TOME XVII · CHAPITRE XXI
Lire le texte intégral du chapitre →
Résumé
La maison de Horn et la « catastrophe du comte de Horn à Paris » — le grand seigneur roué en Grève pour un assassinat de la rue Quincampoix : l'exemple qui fit trembler ; jugement et exécutions à Nantes — la répression bretonne, sanglante. Morts du prince de Berghes et du duc de Perth ; pluie de mariages (Grammont-Biron, Mailly-Bournonville, Fitz-James-Duras, Chalmazel-Bonneval, Isenghien-Monaco, Matignon-Brenne) ; naissance de l'infant don Philippe ; Maulevrier-Langeron envoyé en Espagne.
Les entrées
- Maison de Horn ou Hornes
- Avant de raconter la « catastrophe » du comte de Horn, Saint-Simon déploie la généalogie de « cette ancienne et grande maison de Horn, connue dès le XIe siècle parmi ces petits dynastes des Pays-Bas ». La petite ville de Horn en Brabant, « du territoire de Liége », donna origine et nom à la maison. La branche aînée s'illustra tragiquement : Philippe, comte de Horn, fut décapité à Bruxelles avec le comte d'Egmont par le duc d'Albe le 5 juin 1568, et son frère Floris, baron de Montigny, envoyé « pour supplier Philippe II de ne point établir l'inquisition aux Pays-Bas », eut la tête tranchée à Simancas en 1570. La troisième branche aboutit à Philippe-Emmanuel, prince de Horn, blessé « de sept coups et prisonnier à la bataille de Ramilies », père de Maximilien-Emmanuel, prince de Horn, et d'Antoine-Joseph, comte de Horn, « fort mauvais sujet, et fort embarrassant pour sa mère et pour son frère », dont il va s'agir.
- Catastrophe du comte de Horn à Paris
- Le comte de Horn, vingt-deux ans, « grand et fort bien fait », menait à Paris « une vie obscure de jeu et de débauche ». Le vendredi de la Passion 22 mars, il donna rendez-vous à un agioteur dans un cabaret de la rue Quincampoix sous prétexte d'« acheter cent mille écus d'actions » ; avec deux complices, « ils se jetèrent tous trois sur ce malheureux agioteur ; le comte de Horn lui donna plusieurs coups de poignard, et prit son portefeuille », et le Piémontois Mille « acheva de le tuer ». Arrêtés sur place, ils furent menés à la Conciergerie. Les parents crièrent miséricorde ; le régent répondit « que l'infamie étoit dans le crime et non dans le supplice », et comme on le pressait sur l'honneur de lui appartenir : « Eh bien, messieurs, fort bien ; j'en partagerai la honte avec vous. » Saint-Simon, sollicité quoique « ni parent ni en la moindre connoissance avec la maison de Horn », plaida un « mezzo-termine » : laisser prononcer l'arrêt de roue, puis commuer aussitôt et « le jour même faire couper la tête au comte de Horn », car aux Pays-Bas la roue excluait trois générations « d'entrer dans aucun noble chapitre ». Le régent « me promit qu'il le feroit ainsi » ; mais Law et Dubois, « si intéressés à la sûreté des agioteurs, sans laquelle le papier tomboit tout court », « l'assiégèrent, et le retournèrent si bien » que Horn et Mille « avoient été roués en Grève, vifs », le mardi saint 26 mars. La noblesse des Pays-Bas et d'Allemagne fut « outrée », nourrissant « d'étranges partis de vengeance ».
- Jugement et exécutions à Nantes
- Le même mardi 26 mars, plusieurs Bretons furent exécutés à Nantes « par arrêt de la commission du conseil » : « les sieurs de Pontcallet, de Talhouet, Montlouis et Coëdic, capitaine de dragons, y eurent la tête coupée », et seize autres contumaces l'eurent « en effigie », dont les deux frères Rohan du Poulduc et Lambilly, conseiller au parlement de Rennes. Les prisonniers « avoient avoué la conspiration et les mesures prises pour livrer les ports de la Bretagne à l'Espagne », séduits par l'espoir d'être remis « comme au temps de leur duchesse héritière Anne » et de réformer le royaume « sous l'autorité du roi d'Espagne, représentée en France par le duc du Maine ». Dubois « sut mettre bon ordre à la conservation du secret » sur le duc et la duchesse du Maine. Une amnistie suivit, dix exceptés ; plusieurs fugitifs passèrent en Espagne où beaucoup « vécurent misérables et méprisés » : « telle est presque toujours l'issue des conspirations », conclut Saint-Simon, tant de gens ayant tout perdu « pour l'intérêt, les vues, l'ambition du duc et de la duchesse du Maine qui les avoient si bien ensorcelés, et qui n'en perdirent pas un cheveu de leur tête ». Peu après, le duc du Maine revit pour la première fois le régent à Saint-Cloud.
