TOME VIII · CHAPITRE III
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Résumé
Le roi donne l'heure de l'audience ; premiers remerciements de la duchesse d'Orléans par Besons ; mesures pour apprendre la rupture à Mme d'Argenton — avec la naissance, fortune et caractère de Mlle de Chausseraye, l'étrange demoiselle chargée du message. L'audience du roi et son succès — Saint-Simon rétabli dans l'esprit du maître ; Mme d'Argenton apprend son sort ; « vacarme à la cour et dans le monde » ; joie du roi, réconciliation du prince avec lui — point avec Monseigneur ; l'auteur « passe pour avoir fait la rupture » et se trouve « pleinement révélé » ; liaison intime désormais avec la duchesse d'Orléans.
Les entrées
- Le roi me donne l’heure de mon audience
- L'heure de l'audience : au dîner du roi, Saint-Simon s'avança « à un coin du fauteuil » ; le roi, « d'un air honnête » : « Quand vous voudrez…, mais demain matin si vous voulez. » — « Cette façon de me répondre me sembla de bon augure, un air affable et point importuné, et envie de m'écouter à loisir. »
- Besons, mandé par Mme la duchesse d’Orléans, me fait de sa part ses premiers remercîments
- Besons, mandé par la duchesse d'Orléans inquiète, lui avoua tout : il la représenta « transportée de la plus vive joie, et de reconnoissance pour moi dont elle l'avoit prié de m'assurer » — puis s'enfuit à Paris « de peur qu'on ne nous vît ensemble, comme si nous avions fait tous deux quelque mauvais coup ».
- Mesures pour apprendre la rupture à Mme d’Argenton
- Mesures pour Mme d'Argenton : Mme de Maintenon chargea la duchesse de Ventadour, qui persuada Chausseraye « d'aller apprendre à leur bonne amie commune le changement de son sort ».
- Naissance, fortune et caractère de Mlle de Chausseraye
- Mlle de Chausseraye : « une grande et grosse fille, qui avoit infiniment d'esprit…, dont tout l'esprit étoit tourné à l'intrigue, au manège, à la fortune. Elle n'étoit rien du tout » — fille d'un hobereau poitevin épousé par une marquise ; « jamais créature si adroite, si insinuante, si flatteuse sans fadeur, si fine ni si fausse ». Fille d'honneur de Madame, amie intime de Mme de Ventadour, « elle fit toujours tout ce qu'elle voulut des ministres » et « y perdit littéralement des millions » au jeu. « Quand elle le put dans les suites, je l'éprouvai dangereuse ennemie. »
- Audience que j’eus du roi
- L'audience du roi, le samedi 4 janvier : le roi seul, « assis sur le bas bout de la table du conseil ». Saint-Simon traita tout — Marly perdu, d'Antin (« D'Antin ! interrompit le roi, jamais il ne m'a nommé votre nom »), le pari de Lille : « Mais, dit le roi, si vous n'avez parlé et parié que par intérêt de la chose, et par dépit de voir qu'elle ne réussissoit pas, il n'y a point de mal, et au contraire, cela n'est que bien » —, M. le Duc et l'affaire Lussan, les rangs : « Cela vous fait voir, me dit le roi en prenant un vrai air de père, sur quel pied vous êtes dans le monde, et il faut que vous conveniez que cette réputation, vous la méritez un peu. » Sur Montrevel, le roi « goûta tellement ce propos qu'il l'interrompit plusieurs fois par des monosyllabes de louanges ». « Plus d'une demi-heure d'audience la plus favorable, et fort au delà de ce que j'avois pu espérer. »
- Succès de mon audience
- Succès : le chancelier « protesta qu'il ne connoissoit pas encore quatre hommes à la cour avec qui le roi en eût usé ainsi » — Beauvilliers dit de même. « Le roi m'a toujours depuis, non seulement bien traité, mais avec une distinction marquée pour mon âge, jusqu'à sa mort, et sans lacune…, et voilà quel trésor est une femme sensée et vertueuse » — Mme de Saint-Simon lui ayant caché « l'extrême éloignement du roi » et aposté le chancelier et tous les amis.
- Mme d’Argenton apprend que M. le duc d’Orléans la quitte
- Mme d'Argenton apprend la rupture : Chausseraye, avec des détours « comme pour annoncer la mort de quelqu'un, fut longtemps sans être entendue. Enfin elle le fut. Les larmes, les cris, les hurlements firent retentir la maison. » Le refus de Gomerfontaine — Mme de Maintenon « avoit des desseins dessus, et ne vouloit pas que Mme d'Argenton la gâtât » — jeta le prince « en une espèce de rage » et de repentir ; Saint-Simon dicta une lettre à Mme de Maintenon que le roi lut, et le soir même le roi confirma : hors ce lieu, « il n'y en avoit aucun où sa maîtresse n'eût liberté d'aller et de demeurer ». Elle partit dans les quatre jours chez son père près de Pont-Sainte-Maxence.
- Vacarme à la cour et dans le monde à l’occasion de la rupture
- Vacarme : ses amies « s'en irritèrent comme d'un outrage, n'osant crier contre la rupture même » ; Mme la Duchesse sema « que le roi étoit sa dupe…, que bientôt M. le duc d'Orléans, lassé d'une vie raisonnable, prendroit quelque nouvel engagement ». Les raisonnables approuvèrent tout, trouvant seulement « deux millions une libéralité excessive ».
- Joie du roi de la rupture, avec qui M. le duc d’Orléans se rétablit, point avec Monseigneur
- Joie du roi : « revenu de la surprise d'un temps mal pris, il se livra à la plus grande joie…, il le traita depuis toujours de bien en mieux » ; la duchesse de Bourgogne « y fit des merveilles par elle-même ». « Monseigneur seul demeura le même…, continuellement aigri sur l'affaire d'Espagne par Mme la Duchesse » — l'espérance de marier sa fille aînée au duc de Berry redoublant l'application de la cabale.
- Je passe pour avoir fait la rupture, et, par une aventure singulière, je suis pleinement révélé
- Révélé : la rupture « passa publiquement pour mon ouvrage, sans qu'on y donnât presque aucune part à Besons. Je m'en défendis constamment…, tant pour en laisser tout l'honneur à M. le duc d'Orléans que pour éviter la rage de tous ceux qui par intérêt en étoient fâchés. » Mais Boufflers, à qui le prince avait tout conté, « ne douta pas qu'il ne me rendît un excellent office » en le confiant à Mme de Maintenon — « ce qu'il avoit dit étoit lâché et lâché par principe d'amitié ; ainsi voyant la chose sans remède, je ne voulus pas contester vainement ».
- Liaison intime entre Mme la duchesse d’Orléans et moi
- Liaison avec la duchesse d'Orléans : le prince pria Saint-Simon de la voir « avec un empressement qui me surprit » ; « je parvins assez aisément à l'unir et à le faire vivre avec elle aussi agréablement et même aussi intimement qu'il étoit en lui, à la grande surprise de la cour, et au grand dépit de Mme la Duchesse…, et j'en devins aussi l'instrument continuel, en tiers dans une confiance et une intimité égale avec chacun des deux ».
- Ma première conversation avec elle
- Première conversation avec elle, sur son petit lit de jour : « tout ce qu'elle me dit de gracieux ne se peut rendre…, elle me remercia de l'avoir si bien servie sans l'avoir jamais auparavant connue, et se récria sur la générosité de ne l'avoir évitée que pour la mieux délivrer ». « Je fus extrêmement surpris de sentir tant d'esprit, de sens et de justesse, dont je conclus de n'épargner aucun soin pour unir le mari et la femme…, fermement persuadé qu'il ne trouveroit nulle part un meilleur conseil qu'en elle. »
- Politique du duc de Noailles, difficile à ramener à M. le duc d’Orléans
- Politique du duc de Noailles : retiré depuis l'affaire d'Espagne — « c'étoit lui qui avoit donné Flotte » au prince —, engagé dans la prétention des filles d'Orléans et pourtant ménageant Mme la Duchesse, il resta « dans des réserves de respect fort sèches » malgré Besons ; « il ne fut pas jugé à propos de le presser davantage, mais bien d'attendre mieux du bénéfice du temps ».
- Nancré ; son caractère
- Nancré : « un drôle de beaucoup d'esprit, de manège et de monde, aimable dans le commerce et dans la société, mais dangereux fripon, pour ne pas dire scélérat, dont il ne s'éloignoit guère…, et qui, n'ayant ni âme ni sentiment, que simulés, vouloit cheminer et être compté, à quoi tous moyens lui étoient bons ». Lié à Mme d'Argenton, la rupture « l'embarrassoit fort ».
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