cela seroit, qu'est-ce que cela me feroit ?… Dieu merci, elle est blessée, puisqu'elle avoit à l'être, et je ne serai plus contrarié dans mes voyages… J'irai et viendrai à ma fantaisie et on me laissera en repos. » « Un silence à entendre une fourmi marcher succéda… Ce silence dura plus d'un quart d'heure », que le roi rompit « pour parler d'une carpe ». « Je me sus gré d'avoir jugé depuis longtemps que le roi n'aimoit et ne comptoit que lui, et étoit à soi-même sa fin dernière. Cet étrange propos retentit bien loin au delà de Marly. »
Anecdote oubliée sur l’abbé de Polignac, depuis cardinal
Anecdote oubliée sur l'abbé de Polignac : Saint-Simon avertit le duc de Beauvilliers du manège de l'abbé auprès du duc de Chevreuse — « l'abbé de Polignac est une sirène enchanteresse, et qui en fait métier et profession…, il ne veut vous capter que pour parvenir par vous à Mgr le duc de Bourgogne…, et ne pensera conséquemment qu'à vous écarter ». Beauvilliers se fâcha tout de bon et le pria « de ne lui parler jamais de l'abbé de Polignac » : « Vous serez obéi, et très ponctuellement, mais à votre dam, monsieur. » « On verra que je fus prophète et que M. de Beauvilliers le reconnut humblement. »
Voyage de Chamillart vers l’électeur de Bavière en Flandres
Voyage bizarre de Chamillart en Flandre avec Chamlay et Puységur — douze jours, parti le soir de Pâques malgré « sa santé très languissante » : il alla « disposer l'électeur de Bavière à aller sur le Rhin, pour laisser à Mgr le duc de Bourgogne l'armée de Flandre ». En chemin, Hough lui apprit l'échec d'Écosse : le ministre « en demeura une partie de la nuit sur son lit immobile sans pouvoir se remuer ».
Mgr le duc de Bourgogne secrètement destiné à l’armée de Flandre, et le duc de Vendôme sous lui
Mgr le duc de Bourgogne secrètement destiné à l'armée de Flandre, Vendôme sous lui : Saint-Simon le devina par ses valets, amis d'un sellier « qui travailloit secrètement aux équipages de Mgr le duc de Bourgogne pour la guerre ». Faute lourde au passage : ôter de Flandre l'électeur de Bavière, « qui avoit si longtemps gouverné ces provinces, qui en étoit adoré, et qui eût été l'instrument le plus propre à donner vigueur à cette révolte une fois commencée ». « Ce changement de face des affaires ne produisit aucun changement dans la destination des généraux. »

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