- Mort, famille et extraction du prince de Berghes
- Le prince de Berghes mourut chez lui en Flandre. « Il n'étoit point de l'ancienne maison de ce nom, mais des bâtards de Berghes », frère de Mlle de Montigny, « cette maîtresse si longtemps aimée et publiquement par l'électeur de Bavière », qui la fit épouser au comte d'Albert. Elle obtint de l'électeur que Philippe V donnât à son frère la grandesse d'Espagne et la Toison d'or, lui « qui étoit aussi petit et vilain qu'elle étoit belle et bien faite ». Il avait épousé une fille du duc de Rohan, « femme de mérite et d'une belle figure », dont il n'eut point d'enfants. Son père, gouverneur de Mons qu'il défendit contre le roi, mourut chevalier de la Toison d'or et gouverneur de Bruxelles.
- Mort du duc de Perth
- Le duc de Perth mourut « presque en même temps dans le château de Saint-Germain où il étoit demeuré ». C'était « un seigneur qui avoit quitté de grands établissements en Écosse, par fidélité pour le roi Jacques qui le fit gouverneur du prince de Galles » ; sa femme était morte dame d'honneur de la reine d'Angleterre, dont il était grand écuyer. Saint-Simon le loue : « c'étoit un homme d'honneur et de beaucoup de piété, qui valoit bien mieux que le duc de Melford son frère ». Le roi Jacques les fit ducs tous deux et « leur donna à tous deux la Jarretière ».
- Mariage du comte de Grammont avec une fille de Biron
- Parmi plusieurs mariages, celui du comte de Grammont, second fils du duc de Guiche, avec une fille de Biron. Mme de Biron, « qui ne négligeoit rien, avoit su profiter de la place de son mari auprès de M. le duc d'Orléans, et captiver Law pour avoir gros, comme auparavant elle avoit su sucer plusieurs financiers, et quelques-uns jusqu'au sec pour sa protection ». Le duc de Guiche, « moyennant le besoin que le régent crut toujours avoir du régiment des gardes, avoit tiré des monts d'or de Law » et avait déjà marié sa fille aînée au fils aîné de Biron. En faveur de cette nouvelle union, le régent « donna huit mille livres de pension à la nouvelle épouse ».
- Mariage de Mailly avec une sœur de la duchesse de Duras, [Mlle de] Bournonville
- Mlle de Bournonville, « sœur de la duchesse de Duras, mais qui ne lui ressembloit en rien », épousa l'aîné de la maison de Mailly, dont la mère était sœur du cardinal de Mailly. Jugement sec du mémorialiste : « ni l'un ni l'autre n'étoient pas faits pour la fortune, aussi pour des gens comme eux sont-ils demeurés dans l'obscurité ».
- Mariage du duc de Fitz-James avec Mlle de Duras
- Le duc et la duchesse de Duras marièrent leur fille aînée, « qui n'avoit que quatorze [ans] », au fils aîné du duc et de la duchesse de Berwick, « qu'on appela duc de Fitz-James, qui étoit aussi fort jeune, qui eut en se mariant dix mille livres de pension ». Il mourut peu d'années après sans enfants ; « sa veuve s'est depuis remariée au duc d'Aumont dont elle a des enfants ».
- Mariage de Chalmazel avec Mlle de Bonneval
- Chalmazel épousa Mlle de Bonneval, « fille du frère aîné de celui qui a passé en Turquie, tous deux de bonne maison ». Chalmazel, fils d'une sœur de Chamarande, était « goutteux, veuf et sans enfants », mais riche ; « lui étoit Talaru qui est une fort ancienne maison devers le Lyonnois, alliée à toutes les meilleures des provinces voisines ».
- Mariage du prince d’Isenghien avec la seconde fille du prince de Monaco
- Le prince d'Isenghien, « qui n'avoit point d'enfants de ses deux femmes », épousa Mlle de Monaco, sœur de la duchesse de Valentinois, « qui en fit la noce chez le comte de Matignon, son beau-père, avec qui elle demeuroit ». Quant au père, « M. de Monaco étoit à Monaco et n'en sortoit plus ».
- Mariage du marquis de Matignon avec Mlle de Brenne, et de sa sœur à lui avec Basleroy
- Chez les Matignon, la seconde fille du maréchal, « qui n'étoit plus jeune, et s'ennuyoit de n'être point mariée », épousa Basleroy, colonel de dragons, dont le nom « étoit La Cour, et si peu de chose » que son père riche avait épousé « pour rien » la sœur du conseiller d'État Caumartin. « Les Matignon outrés furent fort longtemps sans vouloir ouïr parler de Basleroy et de sa femme, et à la fin les virent et leur pardonnèrent. » Le second fils du maréchal épousa Mlle de Brenne, nièce de la duchesse de Noirmoutiers « qui en la mariant la fit son héritière ».
