TOME XI · CHAPITRE VI

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Résumé

Mariage du Châtelet-Richelieu et survivance de Vincennes ; publication et réjouissances de la paix ; Contade grand-croix ; Giudice bien traité ; Ducasse malade ; Chalois mandé à Madrid ; Ronquillo exilé ; Bergheyck se retire « tout à fait » avec son éloge ; réforme de troupes ; l'électeur de Bavière à la chasse à Marly. Puis le coup : le duc de Berry malade — « et empoisonné », note le sommaire — et sa mort : caractère du prince médiocre et bon, « quel avec sa famille », le ménage Berry « comment ensemble » ; ordres du roi, le corps porté…

Les entrées

Mariage du fils du marquis du Châtelet avec la fille du duc de Richelieu ; [il obtient] la survivance de Vincennes
« Un événement singulier, et qui fit honneur à la cour » : la marquise du Châtelet, fille du maréchal de Bellefonds, seule dame du palais « qui n'étoit occupée que de Dieu », vertueuse et pauvre, ne savait que faire de son fils Clefmont. Cavoye, soignant le vieux duc de Richelieu embarrassé d'une fille sortant du couvent, « imagina Clefmont…, avec la survivance de Vincennes » : « du dîner au souper l'affaire fut imaginée, réglée et consommée, sans que M. ni Mme du Châtelet en eussent la première notion » — Mme de Maintenon présentant la lettre au roi le soir même. Le lendemain, on apprit aux parents « que leur fils étoit marié, et marié avec cinq cent mille livres, à la vérité un peu légères…, à la fille d'un duc et pair… Ainsi la vertu fut doublement récompensée uniquement par des traits de Providence. »
Publication et réjouissances de la paix
« La paix avec l'empereur et l'empire fut publiée, le Te Deum chanté, des feux de joie le soir. Le roi qui étoit à Marly où le Te Deum ne put être chanté à sa messe, l'alla entendre sur les cinq heures du soir à la paroisse. Le duc de Tresmes donna une grande collation à l'hôtel de ville, et à minuit un grand repas chez lui. »
Contade grand’croix surnuméraire de Saint-Louis
« En même temps [le roi] donna à Contade une grand'croix de l'ordre de Saint-Louis surnuméraire, n'y en ayant point de vacante, en attendant un gouvernement » — dernier salaire des courses de Rastadt.
Marly
« Ce Marly-ci fut encore bien funeste. » Mme de Saint-Simon relevait de la rougeole quand Bloin manda à Saint-Simon et à Mme de Lauzun « que le roi nous avoit donné à chacun un logement à Marly… Permettre en ce genre c'étoit ordonner, et cet ordre étoit une distinction et une grâce, qui, sous prétexte de peur, fit jalousie à bien des gens. » Mme la duchesse de Berry, grosse et incommodée, resta à Versailles — « il s'en falloit tout qu'elle fût l'amusement du roi et de Mme de Maintenon, comme avoit été Mme la Dauphine ».
Giudice bien traité du roi
« Le roi permit au cardinal del Giudice de lui venir faire sa cour à Marly sans le demander, toutes les fois qu'il voudroit. Il le distingua fort, et prit plaisir à lui montrer ses jardins, et tout cela finit enfin par lui donner un logement à Marly. »
Ducasse malade
« On y apprit la maladie de Ducasse » — contretemps qui retardait l'escadre du siège de Barcelone.
Chalois mandé de l’armée à Madrid
On apprit aussi « que Chalois qui étoit avec les troupes qui alloient faire le siège de Barcelone, avoit été mandé à Madrid pour une commission secrète » — l'homme à tout faire de Mme des Ursins toujours en mouvement.
Ronquillo et d’autres exilés
« Ronquillo avoit été exilé avec quelques autres qui déplaisoient à la princesse des Ursins » — l'ancien gouverneur du conseil de Castille payait cher de n'avoir pas plié devant Vendôme.
Bergheyck se retire tout à fait des affaires ; son éloge
« Le roi apprit aussi avec chagrin que Bergheyck avoit obtenu de se retirer de toutes les affaires… C'étoit un homme infiniment modeste, affable, doux, équitable et parfaitement désintéressé…, l'homme du monde le plus véritable, le plus hardi à dire la vérité, qui aimoit et cherchoit le plus le bien pour le bien… Poussé enfin à bout de tous les obstacles qu'il trouvoit à tout à la cour de Madrid, où on ne s'accommodoit pas d'un ministre si intègre…, il prit le parti de tout quitter, au grand soulagement d'Orry et de Mme des Ursins. »
Réforme de troupes
« Le roi réforma cinq hommes par compagnie d'infanterie qui demeurèrent à quarante-cinq, et de cavalerie qui restèrent à trente » — le démontage de la machine de guerre continuait.
Électeur de Bavière à la chasse à Marly
« L'électeur vint courre le cerf à Marly le jeudi 26 avril, et ne vit le roi qu'à la chasse ; il soupa chez d'Antin et joua dans le salon après avec M. le duc de Berry à un grand lansquenet, puis retourna à Saint-Cloud » — dernière partie du prince, à huit jours de sa mort.
M. le duc de Berry malade et empoisonné
Le 30 avril au soir, le roi entra chez M. le duc de Berry « qui avoit eu la fièvre toute la nuit » ; un grand frisson l'avait remis au lit au matin. Le sang « fut trouvé très mauvais » ; il vomissait noir — « Fagon disoit avec assurance que c'étoit du sang ; les autres médecins se rejetoient sur du chocolat ». « Dès ce jour-là je sus qu'en croire. Boulduc, apothicaire du roi…, me glissa à l'oreille qu'il n'en reviendroit pas, et qu'avec quelques petits changements, c'étoit au fond la même chose qu'à M. [le Dauphin] et Mme la Dauphine…; et il me dit le troisième jour que nul des médecins qui voyoient ce prince n'en doutoit. » On débita l'histoire d'une glissade de cheval à la chasse, le corps porté « sur le pommeau de la selle » ; Chirac fut refusé ; la duchesse fit demander à venir « avec force propos de son inquiétude » — « la vérité est qu'elle n'avoit pas plus d'envie de venir que M. le duc de Berry de désir de la voir, qui ne proféra jamais son nom ».
Mort de M. le duc de Berry ; son caractère
Le jeudi 3 au soir, étouffant, il reçut le viatique et l'extrême-onction en présence du roi « avec beaucoup de dévotion et de respect » ; « après qu'il eut perdu la parole, il prit le crucifix que le P. de La Rue tenoit, il le baisa et le mit sur son cœur. Il expira le vendredi 4 mai, à quatre heures du matin, en sa vingt-huitième année. » Portrait : « le meilleur homme, le plus doux, le plus compatissant, le plus accessible, sans gloire et sans vanité…; un esprit médiocre…, mais un très bon sens, et le sens droit. » Son éducation appesantie « lui émoussa l'esprit, lui abattit le courage, et le rendit d'une timidité si outrée qu'il en devint inepte à la plupart des choses…, jusqu'à s'être persuadé qu'il n'étoit qu'un sot et une bête propre à rien. Il le sentoit, et il en étoit outré » — on se souvient du parlement et de Mme de Montauban.
Quel avec sa famille
Avec sa famille : fils favori de Monseigneur « par goût…, et par cette cabale…, si appliquée à éloigner et à écraser Mgr le duc de Bourgogne » ; mais l'aîné « n'avoit jamais fait sentir son aînesse », et Berry, « qui étoit tout bon et tout rond, ne se prévalut jamais à son égard de la prédilection ». « Il fut pénétré de douleur à la mort de l'un et de l'autre…, car jamais homme n'a su moins feindre que celui-là. Pour le roi, il le craignoit à un tel point qu'il n'en osoit presque approcher…, à peine l'entendoit-il, et les pensées lui tarissoient. »
M. [le duc] et Mme la duchesse de Berry ; comment ensemble
Avec sa femme : « il en étoit devenu extrêmement amoureux…, ce qui fut de la gâter parfaitement » ; il trouva « une femme haute, altière, emportée, incapable de retour, qui le méprisoit…, et de se moquer de la religion, de railler avec dédain M. le duc de Berry parce qu'il en avoit ». Ses galanteries « si promptes, si rapides, si peu mesurées, qu'il ne put se les cacher » ; les particuliers sans fin avec M. le duc d'Orléans ; des scènes violentes — la dernière, à Rambouillet, « attira un coup de pied dans le cul à Mme la duchesse de Berry, et la menace de l'enfermer dans un couvent » ; « il en étoit, quand il tomba malade, à tourner son chapeau autour du roi comme un enfant, pour…, lui demander de le délivrer de Mme la duchesse de Berry. » Elle avait voulu « à toute force se faire enlever au milieu de la cour par La Haye » — lettres surprises. « Elle sentit donc moins sa chute à la mort de M. le duc de Berry que sa délivrance. »
Ordres du roi
« Le vendredi matin, qu'il mourut, Mme de Maintenon, les princes, les princesses se trouvèrent au réveil du roi dans le petit salon… Le roi, dans son lit, donna ses ordres à Dreux, grand maître des cérémonies », et « régla le même jour que la maison subsisteroit jusqu'aux couches de Mme la duchesse de Berry, pour continuer si c'étoit d'un prince ».
Le corps de M. le duc de Berry très promptement porté à Paris aux Tuileries
« Dès qu'il fut sorti [pour sa promenade], le corps de M. le duc de Berry fut mis dans son carrosse, environné de ses pages et de ses gardes…; on avoit préparé à la hâte un appartement funèbre à Paris, aux Tuileries, où il fut déposé. Ainsi il ne demeura pas douze heures à Marly après sa mort. »
Deuil drapé de six mois
Le samedi, le roi ordonna « que le deuil commenceroit le mardi suivant, que les princes du sang, ducs, officiers de la couronne, princes étrangers et grands officiers, draperoient, quoiqu'il ne portât point le deuil ; qu'il dureroit six mois. »
Le roi ne veut point de révérences, de manteaux, de mantes, de harangues ni de compliments
Il « déclara qu'il ne vouloit point de révérences, ni voir personne en manteau ni en mante, ce qui fut cause qu'il n'y en eut pas même chez Mme la duchesse de Berry » ; les ministres étrangers furent avertis qu'il recevrait leurs compliments « en allant et en revenant de la messe », sans audience ; et il dit au premier président « qu'il ne vouloit de compliment d'aucune compagnie ».
État du roi
« Il vécut ce jour-là à l'ordinaire, et alla faire une dernière revue de ses gardes du corps, qu'il renvoya dans leurs quartiers. Il avoit l'âme fort noircie ; mais il étoit d'ailleurs peu touché, et il ne cherchoit pas à s'affliger. Les bienséances en souffrirent » — troisième héritier enterré en trois ans, et le vieux roi promenait son ennui.
Sa visite à Mme la duchesse de Berry
« Le dimanche après-dîner, le roi fut à Versailles voir Mme la duchesse de Berry. Mme de Saint-Simon y étoit revenue, qui en reçut beaucoup d'honnêtetés, et force caresses de Mme la duchesse de Berry. M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans étoient auprès d'elle. Le roi lui fit fort bien ; mais il n'y demeura qu'un quart d'heure, et s'en retourna à Marly se promener dans ses jardins. »
M. [le duc] et Mme la duchesse d’Orléans fort touchés
« M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans sentirent toute la grandeur de la perte. C'étoit un lien qui les attachoit au roi de fort près. Sa rupture étoit irréparable. L'idée de régence ne consola point M. le duc d'Orléans…, [qui] ne pouvoit se dissimuler sa supériorité d'esprit sur un gendre avec qui d'ailleurs ses intérêts étoient communs… Il fut véritablement affligé par intérêt et par amitié. »
Raisons particulières à M. le duc d’Orléans
« La nature du mal qui avoit emporté ce gendre ne tarda pas à devenir publique, et le contre-coup en fut pareil à celui des précédentes pertes. Plus elles augmentoient, plus M. le duc d'Orléans demeuroit seul, plus l'intérêt s'augmentoit de l'affubler de ce qu'il y avoit de plus odieux » — Mme de Maintenon, l'intérieur des valets et les « ressorts » de M. du Maine s'y employant. « Ces derniers [bruits] réchauffèrent [les premiers], et formèrent un étrange groupe, sous lequel il n'y eut qu'à baisser la tête et ployer les épaules. » Autre inquiétude, domestique : « Ils avoient éprouvé ce dont leur fille avoit été capable ayant un fils de France pour époux. Ils comprirent donc aisément quel essor elle étoit capable de prendre veuve, et ils avoient raison d'en trembler. »
Mme de Maintenon et duc du Maine
« Jamais aussi ne vit-on M. du Maine si solaire et si désinvolte qu'alors. On voyoit qu'il se cachoit encore plus qu'à l'ordinaire ; mais, dans le peu qu'on l'apercevoit quelquefois, on sentoit qu'il se tenoit à quatre, et toutefois qu'il ne touchoit pas à terre. Jamais les Guise si accueillants qu'il se le montra… Tout cela, et tout à la fois, se sentoit comme au nez. À peine osoit-on s'en couler un demi-mot à l'oreille entre les plus clairvoyants et les plus sûrs l'un de l'autre. »
Duchesse du Maine
« Mme du Maine gardoit moins de mesures. Elle triomphoit à Sceaux ; elle y nageoit dans les plaisirs et les fêtes, et M. du Maine, qui, assis vers la porte, en faisoit les honneurs plus souvent qu'il n'eût voulu, en paraissoit embarrassé et honteux. »
Évêques usurpent pour la première fois, en gardant, fauteuils et carreaux
« Les obsèques de M. le duc de Berry furent un peu cavalières. Cela fut pitoyable aux Tuileries. Les évêques prirent des fauteuils et des carreaux pour garder. Dreux les laissa faire. Ce fut la première fois que cette usurpation eut lieu » — le mémorialiste des formes enregistre la brèche.
Eau bénite
« Les princes du sang, les ambassadeurs, les ducs allèrent en manteaux à l'eau bénite, et les compagnies ; tout cela reçu par les principaux officiers en forme de maison et conduits. »
Comte de Charolois et duc de Fronsac conduisent le cœur au Val-de-Grâce
« Le comte de Charolois et le duc de Fronsac conduisirent le jeudi 10 mai le cœur au Val-de-Grâce. »
M. le Duc et le duc de La Trémoille conduisent le corps à Saint-Denis
« M. le duc d'Orléans devoit mener le corps à Saint-Denis, il pria le roi de l'en dispenser ; M. le Duc en fut chargé à sa place avec le duc de La Trémoille. Ce fut le mercredi 16 mai » — le gendre calomnié n'osa s'exposer encore aux huées du peuple.
Fils et petits-fils de France tendent seuls chez le roi
« Les fils et petits-fils de France tendent leurs appartements chez le roi, ce que ne peuvent faire les princes du sang. Mme la Duchesse même, malgré les distinctions de la bâtardise, n'eut rien de veuve dans le sien. » La décence « fut fort observée chez Mme la duchesse de Berry, à quoi Mme de Saint-Simon eut grande attention. »
Précautions chez Mme la duchesse de Berry, qui font quelques aventures risibles
La chambre de la veuve fut « entièrement fermé[e] et sans jours…, pour qu'on ne la vît pas dans son lit ; et la première fois que le roi y vint, on ne donna de jour qu'au moment qu'il entra… Personne que lui n'eut ce privilège, ce qui causa force scènes ridicules » : ceux qui venaient du grand jour « n'y voyoient rien, trébuchoient… Le P. du Trévoux et le P. Tellier après lui firent leur compliment à la muraille, d'autres au pied du lit ; cela devint un amusement secret… Cet aveuglement factice ne dura que le moins qu'on put. »

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