- Naissance de l’infant don Philippe
- « La reine d'Espagne accoucha d'un prince qui fut appelé don Philippe, à qui on envoya le cordon bleu à l'exemple du feu roi qui en avoit usé ainsi envers les infants aînés de celui-ci », les traitant « comme fils de roi » et « en fils de France, quoique, à le prendre en rigueur de naissance, ils ne fussent que fils d'un fils de France cadet, et par conséquent petits-fils de France ».
- Maulevrier-Langeron, envoyé en Espagne, lui porte le cordon bleu
- Maulevrier-Langeron, « dont le nom est Andrault », neveu de l'abbé de Maulevrier, aumônier du roi, « fut destiné à porter ce cordon bleu, et à être envoyé du roi en Espagne » ; « ce fut son oncle qui lui procura cet emploi ». Il venait d'être fait lieutenant général « dans une promotion de dix-sept ». Ces Andrault de Bourbonnais étaient attachés, « mais fort en sous-ordre, à la maison de Condé ». Et Saint-Simon d'annoncer : « on verra que M. le duc d'Orléans auroit pu faire un meilleur choix, si Dieu me donne le temps d'écrire ici mon ambassade en Espagne ».
- Affaire et caractère de l’abbé de Gamaches, auditeur de rote
- L'abbé de Gamaches, « dont le nom est Rouault », était à Rome auditeur de rote pour la France, successeur du cardinal de Polignac, place que Torcy lui avait value. Portrait aiguisé : « il étoit fort glorieux, encore plus ambitieux et fort plein de lui-même ; il faut dire aussi qu'il n'étoit pas sans mérite », il « ne démordoit point de ce qu'il avoit entrepris, et savoit parfaitement être ami et ennemi ». Appliqué à la rote, il « y acquit la réputation d'un des plus capables de ce tribunal », puis « se mit en tête de se faire cardinal » en plaisant à la cour de Rome. Ayant découvert les agents secrets que Dubois entretenait pour son chapeau, il « se mit à les traverser de dépit » ; Dubois furieux voulut le rappeler. Gamaches alors « chaussa le cothurne » : il osa soutenir que le roi, l'ayant nommé, « avoit consommé son pouvoir », qu'il était devenu « magistrat d'un des premiers tribunaux du monde » et « ne dépendoit plus du roi, ni pour sa place, ni pour ses fonctions, ni pour sa personne », ne répondant que devant le pape. « À cette dépêche Dubois sauta en l'air » ; mais craignant de se commettre avec une cour « dont il espéroit tout », il offrit l'archevêché d'Embrun, que Gamaches « refusa tout net ». Prétention « monstrueuse et très punissable », juge Saint-Simon, qui « fit grand bruit et peu d'honneur à l'autorité du roi ».
- Sa conduite à Rome, où il mourut dans cet emploi
- Demeuré auditeur de rote « avec tous ces manéges », Gamaches, « enflé d'un succès qu'il devoit à sa hardiesse », ne se contint plus, ayant « toujours devant les yeux les exemples de MM. Séraphin, La Trémoille et Polignac, qui d'auditeurs de rote pour la France étoient devenus cardinaux ». Il se brouilla avec éclat avec le cardinal de Polignac, chargé des affaires du roi, « perdit tout respect et toute mesure en discours publics et en conduite à son égard », et vécut mal avec les cardinaux du parti de la France ; « tout cela fut su et souffert », parce qu'on « se plut à mortifier le cardinal de Polignac ». Fort d'« amis dans le sacré collège, dans la prélature, dans la principale noblesse, dans l'intérieur de la maison du pape », il voyait « tout rire à ses espérances » quand le duc de Saint-Aignan arriva ambassadeur : Gamaches mourut « peu de temps après d'une maladie ordinaire, mais qui fut fort courte, et qui mit fin à tous ses grands projets ». Il était riche, tenant entre autres « l'abbaye de Montmajour d'Arles qui est très considérable ».
- Ce que c’est que la rote
- Saint-Simon explique « ce que c'est que la rote » : « c'est un tribunal où, non sans abus, il se porte des affaires, et souvent très considérables, de toutes les parties de la catholicité ; c'est pour cela qu'il est composé de juges de toutes les nations catholiques », chaque roi ou république nommant « le juge de sa nation ». Ce juge « est son sujet ; il cesse si peu de l'être par sa nomination, qu'il n'en fait les fonctions qu'à ce titre, et à titre de sujet, par conséquent révocable ». Punir la prétention contraire de Gamaches « n'étoit pas l'intérêt du maître des affaires de France, qui les tournoit toutes, et les sacrifioit pour avoir un chapeau » ; blessure portée à l'autorité du roi « qui doit bien faire prendre garde à l'avenir au choix des auditeurs de rote », tandis qu'« on n'a vu autre chose que Rome s'avantager de tout ».
◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶
© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved